Libr-critique

2 février 2020

[Texte] Typhaine Garnier, Gwerz garnie

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Avec « Gwerz garnie », Typhaine Garnier renoue avec le carnavalesque façon Prigent et TXT, dont elle a repris le flambeau avec Bruno Fern et Yoann Thommerel.

 

À matein dame ! au bas du lit
une mini boule eud poils sangui
nolente avec bouts d’os collés
merci matou m’a rapoplé

les mochtés neires qu’on m’a contées
entre l’casse-croûte et la ventrée
en quantité pour concocter
cette petite gwerz entrelardée :

« pas d’bouche-tripe avant la mangerie
ce soir c’est light because régi
me la mère Lise tu sais cette co
naissance folle è quête des colo

cataires c’est d’puis qu’elle a bouté
mes madleines è zont pas doré
bon tant pis son bonhomme d’une droite
aux soins palliatifs que des tarte

lettes pommé boudin en tapas
et basta mais chôme pas dans l’sas
t’as l’droit de tirer l’affubla
tote seule dans c’manoir a peut pas

l’aute fois sa fille avec un verre
tu m’fais des ronds et son éner
gumène d’mari y sont passés
mais sieute teu don et tu les mets

au fond du jardin un intrus
dans l’moule silicone disparu
illico une cuillère petite
d’pommé sur chaque gare ça cuit vite !

Pour ceusses fine bouche qui raffolraient
pas du boudin ils lui ont fait
des makis frais d’à matein : « vends ! »
petits rouleaux eud riz collant

mais la baraque est pas vendable
un bout cru eud saumon une algue
neire autour des pièces en tous sens
faudrait casser bonjour dépenses

manque de bol Nicole son aute fille
c’est qu’une soupe après mes lentilles
j’les pèse un jour son homme y lave
la carotte merci le gnard bave

comme savonnette et splach la pulpe
sur le carrlage  le juge inculpe
la babysitteuse (entre amis)
l’gluant handéquipé à vie

sauf rebelote le lait d’coco
dans l’escayer ciré l’cerveau
tout en teurgoule qui dégouline
et mon curry d’épicerie fine

il est où ? zont r’pondu fissa
trois d’un coup la cata plus qu’à
plucher l’oignon et tout mixer
m’étonnrait que ça va rentrer

faut croire que l’chin teu trop taiseux
qu’les cris manquaient sors-moi les que
nelles de brochet beurre lait m’dis pas
qu’t’as jamais fait eud sauce nantua ?

D’abord on préchauffe comme Blandine
la concierge en pluie la farine
qui s’est ruinée pour des implants
et un benêt de vingt-cinq ans

pis tu délaies toujours en thèse
sans cesser d’remuer les prothèses
ont pas tenu l’gars y s’en fout
que ça épaississe à feux doux

y quitte pas l’pieu tandis que l’aute
l’italo sel poivre et biscot
tos macho s’languit à la porte
gominé fond de teint feuille morte

tout à la fin le cognac même
qu’y dort dis dans son Audi crème
fraîche mais un soir bisque de homard
gros cafard basta au rasoir

chte raconte pas trois jours après
l’santimant d’pont-l’évêque fermier
le vrai emballé dans l’ouesteu
France page obsèques que d’mander d’mieux

pour finir fais bouillir le lait
sur cette pauv madame qui s’croyait
bout des ennuis un jour sa fille
avec la gousse dedans d’vanille

tombe nez à nez avec la chienne
fendue en deux pendue vilaine
cravate de son mari au cou
et lui tout raide pendu itou

détail sordide avec la laisse
chfouette jaunes et suc s’il monte tu baisses
personne pige il teu avocat
pas un mot zéro maïzena

femme et gamins tous en HP
comme l’père Yvon qu’j’ai invité
cht’avais pas dit ? lui qu’est-ce qui boit !
la galette j’ai pris qu’une pour trois

lui faut ses deux lites (ou quinze verres)
infect il est pas nécessaire
de réchauffer y d’vient gaga
paraît qu’ça donne un goût de gras

mais ça l’sort un peu du sordide
tête à tête avec fauteuil vide
j’ai r’monté les stocks de mouchoirs
quilles au cas où dans mon placard

les nuits y s’cogne à ses fantômes
une vraie madeleine à hématomes
à côté l’est craquant l’Ankou
et si on s’buvait un petit coup ? »

29 janvier 2019

[Texte] Romain le GéoGrave, En derniers vœux

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C’est avec plaisir que nous retrouvons le GéoGrave pour ses « derniers vÅ“ux » 2019…

le ver(b)re est vide, normal, fin d’année,
il est impératif de se déprendre déboissonner décalorifier
il est
nécessaire ET indispensable de respecter, respecter, respecter, les pelouses
les horaires les règles d’usage les clous les jeunes vieux malades,
le verBE viDE déclamé télévision la joyeuse année les joyeusetées se secouer

les joyeuses en matant la tévéporno poubelle
il n’est pas
nécessaire NI indispensable de (se dé)penser panser les plaies tragiques
surtout pas
le verbe est haut lorsque le nivEAU de ton verre est BAS, tout verbiAGE
tort et travers, tout détraqué, de plus en plus de MOTS dans tous les SENS, on passe son temps à lire
exemples – énoncés – rapports – évaluations – consignes
il a fallu attendre la fin du verbe depuis le milieu du 20ème siècle** (** les irréductibles ne sont PAS lus, trop faible masse atomique face à corporatisme aCACAdémique)
maintenant se débrouiller déMERDER avec ce qu’on a, les éternelles miettes restes de bribasses infâmes
quelques éléments pour dépatouillage en règle face commun des mortels qu’ont en commun 250 mots usuels
UTILES il faut les mots-verbes utiles du S/V/COD- voire COI quand le temps des prédiCACA dans les têtes collégiennes, avant même école, mettre CACA dans TÊTE jeune, modeler, former, gauche et droite, gauche et droite, les MINIstres travaillent bien les équipes de têtes
alors le vide surgit force vide désopilant puisqu’à force de pleurer on rit
rit-rit comme des cons-cons
mais garder espoir à échéance, les poètes ne prendront pas le pouvoir – ni la littérature, heureux sommes-nous !

29 mars 2017

[Chronique] Paul Ardenne, Belly le ventre, par Jean-Paul Gavard-Perret

Paul Ardenne, Belly le ventre, éditions La Muette – Le Bord de l’eau, Bruxelles, février 2017, 366 pages, 25 €, ISBN : 978-2-23568-749-93.

Le « tout pour la tripe » de Frère Jean des Entommeures du Quart Livre trouve en ce  livre-fleuve d’huile de vieilles noix une nouvelle déclinaison. Il ne conjugue pas le ventre sur la simple appétence personnelle. « Belly » devient une de ces  fables sublimes et grotesques qui traversent la littérature roturière de Rabelais à Jarry jusqu’à Novarina et aujourd’hui Ardenne. Ce dernier n’y va pas par le dos de la cuillère. C’est aussi jouissif que terrible puisque l’auteur montre comment le monde est régi. L’ambition des puissants sous couvert de costumes – parfois à 6000 euros pièces – est de se satisfaire en faisant de tout sujet un serviteur.

L’astuce d’Ardenne tient à la démonstration des agissements du potentat « idéal » à travers la symbolique du corps. Cœur, sexe, cerveau, membres ne sont qu’à la remorque de « Messer Gaster ». L’omnipotent n’est pas le plus important du lieu mais il se fait passer pour tel et tout. Si bien que la "science" ou ce qui en tient lieu est gastrique où n’est pas.

C’est féroce et roboratif à souhait. Il s’agit de s’en payer une bonne tranche avant de retrouver nos vacations farcesques au service du monstre chérissable et sa « surenchair». Niçoises les femmes lui préparent des salades, et les choutes de Bruxelles mitonnent, ce qui donnera suffisamment de CO2 pour faire klaxonner son sphincter. Mâles et femelles ne sont donc que ces « organiques »  prêts à tout pour  offrir l’orgasme à l’ogre qui les digère.

La prouesse épique et épistémologique devient une immense fatrasie physique et politique. Et un tel trip en triperies agit comme laxatif comique au peu que nous sommes : larrons foireux des ladres qui nous gouvernent. Au rang des dévorées et des Jacqueline les fatalistes, Ventriloquie son épouse fait figure de Madame Trump ou Madame Fillon. C’est dire ce qu’il en est du monde. Exit les belles de cas d’X, Chimène  est chimère quand à Belly il chie mère et père.

Au sein de cette cour des miracles, ce harlem des nègres blancs, Ardenne prouve qu’il n’est donc pas qu’analyste mais inventeur de langage – présent déjà dans Sans Visage.  Mais Belly Le Ventre est à ce jour son livre le plus puissant. Celui qui souffre depuis son enfance de ses entrailles, trouve là un moyen d’en faire un opéra – entendons une ouverture. Les miasmes sont parfois insupportables. Mais le livre tord les boyaux.

12 décembre 2013

[Chronique-news] Valère Novarina, L’organe du langage, c’est la main

Tandis que demain, vendredi 13 décembre, a lieu à 19H la rencontre avec les auteurs à la Librairie L’Arbre à Lettres (2, rue E. Quenu 75 005 Paris), découvrons précisément ce passionnant volume d’entretiens. [Novarina sur LC : Le Vrai Sang ; Devant la parole ; L’Atelier volant ; L’Acte inconnu ; Nouvelles de Novarinie]

Valère Novarina, L’Organe du langage, c’est la main, dialogue avec Marion Chénetier-AlevArgol éditions, automne 2013, 272 pages, 29 €, ISBN : 978-2-915978-93-3.

 

"Il est stimulant de ne pas être digéré tout à fait, normalisé, absorbé et correctement étiqueté par l’industrie culturello-communicationnelle" (p. 45).

Voici la quintessence d’une œuvre monumentale, dans une architecture de paroles réparties en cinq journées inégales – et accompagnées de documents divers (dont de magnifiques photos en couleur). Destiné à un public plus large que le cercle restreint des novariniens, ce volume d’entretiens – qui fait suite, dans la somptueuse collection d’Argol intelligemment appelée "Les Singuliers", à ceux de Prigent et de Vila-Matas – retrace la trajectoire du poète, dramaturge et peintre, en mêlant les fils chronologique et thématique : les origines, les patois, la montagne ("l’instantané d’un drame" !), le sang, TXT, 68 et la politique ; la chair de la langue, les textes principaux ; Paul Otchakovsky-Laurens, le "vivier des noms", l’antinomie comique/tragique, Michel Baudinat et Daniel Znyk ; la musique, la peinture, la danse et le cirque… Dans ce kaléilogoscope novarinien, on retiendra surtout l’évolution de sa conception du metteur en scène et les révélations/modèles qui l’ont marqué : Mallarmé, Wagner, Appia, Artaud, Grotowski, le Brecht du Berliner Ensemble, Beckett, Dort, Dubuffet, Bob Wilson… le Nô, le cirque, le guignol, le théâtre yiddish…

Le titre même du volume explicite l’entreprise novarinienne : contre la réification du langage et de la pensée qu’opère la langue de la communication, le verbe poétique doit conquérir la densité de la pierre pour viser l’irreprésentable ; pour celui qui préfère au terme de "poésie" celui de "Dichtung" (densification), le poète est un denseur et les mots sont des pierres qu’on lance – leur matière étant palpable comme celle qu’informe le sculpteur ou le peintre.

De cette somme se dégage la singularité de la trajectoire : des années 70 à nos jours, Valère Novarina n’a jamais cessé de se situer à contre-courant. Ainsi, au temps où triomphent les idéologies, les théories littéraires et les metteurs en scène, celui qui n’est resté que quelques années dans la mouvance de TXT (1974-1980) se tient à distance les luttes révolutionnaires, refuse de se transformer en "Chef des Polices Théoriques" – pour détourner une formule du Drame de la vie – et fustige le théâtruscule uniformisé des metteurs en chef (métheurancènes). Et depuis la fin du siècle dernier, où d’abord le narratif fait son retour en force, avant que le théâtre postdramatique ne le relègue au second plan, il s’oriente d’un théâtre satirique de l’avant-garde engagée à une mystique de la Parole, accordant la priorité à la dramaturgie du Verbe : dans cet espace logoscopique du sacrifice, se succèdent des catastrophes rythmiques orchestrées par des acteurs qui font le mariole pour faire advenir la parle, c’est-à-dire pour être agis par le Verbe et faire surgir le négatif du monde (antimonde) et de l’homme (antihomme).

9 novembre 2013

[Agenda] Christian Prigent

Passez de 2013 à 2014 avec Christian Prigent, de Saint-Brieuc à Lille, via Paris et Valenciennes.

â–º Lundi 18 novembre 2013, 19h à 21h30, à Saint-Brieuc
 : Rencontre avec Christian Prigent et Vanda Benes, Villa Carmélie
 (55 rue Pinot Duclos à Saint-Brieuc
). Entrée gratuite
. Réservation souhaitable (mais pas obligatoire) au 02 96 33 62 41.

À l’occasion de la parution, en mars 2013, chez POL, de son roman Les Enfances Chino, Christian Prigent ouvrira la boîte à outils de l’écrivain. Il partagera avec nous le matériau d’où part l’écriture (photos, peintures, tableaux, gravure, chansons d’operette…). Il dira comment ce matériau surgit à mesure que le parcours s’invente, comment il devient coloration, tonalité, littérature.

Soirée en trois parties : La fabrique Chino. Guest star : Philippe Boutibonnes, microbiologiste, peintre, dessinateur, écrivain, philosophe, cycliste.

Lectures à une et deux voix (Vanda Benes et Christian Prigent). Chansons (Vanda Benes accompagnée au piano par des élèves du Conservatoire de Saint-Brieuc). Projections commentées (Christian Prigent et Philippe Boutibonnes).

â–º Samedi 23 novembre 2013, dans le cadre de Citéphilo 2013.

 

14h30 > 16h30 : Projection de La belle journée (1h07, coul., 2010)
en présence de la réalisatrice :
Ginette Lavigne, réalisatrice, monteuse
A également réalisé : La nuit du coup d’Etat, Lisbonne, avril 1974 (2001), Un voyage en Israël (2008), Jean-Louis Comolli, filmer pour voir ! (2013)
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Jacques Lemière, Institut de sociologie et d’anthropologie, CLERSE (UMR 8019 CNRS), Université Lille 1
Monteuse (notamment des films de Jean-Louis Comolli, L’Affaire Sofri, la série des films sur Marseille, et beaucoup d’autres), Ginette Lavigne est aussi réalisatrice. Dans La Belle Journée, elle se met au défi de la réalisation du film sur et avec un poète, Christian Prigent, sur son monde et sur son œuvre, à partir (texte et chansons du film) d’extraits de quatre ouvrages de l’écrivain : Commencement (1989), Une phrase pour ma mère (1996), Grand-mère Quéquette (2003), Demain je meurs (2007), tous parus chez POL. Rigoureux et inventif travail cinématographique, qui sera reçu en tant que tel, et aussi, parfaite introduction à la rencontre-lecture avec Christian Prigent, qui suivra, deux heures plus tard, à la Médiathèque Jean Levy de Lille.

 

 
Palais des Beaux-Arts – grand auditorium – Place de la République – Lille
 
18h30 > 20h30 : Christian Prigent ou l’acte poétique
En partenariat avec les médiathèques de Lille
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Gérard Briche, professeur de philosophie à l’Ecole Supérieure d’Art de Tourcoing
L’homme qui parle scande les phrases, éclate les mots, triture la langue. Cet homme, c’est Christian Prigent, et il dit de la poésie. Mais cette poésie passe par le corps – littéralement. Car c’est dans l’acte que la poésie, la vraie, advient. Dans cet acte, dans cette performance, c’est toute la réalité matérielle qui passe, et d’abord la réalité biographique du poète. Ainsi la poésie est-elle pétrie de toute la matière de la vie, et jusqu’à ses aspects les plus triviaux, mais les plus rigolos aussi. Christian Prigent : la poésie, c’est d’abord ce qu’on imagine être le plus étranger à la poésie.
 
Médiathèque Jean Lévy – 32/34 rue Edouard Delesalle – Lille

â–º Trois jours avec Christian Prigent à la Maison de la Poésie de Paris, du 28 au 30 novembre 2013 : voir le programme.

â–º Lecture/conférence de Christian Prigent : "Martial, grande brute !" (quelle traduction contemporaine de l’obscène latin ?).

" Rapide, vacharde, pittoresque, rigolote, souvent obscène, toujours à la fois savante et désinvolte, la poésie épigrammatique de Martial s’inscrit dans la tradition, mineure mais vivace, d’une poésie non idéaliste qui « sent l’homme » quotidien. Du coup, elle tente l’effort de traduction des « modernes » de toutes les époques. Les 650 textes que j’ai essayé de « recycler » dans une forme méticuleusement métrée et travaillée par la distance des anachronismes paraîtront chez POL en avril 2014." (C. Prigent)

Dans le cadre du séminaire de MASTER 1 & 2 "L’obscénité en perspective : antiquité/ modernité", le jeudi 12 décembre 2013 de 11H à 13H – Université de Valenciennes , Site du Mont Houy, Bâtiment Matisse, Salle 208 -, B. Gorrillot invitera Christian Prigent, l’un des grands poètes français actuels, à l’occasion de la publication prochaine de sa traduction de DCL épigrammes de Martial (Paris, P.O.L, 2014). Cours ouvert à tous.

â–º Début 2014, les éditions P.O.L mettront en ligne sur leur site une sélection d’essais et d’entretiens de Christian Prigent – parmi lesquels les quatre que nous avons réalisés ensemble entre 2001 et 2013.

En plus de "Passage des avant-gardes à TXT" (dans Francis Marcoin et Fabrice Thumerel dir., Manières de critiquer, Artois Presses Université, 2001, p), trois entretiens publiés sur Libr-critique :

* "L’Incontenable Avant-Garde", 6 décembre 2006 ;

* "De TXT à Fusées", 16 mai 2008 ;

* "Christian Prigent, un ôteur réeliste", 14 mars 2013.

â–º Du lundi 30 juin (19H) au lundi 7 juillet 2014, premier colloque international de Cerisy sur l’œuvre de Christian PRIGENT : "Christian Prigent : tou(v)er sa langue", sous la direction de Bénédicte Gorrillot, Sylvain Santi et Fabrice Thumerel. [Lire la présentation détaillée et le programme complet]

Argumentaire. Comme ancien directeur de la revue d’avant-garde TXT (1969-1993) autant que par l’ampleur et la diversité de son œuvre personnelle, Christian Prigent (né en 1945) fait l’objet, depuis 10 ans, de multiples publications, rencontres, journées d’étude, enregistrements, mises en scène et films. D’où l’opportunité d’organiser un colloque international qui permette d’établir un premier bilan des réflexions proposées sur cet écrivain et d’ouvrir d’autres perspectives de lecture.

Le réel est ce que l’écrivain affronte, face auquel il essaie de trouver sa langue. Or ce réel est pour lui, comme pour Lacan, ce qui "commence là où le sens s’arrête". C’est encore le réel pulsionnel du corps qui défait les voix, comme chez Artaud ou Bataille. Marqué par la négativité de la Modernité, Prigent ne cesse donc de trouer la langue, les représentations admises aussi bien que l’histoire littéraire. Et il problématise violemment la légitimité du geste créateur. Mais il invite aussi à un salut du poétique inattendu en ce début de siècle qui continue volontiers à liquider, avec les avant-gardes, les genres millénaires, les engagements politiques et les utopies esthétiques. Les livres de Christian Prigent proposent ainsi une "trouée", au sens de la promesse d’une embellie. Car s’y opère peut-être le miracle d’avoir forcé l’expression juste du réel, voire de soi ?

23 octobre 2013

[Texte] Thierry Rat, Canal libéral [Libr-@ction – 11]

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Toujours en verve, Thierry Rat, pour sa deuxième contribution à Libr-@ction – qu’il a inaugurée [lire Libr-@ction 1] ! Reste à relayer/mettre en voix/partager…

 

Canal libéral

Libéral liberté anale de chier fée morale jambe bancale pisse pas mal par trou fécal artère d’arrière sale. N’est pas pâle qui empale bulbe papale à poil cardinal 0 coins carrés bestial libéral bulle rose des vents pue gland sorti du dedans des enfants du dortoir, voilà grand-père foutoir croque-mitaine signé bavoir, déambule aléatoire choisi crachoir 12 ans d’âge, appellation contrôlée par complices déjà essuyés. Cannibale libéral allez zo zoo voir bestiaux si t’as mal animal cage ton sort tourne en rond petit patapon à coup de bâton bergère règlera ton compte avant d’aller se faire foutre par pater ronron petit patapon morale pâte à patron sans vergogne ça cogne dans boîte à caca, fils de tulle dentelle abcès tisse ridules d’excitations pimentées émeraude fait danser séant turgescent lorsqu’il fleurira y aura des pommes et tout le monde en mangera sauf scélérats ratés du pâté dominical alléluia pour qui fait caca sans tracas patatras. Libéral mon amiral n’avale pas giclée rame sans faiblir vers terres libérales, patries corsaires des rois faussaires torche derche des forbans patentés, liberté chérie muse capitale l’état tas c’est ton dada l’état mine ta vitamine mettre à bas la vermine. Statue de lumière cœur des idées farces, dinde sidérante signale l’entrée du poussier, actions de graisses s’envolent à lipide city, in gode we trust bien fourré dans l’anal lustré, ça fait rêver torchon d’étoiles voie libérale du système salaire, circulez y a rien à voir prend ta part mon gaillard sinon crève au placard. Libéral canal ripe peau de banane gamelle patatras le chibre pensée du veiné dressé, caniche mumuse nonosse plastoche petits bonds saute-moutons condescendant l’escalier façon accordéon fête à neuneu du champ montent clameurs barbecue fanfare célèbrent nanar le briscard apothéose des névroses vite fait bien fait passe en caisse mon lascar. Hume la loque avachie de principes moraux vaches de taches meuglent au pré tendre pousse humus fertile des idées rectiles. Libéral trou de balle liberté des Huns crame steppe des autres avec application méthode et précision tout l’art du pyromane. Tout l’art du libéral.

2 juillet 2013

[Texte] Thierry Rat, Coud’pélican [Libr-@ction – 1]

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Depuis sa fondation, Libr-critique a toujours voulu poser un cadre plastique à diverses formes d’écritures critiques, lancer/dynamiser des lignes de fuite… Le projet Libr-@ction s’inscrit dans cette perspective : à vous, Libr-@cteurs, de relayer à votre façon ce texte inventif de Thierry Rat

"Coud’pélican"… du sexuel au social : "faut qu’ça pète au final" !

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14 juin 2013

[Texte – série] Romain le GéoGrave, Heures supplémentaires (3)

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Rapport, rapport aux autorités et institutions – y compris littéraires -, rapport au sexe, rapport à l’écriture… Toujours aussi décapante cette troisième livraison… [Lire la deuxième]

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30 mai 2013

[Chronique] Mathias Richard, Machine dans tête

…"nous sommes au 21e siècle maintenant, c’est-à-dire nulle part"… Entre France et Croatie, mais surtout dans ce trou de Babel/babil qu’est la tête de Dorian Durand, prend forme ce Nulle Part. Dès les premiers mots, celui qui est, non "un poète mais une situation comique", non un penseur mais un "dé-penseur" (151-52), nous donne le la : cette autopoéfiction au romantisme noir et exalté est un incantat, une incantation lyrique et satirique qui, aux plans rythmique, typographique et topographique, met en place un(e) (m)onde à croissance géométrique.

Mathias RICHARD, Machine dans tête, éditions Vermifuge, 2013, 192 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-917826-17-1.

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25 mai 2013

[Chronique] Christian Prigent, Les Enfances Chino (Christian Prigent, les aventures de l’écriture 6/6)

Pour clore le dossier "Christian Prigent, les aventures de l’écriture", voici une chronique sur Les Enfances Chino, qu’il convient de lire comme une étape supplémentaire du travail en cours sur les dernières autopoéfictions prigentiennes et en lien étroit avec l’extrait publié il y a deux mois ("Blues de l’enfant plié en quatre"), sans oublier, pour ce qui est du réelisme prigentien, du rapport de l’écrivain à l’archive et à la peinture, voire de son écriture carnavalesque, (auto)parodique et intertextuelle dans les précédents romans, l’entretien intitulé "Christian Prigent, un ôteur réeliste", ma chronique sur L’archive e(s)t l’œuvre e(s)t l’archive et les articles de Typhaine Garnier.

Christian Prigent, Les Enfances Chino, P.O.L, mars 2013, 576 pages, 23 €, ISBN : 978-2-8180-1791-3.

"Je raconte seulement pour ôter aux choses leur façon de pose" (Une phrase pour ma mère, P.O.L, 1996, p. 167).

« Si effort autobiographique il y a, dans toute cette histoire,
c’est là, dans ce retour amont vers le point aveugle que fixe le mot "enfance" »
(Christian Prigent, quatre temps, rencontre avec Bénédicte Gorrillot, Argol, 2008, p. 200).

Ciné Chino (histoires et Histoire)

Si Grand-mère Quéquette (2003) se déroulait du lever au coucher du soleil et Demain je meurs (2007) se circonscrivait entre un tombeau initial et un tombeau final inversé, Les Enfances Chino a pour bornes deux dessins de Goya (Les Jeunes (La Lettre)), le premier étant surplombé à gauche d’un Chino /putto de face et le second à droite d’un Chino/putto de dos. Entre ces deux jalons, une demi-journée, un itinéraire de 2 kms et 553 pages. Le récit prigentien se présente donc comme un parcours : celui, initiatique, d’un Chino pluriel (peut-on avoir vécu autre chose que des enfances ?) – d’une initiation particulière, puisqu’elle condense en une infime unité spatio-temporelle la fin des années 50 et le début des années 60, mêlant « du d’avant régurgité avec du pulvérisé d’après qui floute » (321). Mais également celui d’une écriture, avec ses caprices et zigzags. Dont ce genre d’excentricité : « Ici Rayon X aggrave le récit. Car se mêle à lui de l’ultraviolet : physique du souvenir + chimie hormonale d’envie = vue medium » (282). Foin de l’orthodoxie littéraire : on n’est pas sérieux quand on est « métreur du démesuré » (76)…

 

Au reste, à quelle mesure confronter ce que nous appelons « réel » ? Le « réel », c’est ce qui excède nos représentations, se situant dans un en-deça ou un au-delà. Ce que nous tenons pour la réalité n’en est que la représentation spectaculaire : « Ces panneaux dits "monde", ce n’est pas le monde que tu vois dessus mais la réclame du monde. Pas la vie : la pub de la vie » (77). Dans une telle caverne médiatique, on ne peut que se heurter à l’impossibilité même du dire : « Bientôt il dira qu’on lui a dit que quelqu’un disait qu’on lui avait dit et au bout du dire y a plus comme causeur qu’une tête d’épingle […] » (267)… Comment faire face à l’irreprésentable quand on est écrivain ? Le réalisme critique de Christian Prigent consiste à ne pas prétendre appréhender directement la réalité sociale ou l’expérience humaine, mais à la viser obliquement, au travers de ces prismes que sont les tableaux de Goya, les textes des bibliothèques (culture officielle, littérature enfantine ou populaire) et les discours les plus divers (dont celui, dominant dans le milieu ambiant, du PCF). C’est dire qu’au récit unilinéaire il préfère l’objet narratif pluridimensionnel : kaléidoscopique, polyphonique, multifocal… Les Enfances Chino allie prose et poésie, fiction et (auto)biographie ; varie les vitesses, alterne le micro- et le macroscopique ; juxtapose vues et visions, flashes et flash-back, cadrages et encadrés… Vu le retrait du « réel » et les manques de la mémoire, le roman n’est pas reflet d’un quelconque référent, mais réfraction de fragments épars, « compressé plastique de choses vues reconfigurées » (62) ; son objectif est de « faire courant continu avec l’évidemment discontinu », « fixer le bougé, former poterie avec de l’informe, lier ce qui s’obstine à délier tout lien » (76), proposer « du bariolé non figuratif » (355), des représentations floutées en pointillés, une bande son « en pizzicati plicploqués sur soupe au gras d’harmonie coupée de blancs exaspérants » (341)… Ainsi l’esthétique prigentienne est-elle inscrite dans un texte qui représente un véritable palais de glaces aux mille réflexions et autoréflexions.

 

Là, n’existe que ce qui est évoqué/invoqué/convoqué par l’écriture : faits et lieux ; fantômes, fantasmes et fantasques ; images et imageries, souvenirs et (micro-)récits fictifs ; hyperesthésies, amnésies et réminiscences… D’où, en lieu et place de la sempiternelle narration ultérieure, une écriture actualisée dont la puissance de présentification repose en partie sur de nombreux déictiques (clin d’œil au Nouveau Roman) : dès lors que « l’enfance incarne […] la vie au présent » (CP, quatre temps, 198), il importe de « poser sans bouger dans un présent de généralité » (EC, 269). Sur la scène de son petit théâtre autofictif, le scripteur dialogue avec les personnages comme avec les lecteurs. S’y succèdent entrées, saynètes et didascalies ; chants, chœurs, fugues et pastorales… Y défilent chipies et harpyes, lutins et diablotins, une sarabande de figures ô combien suggestives : « Nez-de-Fouine, la garce à Cul-d’Rat », « Touche-à-Tout , greluche de Trucmuche alias la donzelle à Julot »… « Prigent I Monojambe, clip clop la dégaine, Prigent II le Bien-Aimé, Prigent III Face-de-Castor vu les longs chicots » (542-43)… Cela dit, le modèle narratif majeur est emprunté au cinéma, certains passages confinant même au script (champ/contrechamp/hors-champ, plongée/contre-plongée, zooms, travellings et panoramiques, fondus enchaînés et coupes franches…) : histoires et Histoire sont projetées dans la camera obscura du narrateur ou de Chino, sont élaborées dans « la petite lucarne, ou boîte à malices, ou lanterne magique » qu’est l’espace du dedans (Demain je meurs, 20).

 

Entré dans le champ dans les années 70, Christian Prigent préfère à la perspective diachronique une suite de coupes synchroniques ; c’est bel et bien une conception spatiale de l’histoire/Histoire qui sous-tend sa pratique scripturale : ce n’est pas tant avec du temps qu’avec de l’espace que l’on fait du roman ; dans la mesure où « la réalité, c’est du découpé dedans pour bloquer en instant du temps » (27), Les Enfances Chino est une succession d’instantanés, de stases et de stations, de tableaux (aux sens pictural et théâtral). Réfutant tout essentialisme, l’écrivain pose l’impossibilité de toute totalisation (l’Histoire n’est qu’ « avec trous à reconstituer » – 478) et opte pour un relativisme des points de vue (d’où les différentes versions sur le sort du grand-père durant la Grande Guerre). La vérité historique étant inatteignable et les reconstructions historiques lacunaires, il ne saurait être tenté par « le vertige en panoramique » (468) des grandes fresques ; privilégiant l’Histoire par la porte étroite du vécu, il opère des zooms sur des épisodes locaux – faits divers, drames et actualités « vues en très grossi de cul de bouteille » (383). Pour le plan large, il recourt à l’épitomé, cet art du raccourci épiphanique qui met en miroir histoire locale et Histoire, cette technique simultanéiste qu’ont utilisée les romanciers américains, de même que Sartre ou Giono : « Dans l’intervalle aura le cigare de Fidel Castro conquis La Havane avec les barbus en jeep et casquette traviole toutes les deux et Gilbert Bécaud sur tréteaux dressés dans les Promenades en cravate à pois effacé d’un souffle à cent mille volts […]. Le travail du temps annule Mendès-France et bouffe Ben Bella happé en plein vol dans ses oubliettes pour de longs balais. Mais Moulinex passe au moulin électrique sous le bip bip du Spoutnik » (387). Dans son hétérodoxie, ce télescopage sans ponctuation est à l’image d’un roman qui tourne d’autant plus le dos à l’Histoire officielle qu’il la tourne en dérision : « Tout ça casse les couilles, dit Broudic, c’est loin. Presque autant que Vase de Poissons, Godefroy la Soupe ou l’Arche de Noël » (462).

Ciné Chino : Mélancolie et Carnaval

« Voyez ici Chino, fils de Lucien Le Cam alias Lapin Lecon »… « Chino descend du lapin. Du lapin il a l’œil sur le côté et le poil qui tremble entre les oreilles » (454-55)… Ecce Chino, « fils de désespérance » (140)… En fait, revoici le Chino de Grand-mère Quéquette, « Chino, le petit bossu, alias Courte-patte » (GMQ, 345), à qui on lance des cailloux… Celui qui est « ridiculement harnaché pour ce monde » (citation de Kafka en exergue des Enfances Chino) : celui qui a chuté parce que quelque chose clochait en lui – et dans son nom même… Comment expliquer « la tache au moral du mal qui fait boiter » (199) ? Angoisse et portement du nom…

 

Or, Chino étant associé à « chicots », se trouve affecté le nom même de Prigent – via la grand-mère et Face-de-Castor (Prigent III)… Ne pouvant faire le deuil de son enfance perdue, l’écrivain s’y replonge dans l’ex-stase, dans cette parenthèse hors du temps – dans cette aventure intemporelle – qu’est l’écriture. Rivé à la Chose qu’il ne peut introjecter1, il incorpore le paradis rural perdu, pratiquant une écriture mélancolique qui intègre les langues mortes ou anciennes (latin, ancien français, breton), les bibliothèques paternelle et maternelle. Les matériaux romanesques (souvenirs et/de lectures) subissent un traitement par oralisation/analisation qui procède à la compensation de la perte – à l’érotisation de l’angoisse. Car, sous les auspices de « Saint Méen, l’apôtre des Gredins, des Sots, des Enfantins » (307), tel est le seul cheminement viable : le passage de la melancholia artificialis à l’homo carnivalus, de la Nausée au rabaissement carnavalesque, de la tristitia à l’extremitas, du MEMENTO MORI à l’ « Armor de rire ». C’est ainsi qu’il faut faire tomber de leur piédestal les sommités de la Laïque : « Villon le truand, Baudelaire le droguiste, Balzac l’allumé à la cafetière, Poe le poivrot, Musset le pleurnichard, Vigny le soudard, massacreur de loups, Barrès le belliqueux, Richepin le faux gueux, […]. Le Maurice Carême qui coupe l’appétit ! Paul Verveine, le poète soporifique » (410-11)… C’est ainsi qu’il convient de voir le monde dans une bouse… Merde à ceux qui nous ont faits ! Rien de noble dans le vivant : « La matière en toi comme autour de toi, c’est du coulis de chromosome. C’est de la cellule poilue du pourtour qui torticole, scinde, déteint sur tout et épidémise. Son sirop fruit. Tu es le trou par où ça fuit. Et quand ça se carre dans du mesuré sans gesticuler, c’est que ça est, ou toi, mort » (422) ; « Seul le vivant pue : du goulot, des pieds, des fesses, des aisselles » (450)… Si prière il y a, c’est pour nous rappeler à notre réalité biologique : « Pauvres corps qui dormez putrides sous nos pattes, […] oxydation et fermentation, produits de vos transformations, chauffent le feu d’enfer […] » (381). Si oratoire il y a, c’est en l’honneur de « l’apôtre des emmerdés » : « saint Vuydeboyau, patron des coliquards. Celui qui nous aide à passer la vie qui fait chier » (385)… C’est ainsi que, à l’instar de Pilar, il nous faut considérer le monde cul par-dessus tête : « Tous les hommes dont toi, moi, lui et les autres naissent pitres à l’envers et gogols à l’endroit » (408)… Aussi la vision du grand-père à la Grande Guerre est-elle emblématique : « dégringolé par terre à faire le bousier le dos dans la crotte agité des pattes sans rien pouvoir faire pour vivre à l’endroit » (480).

 

La dé-figuration carnavalesque est le moyen détourné de réussir la figuration du nom – de le faire parler en propre. Voyez comment « Chino, fils de Lucien Le Cam alias Lapin Lecon », évoque les ébats de la Madelon avec son militaire : « Ça a lapiné, aux dires de Broudic, entre le muret et l’édicule pieux avec la syllabe qui gêne à la rime. Lapin et lapine et la pine aussi, hi hi » (458). Faire clocher le monde à l’endroit, le regarder de travers et par en bas pour faire tomber à la renverse le lecteur, est une façon d’habiter poétiquement son nom, c’est-à-dire de se faire un nom et de bâtir avec sa « tour de babil » (93). Ce babil, nommons-le langtourloupe, pour donner à voir/entendre la torsion carnavalesque, le travail de dé-familiarisation de la langue commune, le vilain tour joué aux usages linguistiques comme aux habitudes de lecture : inventions morpho-lexicales (par translation : lunatiquer, promiscuiter, populer… ; par déformation ludique : « merdicraman », barbiturisque »…) ; jeux phoniques (calembours et à-peu-près : lapine/la pine, Nabot Léon… ; paréchèses : « Son son », « Empire pire »… ; homéotéleutes : « ouille, ouille, ouille. Papouille et farfouille »…)…

 

« Je tente d’écrire comme on retombe en enfance […] une enfance de la langue », a dit le poète (CP, quatre temps, 199).



1 La différence entre incorporation (appropriation de l’objet de désir – et donc refus de sa perte -, absorption du manque sous forme de nourriture, réelle ou imaginaire) et introjection (accomplissement du deuil) a été établie par Nicolas Abraham et Maria Torok dans « Introjecter-Incorporer. Deuil ou mélancolie », Nouvelle Revue de Psychanalyse, Gallimard, n° 6 : « Destins du cannibalisme », automne 1972.

3 mai 2013

[Texte] Romain le GéoGrave, Heures supplémentaires

Nous sommes heureux de vous proposer la nouvelle série de Romain le GéoGrave, qui ressortit à la catégorie des écritures critiques du/au travail.

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23 mars 2013

[Recherches] Typhaine Garnier, Plumes d’autrui (Christian Prigent, les aventures d’une écriture 4/6)

Ce second article de Typhaine Garnier s’avère précieux pour saisir le fonctionnement de l’intertextualité dans la prose romanesque/carnavalesque de Christian Prigent.

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14 mars 2013

[Entretien] Christian Prigent, un ôteur réeliste (Christian Prigent, les aventures d’une écriture 2/6)

En ce jour même où paraît en librairie Les Enfances Chino (P.O.L, 576 pages, 23 €), entretien avec cet ôteur dont le réelisme repose sur une négativité toute moderne. [Avec en toute fin une superbe reproduction du Carnet Goya choisie par l’auteur]

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13 mars 2013

[Texte] Christian Prigent, Blues de l’enfant plié en quatre, extrait des Enfances Chino (Christian Prigent, les aventures d’une écriture 1/6)

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Demain paraît en librairie le dernier roman de Christian Prigent, Les Enfances Chino (P.O.L, 576 pages, 23 €), dont on trouvera ci-dessous la présentation éditoriale. [Ecouter ce qu’en dit l’auteur dans une vidéo de plus de 16 mn]

Fin des années 1950. Une petite ville bretonne, bourgeoise au cœur, industrieuse à ses marges, rurale dès ses franges. Le jeune garçon Chino, descend dans un tableau de Goya : Les Jeunes. Ses figures fixes  s’animent. Puis celles d’autres Goya croisés au long du parcours. Entre les lavandières posées au fond du décor et les deux filles debout sur la colline d’en face : 2 km,  une demi-journée, 576 pages. Le rideau tombe juste avant que le monde ne bascule dans la nuit derrière le coteau : voici venir l’adolescence.

Entre temps, Chino aura engendré des doubles de lui-même : Fanch, Broudic, Pilar. Tempêtes sous ces crânes. On rumine exploits sportifs, idylles sucrées, cochonneries et forfaits. Traverses bucoliques, zones urbaines indécises, climats plus ou moins pourris. Nombreuses rencontres : harpyes, diables, fées, lutins, saints, âmes en peines, vieilles tordues, chiens qui parlent, jardiniers ivrognes et fillettes appétissantes. Démêlés avec la parentèle, cauchemars, ruminations sentimentales, violences aux animaux, pensées obscènes, deuils, controverses sur l’école, la société, le sexe. Bribes de prise de conscience politique : l’Histoire surgit sur des plaques de rues, des tombes, dans des rumeurs radiophoniques. On tente de voir un peu moins obscur le monde alentour. Et peu à peu, dans l’inachevé de l’enfance, coagule l’achèvement « adulte ».

En avant-première, voici une litanie de l’enfant ou des enfants/enfances, intitulée "Blues de l’enfant plié en quatre", qui constitue le 26e chapitre.

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24 décembre 2012

[Texte] Cuhel, JOUR DEFAITE

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 12:33

Nulle trêve des cons-faiseurs sur LIBR-CRITIQUE : CUHEL vous accompagne en mode dé-fête…

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20 décembre 2012

[Texte] Romain le GéoGrave, pars, cours/profil du type-hic/tragi-comédie brusselo-européenne/typologie barbaro-clownesque

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 16:02

Toujours aussi GéoGrave, celui dont il faut relire le texte sur les SIF (Sans Identité Fixe) vous souhaite un joyeux No-fiel…

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