Libr-critique

5 mars 2015

[Chronique] Série Z deux points, par Emmanuèle Jawad

Emmanuèle Jawad nous invite à découvrir une série des plus singulières : z :

 

Dans un souci de qualité typographique, chacune des séries z rassemble 4 plaquettes (formées de 4 volets pliés recto-verso) d’auteurs différents. Sur un axe thématique transversal aux séries 2 et 3 (l’animal abordé plus ou moins explicitement selon les auteurs), on retient en particulier les textes de Maël Guesdon, Caroline Sagot Duvauroux, Arno Bertina et Anne Kawala.

 

série z : 2 propose un texte intrigant et très dense de Maël Guesdon qui multiplie les espaces : mental, aux frontières d’un réel/ imaginaire, rapportant des éléments de géométrie (point, ligne), « hors de la nature », délimité, dans une représentation à la fois physique, symbolique et onirique, à un couloir, d’où s’articulent les espaces intérieur et extérieur. Dans leur porosité, ils concourent, sous une forme d’intranquillité au lieu d’un questionnement, en lien avec l’enfance. Des espaces temporels s’y développent, ceux de l’enfance sous forme de réminiscences portées par un lexique y afférant (« monstre, « animal-loutre ») et de références bibliques. De cette composition émane un ton d’étrangeté mettant en situation des jeux homophoniques dans des créations lexicales (à partir de « indécise » : « indis », « l’indise », « l’in dit se »), Maël Guesdon utilisant pleinement le support offert pour établir des liens (graphiques et textuels) entre les pages, l’espace d’écriture devenant un espace gigogne fascinant.

 

Dans un texte se rapportant à l’écriture elle-même, champ poétique porté par ses mouvements, références et extensions dans l’art contemporain, Caroline Sagot Duvauroux compose, pour sa part, avec l’histoire poétique (à partir de la fable « le coche et la mouche » et, la détournant, la mouche à histoires comme animal pensant « le poète est un artiste non un écrivain pense la mouche à histoires »). Le texte s’élabore en réseau de références, clins d’œil, fines touches et critiques, où l’on retrouve Schwitters, en résonance avec ce qui pourrait être la fugue inachevée du cycle des exils de Patrick Beurard-Valdoye, emportant également sur son passage les cadavres exquis surréalistes, la poésie sonore (« déborde le système dans le son qui s’entête à chercher dans la lettre un autre nom qu’image »), le cut-up (« coupe et colle ») et ses liens avec l’art contemporain, en particulier l’art conceptuel.

 

Série z : 3 prolonge cet axe thématique sur la question de l’animal, de façon plus ou moins diffuse, proposé dans la série précédente. On retrouve, dans l’amorce du texte bigger than life d’Arno Bertina, celui de l’enfance et du questionnement, également présent dans celui de Maël Guesdon, et qui introduit ici la question de l’animal dans son rapport à l’anthropomorphisme, dans les limites poreuses d’un réel /imaginaire. Arno Bertina dresse les circulations possibles de l’Homme à l’animal, les trajets de l’un à l’autre, non sans humour.

 

Dans un texte intitulé fly, l’ancrage mythologique de l’animal apparaît dans une des sections du texte d’Anne kawala qui multiplie les inventions formelles, dans des énoncés énumératifs. Où l’on retrouve, dans ce texte et dans son titre-même (la métamorphose de la lettre Y en image, schéma graphique, mutant sous les traits de ce qui pourrait être un avion), les fabrications de formes auxquelles s’attelle remarquablement Anne Kawala, dans son travail d’écriture. Des mots sont ainsi mis sous la forme d’une puissance mathématique, rattachés à un mot référent, mots placés en une ligne continue inférieure ou supérieure par rapport à un axe principal d’écriture, dans une police plus petite, permettant dans cette composition graphique l’éclatement des significations et des langues (« wolf », « once », renvoyant à l’amorce d’un conte, la fable, avec des animaux emblématiques : loup, corbeau, renard, dragon, des animaux fabuleux). Les procédés et signes graphiques abondent (utilisation du schéma faisant lien avec le texte et entre deux volets de l’ensemble ; signes +, flèches, etc.) ainsi que les créations lexicales, dans une recherche de formes inventives.

5 décembre 2014

[News] Spécial Maison de la poésie Paris

Finalement, c’est à deux RV que vous êtes conviés demain à la Maison de la poésie Paris : lectures de Sereine Berlottier, Dominique Quélen & Caroline Sagot Duvauroux ; soirée avec Laure Limongi.

 

â–º Samedi 6 décembre 2014 – 17H00

Lectures de Sereine Berlottier, Dominique Quélen & Caroline Sagot Duvauroux

Cycle : Résidences en IDF – Lectures

Soirée conçue par Mathieu Brosseau Lecture

Tarif : 5 € / adhérent : 0 €
12-06-17h S. Bertollier (c) Sébastien Rongier

« Le phénomène est sans doute plus réel que les objets qui le composent. Imaginons ne rien posséder, pas même la définition des choses qui nous entourent. Imaginons un homme araignée. Il a deux objets : sa toile et puis les limites de celle-ci ; il a sa proie qui le fait survivre et son cadre qui est son propre piège. Imaginons-le aujourd’hui dans sa plus grande nudité, hors cadre, sans la pensée tissant sa propre fin. »
Ces quelques phrases ont été conçues comme un prétexte. Il s’agissait d’inviter les trois poètes, Sereine Berlottier*, Dominique Quélen et Caroline Sagot Duvauroux – à l’écriture et à la voix puissantes et innovantes – et de les faire lire un ensemble écrit ou façonné pour l’occasion.
 
Lectures proposées dans le cadre du cycle « Écrivains en résidences en Région Île-de-France ».
 
* Sereine Berlottier est en résidence à la Scène du Balcon (Paris 20e) jusqu’en février 2015.
 
© Sébastien Rongier

 

â–º Samedi 6 décembre 2014 – 19H00

Laure Limongi – « Cahiers cousus & mousse au chocolat »

Cycle Résidences en IDF

Performance

Tarif : 5 € / adhérent : 0 €
12-06- Laure limongi ©C.Hélie

À travers une forme hybride entre conférence et performance, Laure Limongi évoquera le destin des livres et celui des recettes de cuisine, entre consistance et possibilité d’oubli, affection dévorante et épuisement, gourmandise et révolution numérique. Certains de ses auteurs fétiches seront convoqués, tels B.S. Johnson ou Hélène Bessette, dans un moment éminemment digressif et joyeux.
 
Performance proposée dans le cadre du cycle « Écrivains en résidences Région Île-de-France ».
Laure Limongi est en résidence à la librairie Le Monte-en-l’air (20e) où elle a initié le projet « L’Hospitalité ».
 
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À lire : Laure Limongi, Indociles (essai littéraire sur Denis Roche, Hélène Bessette, Kathy Acker et B.S. Johnson), Léo Scheer, 2012 ; Soliste, Inculte, 2013. À paraître en mars 2015 aux éditions du Monte-en-l’air : Ensuite, j’ai rêvé de papayes et de bananes (fiction, avec une création graphique de Fanette Mellier).
À voir : www.laurelimongi.com
À suivre : « L’Hospitalité », résumé sur remue.net

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