Libr-critique

23 mai 2019

[Livre] Jacques Prévert, détonations poétiques

Aurouet (Carole) et Simon-Oikawa (Marianne) dir., Jacques Prévert, détonations poétiques, Classiques Garnier, coll. « Les Colloques de Cerisy », mai 2019, 356 pages, 35 €, ISBN : 978-2-406-08376-4. [Commander : le volume ou un article]

Présentation générale

Prévert déto(n)ne encore… Ce qui explique sans doute que, en tête des classements des poètes préférés des Français, il reste méconnu. Son Å“uvre douce ou rêveuse est aussi rebelle et virulente, anticléricale et antimilitariste, crue et corrosive. À l’occasion des quarante ans de la disparition de Prévert, cet ouvrage qui fait suite au Colloque international de Cerisy (2017) réhabilite la part subversive de son Å“uvre.

Sommaire

Carole Aurouet et Marianne Simon-Oikawa. Jacques Prévert, « comme une grenade dans le réel »

Patrice Allain et Laurence Perrigault. Penser Prévert à partir des œuvres de Lou Tchimoukow et de Fabien Loris

Carole Aurouet. Les textes engagés de Jacques Prévert. Appels, articles, pamphlet, protestations et tracts

Akira Ise. La réception de Jacques Prévert au pays du Soleil levant. Du théâtre au film d’animation japonais

Roland Carrée. Prévert et le cinéma d’animation. Inspirations, poétiques et prolongements

Laurent Véray. Y a-t-il un style documentaire Prévert ?
Béatrice de Pastre. Ce que la pomme de terre veut dire. Pour un manuel illustré d’économie politique

Noël Herpe. Prévert dialoguiste, ou la voix des autres
Carole Aurouet. Le cinéma invisible de Jacques Prévert se dévoile. Nouvelles découvertes de scénarios détournés

Serge Martin. Engagement organique du racontage des « paroles » de Jacques Prévert

Fabrice Thumerel. À la fête Prévert

Francis Marcoin. Prévert, crosse en l’air, crossover

Alain Keit. Une histoire de feuilles mortes

Marianne Simon-Oikawa. Jacques Prévert collagiste, ou l’image dans tous ses états

Christian Lebrat. Jacques Prévert et le livre d’art

Dominique Versavel. Prévert, les photographes et la photographie. Histoire d’un paradoxe

Carole Aurouet et Marianne Simon-Oikawa. Conclusion

Jacques Prévert par Jean Queval. Notes inédites

Repères bio-bibliographiques / Filmographie / Index / Résumés.

Fabrice Thumerel, « Ã€ la fête Prévert » (extrait de l’introduction)

Pour Jacques Prévert, ce mécréant habité par un imaginaire enfantin , les détonations poétiques sont avant tout liées à la fête, c’est-à-dire aux feux d’artifice de la vie comme de l’art. Dans cette optique, rien de plus détonant que les bals populaires, les attractions foraines, le cirque… Consubstantielle aux éclats de bonne humeur, à la ronde et à la chanson, la fête, au propre comme au figuré, est omniprésente dans l’œuvre poétique. […]
Il faut cependant distinguer deux types de fête : la fête officielle et la fête populaire. En milieu prévertien, rien d’étonnant à ce que le détonnant soit du côté de la première. L’analyse des composantes politiques et socioculturelles de cette antinomie, via celle de la ronde comme motif associé à la fête et comme forme (ritournelle), va nous conduire à l’approche sociogénétique de la posture de saltimbanque qu’adopte Jacques Pervers.

28 septembre 2018

[Chronique] Olivier Domerg, En lieu et place, par Guillaume Basquin

Olivier Domerg, En lieu et place, postface de Michael Foucat, L’Atelier contemporain, juin 2018, 142 pages, 20 €, ISBN : 979-10-92444-69-8.

Je lis de moins en moins les pré- ou postfaces ; ce ne sont le plus souvent qu’argument de vente et/ou plus-value marketing, voire « image de marque » (si le préfacier est prestigieux). Ici, dans ce « plus-que-vingtième » livre du poète Olivier Domerg, Michael Foucat va carrément jusqu’au contresens, écrivant : « Pour autant, si cette place n’est pas n’importe laquelle, elle vaut et vaudra pour toutes les autres. Et ce livre, parle et parlera, à travers elle, de toute place. De toutes les places. » Confondrait-il valeur d’usage et valeur marchande ? Que non ! Ce livre, comme quasiment tous ceux de l’auteur, est celui d’un arpenteur dont le beau souci est donc de « mesurer une terre » bien précise : celle-là, et pas une autre (1) ! À l’instar du cinéaste-photographe Christian Lebrat dans ses Rubans photographiques (fig. 1), Domerg semble vouloir rendre un lieu jusqu’à son épuisement (symbolique et illusoire (« Le naufrage d’une telle entreprise dans la durée »)). Autrement dit : faire rendre gorge au réel. Que rien ne leur échappe. Jusqu’à créer une mythographie du lieu (voir les nombreux essais d’Olivier Domerg sur la montage Sainte-Victoire). Rien n’a eu lieu que le lieu, disait le poète ; ainsi chez Domerg :

La Charleville-Mesure
de la place Ducale ;

autant dire, cette RESPIRATION,
qui en est la marque
& la signature

Car oui, ce livre de Domerg est une réponse à une invitation de Julien Knebusch et « ARTIFICE poésie » à écrire autour du paysage des Ardennes en novembre 2013. Fidèle à son habitude/habitus, le poète-arpenteur qui déclare écrire sur ou dans le paysage s’est placé devant la place Ducale de Charleville-Mézières, voire au-devant d’icelle (fig. 2). Cela donne, par exemple, ceci : « La grande respiration visuelle, architecturale et urbaine, que l’on rencontre et ressent ici, sur cette place, à quelque endroit de sa surface où l’on se tienne, dos au côté ou à l’angle le plus proche, se délectant littéralement de cela, pour lequel on s’arrête, en pivotant lentement, très lentement même, pour bien se laisser le temps de s’en pénétrer, de s’en imprégner, tandis qu’on l’embrasse progressivement du regard. » (Toute ressemblance avec l’art et la méthode de Christian Lebrat en ses rubans photographiques qui entourent (embrassent) littéralement le paysage choisi pour l’embaumer (comme une momie) d’une bobine de film Kodak 125, serait totalement fortuit…) Il faut « être lucide et précis en cette affaire » pour « exhausser » la place, voire la « parfaire », et afin de l’ancrer et l’incarner « sensiblement, pour nous, dans la matérialité des jours et du visible ». Les travaux et les jours… Ô vous dont les chants immortalisent !

On n’a pas encore dit que ce livre est composé d’un prologue, de quinze mouvements, et d’un épilogue (ou final) : c’est une symphonie, LA Symphonie d’une grande place : la Ducale de Charleville-Mézières. C’est un « agoratorio », nous dit le poète. « Le tempo de la place, sa mesure, cette construction jazzistique du thème et de ses variations, cette architecture de l’élan et du rythme, ce hymne à l’horizon, à l’improvisation » : Olivier Domerg aurait-il construit (composé) un équivalent écrit à Berlin, Symphonie d’une grande ville, ce film 35mm de 1927 de Walter Ruttmann ? Son texte fait-il image ? Allez-y voir par vous même, si vous ne voulez pas me croire !…

(1) C’est une question de la plus haute importance pour quiconque a vraiment écouté Jean-Luc Godard : « Dans un roman, une maison ou une personne tient entièrement sa signification de l’écrivain ; sa vraie signification est bien plus grande, gigantesque, elle est d’exister ici et maintenant comme aucun personnage d’imagination ne peut exister » (in For Ever Mozart, film 35mm de 1996).

Titre des illustrations :
– fig. 1 : Piazza de Ferrari (Gênes), 1978 © Christian Lebrat
– fig. 2 : Carte postale ancienne de la place Ducale de Charleville © La Cigogne

14 avril 2017

[News] Colloque international de Cerisy : Jacques Prévert, détonations poétiques

Pour fêter le 40e anniversaire de la mort de Jacques Pervers, Carole Aurouet et Marianne Simon-Oikawa proposent un colloque détonant… Si vous voulez faire le mécréant en plein 15 août et rejoindre le pré vert de Cerisy, c’est le moment de vous inscrire : ici. [On se souvient sur LC du colloque / numéro spécial À l’école Prévert ; et aussi du dossier "L’ami Prévert"…]

Présentation

En tête des classements des poètes préférés des Français, en tête des traductions et des ventes avec son recueil de poèmes Paroles, en tête des scénaristes qui ont marqué le cinéma français, et dans la tête des enfants qui apprennent ses textes dès les petites classes, la poésie de Jacques Prévert est familière aujourd’hui comme hier aux petits et aux grands.

Cependant, malgré son immense popularité, il reste méconnu. Un profond décalage existe entre son œuvre réelle et l’image que la postérité en garde. La diversité de ses créations n’est présentée que de manière partielle. La perception actuelle qu’en a le public est également erronée. À côté de textes doux et rêveurs figure en effet, et même majoritairement, une poésie-action. Mais trop atypiques et trop dérangeantes, les productions prévertiennes ont été édulcorées.

Fidèle toute sa vie à ses convictions, l’artiste a créé une œuvre rebelle et virulente, anticléricale et antimilitariste, crue et corrosive, vivante et roborative, d’une actualité encore étonnamment criante. Elle résonne fortement dans le monde qui est à présent le nôtre, et contribue à l’éclairer.

Quarante ans après sa disparition, ce colloque sera enfin l’occasion de redécouvrir Prévert, de le donner à lire autrement, d’une manière plus complète et plus juste qui permette d’en réévaluer la portée.

Programme provisoire

Vendredi 11 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants

Samedi 12 août
Matin:
"Jacques Prévert vu par…", par Carole AUROUET & Marianne SIMON-OIKAWA

Après-midi:
Roland CARRÉE: Prévert, Grimault et le cinéma d’animation: inspirations, poétiques et prolongements
Akira ISE: Réception de Jacques Prévert au pays du Soleil Levant. Autour du théâtre et du film d’animation japonais

Dimanche 13 août
Matin:
Carole AUROUET: Tracts et manifestes politiques de Jacques Prévert
Béatrice de PASTRE: Ce que la pomme de terre veut dire — Pour un manuel illustré d’économie politique

Après-midi:
Marianne SIMON-OIKAWA: La poétique du collage chez Prévert: des mots aux images
Marianne SIMON-OIKAWA: "Tu ne sais pas peindre, mais tu es peintre!" — L’esthétique du collage chez Prévert

Lundi 14 août
Escapade à Omonville-la-Petite: La maison Jacques Prévert, Port Racine, le Jardin Jacques Prévert, etc.

Mardi 15 août
Matin:
Noël HERPE: Les vies cinématographiques de Prévert
Carole AUROUET: Le cinéma invisible de Jacques Prévert se dévoile: nouvelles découvertes de scénarios détournés

Après-midi:
Laurent VÉRAY: Y a-t-il un style documentaire Prévert?

Soirée:
Lectures de poèmes, par Philippe MÜLLER & Vincent VERNILLAT (Compagnie PMVV le grain de sable)

Mercredi 16 août
Matin:
Laurence PERRIGAULT: "Lorsque l’on fait un pas de côté": penser Prévert à partir des œuvres de Lou Tchimoukow et de Fabien Loris
Francis MARCOIN: Prévert, crosse en l’air, cross over

Après-midi:
Serge MARTIN: Engagement du racontage: le poème de Jacques Prévert toujours à contre-écriture saintes
Fabrice THUMEREL: À la fête Prévert

Jeudi 17 août
Matin:
Alain KEIT: Une histoire de feuilles mortes
Giusy PISANO: Les chansons de Prévert: de l’écran au disque

Après-midi:
Dominique VERSAVEL: Jacques Prévert et les "voleurs d’images"
Christian LEBRAT: Jacques Prévert et le livre d’artiste

Vendredi 18 août
Matin:
Conclusions

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