Libr-critique

28 mars 2021

[News] News du dimanche

On se plongera d’emblée dans un objet poétique inventif : Éclectiques Cités de Laure Gauthier… On découvrira ensuite une sélection de 8 livres essentiellement parus en mars… avant de goûter un épisode loufoque comme on les aime des « nouvelles aventures d’Ovaine »…

UNE : Laure Gauthier, Éclectiques cités

► Laure Gauthier, Éclectiques Cités, un album transpoétique, Livre (140 x 200) de 92 pages + CD + Livret de 24 pages, Acédie58, mars 2021, 19 € TTC (commander), ISBN : 978-2-492760-00-6.

« Les textes que j’écris articulent les attaques menées par la société capitaliste tardive
contre l’individu, son corps, sa langue, sa pensée,  donc sa singularité
et sa capacité à déjouer les assignations » (p. 17).

Entre la performance, le document et la poésie sonore, voici un objet poétique singulier, Éclectiques Cités. Sur Libr-critique, on lira/écoutera/regardera : Transpoèmes 1/2 ; Transpoèmes 2/2 ; « Rodez blues, 1/2 : De la relativité du silence » ; « Rodez blues, 2/2 : Ceci n’est pas un voyage autour de ma chambre ».

Éclectiques cités : Porto, Naples, Paris, Pompéi. Lieux : paysages naturels divers ; musées ; maisons… On reviendra bientôt sur l’architecture subtile du livre ainsi que sur l’invention d’un tel objet multipolaire.

26.03.21 Transpoèmes sur Radio Canut

Baptiste Caruana programme plusieurs transpoèmes sortis de l’album transpoétique Eclectiques Cités (Acédie58, 2021) dans l’émission POEZZ E CHRONIK sur Radio Canut. Ecouter : https://radiocanut.org/emissions/poezz-e-chronik/

♦ Rencontre radiophonique avec Laure Gauthier et l’équipe éditoriale d’Acédie 58 présentée par La Bibliothèque des Grands Moulins de l’Université de Paris en direct sur DUUU Radio de 17h à 18h30 le vendredi 2 avril entre les lignes / les mots / les signes / chaque matière…

Comment l’écriture devient-elle un vecteur de de métamorphoses, où chaque lieu traversé donne lieu à un glissement de sens ? Comment lire et interpréter ces transformations ? Quelle entaille creuse l’environnement dans le poème et que nous dit cet écart entre la voix de la situation et celle du texte. Quelles questions nouvelles émergent alors ?

Avec Laure Gauthier, poète et artiste transdisciplinaire, qui écrivait déjà « entre les mots de villon » (je neige (entre les mots de villon), LansKine, 2018), seront abordées ces questions à travers sa pratique de poète et ses recherches universitaires en se concentrant particulièrement sur son nouveau recueil et album transpoétiques Eclectiques Cités qui vient de paraître chez Acédie 58.

Comme Gauthier souligne dans la préface de Eclectiques Cités, « J’appelle transpoèmes des poèmes transgenres qui mutent et migrent. Passent d’une rive poétique à l’autre. Ce sont des segments que je prélève de mes textes publiés ou en cours d’écriture et que j’enregistre à l’aide d’un zoom audio ou de mon smartphone dans différentes situations et différents lieux.
Parler de transpoésie est bien sûr un clin d’œil en sympathie adressé aux travaux sur le genre. Les nouvelles avancées scientifiques et militantes sur le genre nous montrent la plasticité de celui-ci. Les transpoèmes entendent plaider pour la plasticité du genre poétique. Ni poésie sonore ni poésie écrite ni même poésie mixte mais une poésie dont le genre se modifie en fonction des situations. Hors sol, hors livre, ils prennent alors un autre sens…La voix est le carrefour béant entre le sens du texte et le corps du poète qui a fait l’épreuve secrète de ce texte en l’écrivant…Le transpoème est un carrefour naturel : l’écart entre la voix sous le texte et la voix sonore y est vivant et imprévisible. »

Lire entre l’auteur·trice et son texte, entre son corps et ses mots, entre le sens, le son et ses trajectoires…

Libr-8 (reçus et quasiment tous parus en mars 2021)

â–º Des écrivains à la bibliothèque de la Sorbonne – 3 : Hubert Haddad, Line Amselem, Christian Prigent, Mona Ozouf, Laure Murat, éditions de la Sorbonne, automne 2020, 196 pages, 5 €.

► Élisabeth ROUDINESCO, Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires, Seuil, coll. « La Couleur des idées », mars 2021, 288 pages, 17,90 €.

♠♠♠

► Aurélia DECLERCQ, RIKIKI, préface de Pierre Alferi, éditions de l’Attente, mars 2021, 92 pages, 12 €.

► Lionel FONDEVILLE, La Péremption, éditions Tinbad, mars 2021, 162 pages, 18 €.

► Typhaine GARNIER, Configures, éditions Lurlure, mars 2021, 96 pages, 15 €.

► Laure GAUTHIER, Éclectiques Cités, un album transpoétique, Livre (140 x 200) de 92 pages + CD + Livret de 24 pages, Acédie58, mars 2021, 19 € TTC (commander).

► Ryoko SEKIGUCHI, 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent), P.O.L, avril 2021, 256 pages, 19 €.

► Florence TROCMÉ, P’tit Bonhomme de chemin, Lanskine éditions, mars 2021, 56 pages, 14 €.

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/

Alertée par la présence énigmatique de son loup, Ovaine, depuis très peu, s’est affectée au comptage des absents.

Les disparus, 37%, les pas là, 14%, les pas là non plus, 29 %, les invisibles, 17%, les morts, 6%, les décédés, 10%, les exfiltrés, 22%, les enlevés, 32%, les ôtés 11%, les suicidés, 13%, les morts-nés, 9%, les en voie d’extinction, 0,1%, les exclus du comptage, – 0,1%, les non voyants, +0%…

… Ce qui fait tout de même 200 absents sur 100 personnes non présentes au compteur.

Il urge de retrouver les 100 manquant à l’appel.

Après enquête sur une île déserte auprès des suspects, Ovaine remet son rapport : « Une population inquiétante d’absents prolifère en toute impunité. »

Décision est prise à l’unanimité de sonner l’heure de la dispersion.

23 mars 2021

[Chronique] Laurent Fourcaut, Dedans Dehors, par Bruno Fern

Laurent Fourcaut, Dedans Dehors, sonnets contemporains, Tarabuste éditeur, 176 pages, 2021, 16 €, ISBN : 978-2-84587-523-4.

 

Encore une fois, Laurent Fourcaut a joué du sonnet avec ce nouveau livre de plus de 160 poèmes adoptant cette forme, cette longue suite constituant comme le journal intime d’un narrateur autant désigné par la première personne du singulier[1] que par les deux premières personnes du pluriel ou un on.

Parcourant lieux maritimes ou champêtres (la plupart situés dans l’ancienne Basse-Normandie) et urbains (essentiellement Paris, avec une prédilection pour restaurants et bistrots), ce personnage aussi central que décentré entremêle subtilement perceptions, sentiments, souvenirs et réflexions dans des textes qu’on pourrait qualifier de circonstance à condition de ne pas les réduire à des petits tableaux clos sur eux-mêmes – cette dimension picturale étant marquée dès le premier sonnet affirmant que l’objet visé est « le labyrinthe convoité où tout vous prive / vous comble à l’aide de la brosse ou du stylo ». Au contraire, entre la « roseraie profuse » qu’est le monde selon Dominique Fourcade et l’intériorité du poète observateur, ce qui est éprouvé sensoriellement se trouve sans cesse débordé par des jeux de pensées, pour reprendre la fameuse formule d’Arno Schmidt. En témoignent notamment les nombreux échos, diversement explicites, faits à la littérature (de La Fontaine à Verheggen en passant par Baudelaire et Proust), à la musique (de Bach à Eric Clapton) et à la peinture (Le Caravage, Watteau, Van Gogh, Pissarro, etc.), cette érudition éclectique n’étant pas là pour épater le lecteur mais parce que c’est ainsi qu’on écrit – ou plutôt qu’on devrait écrire, à rebours des adeptes de la tabula rasa trop souvent raplapla – « Quand on a une vision fixe, non historique de la langue, on écrit ‘plat’, langue plate, littérairement dominante » (Pierre Guyotat, in Cahier Critique de Poésie, n°1, 2000). Face à cet univers de signes, « le monde muet » (Ponge) est surtout ici celui de milieux naturels de plus en plus menacés par une humanité envahissante, tapageuse (« et le silence un luxe aujourd’hui hors de prix ») et obnubilée par le storytelling du profit à tout prix : « La violence on la sent jusque dans l’air des rues / chaque pouce de l’espace est sous la pression / du forcing de la marchandise vile et brute »… Cela dit, Laurent Fourcaut ne cède pas pour autant à une quelconque tendance néo-bucolique car ce grand dehors qu’est la nature, s’il est préféré aux activités humaines qui le dégradent, ne saurait être entièrement bon : « c’est la cruauté de l’été et son larcin : / il vous dépouille du vieux fantasme du sein / maternel et plus rien où l’on puisse se prendre » De plus, il sait qu’un écart entre les sphères naturelles et humaines demeure irréductible, comme l’illustre ce sentiment océanique contrarié : « voilà le grand théâtre cosmique il vous venge / vous vous sentez prêt à le rejoindre à la nage / mais la conscience (c’est l’ennui) joue l’objecteur ». Enfin, il ne masque pas certaines de ses dépendances envers cette société décriée, une simple panne d’électricité suffisant pour en attester : « vous voilà humilié d’être à ce pont accro / à une anti-nature que vous pourfendîtes / comme groupie du bio intoxiquée aux frites ».

Au-delà de cette disjonction nature / humanité, Laurent Fourcaut n’ignore pas que si les expériences non-verbales échappent peu ou prou au langage l’écrivain peut jouer de ces vides dans la trame : « La jouissance c’est de VOIR les dessous absents / de tout ce creux que rien ne sait remplir ça sent / le parfum sulfureux de l’absence éhontée » – autrement dit par Christian Prigent : « On bâtit une fiction où le réel n’est pas touché, mais arraché en négatif à l’organisation des significations et dessiné en creux : en tant qu’intouchable » (in La peinture me regarde, écrits sur l’art, 1974-2019, éditions L’Atelier contemporain, 2020). Dans cette optique, le sonnet devient l’intersection entre un dedans (sa forme fixe en 14 alexandrins rigoureusement comptés et rimés) et un dehors sensible à travers les acrobaties métriques : enjambements multiples où l’auteur n’hésite pas à couper les mots non seulement entre deux syllabes mais même en deux parties dont l’une est imprononçable, le poème pouvant aller jusqu’à déborder sur un quinzième vers fragmentaire : « ça ne fait pas toujours l’affaire à son léza / rd » ; élisions et amputations : « le désir de durer se rêver Poléon » ; syntaxe plus que bousculée : « le monde se les gants donne d’être immobile » Ces tensions entre « le clos et l’ouvert » (titre de l’un des sonnets) se traduisent également par une ouverture lexicale grand angle, loin de tous ceux qui croient encore que la poésie imposerait de se cantonner à un certain registre – heureusement, ici l’on traverse toutes les strates de la langue, aussi bien sociales qu’historiques, de  « pertuiser » et « orde »  à « bide » et « lousdé » en passant par « iPhone » et « dilection ».

Enfin, Laurent Fourcaut mêle étroitement une mélancolie de fond (« acédie » est l’un des mots récurrents) et un humour qui tente de sauver la mise malgré tout : « rêve d’échapper à l’abjecte compression / pour rejoindre les prés y poursuivre l’étude / du paître et du néant » ou bien « car c’est à ça que ça sert d’écrire / on soustrait un chouïa de sens (et son radis) / à l’absolu recyclage et puis on peut rire »… Par ailleurs, le désir amoureux permet parfois, même si c’est provisoire, d’atténuer cette mélancolie : « pas geindre pas pleurer le leurre féminin / remplit une vie d’homme toujours sur la brèche ».

Avec ces diverses tonalités et un tel travail formel, le sonnet fourcautien finit par constituer l’un des lieux privilégiés où « entre dedans et dehors ça tire un trait ».

 

[1] Et, quand il l’est, c’est souvent pour souligner en quoi son identité ne peut être que fluctuante – ainsi dans le poème justement intitulé Mon hôte l’autre.

21 février 2021

[NEWS] News du dimanche

D’abord, vu l’état d’un petit état nommé fRANCE, on lira l’ÉDITO libr&critique signé CUHEL, avec les dessins extraordinaires de Joël HEIRMAN et Bernard THOMAS-ROUDEIX ; retrouvez ensuite vos « nouvelles aventures d’Ovaine » (Tristan Felix) et vos Livres reçus… Et préparez cet événement des Enjeux littéraires contemporains 13

 

ÉDITO : En Marche Hunique…
/CUHEL, Heirman et Thomas-Roudeix/

© Bernard Thomas-Roudeix

Il faut être réaliste, la vraie Liberté est illibérale,
puisqu’elle permet de mener la Vraie-Politique sans aucune entrave :
peut-il y avoir une Opposition quand la difféRANCE a trouvé son incarnation ?

Une voie libre est une voie dégagée : déblayons nos avenues
et nos universités de ceux qui ont peur de la difféRANCE et de l’adversité !
Tous les obstacles seront déclarés nuls et non avenus.
Une fois la route bien damée, les fausses routes bien damnées,
vive la Voix hunique, celle de la Raison néolibérale –
de l’immondyalisation du monde par hunification !  

À bas la culture de l’Excuse !
Il faut être réaliste : il y a les dominants et il y a les dominés.
Et quelle excuse pourraient avoir ces derniers de trahir leur condition ?
Tous ceux qui contestent la Raison illibérale sont INTOLÉRANTS.
Pourquoi ceux qui ne suivent pas la Vraie-Voie auraient-ils voix au chapitre ?

En régime Hunique, un seul Salut :
Travaillobéissez et consommobéissez !

© Bernard Thomas-Roudeix

Après avoir mis hors d’état de nuire toutes les pièces à gauche de l’échiquier français et contrôlé celles de droite, il reste aux forces ultralibérales une dernière manœuvre pour faire triompher la difféRANCE : l’annexion de l’espace extrémo-droitiste.

Et pour faire une OPA sur cet espace extrémo-droitiste, quoi de mieux, en CA (Comité pour l’Annexion), que l’adoption des mesures prophylactiques adéquates ? Une bonne campagne de désinfection islamo-gauchiste ! Par temps de disette, la chasse aux sorcières c’est comme la chasse aux loups, ça marche à tous les coups !

Tel est le dernier avatar du karmapitralisme*, l’autoritaro-libéralisme. Sa dernière carte : libérer et intensifier la toute-puissance des Bienfouteurs de l’Homonculité pour assurer l’avènement… de la fin des temps.

© Joël Heirman

* KARMAPITRALISME. Religion innoculée par la secte Çaprofite selon laquelle le Capital est l’opium du peuple.

Virus caméléonesque qui, depuis deux siècles, s’est développé, adapté, transformé et renforcé pour devenir invincible.

Il faut être réaliste, le Karmapitralisme est l’avenir de l’Hommoderne, c’est notre destin.

 

DKANALOGUE

  1. Enfin le monde se fit Un.
  2. Enfin le monde se fit Un.
  3. Enfin le monde se fit Un.
  4. Enfin le monde se fit Un.
  5. Enfin le monde se fit Un.
  6. Enfin le monde se fit Un.
  7. Enfin le monde se fit Un.
  8. Enfin le monde se fit Un.
  9. Enfin le monde se fit Un.
  10. Enfin le monde se fit Un.

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Félix/

â—Š Ovaine, en réinsertion, vient de postuler pour un poste d’intégration au compost.

Constellée de pustules, elle rampe parmi les lombrics et numérise l’humus.

Un long ver en sueur, le visage décomposé, l’accoste mollement :

– Je suis à bout, ma mie,  la terre est basse et je suis bien trop long pour mon âge.

Ovaine  en un clin d’oeil le numérise, l’exhume délicatement puis, compatissante, le relève  de ses fonctions.

Dès lors le ver, de toute sa hauteur s’élève au-dessus de la terre rejoindre les âmes seules.

 

♦ Tout au bord des trottoirs, accrochés dans les cheveux, tombés  d’un  cabas, d’une poche ou même des nues, errent des mots en peine, oubliés.

Ovaine les stoque dans un sac : capsule, Acapulco, criquet, polenta, grutier, rat… Il y en a pour tout l’égout.

Elle installe son stand à la sauvette en pleine rue, au pied d’un hospice en ruine.

Viocs et djeuns queutent jusqu’à très loin pour retrouver le bon mot, récupérer le monde.

Les affaires d’Ovaine vont si bon train qu’elle est obligée d’en inventer dans l’urgence, certifiés faux : clapute, alpagure, corlique,  polpita, agruti, rostamalek…

On se les arrache. On prend commande. La maladie d’Elsemeur devient un labo de souvenirs et d’envies merveilleuses.

Libr-événement

Survivez avec l’un des rares événements importants en ce premier trimestre 2021 :

Enjeux 13 « Survivre« , initialement prévu du 2 au 5 décembre 2020 a été reporté du 4 au 6 mars 2021 au Théâtre du Vieux-Colombier Comédie-Française.

Avec Santiago Amigorena, Paul Audi, Jean-Christophe Bailly, Yoann Barbereau, Ugo Bienvenu, Luc Boltanski, Johann Chapoutot, Emanuele Coccia, Eric Dussert, Jean-Michel Espitallier, Claire Fercak, Hélène Giannecchini, Sylvie Germain, Hélène Gaudy, Guka Han, Rémy Jannin, Laurent Jenny, Frédéric Joly, Nathalie Quintane, Charif Majdalani, Sandra Moussempès, Marie-José Mondzain, Baptiste Morizot, Valérie Mréjen, Jean-Luc Nancy, Anne Pauly, Lionel Ruffel, Antoinette Rychner, Emmanuelle Salasc (Pagano), Leïla Sebbar, Vanessa Springora, Barbara Stiegler, François Sureau, Pierre Vinclair, Antoine Volodine.

Et les auteurs des Extensions : Marianne Alphant, Bruno Bonhoure, Jean-Paul Demoule, Sylviane Dupuis, Jean-Pierre Ferrini, Hélène Frappat, Alain Jaubert, Vincent Message, Laurent Olivier, Carlo Ossola, Emmanuel Ruben, Esther Tellermann, Camille de Toledo.

TELECHARGER LE PROGRAMME DE l’EDITION EN LIGNE DU 4 AU 6 MARS 2021.

Libr-6


â–º Le Magasin du XIXe siècle, n° 10 : « Réseaux », éditions Champ Vallon, hiver 2020-2021, 308 pages, 25 €. [Christian PRIGENT a accordé un entretien à cette revue publiée par la Société des Études Romantiques et dix-neuviémistes : « Langagement » – où il est question de Hugo, Rimbaud et Jarry… et aussi du réseau revuiste…

► Christophe ESNAULT, Lettre au recours chimique, éditions Æthalidès, à paraître en mars 2021, 112 pages, 16 €.

► A. C. HELLO, Koma Kapital, Les Presses du réel, coll. « Al dante », à paraître, 112 pages, 12 €.

â–º Samira NEGROUCHE, Traces, Fidel Anthelme X, coll. « La Motesta », Marseille, février 2021, 46 pages, 7 €. [commander : Librairie TRANSIT 45 boulevard de la Libération 13001 Marseille]

â–º Marius Loris RODIONOFF, Procès-verbaux, Les Presses du réel, coll. « Al dante », à paraître, 104 pages, 12 €.

► Ahmed SLAMA, Marche-frontière, éditions Publie.net, février 2021, 130 pages, 13 €.

27 décembre 2020

[News] Libr-fêtes (2)

En ce dernier dimanche de 2020 – annus horribilis -, nulle trêve des confiseurs sur LIBR-CRITIQUE, toujours en veille – avec ses avant-goûts de lecture, ses projections pour début 2021 et sa Libr-rétrospective 2020 (2)…

 

En lisant, en zigzaguant…

â–º « La dématérialisation de l’être par sa numérisation et, désormais, son  offuscation par un masque virtuel ou de chiffe, confisquent la personne, l’aliénant à une pensée confuse qui rend fou.
Alors faut une faille, pour sauver l’envie d’exister »

(Tristan Felix, Faut une faille, Z4 éditions, automne 2020, p. 48-49).

 

â–º « Un candidat à la mairie de Paris est torpillé parce qu’il a sacrifié à Onan devant son smartphone. Un locataire de l’Élysée fait gloser la planète entière par ses escapades en scooter pour porter des croissants rue du Cirque (Labiche, es-tu là ?). Voilà qui nous change des présidents d’antan tombés d’un train en pyjama, ou expirant pendant une douceur buccale…
Ils nous traitent de pauv’ cons, de sans-dents et de gens qui ne sont rien, et ils voudraient qu’on les respecte ? »

Et donc, les Français sont-il moins cons que leurs élus ?
« Ils nous demandent d’agir, mais bloquent la rue dès qu’on esquisse une réforme. Ils exigent l’ordre, mais hurlent au premier coup de matraque. Ils nous exhortent à dire la vérité, mais mais font tourner la moindre phrase en boucle pour peu qu’on omette la langue de bois »…

(Jean-François Marmion dir., La Psychologie de la connerie en politique,
éditions Sciences Humaines, automne 2020, p.  8 et 11).

Libr-rétrospective 2020 (2)

â–º Chronique de Ahmed Slama sur Joachim Séné, L’Homme heureux

â–º Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret sur Philippe Thireau, Melancholia

â–º Fabrice Thumerel sur Cow-boy de Jean-Michel Espitallier +  « Néo-féminismes et néo-puritanismes : la révolution conservatrice »

â–º Chronique de Christophe Stolowicki sur Virginie Poitrasson, Une position qui est une position qui en est une autre

â–º Guillaume Basquin, « L’Édition grippée »

â–º Sébastien Ecorce,« Virologie-permutation-2020 »

► Philippe Boisnard, « Journal de confinement en quête de réseau (1) »

LIBR-CRITIQUE attend début 2021...

► Revue Lignes, n°64 : « TOMBEAU POUR PIERRE GUYOTAT », textes réunis par Donatien Grau & Michel Surya, à paraître le 5 février 2021, 248 pages, 20 €. [Réserver]

Présentation éditoriale. Pierre Guyotat est l’un des plus grands écrivains de l’histoire de la littérature, nul n’en doute qui sait lire. Il vient de disparaître, il venait d’avoir 80 ans. Tous ceux dont le nom suit rendent ici hommage à l’œuvre, à l’homme, qui fut aussi un ami de Lignes.

Pierre Guyotat est mort le 7 février 2020, il venait d’avoir 80 ans. On lui rendait les honneurs, enfin, depuis quelques années. Après qu’on avait fait de lui, longtemps, un objet de scandale.

Ces honneurs qu’on lui rendait enfin (portraits, entretiens nombreux, une biographie, des prix même, in extremis) l’ont fait connaître d’un public plus large. A-t-il permis cependant qu’on comprenne mieux cette œuvre, son œuvre ? Et l’accepte, qui avait fait si peur, et lui avec, au début ? Qu’on dépasse le scandale, pourtant si considérable, créé par Tombeau pour 500 000 soldats, son premier livre sous son nom (1967), et celui, plus considérable, encore créé par Éden, Éden, Éden (1970) ? Le scandale à la vérité que constitue toute cette œuvre, jusqu’à Progénitures (que constitueront les inédits encore) ?

À moins qu’on ne se soit mis entre-temps à aimer autre chose ? L’homme lui-même, son histoire personnelle, ses récits de celle-ci, ses récits de l’histoire en général, magnifiques, sa politique, sa morale, etc. ? L’exception que son œuvre a constituée a-t-elle été recouverte par l’exception que lui-même était ?, C’est possible, mais ce serait au prix que s’oublie ce qui seul compte : une littérature (quoiqu’il n’ait jamais aimé le mot) sans commune mesure.

Souvenirs, études, de proches et d’amis pour la plupart, de lecteurs aussi : pour un hommage et pour un portrait provisoire.

Sommaire

Donatien Grau & Michel Surya, Présentation 7
Régis Guyotat, Au commencement 9
Guillaume Fau, 20h. – minuit 15
Thierry Grillet, De la voix pour commencer 21
Julien Lefort-Favreau, Guyotat, l’histoire, les faits 27
Noura Wedell, S’émouvoir à l’infini de cette beauté qui nous perd 33
François Rouan, Pierre à Laversine 41
Véronique Bergen, Visions de Pierre Guyotat 49
Jacques Henric, Pierre ou les (salvatrices) ambiguïtés 57
Emily Apter, Get Your Knee Off Our Neck !
Guyotat et le « moi indélégable » 63
Donatien Grau, La sensation de l’immémorial 75
Martin McGeown, Une lettre… 81
Catherine Brun, Pierre Guyotat, entre les lignes 85
Patrick Bouchain, Saint-Denis avec Pierre 91
Bertrand Leclair, Pierre Guyotat, hommage 97
Jean-Marc Levent, Pierre Guyotat, une politique de l’amitié 103
Linda Lê, Passer outre. L’univers d’infamie d’un « écritueur » 109
Stephen Barber, Dans les lieux : marcher avec Pierre Guyotat 115
Christian Prigent, Le dernier croyant 123
Michel Surya, Plus fort que Dieu ? 131
Colette Fellous, Istanbul, basse continue 141
Michaël Ferrier, Le vitrail Guyotat.
Pierre Guyotat et la langue française 149
Daniel Buren, « 21 lignes » : travail in situ le 21.12.20 159
Dominiq Jenvrey, Une pensée du non-état
La langue non-compromise de « Progénitures » ne permet pas la révolte 171
Maximilian Gillessen, Une monstruosité infime 187
Éric Rondepierre, Pierre Guyotat connaissait la chanson 187
Pierre Chopinaud, Éléphant 195
Colette Kerber, Pierre 199
Gérard Nguyen Van Khan, Le rire doux et terrible de Pierre Guyotat 201
Philippe Blanchon, Pierre Guyotat au cœur du Livre 209
Stéphane Massonet, Le rythme tumultueux d’un corps s’écrivant 215
Briec Philippon, Plus nu que la vie 221
Emmanuel Pierrat, Pour ne pas oublier la censure 229
Paul Buck, En amitié 237

► Pierre Escot, Spermogramme, éditions Supernova, collection « Dans le vif », novembre 2020, 152 pages, 15 €, ISBN : 978-2-490353-46-0. [Frais de port offerts si vous le commandez chez l’éditeur – car disponible en librairie seconde quinzaine de janvier 2021]

Présentation éditoriale. Spermogramme est le huitième livre de l’écrivain et photographe Pierre Escot. Entre réalité et digression, phantasmes et souvenirs, Spermogramme est écrit sous l’impulsion d’un esprit libre qui contorsionne l’espace et le temps.

Plusieurs histoires se succèdent et s’entrelacent en fragments poétiques et narratifs. On en sort conquis, essoufflé et différent.

Premier livre, premier roman, premier poème écrit à l’orée des années quatre-vingt, Spermogramme nous entraîne dans un flux puissant et halluciné.

« Avant les textes, photos, vidéos, installations et autres musiques publiés par Pierre Escot, Spermogramme : livre premier en-deçà duquel rien d’autre n’était encore exactement et sans lequel rien d’autre ne serait, sous-jacent depuis toujours, apparaissant alors puis disparaissant et paraissant aujourd’hui tel qu’en lui-même, livre originel devenu viatique, qui résiste au temps et impose sa présence, manuscrit en quête d’éditeur pendant plus de trente ans dont l’errance s’achève enfin…  » (Julien Cendres).

► Véronique Pittolo, À la piscine avec Norbert, Seuil, à paraître le 7 janvier 2021, 176 pages, 17 €.

Présentation éditoriale. À l’approche de la soixantaine, une femme doit faire des efforts pour atténuer les rides et bien choisir ses petites culottes, surtout quand elle n’a pas la silhouette d’Ursula Andress.
Des efforts, l’héroïne de ce roman en fait encore, le soir, pour rompre sa solitude sur les sites de rencontre, livrée aux faux-semblants du virtuel.
Avec Norbert (rencontré sur Meetic), elle baise, elle va à la piscine, elle parle de tout, de sexe, du salaire des patrons du CAC 40, des migrants, de #Me too, de sa future (toute petite) retraite. Elle lui parle de poésie, il répond T’as pas d’autres sujets en réserve ?
Il cite la sélection de l’équipe de France, elle préfère Kafka, il la voudrait en robe, elle préfère les pantalons. À part ça, ils s’entendent bien.
À la piscine avec Norbert est un texte cru, drôle et enjoué, une réponse féminine et féministe aux Houellebecq de tous bords.

► François Crosnier, Dan Ornik, Ahmed Slama et Fabrice Thumerel rendront compte des quatre prochaines pépites qui, dans les semaines à venir, enrichiront la collection « Al dante » dirigée par Laurent Cauwet aux éditions Les Presses du réel : Fabienne Létang, Chambre froide (textes de Amandine André, Liliane Giraudon, A. C. Hello) ; Amandine André, Anatomique comme ; Alain Frontier, Du mauvais père ; Liliane Giraudon, Sade épouse Sade. [On peut les commander dès le lundi 4 janvier 2021 sur le site des Presses du réel]

6 décembre 2020

[Livres] Libr-kaléidoscope (1), par Fabrice Thumerel

Annus horribilis / annus libris… Si la lecture ne sauve rien ni personne (sic !), du moins elle maintient l’esprit en éveil : en cette fin d’année, LIBR-CRITIQUE vous propose un RV hebdomadaire, non pas sur les Beaux-Livres, mais sur les vrais livres – ceux qui rendent libr&critiques… Afin de franchir au mieux le passage de 2020 à 2021, on pourra découvrir les publications reçues très récemment ou une sélection de celles qu’on n’a pas encore pu évoquer…

 

► TXT, n° 34 : « Travelangue », éditions Lurlure, Caen, 27/11/2020, 200 pages, 19 €, ISBN : 979-10-95997-30-6. [n° 32 ; n° 33]
[N° 32, par Fabrice Thumerel dans La Revue des revues]

Présentation éditoriale. Avec ce numéro « Travelangue », TXT propose un périple à travers langues donnant une large place aux auteurs étrangers.
On y rencontre un jeune poète russe, Egor Zaïtsev, le brésilien Ricardo Domeneck, accompagné d’Augusto dos Anjos (1884-1914), ainsi que des pièces inédites en français de Raymond Federman.
On croisera aussi quelques « anciens » de TXT comme Christian Prigent, Philippe Boutibonnes ou le très rare Onuma Nemon.
On y découvrira des auteurs plus jeunes d’horizons divers, mais que rassemble une même exigence formelle, comme Stéphane Batsal, Jean-Paul Honoré ou Marine Forestier.
Le thème du voyage structure l’ensemble du numéro, ponctué de rubriques farcesques écrites à plusieurs mains : proverbes et dictons, circuits touristiques, stages poétiques, coutumes locales,  « craductions » utiles, etc.
Le voyage, aussi, comme métaphore d’une écriture exploratrice qui ne se contente pas du prêt-à-parler ambiant…

Les auteurs
Augusto do Anjos, Stéphane Batsal, Antoine Boute, Philippe Boutibonnes, Sonia Chiambretto, Ricardo Domeneck, Raymond Federman, Bruno Fern, Marine Forestier, Typhaine Garnier, Jean-Paul Honoré, Christian Jalma, Philippe Labaune, Ettore Labbate, Adrien Lafille, Pierre Le Pillouër, Jean-Claude Mattrat, Paul Morris, Onuma Nemon, Patrick Quérillacq, Christian Prigent, Yoann Thommerel, Thierry Weyd, Egor Zaytsev.

En bref. Ce qui ressort de cette livraison stimulante et jouissive, c’est une traversée des langues en droite ligne du « langagement » des années 70-80 – à commencer par celles de la domination.
La bonne nouvelle, donc, TXT renouvelle son engagement, il-faut-vivre-avec-son-temps, n’est-ce pas, se mettant au diapason du discours écolo en vogue – mais pas sûr que les Bellez’âmes apprécient : « Interroger, ausculter, diagnostiquer, comprendre les mutations climatiques, TXT s’y emploie en publiant des poèmes labellisés « Ã‰co ». Résolument pédagogos, ils permettent à un lectorat élargi de s’immerger jusqu’au cou dans les grands enjeux poétiques et climatiques d’aujourd’hui : glouglou. »
Vous en reprendrez bien un p’tit dernier pour la route :

« STAGE POÉSIE, NATURE & TRADITIONS

Partez à la découverte de vous-même
explorez votre rapport intime à la Nature

volcans enneigés, lacs turquoises, steppes à perte de vue, laissez-vous envoûter par la richesse de cette terre grandiose et repartez avec votre poème laqué en papier mâché (A4 ou miniature selon taille bagage) dans la pure tradition locale. »

 

► Michèle MÉTAIL, Mono-multi-logues, hors-textes & publications orales (1973-2019), Les Presses du réel/Al dante, novembre 2020, 312 pages, ISBN : 978-2-37896-163-3.

Présentation éditoriale. Ce livre rassemble les textes (inédits ou aujourd’hui introuvables) conçus comme partitions des publications orales de Michèle Métail depuis 1973.

Michèle Métail (née en 1950 à Paris) est poètesse, figure essentielle de la poésie expérimentale et sonore. Elle diffuse, depuis 1973, ses textes au cours de « publications orales », la projection du mot dans l’espace représentant le « stade ultime de l’écriture », son travail étant avant tout celui d’une « présence dans la langue ». Diapositives et bande-son accompagnent parfois ses lectures (plus de 500, en France et à l’étranger), entre oralité et visuel, où elle travaille l’allitération et l’assonance comme un parasitage, un brouillage du sens.
Auteure d’une thèse de doctorat sur les formes poétiques de la Chine ancienne, elle traduit des poètes chinois et allemands contemporains (Ursula Krechel, Christiane Schulz, Thomas Kling, Walter Thümler…), ainsi que de nombreux poètes chinois anciens.
Entrée à l’OuLiPo en 1975, Michèle Métail a pris ses distances vis-à-vis du groupe. Elle a notamment fondé en 1979 l’association « Dixit » avec Bernard Heidsieck, puis, en 1995, avec le compositeur Louis Roquin, l’association « Les arts contigus », qui a organisé plusieurs manifestations inter-disciplinaires.
Michèle Métail a reçu le Prix littéraire Bernard Heidsieck – Centre Pompidou (prix d’honneur) en 2018.

En bref. Désormais, nous pouvons disposer des textes-partitions de Michèle Métail (pièces microphoniques, listes, ready-made, etc.), inédits ou introuvables. Dont le gigantexte n° 3 que, dans la somme qu’elle a dirigée en 2019 – La Poésie en trois dimensions -, Anne-Christine Royère décrit ainsi : « Matière d’images (1996) active quant à lui […] l’histoire des supports de l’écrit, en s’inscrivant dans la lignée du travail typographique des avant-gardes futuristes et dadaïstes. […] Ces feuilles sont autant d’affiches réalisées à l’aide d’un « pochoir industriel » […]. Le texte, consacré à la typographie, utilise celle-ci de manière expressive, joue sur la taille et la couleur de la police comme sur la linéarisation/délinéarisation des mots » (p. 170).

 

► Stéphane VIGNY, PLAIRE, entretien de Stéphane Vigny avec Éva Prouteau, textes de Jean-Michel Espitallier et de Charles Pennequin [français / anglais], Les Presses du réel, novembre 2020, 160 pages, 25 €, ISBN : 978-2-9535809-5-2.

Présentation éditoriale. Première édition monographique de Stéphane Vigny, pensée comme un objet à plusieurs entrées de lecture (la musique, l’architecture, le design, le cinéma ou encore l’érotisme), tout comme le sont les sculptures de l’artiste.
L’ouvrage réunit d’une part un ensemble représentatif de reproductions d’Å“uvres, d’images de références comme outils de travail de l’artiste. Ce vaste ensemble documente vingt années de pratique permettant de parcourir son évolution à travers différents contextes de présentation. Mais cette monographie est aussi pensée comme un espace à investir telle une exposition où des pièces, encore inédites, viennent s’immiscer discrètement. Le lecteur est invité à une promenade indisciplinée à travers un parcours oscillant entre des Å“uvres passées, des Å“uvres inédites, des vues d’expositons, des images d’archive ponctuées de textes de Jean-Michel Espitallier, Charles Pennequin et d’un entretien entre Éva Prouteau et Stéphane Vigny.
À travers un usage répété du prélèvement et du réemploi, Stéphane Vigny (né en 1977, vit et travaille à Paris) développe une pratique sculpturale de l’assemblage. Par association de formes préexistantes, cette manière de faire de la sculpture se fonde sur l’idée que toute matière préformée, quel que soit son lieu d’extraction, est potentiellement utilisable. Jouant tantôt de la surdimension tantôt de la sousdimension, il associe des gestes, des techniques, des matériaux et des savoir-faire en mettant l’accent sur l’usage fertile mais aussi dissonant de la collision hétéroclite des motifs et des formes ainsi que sur l’assimilation d’objets issus d’autres champs que celui de l’art. La curiosité de Stéphane Vigny pour l’hétérogénéité lui offre un champ d’expérimentations et de découvertes infinies qu’il aime explorer sans cesse.

En bref. Ce volume, enrichi de nombreuses illustrations (on en trouvera 151 sur le site de l’artiste), arrive à point nommé pour présenter une œuvre singulière : « L’art de Stéphane Vigny renouvelle en permanence ses rapports à l’objet, et aux actions de réemploi, d’appropriation et de mixage directement rattachées à la pratique de l’assemblage » (E. Prouteau). Stéphane Vigny, drôle de zigue s’il en est, si l’on en croit Charles Pennequin : « Il voulait rester en bons termes avec lui-même, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il avait décidé d’être deux »… Ce patronyme de Vigny, Jean-Michel Espitallier le fait parler en propre : « le rythme, c’est la transe, hypnose et ivresse »…

 

► Séverine DAUCOURT, Noire substance, éditions Lanskine, automne 2020, 36 pages, 13 €, ISBN : 978-2-35963-035-0.

Présentation éditoriale. La maladie de Parkinson est caractérisée par la disparition de neurones dans une zone particulière du cerveau appelée « substance noire » ou « Locus Niger » . Noire substance est un texte, le résidu d’une expérience intime : la mort programmée du père de l’autrice, touché par cette pathologie. Il tente de relater cet étrange voyage au cours duquel le moi se délite et où le corps seul finit par compter et imposer sa façon de parler.
Même s’il intègre à la narration les détails des conséquences de la dégénérescence, ce récit n’est que la vérité de celle qui l’a écrit en cherchant, comme dans ses précédents livres, à ne jamais mentir, à saisir l’abrupt de la vie pour y débusquer aussi l’improbable douceur.

En bref. Ce huis clos dramatique est scandé par un compte à rebours tragique : de « Onze » (« Il se croit mort depuis trois ans ») jusque « Un » (« Au funérarium, le défunt n’appartient plus aux siens »)… Entre ces deux bornes, un récit distancié qui n’omet rien de ce qu’endurent des figures génériques : « le vieux », « l’épouse », « la fille »…

13 septembre 2020

[News] News du dimanche

En route vers un automne que l’on veut résolument créatif : agenda Prigent, agenda Moussempès, RV à la Librairie Texture…

 

â–º Agenda de Christian Prigent : Avant que de rendre compte des deux derniers livres de l’écrivain désormais reconnu (sa correspondance avec Ponge et ses écrits sur l’art), ces deux RV à ne pas manquer…

« Les hommes   s’approprient le monde par quelques tracés articulés qui l’organisent en langage. Mais, du même coup, ils s’en séparent et le disposent dans la distance du symbolique. L’Å“uvre peinte traduit cette distance dans l’écart optique que jauge le regard. Alors la sensation d’une coupure et d’une perte envahit cette distance.
Mais une peinture est aussi un objet ouvré dont la matérialité suggère la réduction de la distance » (La Peinture me regarde, L’Atelier contemporain, août 2020, p. 26).

Christian Prigent à Saran (Orléans), Théâtre de la Tête Noire.
Le mardi 15 septembre à 19 h. Peep-Show, spectacle de Vanda Benes, d’après le roman en vers de Christian Prigent. Compagnie « La belle Inutile ». Conception et interprétation Vanda Benes. Création sonore Paul Gasnier. Lien : http://www.theatre-tete-noire.com/spectacle/presentation-de-la-saison-peep-show/92
Le vendredi 4 décembre 2020, à 20 h 30. Tra la la !, Spectacle de Vanda Benes sur des textes et poèmes de Christian Prigent. Musique Jean-Christophe Marti. Avec Vanda Benes (voix) et Emmanuel Olivier (piano). Lien : http://www.theatre-tete-noire.com/spectacle/fabienne-pralon-et-tra-la-la-/101
Théâtre de la Tête Noire, 219 rue de la Fontaine 45770-Saran. Tél. : 02 38 73 14 14. Contact : contact@theatre-tete-noire.com.

 

► Vendredi 25 septembre à 19H30, Texture Librairie (94, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris), rencontre avec Laure Gauthier et Pedro Garcia-Velasquez.

 

► Agenda de Sandra Moussempès :

- Lecture au Centre Pompidou dans le cadre du festival Extra !, de sa « lettre à une jeune poétesse » (en compagnie de Liliane Giraudon, Nathalie Quintane, Chloé Delaume, Ryoko Sekiguchi etc..) le 26 septembre à 18 heures forum -1 Infos ICI
– Workshops à l’ESAM de Caen  Cinéma/Poésie/Son (écriture et travail en studio autour de la performance) sessions 2020/2021
- Lecture au Centre Pompidou, de Cinéma de l’affect et d’extraits de son prochain livre (à paraître chez Poésie/Flammarion en janvier 2021), le 3 décembre dans le cadre des Enjeux contemporains de la littérature, petite salle, suivie d’une conférence de Jean-Luc Nancy.

 

En lisant, en zigzaguant dans trois livres à paraître…

 

► Tristan Felix, Tangor, PhB éditions, seconde quinzaine de septembre 2020 :
« La veuve Tango danse avec Chevreuille Ecarlate, cette autre échappée de l’espace du leurre, fiancée sur la scène au conte de la lune qui n’avait qu’un œil pour briller.
Qui l’embrasse soudain se noie dans la houle au miroir où chaque bouche de poisson accroche un tesson de verre impénétrable » (p. 32).

 

â–º Jean-Michel Espitallier, Centre épique, éditions de l’Attente, à paraître le 9 octobre 2020 : 

 

« … Mai 68, nouvel épisode de la tradition française de l’émeute, éternel geste romantique de la barricade, envol de pavés, assauts de la troupe. Feux de camp dans la rue. La France de 68 ne peut se résumer aux émeutes du Quartier latin, même si c’est là que s’est forgée la mythologie soixante-huitarde construite sur l’invention de la jeunesse, centrifugeuse pour tous les désirs d’émancipations à venir, carnaval pop où tout sembla soudain possible parce qu’on mit ses désirs dans la réalité » (p. 72).

 

► Véronique Bergen, Belgiques, Ker éditions, à paraître le 21 octobre :
« Dans mon Monopoly mental, une case sur deux est une maison abandonnée, les autres des terrains vagues. Lolita, tu ne vas pas gauchir le parcours gnostique par tes prurits œdipiens, vomir sur le XVIIIe siècle des glaviota punkoïdes, revival post-hippie ? Décode les signaux éparpillés sur cette place, arrête de rémusromuluser auprès de ta Louve. Lève la tête, Lol. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse déposeront leurs derniers messages lors de l’Ommegang et du Tapis de fleurs » (p. 60).

3 septembre 2020

[Livre] Christophe Esnault, Poète né, par Fabrice Thumerel

Christophe ESNAULT, Poète né, photographie d’Aurélia Bécuwe (« Je te salue vieil océan »), éditions Conspiration, printemps-été 2020, 82 pages, 14 €, ISBN : 979-10-95550-12-9.

 

Présentation éditoriale

Ce texte relève du travail éthologique : s’appuyant sur plusieurs années de recherches et d’études de cas sur les réseaux sociaux où l’auteur (un espion) a pisté des « authentiques » poètes (et à travers eux, lui-même) il restitue ce travail sous la forme d’une fiction fragmentée et un brin obscène. Afin d’ouvrir un espace sensible – et sur la suggestion de son éditeur – l’auteur a saupoudré son texte de courts poèmes travaillant le thème de l’effacement, pendant aux egos monstrueux et aux rêves de « glouare » de millions de poètes connectés en permanence. Afin de restituer les différentes strates de personnalités à l’œuvre dans ce texte, le livre a été travaillé pour être un objet graphique à part entière.

Note de lecture : Je te salue Poète-né !

Avec cet opuscule irrésistible, Christophe Esnault adresse un pied de nez à la corporation pétaradante des poètes vivants – pour reprendre une expression de Christian Prigent dans À quoi bon encore des poètes ? (1996) –, dégonflant les idéalismes et mythologies. À commencer par la prédestination-du-Poète, son sentiment d’élection… S’il est né sous les auspices de l’Astre noir de la mélancolie, il n’en croit pas moins à sa Bonne-Étoile : « On ricane dans son dos, mais le poète mettra un jour son nom dans le dictionnaire, il le sait depuis ses six ans, et il y travaille sans relâche la nuit quand les simples mortels vaquent à des rêves ridiculement petits » (p. 20). N’étant pas à un paradoxe près, le poète-actuel travaille à sa postérité sans pour autant ignorer la Muse vénale, moins vache que ses prédécesseurs : « Un partenariat avec l’industrie agro-alimentaire serait une aubaine pour le poète, le poète peut écrire sur tout, la contrainte thématique le stimule » (19-20). Le poète-actuel conserve bien évidemment la posture romantique : « Le poète n’a pas peur des élans lyriques et souvent il est tellement emporté par son propre texte qu’il est le premier à chialer et il doit s’excuser devant son auditoire d’être trop sensible à la beauté » (34). Ce qui ne l’empêche nullement d' »Ãªtre le VRP de lui-même » (49). C’est dire que Christophe Esnault n’oublie pas de démystifier la vanité pathologique du poète-actuel, qui Å“uvre avant tout à « la promotion de lui-même sur les réseaux sociaux » (55). On n’arrête pas le Progrès-Poétique.

Terminons sur une formule lapidaire, à savoir qui lapide celui qui pratique l’art-à-majuscules pour ériger de son vivant sa propre stèle (en pacotille, bien sûr !) : « Le poète a parfois deux muses : son pilulier et sa psychose » (64). Tout lecteur qui se demande « Mais comment peut-on encore aujourd’hui se prévaloir d’être poète ? » ne peut que convenir, un rien amusé, que ce texte satirique ne manque pas ses cibles.

30 août 2020

[Livres] Libr-vacance (3), par Fabrice Thumerel

Pour toutout le monde, les vacances s’achèvent, c’est la rentrée des bambins comme des écrivains : branlebas de combat ! Et on se lance dans la déferlante littéraire… et on est submergé par le raz-de-marée !
Et si, contre la saturation, on tentait la raréfaction : après tout, peu de parutions font date… Bref, tentons de nous maintenir en Libr-vacance : faisons le tri par/pour le vide… et concentrons-nous sur un essentiel que chacun doit construire… À partir, on l’espère, de ces six livres remarquables : L’Ecclésiaste de F. Schiffter, Le Purgatoire irlandé d’Artaud, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, Magdaléniennement, Les Nuits et les Jours, Alma a adoré

 

â–º L’Ecclésiaste, préface de Frédéric Schiffter, traduction de Lemaistre de Sacy revue et corrigée par le préfacier, éditions Louise Bottu, été 2020, 56 pages, 8€.

La première, voire les premières ligne(s) font partie du patrimoine mondial : « Vanité, vanité, tout n’est que vanité. / Que retirent les hommes de toutes les activités qui les occupent sous le soleil ? / Une génération passe, une autre lui succède, mais l’humanité ne change pas »… Ajoutons : À force de toujours-plus, elle n’a jamais été plus près de son autodestruction…
Mais peu savent qu’il s’agit d’autant plus d’un pseudépigraphe que c’est une supercherie littéraire. Comme le souligne Frédéric Schiffter, ce texte est « théologiquement hétérodoxe » : « Hédoniste revenu des plaisirs les plus vifs comme des plus recherchés, l’Ecclésiaste nous exhorte à profiter du « boire », du « manger », des « Ã©bats de la chair » et du « repos », maigres mais concrètes réjouissances que Dieu, économe de Sa bonté à notre égard, daigne nous accorder en compensation de nos souffrances »… Qui plus est, cette leçon de sagesse dont on a oublié la dimension subversive est anthropoclaste, rappelant aux faibles créatures qu’elles ne sont pas à leur place dans ce monde, que leur existence est aussi contingente que celle des autres espèces et que leur péché « est celui de naître »…

 

â–º Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Purgatoire irlandé d’Artaud, dessins de Jean-François Demeure, éditions Au coin de la rue de l’Enfer, Saint-Etienne-les-Orgues (04), été 2020, 68 pages, 13 €. [Lire le texte paru dans la revue Catastrophes, d’où provient la photo de l’auteur devant l’emblématique maison d’Aran]

« c’est insupportable P. B.-V. voyons
quel petit vélo avez-vous dans la tête
c’est moins un livre qu’un bâton que
vous avez pris sur le coccyx » (p. 50).

Voici un poème surgi des profondeurs obscures, celles des souvenirs comme des visions, des rêves comme des légendes, des fantômes comme des fantasmes.
Voici une nouvelle étape sur le chemin des Exils, que Patrick Beurard-Valdoye emprunte depuis 1985 : il emboîte le pas à Antonin Artaud (« Mômô le hiatus entre môme et momie ») jusque dans les îles irlandaises d’Aran, proches du Conemara, qu’en 1937 l’auteur du Théâtre de la cruauté quitta en perdant la raison comme sa canne de saint Patrick – inchose qui hante « la psychose de l’espace » (16)… Pour le déraisonnable Patrick, il s’agit de franchir le seuil de la maison où a séjourné le poète maudit, habitée par des chats – ceux-là mêmes, sans doute, qui peuplent ses cauchemars à son retour… Réinvestir « la maison du poème » de celui « qui veut faire un livre en / guise de porte ouverte » (14), c’est Å“uvrer à la réappropriation de son nom, à lui Artaud qui ne voulait plus signer de son patronyme…

Reste à franchir le seuil de cette épopée/prosopopée, de cet opuscule vibrionnant et à se laisser emporter par l’écriture en dédale de Beurard-Valdoye, tout en évocations, déviations et dérivations.

► Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, printemps 2020, 248 pages, 18,90 €.

Des nombreux documents qui constituent les matériaux de départ, Anne-James Chaton a tiré un scénario haletant au présent, une polyphonie dramatique, une enquête sociopsychologique passionnante.

Qu’est-ce qui a poussé Lee Harvey Oswald à assassiner le président John F. Kennedy ? Une partie de la réponse se trouve-t-elle dans la première section qui remonte à l’enfance de cet orphelin de père : « Le médecin diagnostique une anxiété intense, des sentiments de malaise et d’insécurité comme les principales raisons de ses tendances au retrait et à ses habitudes solitaires. Il a en face de lui le produit d’une maison brisée, son père est mort avant sa naissance, ses deux frères aînés ne manifestent aucun intérêt  pour lui, sa mère, empêtrée dans des difficultés matérielles, ne peut lui consacrer toute l’attention qu’un enfant de son âge est en droit d’attendre » ?

La multiplication des points de vue et la minutieuse reconstitution des faits nous permettent, sinon de cerner une personnalité complexe et contradictoire, du moins d’appréhender un homme instable qui, lecteur d’Orwell comme de Hitler, semble fasciné par l’URSS et Cuba.

 

► Dominique FOURCADE, Magdaléniennement, P.O.L, printemps 2020, 192 pages, 21 €.

Qu’il vous prenne l’envie de vagabonder par monts et par vaux ou que vous soyez en panne d’inspiration, selon la méthode gidienne, plongez-vous dans ce monologue issu d’un véritable « multilogue » : vous attendent des réflexions diverses sur la littérature et la peinture, et même un événement comme l’attentat contre Charlie Hebdo, des notations exquises, des trouvailles stylistiques…

Dominique Fourcade étant poète et non anthropologue, comment expliquer ce titre qui nous ramène à la dernière phase du paléolithique supérieur (entre – 17 000 et – 12 000 avant J.-C.), à savoir à peu près à l’époque des grottes de Lascaux ? C’est qu’il s’agit d’une traversée transhistorique qui s’interroge sur la genèse des formes et relativise l’antinomie ancien/moderne : « le moderne […] l’est seulement dans le meilleur de l’ancien comme il l’est uniquement dans le meilleur de l’actuel » (p. 126). Assurément, Dominique Fourcade est un moderne.

 

â–º Déborah HEISSLER, Les Nuits et les Jours, dessins de Joanna Kaiser, préface de Cole Swensen traduite par Virginie Poitrasson, Æncrages & CO (25), coll. « Ecri(peind)re », juillet 2020, 48 pages, 21 €.

Non pas Les Plaisirs et les Jours, mais le nocturne d’abord : que la lumière du jour décroisse pour qu’advienne celle de la cella, de la camera obscura – celle des blanches visions dans toute leur immédiateté. De tableaux évocateurs d’après-guerre.

Soit quelques figures essentielles (Karol, Blanche…) ; quelques lieux cruciaux en Pologne : Cracovie, Zakopane, Wieliczka, Podgorze… (Zakopane, carrefour entre Pologne, République tchèque et Slovaquie… Zakopane, dont le nom claque, est du reste le titre d’un recueil de Christian Prigent). Se tissent alors des micro-récits elliptiques et d’autant plus suggestifs.

Une esthétique : « Retrouver comme / la langue nous habite / (et aller au travers / l’un l’autre), dénudant la structure » (p. 36).

 

► Sébastien RONGIER, Alma a adoré. Psychose en héritage, Marest éditeur, hiver 2019-2020, 176 pages, 19 €.

Alma a adoré… ça sonne bien ! Mais ce n’est pas qu’une recherche phonique : « Alma a adoré » : Hitchcock himself trouve que c’est un bon présage que son épouse apprécie le scénario que le jeune Joseph Stefano a tiré du roman de Robert Bloch, Psycho (1959). Et vu le succès planétaire, le maestro a eu raison de le financer et de l’imposer à Hollywood.

De façon très vivante, comme à son habitude, Sébastien Rongier analyse finement la stratégie hitchcockienne dans la sphère de la culture de masse – de la production à la médiatisation –, « l’effet Psycho » (de sidération !) et les nombreuses réécritures de la fameuse scène de la douche. Avant d’en revenir à ce qu’il appelle « cinématière » : « Psycho ne produit pas seulement un effet cinéma dans le monde du cinéma. […] La cinématière comme mode de relation esthétique et critique à l’image cinématographique est un véritable enjeu de travail, une matière d’image, un corps à la fois générique et inachevé produisant d’autres formes à partir d’un impensé de l’image » (p. 137).

 

14 juillet 2020

[Livres-News] Libr-News

Dans ces Libr-News estivales, nos Livres reçus… et en avant-première la présentation du numéro 62 de Lignes… et nos Pleins feux sur Christian PRIGENT

 

Livres reçus /FT/

► Poésies sourdes. Les Enjeux de la traduction en LSF, GPS n° 11 collecté par Brigitte Baumié, éditions Plaine page, été 2020, 206 pages, 20 €, ISBN : 979-10-96646-31-9.

Comme nous assistons au réveil de la poésie en Langue des Signes, on trouvera dans ce magnifique volume richement illustré aussi bien des traductions dans l’autre langue de textes classiques qu’une perspective historique insistant sur la « nouvelle poésie sourde (1970-2005) » et des créations contemporaines : on retiendra, entre autres, les poèmes otorigènes de Claudie Lenzi (dont les OTOportées !), le « VibroMessage » signé Éric Blanco… et même un texte traduit en LSF de Julien Blaine !

 

► John ASHBERY, Autoportrait dans un miroir convexe, traduction de Pierre Alferi, Olivier Brossard et Marc Chénetier, postface de Marc Chénetier, éditions Joca Seria, été 2020, 152 pages, 25 €, ISBN : 978-2-84809-344-4.

Présentation éditoriale. «  Tout artiste qui se respecte devrait avoir comme seul objectif de créer une œuvre dont le critique ne saurait même commencer à parler. » Les propos tenus par John Ashbery sur l’œuvre du peintre Brice Marden éclairent la sienne, si singulière, qui s’ouvre avec Some Trees, choisi en 1956 par W. H. Auden pour le Yale Series of Younger Poets Prize. À peine vingt ans plus tard, le magistral Autoportrait dans un miroir convexe, éponyme du poème inspiré par le tableau du Parmesan, mêle réflexions intimes, propositions esthétiques et regards sur le monde environnant à la lumière d’un examen des rapports difficiles entre peinture et poésie.

Libr-point de vue. C’est cette version qui doit figurer dans nos bibliothèques, pour sa traduction, l’élégance du volume et aussi la passionnante postface de Marc Chénetier, « Self-portrait in a complex error », qui offre un pas de côté avec changement d’optique : dans ce texte qui se présente sous la forme d’une lettre au poète, la liberté de ton se conjugue à l’érudition pour remettre en question la référence auctoriale à l’Autoportrait dans un miroir convexe de Parmigianino (vers 1524). En matière d’autoportrait critique, en effet Marc Chénetier préfère au Parmesan Aert Schoumann. /FT/

 

â–º Charles Bernstein, Renflouer la poésie, traduction et postface d’Abigail Lang, éditions Joca Seria, hiver 2019-2020, 100 pages, 18 €.

Abigail Lang a raison d’insister sur l’extraordinaire « Recantorium » (p. 25-40) de celui qui représente une figure de proue des Language poets : « Dans « Recantorium », longue rétractation modelée sur celle qu’eut à faire Galilée devant l’Inquisition mais évoquant aussi la confession puritaine et les procès de Moscou, Bernstein passe en revue, en creux et avec une jubilation évidente, les éléments de sa poétique tout en se payant la tête des inquisiteurs et de tous ceux qui présentent la poésie comme « l’Expression Intemporelle du Sentiment humain universel (SHU ». C’est un combat institutionnel. Sous des dehors bénins, les tenants de la « culture officielle du vers » qui président aux destinées du Mois national de la poésie (l’équivalent de notre Printemps de la poésie) opèrent un coup de force : en invoquant l’universel et le sens commun, ils s’abstraient du champ polémique où s’affrontent les poétiques et s’établissent les valeurs. À l’humanisme anhistorique et à l’essentialisme de la poésie mainstream, Bernstein oppose une poétique pragmatique fondée sur le contexte et l’usage » (p. 84).

 

► Jean-Pierre Bobillot, Trois poètes de trop, Patrick Fréchet éditeur / Les Presses du réel, juin 2020, 144 pages, 14 €, ISBN : 978-2-37896-159-6.

Que peuvent bien avoir en commun le poète symboliste René Ghil (1862-1925) et Jean-François Bory (1938) comme Lucien Suel (1948) ? Ce sont des eXpérimentrop : X comme interdit au Grand-Public, en ces temps de prose transparente écrite en FMP (Français Médiatique Primaire), pour faire un clin d’Å“il à Prigent… C’est dire que l’excès est de moins en moins prisé. Et le poète essayiste de donner cette définition : « (ne) peut être qualifiée d’ « expérimentale » […] (qu’)une œuvre ou une démarche s’attachant à explorer et à exploiter sans réserves toutes les zones et strates de toutes les configurations médiopopétiques possibles, selon les « angles d’attaque » propres à chacune […]. »

LC attend avec impatience…

À paraître le 22 août 2020 : Lignes, n°62 : Les Mots du pouvoir / Le Pouvoir des Mots

Mots contre mots, comme on disait naguère « front contre front ». Parce que les opérations de domination sont aussi, autant, des opérations de langage, lesquelles vont bien au-delà de ce qu’il est convenu, de part et d’autre, d’appeler des opérations de communication. Ce qui s’en trouve touché, affecté, est d’une nature bien plus profonde, et corruptrice.

« Mots », « pouvoir », deux mots (dont le mot «  mots ») pour un même titre, en réalité. Pour dire combien nous avons trop affaire aux mots du Pouvoir, et celui-ci pas assez aux nôtres (« Pouvoir » avec une majuscule, pour faire des pouvoirs existants, politiques, économiques, patronaux, etc., un seul, celui qu’il est).

Trop affaire aux mots dont le Pouvoir se sert, et à ceux qui servent le Pouvoir, et pas assez à des mots, qui ne le servent pas, en mesure, au contraire, de le desservir.

Trop des mots qui asservissent et pas assez des mots… « sans service », « hors service », qui « desservent » même, où en allés ?, de la littérature, du poème, de la pensée, de l’impossible, de la beauté, de la révolte, etc.

Invitation a donc été faite à chacun de ceux dont les noms suivent de choisir un mot (ou plusieurs), ou court groupe de mots (ou plusieurs), parmi tous ceux dont le Pouvoir se sert pour rendre sensible (brutal, arrogant…) que c’est lui qui le détient, et que c’en est fait cette fois des mots des autres ; ou de choisir un mot ou court groupe de mots qui le lui conteste (qui prenne au mot les mots du Pouvoir), qui oppose aux mots du Pouvoir le/notre pouvoir des mots.

Table

  • Michel Surya, Présentation
  • Marc Nichanian, Apparat : du pain sur la planche
  • Léa Bismuth, Appel à projet
  • Jacob Rogozinski, Bienveillance
  • Xénophon Tenezakis, Faire collectif
  • ZAD, Été 2019, Communautés
  • Olivier Cheval, Croche-pied
  • Jacques Brou, Les CV de nos vies courues d’avance
  • Alain Hobé, Disparêtre
  • David Amar, Disruptif
  • Éric Clemens, Division
  • Cécile Canut, Espérance
  • André Hirt, « Espérance de vie… »
  • Jean-Christophe Bailly, L’Excellence, fleuron de la nouvelle langue de bois
  • Susanna Lindberg, Extinction
  • John Jefferson Selve, La foi narcissique
  • Christiane Vollaire, Garde à vue
  • Christian Prigent, Chino chez les Gorgibus
  • Jean-Philippe Milet, Y a-t-il un bon usage du mot « haine » ?
  • Francis Cohen, L’imprononçable : une politique
  • Martin Crowley, Impuissances
  • Georges Didi-Huberman, « Institution »
  • Yves Dupeux, Justice du pouvoir / pouvoir de la Justice
  • Didier Pinaud, Le mot Livre
  • René Schérer, Le gros Mot
  • Philippe Blanchon, Les Mots du Pouvoir…
  • Plínio Prado, Non-Mot
  • Gaëlle Obiégly, Nous, pronom
  • Mathilde Girard, « Pamela m’a radicalisée »
  • Alain Jugnon, La fausse Parole
  • Gérard Bras, Peuple(s)
  • Alphonse Clarou, Philosophe
  • Serge Margel, Possession
  • Michel Surya, Prendre
  • Guillaume Wagner, Prendre au mot, Prendre le pouvoir
  • Jean-Loup Amselle, Restitution
  • Sophie Wahnich, Révolution
  • Mehdi Belhaj Kacem, Rien
  • Jérôme Lèbre, La Rue
  • Henri-Pierre Jeudy, La valse des sémantiques institutionnelles
  • Pierre-Damien Huyghe, Du Service comme concession
  • Sidi-Mohamed Barkat, Violences policières
  • Philippe Cado, Blissfully yours

Annexes

  • Jean-Luc Nancy, Prendre la parole, prendre le pouvoir
  • Bernard Noël, Révolution

L’AUTRE BLANCHOT (suite et fin)

  • Michel Surya, À plus forte raison
  • Deux lettres de Jean-Luc Nancy

Pleins feux sur Christian Prigent

â–º Pour revenir à ce numéro 62 de Lignes, Michel Surya demande à Christian Prigent un « journal de confinement »… L’écrivain ne pourra lui livrer qu’un extrait du travail en cours, « Chino chez les Gorgibus » (Chino au jardin, P.O.L, à paraître début 2021) :

« Honteux, plutôt, que la fiction en cours ne répercute rien de l’actualité. Mais pas mécontent qu’elle ait protégé des crises de nerfs, râleries politiques rituelles, équanimités sur-jouées, arrogances inciviles, ping-pong d’expertises contradictoires, délires catastrophistes et prises de paroles de n’importe qui n’importe comment sur n’importe quoi — qui sont l’ordinaire du monde mais qu’avive la préoccupation paniquée de soi qui l’investit depuis des semaines et fait s’hystériser ses « réseaux ».

C’est en 2019. Chino est revenu habiter là où il vécut enfant. C’étaient des jardins ouvriers, autrefois. […] »

â–º Christian Prigent, La Peinture me regarde. Écrits sur l’art 1974-2019, L’Atelier contemporain, 20 août 2020, 496 pages, 25 €.

« Peinture comme poésie » : tel est donc le mot d’ordre que le lecteur trouvera richement décliné au fil de ces quelques cinquante textes écrits entre 1974 et aujourd’hui. Issues de diverses revues et réparties en plusieurs sections, ces analyses critiques concernent tantôt les peintres de Supports/Surfaces (Dezeuze, Viallat, Arnal, Boutibonnes…), tantôt des phénomènes de la peinture ancienne revus par l’œil moderne (anamorphoses, motifs non figuratifs du Livre de Kells…), tantôt la peinture de grands peintres du siècle dernier (Twombly, Bacon, Hantaï…), tantôt celle de contemporains et « amis » de l’auteur (Pierre Buraglio, Mathias Pérez…), tantôt enfin d’autres disciplines artistiques à l’origine de questionnements semblables (la gravure, l’image pornographique, la photographie…).

Il n’est pas anodin que la première question de l’entretien disposé par Christian Prigent en préambule de ses écrits sur la peinture soit la suivante : « Qu’appelez-vous “poésie” ? » Lui-même n’en cache pas la raison : « Je ne suis pas un critique d’art. Je regarde la peinture à partir de ce qui m’obsède : le langage poétique. C’est peut-être une façon de ne pas voir comme il faudrait. Mais c’est une façon de voir. Il y a des précédents. »
Loin cependant d’accumuler des analyses disparates, le livre les enserre dans une armature conceptuelle. Ce qui les apparente, c’est en effet cette même expérience qui fonde aux yeux de Christian Prigent l’identité de la poésie et de la peinture : celle d’un « désarroi » de la représentation, dans lequel la moindre forme se désigne elle-même comme insuffisante en regard du réel informe. Or cette expérience n’est pas uniquement un constat critique, elle est la sensation même dont l’auteur déclare partir lorsqu’il écrit : « Je crois que ce qui fait écrire, c’est la conscience à la fois douloureuse et jouissive de cette “différence” entre la polyphonie inaraisonnable de l’expérience et le monologue positivé et médiatisé. »
Ces essais sur la peinture ne sont donc en rien des à-côtés de l’œuvre, mais le révélateur du questionnement d’un écrivain pour qui, non moins que peinture et poésie, poésie et critique sont intimement liés.

â–º Francis Ponge – Christian Prigent. Une relation enragée : correspondance croisée 1969-1986, édition établie, présentée et annotée par Benoît Auclerc, L’Atelier contemporain, 20 août 2020, 224 pages, 25 €.

Francis Ponge a soixante-dix ans lorsque, en août 1969, il reçoit d’un étudiant de Rennes un mémoire consacré à son oeuvre. Cet étudiant, c’est Christian Prigent, alors âgé de 23 ans et fondateur de la tout nouvelle revue TXT. Son oeuvre poétique et critique est encore balbutiante, et pour cause : il semble que pour l’initier, il lui faille en quelque sorte traverser celle de Ponge. « Je m’explique tout par elle » , confie-t-il à celui qui se retrouve, de fait, en position de maître.
En 1984, dix ans après que la rupture aura été consommée, il lui parlera du « ‘meurtre du père’ par lequel, peut-être (? ) il fallait que je passe pour écrire hors de la fascination de votre travail ». Correspondance entre un « grand écrivain » et un « jeune homme » , selon les termes dans lesquels s’institue l’échange, cette suite d’une centaine de courriers étalés entre 1969 et 1986 a cependant peu en commun avec les Lettres à un jeune poète – ne serait-ce que parce que les rôles, sur la scène littéraire, ne sont pas aussi fermement assignés.
Ponge, étant sorti de l’isolement dans le courant des années 1960, cherche à asseoir son oeuvre et à lui assurer des héritiers ; Prigent, lui, cherchant son écriture, évolue très vite sur le plan esthétique et idéologique. Leurs échanges, même empreints d’estime et d’admiration, sont donc également stratégiques, d’autant plus qu’ils impliquent un tiers : la revue Tel Quel, alors importante promotrice de l’oeuvre de Ponge.
Ces lettres, qui relatent entre autres l’introduction de Prigent auprès des membres de Tel Quel, la conception d’un numéro de TXT spécialement consacré à Ponge et les préparatifs du colloque de Cerisy, sont donc un document de notre histoire littéraire récente. Outre qu’elles éclairent la réception d’une oeuvre qui entend incarner « un apport aussi radical (pour le moins ! ) que celui d’Artaud ou de Bataille à la mutation en cours » , elles témoignent de l’effervescence intellectuelle et politique de l’après-68, laquelle sera la cause majeure de la rupture entre les deux interlocuteurs – l’un, gaulliste affirmé depuis Pour un Malherbe, l’autre, porteur des idées du mouvement étudiant – après le virage maoïste de Tel Quel en 1972.
Spectacle d’une transmission ambiguë au-delà d’un fossé générationnel ? Tel est peut-être ce que donne à voir cette correspondance. En ce sens, elle contribue aussi à la compréhension de l’oeuvre de Christian Prigent – « Malaise dans l’admiration » , tel est le titre d’un article qu’il a consacré à son aîné en 2014. Signe d’une « relation enragée » , pour reprendre l’expression de Benoît Auclerc, concepteur de cette édition.

â–º Enfin, signalons deux superbes chroniques sur Point d’appui (P.O.L, 2019) : « Ce livre peut en effet être perçu comme un atelier de la pensée du poème et du poème de la pensée. Car s’il s’agit d’un journal, il est d’un type particulier : on n’y trouvera point l’enregistrement minutieux du quotidien et pas davantage une fresque de l’intime, mais, dans la chronologie des jours, un cheminement réflexif qui embrasse une grande variété de thèmes, sans proscrire l’empreinte autobiographique. Des explorations critiques, des méditations, des souvenirs, des rêves, des notes sur des films, des écrivains ou des peintres, Christian Prigent n’exclut rien de ce qui se présente à son esprit au fil du temps » (Jean-Baptiste Para, dans le numéro estival de la revue Europe).

« La métaphore du Point d’appui, au regard d’un journal qui s’amuse  à scander son fil, déjà si peu narratif, avec des interludes poétiques, souligne  singulièrement l’énergie musculaire d’une écriture, dont le propos affiché  est d’opposer à l’emprise des représentations communes, de quelque nature qu’elles soient, poétique, politique, sexuelle,  un peu  de ce Réel que nous dérobe la prompte « coagulation » du sens » (Cécilia Suzzoni, dans le numéro d’Esprit de juin 2020).

14 mars 2020

[Chronique] Éric Clémens, TeXTes (anthologie), par Bruno Fern

Éric CLÉMENS, TeXTes 1970-2019, anthologie composée par Dominique Costermans et Christian Prigent, illustrations de Philippe Boutibonnes, Marcinelle (Belgique), éditions du CEP, mars 2020, 144 pages, 15 €, ISBN : 978-2-39007-054-2.

 

Auteur de nombreux ouvrages aussi bien philosophiques que littéraires, Éric Clémens en publie ici un nouveau, fait de textes issus de ces deux veines et parus dans la revue TXT, du n° 2 (1970) au n° 33 (2019)[1]. À plusieurs reprises il y souligne les liens qu’il établit entre ces régimes différents d’écriture pour lui : « la fiction déchaîne la pensée : elle l’ouvre toujours à sa genèse et à son achèvement, jamais fixés », une telle démarche s’inscrivant dans la perspective d’une émancipation qui soit à la fois civique et artistique – autrement dit, dans l’exigence a priori paradoxale d’un en commun et d’une singularité. Du premier au dernier texte, on repère vite des lignes de force comme autant de questions fondamentales sans cesse retravaillées, tout particulièrement la mort, le sexe, la langue et le politique, croisées à travers des pôles entre lesquels l’écriture n’en finit pas d’osciller : excès/formalisation, réel/langage. Recourant à de multiples notions, essentiellement philosophiques (de Platon à Derrida), psychanalytiques (Freud et surtout Lacan) et littéraires (de Rabelais à certains de ses compagnons de route txtienne, en passant par Sade, Rimbaud, Mallarmé, Artaud, Bataille, Ponge, Max Loreau et Marc Quaghebeur, entre autres), Éric Clémens tente ainsi de penser sa pratique de lecteur et d’écrivain.

Selon lui, une lecture digne de ce nom doit être suffisamment lente pour opérer « un mouvement de doublement du texte lu » qui permette de mettre en évidence ses contradictions internes (c’est-à-dire l’absence en lui de « non-contradiction décisive »), sa dimension d’intertextualité et son caractère intrinsèque d’inachèvement. Au fil des années, il a lui-même appliqué cette méthode au décapant verheggenien dont il analyse avec précision l’efficacité, via une « cocasserie déformante », envers les discours totalitaires (ceux du maoïsme vivace à l’époque et d’une conception dogmatique de la psychanalyse) ; de même, il distingue dès 1985 les principales caractéristiques de la langue inventée par Christian Prigent et, par ailleurs, dans une approche bataillienne, il affirme de Rabelais que sa « fiction ne pourra dire les dépenses du réel (jouir, mourir) que dans les langues de la dépense ». Pour ce qui tient à l’écriture, Éric Clémens s’attache à détailler les trois composantes, à ses yeux, de la fiction telle qu’il la conçoit : la figuration (qui « cherche à doubler le réel d’un supplément qui ne lui ressemble pas, mais y insère des inventions de rapports »), le rythme qui « touche à toutes les dimensions de la langue et à toutes les sensations du corps, entre en jeu par la voix, au signifiant et au souffle » et la narration qui, loin d’une linéarité pseudo-transparente, « joue et déjoue les événements singuliers qui forment récit ».

D’un numéro de TXT à l’autre, ces deux questions centrales, parfois abordées par le biais de diverses problématiques (le carnavalesque, la pratique vidéo dans ses rapports à la fiction, la BD et l’illusion représentative, etc.) ont permis à Éric Clémens d’exprimer des positions qui échappaient heureusement aux modes successives de pensée – l’ensemble finissant par retracer une histoire certes personnelle mais significative du projet txtien qui était (et reste encore) de « vider la poésie de la poésie qui bave de l’ego, naturalise et mysticise, dénie obscurités, obscénités, chaos et cruautés, décore le monde et marche à son pas – même quand elle affirme le contraire, au prétexte de quelques énoncés protestataires »[2].

Quant aux textes de fiction de l’auteur lui-même, ils attestent de la cohérence de sa démarche car on y retrouve la plupart de ses interrogations théoriques : « simul or et corps / usure / simul ocre / âcre corps geste-sexe / simulacre / ocre d’or » (1970) ; « Et la langue ? / Qui survient ? Force le passage ? » (1988) ; à propos de passage, notons celui qui mène du titre d’un poème de 1990, Métamorphoses, au dernier vers : « Mets ta mort fausse » et pour poursuivre sur cette lancée : « je suis mort existe pas mais j’existe oui ça oui je ne cesse pas de rester en vie jamais suis mort jamais encore moins j’étais jamais pas de jamais pas de j’aimais à l’imparfait » (2018) – autre façon d’y être toujours.

TXT boys : de gauche à droite, Éric Clémens, Alain Frontier et Christian Prigent.

[1] TXT est parue de 1969 à 1993 (n° 1 à 31) puis réapparue depuis 2018 (n° 32 et 33).

[2] Christian Prigent, Point d’appui 2012-2018, P.O.L., hiver 2019 (une vraie mine à explorer), p. 231.

8 mars 2020

[News] News du dimanche

Riche mois de mars : UNE sur Julien BLAINE ; notre Libr-sélection de livres reçus ; nos Libr-brèves par monts et par vaux…

UNE : pas de Fin pour un grand artiste… Julien BLAINE

Du 14 mars au 10 mai 2020 à La Tour-Panorama, 3e étage, VERNISSAGE LE 13 MARS 2020 : Le Grand Dépotoir de Julien Blaine.

INFOS PRATIQUES

Bon débarras / Fin d’un artiste. Après toute une carrière passée à contre-courant du marché de l’art, Julien Blaine, poète, performeur et l’un des créateurs de la poésie-action, a décidé de liquider sa vie d’artiste. Tout doit disparaître ! « Le public pourra venir choisir les Å“uvres qu’il désire emporter gratuitement. »

 » Évidemment ce serait plus pertinent, plus exemplaire, si j’étais Christofer Wool, Peter Doig,
Damien Hirst, Richard Prince, Anselm Kiefer, Adrian Ghenie, Marc Grotjhan, Rudolf Stingel, Zeng Fanzhi, Yoshitomo Nara, Jeff Koons, Ai Weiwei…

Si j’étais un artiste issu de l’impérialisme américain made in United State of America ou asiatique made in République Populaire de Chine !

Je ne suis que Blaine, Julien Blaine, et je ne suis pas dans le marché de l’art à part quelques rares collections italiennes, suisses, floridiennes et françaises que je puis compter sur les doigts de mes 2 pieds.

Le but de cette exposition Le Grand Dépotoir est donc le suivant : montrer tout ce qui me reste dans mes ateliers : absolument tout ! Les choses seront déposées dans les pièces et sur les cimaises de l’expo de-ci, de-là à l’emporte-pièce (le mot composé est doublement juste).
L’exposition durera un mois, durant ce mois le public pourra venir choisir les Å“uvres qu’il désire emporter gratuitement. Et à la fin, le mois étant écoulé, ce qui reste de l’expo composera un beau feu de joie à moins que tel musée les récupère dans ses réserves… !
Et je ne produirai plus que du texte dans des livres ou des revues.
Plus aucune toile, dessin, sculpture, installation, plus rien pour les collectionneurs, les galeries et les musées. Et pas loin de passer au stade octogénaire, je cesserai aussi de me produire en chair et en os et en public.  » /Julien Blaine/

BON À SAVOIR

Le Grand Dépotoir est un drame en trois actes :
– Acte I • Bon débarras / du 14 mars au 12 avril
– Acte II • Tout doit disparaître / du 17 avril au 9 mai
– Acte III • Liquidation avant fermeture / le 10 mai

Pendant toute la durée de l’exposition, le public est invité à choisir et garder l’Å“uvre de son choix.
> À chaque début de nouvel acte (les 13 mars, 17 avril et 10 mai), possibilité de repartir tout de suite avec !
> Le reste du temps, possibilité de réserver l’Å“uvre de son choix et de venir la récupérer aux dates de retrait :
Réservation d’Å“uvre du 14 mars au 12 avril – retrait les 11 & 12 avril
Réservation d’Å“uvre du 18 avril au 9 mai – retrait les 8 & 9 mai

Trois entractes performés ponctuent l’exposition :
24 avril : Charles Pennequin et Will Guthrie, batteur
3 mai : Edith Azam et Eric Ségovia, guitariste
10 mai : Julien Blaine et Richard Léandre, contrebassiste

HORAIRES

Vernissage le 13 mars à partir de 18h – Performance de Julien Blaine à 19h dans l’espace d’exposition

Exposition ouverte du mercredi au vendredi de 14h à 19h
Samedi et dimanche de 13h à 19h

Attention, fermé les lundis et mardis

Libr-10 (notre sélection de livres reçus en février/mars 2020)

► Pierre ALFERI, Divers chaos, P.O.L, 270 pages, 18 €.

► Julien BLAINE, Le Grand Dépotoir, Al dante/Presses du réel, 224 pages, 25 €.

► Julien BLAINE, 2019. Albumanach bisannuel, ibid., 248 pages, 30 €.

► Jean-Philippe CAZIER, Europe Odyssée, éditions Lanskine, 48 pages, 13 €.

â–º Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, 248 pages, 18,90 €.

► Éric CLÉMENS, TeXTes 1970-2019, anthologie composée par Dominique Costermans et Christian Prigent, illustrations de Philippe Boutibonnes, Marcinelle (Belgique), éditions du CEP, 144 pages, 15 €.

► Christophe ESNAULT, Ville ou jouir et autres textes navrants, Mugron (Landes), éditions Louise Bottu, 164 pages, 14 €.

â–º Christophe GROSSI, La Ville soûle, Publie.net, coll. « Temps réel », 232 pages, 18 €.

â–º A.C. HELLO, Animal fièvre (2 CD), Trace Label : commander. La Peau de l’eau, Pariah, 16 pages, 5 €.

► Jean-Claude PINSON, Pastoral. De la poésie comme écologie, Ceyzérieu (Ain), Champ Vallon, 180 pages, 18 €.

Libr-brèves

► Découvrez l’envoûtant premier ciné-poème de Christophe Manon, « Ce sont des boutons imbéciles ceux qui commandent aux bombes ».

► Lecture de Michael Heller, Sara Larsen et Sandra Moussempès le jeudi 12 mars à 19h : Atelier Michael Woolworth (2 rue de la Roquette, cour Février 75011 Paris).

► OBLIQUE STRATEGIES / PART 2 Proposé par VOIX OFF : 7 mars-18 avril 2020
Samedi 14 mars 2020 à 18h : Lecture par Pierre Alferi, Jean-Christophe Bailly, Frédéric Boyer, Suzanne Doppelt, Abigail Lang et Dominique Pasqualini. Martine aboucaya : 5 rue sainte anastase 75003 paris (tel +331 4276 9275)

► Jeudi 19 mars à 19H, Le Bal des Ardents (17, rue Neuve 69001 Lyon) : Rencontre avec Philippe Thireau, Gilbert Bourson et Guillaume Basquin (éditions Tinbad).

► À l’occasion de la sortie française de Ce qui n’existe plus, Krishna Monteiro sera présent le 26 mars 2020 de 19 h à 21 h à la Librairie portugaise et brésilienne, 21 rue des Fossés Saint-Jacques 75005 Paris.

[Chronique] Néo-féminismes et néo-puritanismes : la révolution conservatrice… (Fabrice Thumerel)

Une journée des droits-de-la-femme : plus symbolique que politique, à l’évidence.
Tout de même, depuis le 1er mars dernier, notons l’obligation pour les entreprises d’au moins 50 salariés de communiquer l’Index  de l’égalité femmes-hommes. Sans compter l’actuel renforcement de la lutte contre le harcèlement sexuel, les violences et les comportements sexistes.
On ne peut que s’en réjouir.

Quant au jouir… En cette époque qui préfère les draineurs aux dragueurs, fuyant les malsaines moiteurs pour privilégier le lisse, l’inodore et l’insipide ; en cette époque de guerre des sexes où tout homme est un porc qui s’ignore, où la nouvelle Préciosité entreprend une purification de la langue et où le néo-féminisme prône un retour au lansonisme en rejetant l’homme dans l’Å“uvre… La bien-pensance n’ayant pas de frontières, sauve qui peut !

C’est le moment de (re)lire le tonique numéro de Lignes, intitulé « Puritanismes : Le néo-féminisme et la domination » (n° 57, automne 2018).
Tonitruer contre la domination 
masculine permet-il « de penser la question de la domination », demande Véronique Bergen, qui associe néo-libéralisme et néo-puritanisme ? Selon elle, le mouvement #BalanceTonPorc, « fallacieusement présenté comme une défense du droit des femmes, des droits des minorités, comme un vecteur d’émancipation », n’est en fait qu’un « mouvement dogmatique de néo-puritanisation ».

Dans « Cochonnerie d’écriture », Christian Prigent, celui qui incarne haut et fort la modernité avant-gardiste, ne peut que fustiger une névrose puritaine qui n’est que la face moralisatrice de l’immoral capitalisme.
Tout d’abord, en guise de préliminaire, cet irrésistible avertissement ironique :
« Prudence, petit homme : tu es coupable, forcément coupable. Pas violeur, certes. Harceleur ? Non plus. Mais à l’occasion séducteur sur fond d’autorité professorale ou de prestige littéraire. Suborneur, alors ? sans doute (retenu, mais foncier). Aimant du sexe l’inavouable, l’excessif, le complice avec l’abjection. Mesurant au jour le jour la différence entre l’expansion inextinguible du fantasme et la petite misère sexuelle courante. Emberlificoté par conséquent dans les fils de névrose noués par cette mesure. Pervers à proportion de cette névrose. Balançable, donc, pour peu que tu mettes un bout de nez ou de sexe dehors. »
Cependant, grand amateur des aspérités et impuretés en tous genres propres à toute véritable expérience – fût-elle scripturale -, ce « petit homme » ne fait pas dans la prudente retenue : contre l’hygiénisation de notre relation au corps comme au sexe, contre la naturalisation homogénéisante de la langue comme de son usage poétique, l’horrible trouvailleur (Le Pillouër) en appelle à l’ordure et… à Artaud ! Que sont ces néo-puritains ? « Des chiens, qui pensent immédiatement avec la terre ».
Quant à la grotesque régression nommée « écriture inclusive » – qui en fait occulte les causes sociopolitiques des différences sexuées -, elle fait l’objet d’un traitement comique dans « Zoorthographe d’usage », cette « sotie pour deux voix » que l’on retrouve dans Poésie sur place.

Pour être régressif et excessif, le néo-féminisme puritain n’est assurément l’avenir ni de la femme ni de l’humanité.

23 février 2020

[News] News du dimanche

En marche vers le printemps avec Christian Prigent en UNE ; et aussi Benoît Toqué, les Festivals (Les BRUISSONNANTES et festival des mots, des rimes et des lyres)…

UNE : RV avec Christian PRIGENT

► Dans le passionnant numéro que la Revue Europe consacre à « poésie et chanson » – qui paraît en date du mois de mars 2020 -, on lira avec grand intérêt la position de Christian Prigent, que résument ces deux courts paragraphes de son article, « La Lyre et la Flûte » : « Avoir recours à la chanson (motif impulseur d’égarement et modèle d’une forme arrangée) sert à ça. La chansonnette sauve la poésie. Lui délace son corset, la dénude. Jarry fait ça. Et Queneau. Prévert, bien sûr (rétif à l’emphase poétique — mais aussi bien à toute rétention surindiquée de l’immédiate émotion). Desnos : Chantefables5, Complainte de Fantômas. Et même Hölderlin, passant des grands hymnes « grecs » et des odes majestueuses, aux bluettes franciscaines flottantes signées Scardanelli.

Soigner façon bonne femme ou cultiver la blessure : ça se passe entre les deux. Quoi, ça ? : écrire dans la poésie une autre sorte de poésie, ennemie (ennemie du dedans). Entre le remède et le poison : pharmakon. Plutôt qu’opposer banalement poésie (savante, profonde, artiste : Hugo) et chanson (populaire, superficielle, artisanale : Béranger) : essayer de penser cet entre-deux que dessine Rimbaud, ce qui s’y articule, pourquoi, comment, poussé par quoi, allant vers où. »

► Christian Prigent à Clermont-Ferrand. Les 19, 20 et 21 mars 2020. Lectures et interventions diverses (librairies, écoles…) dans le cadre de la « Semaine de la poésie ». Programme détaillé sur le site.
Contact : 04 73 31 72 87.

► Christian Prigent à Etables-sur-Mer (22). Le 9 avril 2020, à 19 h. Lecture dans le cadre des « Escales gourmandes ». Au bar Le Tagarin, 15 rue Pasteur, 22680-Etables-sur-Mer. Tél. : 02 96 65 47 35.

► Christian Prigent à Mers-sur-Indre (36). Les 25 (à 19 h) et 26 avril 2020 (à 15 h). Dans le cadre du Festival « livres en fête ». Lectures (« Chino à travers les âges »), avec Vanda Benes. Contact : claire.poulain@ouvaton.org. Tél. : 02 54 31 13 23.

► Christian Prigent à Saint-Brieuc (22). Le 15 mai 2020, à 19 h. A la Maison Louis Guilloux, 13 rue Lavoisier, Saint-Brieuc. Lecture-débat : « Ecrire le peuple aujourd’hui ». Contact : www.louisguilloux.com Tél. : 02 96 61 57 54.

Libr-événements

â–º Jeudi 5 mars à 18H aux éditions Extensibles (44, rue Bouret 75019 Paris) : vernissage du volume 1 d’Entartête, de Benoît Toqué.

► Du 19 au 21 mars, Festival Les Bruissonnantes au Théâtre Le Hangar de Toulouse (11, rue des Cheminots) :

Les Bruissonnantes est un festival dédié aux écritures contemporaines mises en voix, en espace et en mouvement par leurs auteurs. Il vise à faire de la poésie contemporaine la plus exigeante une expérience sensible à partager. Organisé dans le cadre de la manifestation nationale le Printemps des Poètes, il se déroule au théâtre Le Hangar à Toulouse trois soirées durant et donne à entendre « le » poème dans une grande diversité de formes : performances, poésie sonore, lectures intimistes, écritures vocales et musicales. Par ce décloisonnement, il est question d’exposer les enjeux qui traversent les écritures contemporaines dans leur volonté d’inventer ou de révéler un sens concret, polyphonique et sensible.

Artistes invités : Patrick Quillier, Violaine Lochu, Lise Avignon, Sébastien Lespinasse, Eduard Escoffet, Anne Kawala, Les Parleurs, Helved Rüm, La Copule

Réservations vivement conseillées au 05 61 48 38 29

► Du 20 au 22 mars, Festival des mots, des rimes et des lyres :
VENDREDI 20 MARS

 19 h : INAUGURATION autour d’un verre et VERNISSAGE des expositions avec les performances poétiques de P. Cazelles et  C. Quarello. CONCERT Pop Jazz  avec le duo CHRIS ET FRANCK.

SAMEDI 21 MARS

 10 h : LECTURE DIALOGUE entre Valérie Rouzeau et les élèves du collège des Goussons.
11 h 30 : POEMES DE MAURICE CAREME MIS EN MUSIQUE PAR JULIEN JOUBERT chœur des enfants du Conservatoire de Palaiseau dirigé par C. Cavagnac.
14 h : POEMES A LOU d’Apollinaire lecture musicale avec C.Motchidlover et M. Moreno (flûte traversière).
15 h : ARGOTIES de P. Cazelles poésie orale, scandée et totale, jubilante comme un chant primitif.
16 h : Valérie ROUZEAU et Jean-Pascal DUBOST, aussi différentes soient leurs voix, n’en sont pas moins deux vieux complices en poésie. Illes (un « il », une « elle » !) nous donneront à entendre quelques morceaux de leur choix.
16 h : CONTES « Courage ! » avec Hooshang bibliothécaire et conteur à la Médiathèque de Gif.
17 h 30 : LE GRAND CYCLE DE LA VIE ou L’ODYSSEE HUMAINE spectacle de A. Marc – musique: L. Maza, images: Lawrence le poète convoque notre société moderne, ses mythes, ses tabous….
18 h : ATELIER D’ECRITURE thème « le Courage » avec P. Cazelles.
18 h 30 : UN POEME, C’EST UN MATIN QUI CHANTE spectacle déambulatoire avec M.L Cloarec (Cie A vue de nez). Philomina vous entraîne dans l’imaginaire, joue avec  les mots…
19 h 30 : REPAS CONVIVIAL menu Africain 14 € -acras-yasssa-dessert-boisson avec F. Sissoko (Asso ARAN).

21 h : DUKE ET BISON RAVI spectacle concert : l’Ecume des jours de B. Vian – musique de D. Ellington. Avec le sextet jazz KLOE : B. Magnet, F. Accart, P. Sulpice, C. Le Fisher, S. Dounda, R. Schiffmann et  C. Quarello.

DIMANCHE 22 MARS

10 h : BALADE CONTEE ET KAMISHIBAÏ avec S. Thonas et E. Chevaleyre. Découvrez la nature, ses secrets.
12 h : ESCAPADE GOURMANDE une assiette campagnarde (5 €) avec danses et chansons italiennes (AIDA).
14 h : LE PLOMBIER et L’OIE BLEUE nouvelles de B. Vian lecture à haute voix – collectif de Bouche à oreille.
15 h : SONATES Concert  musique baroque française avec  L. Schneider (théorbe) et J.M Canevet  (chant, traverso) et une récitante.
16 h : RENCONTRE avec J. Camus et C. Gonnet découvrez l’art du film d’animation et de la vidéo. Suivi d’un ATELIER LIGHTPAINTING création d’images – pour ados et adultes.
17 h : CAFE POESIE avec P. Cazelles, scène ouverte venez dire, chanter, jouer ! Thème libre ou « Le courage».
18 h 30 : SYBILLE DOUNDA BLUES BAND EN CONCERT suivi de l’Apéro clôture offert.

PASS JOUR : 8 € – PASS FESTIVAL : 20 € – Gratuit  – 12 ans. Ateliers sur inscription participation aux frais 5€.Réservation: contact@tapisvolant.org  – Tel : 06 74 79 96 25 – www.tapisvolant.org
Billetteries en ligne : Francebillet, Billet réduc.
Le Château de Belleville : rue de la ferme de Belleville 91190 Gif-sur-Yvette.

14 février 2020

[Chronique] Bernard Desportes, Saint Guyotat, forçat et martyr

Suite à la disparition de Pierre Guyotat vendredi dernier (1940-2020), qui suit d’un peu moins de deux ans celle de Bernard Desportes (1948-2018), grâce à Christophe Alix, voici un inédit de notre ami et collaborateur : une relecture inédite de Guyotat après la publication de Progénitures et d’Explications, qui sera publiée dans un volume intitulé L’Hospitalité. [Tous les livres de Guyotat sont parus chez Gallimard]

 

                                                           Pas de sexe privé, ici, c’est indigne de l’art
(Pierre Guyotat, Explications, Léo Scheer, 2000, p. 12).

 

Je me souvenais d’avoir aimé l’ample phrase du Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967), ses échos maldororiens, et plus encore l’éclatement du récit et cette abolition du temps dans le jaillissement superbe et violent de nombreuses scènes d’Eden, Eden, Eden…. Relisant cette œuvre, je ne renie pas cette séduction passée qui, souvent, perdure par sa capacité à renouveler l’essoufflement né de ces marches suffocantes dans l’obscène et au bord de la mort. Peu de textes contemporains ont cette âpreté obsédante d’Eden.

D’où vient alors, me suis-je dit, cette sensation – déjà ancienne quand même, mais amplifiée aujourd’hui – de lourdeur, de malaise teinté d’ennui, cette lassitude finalement à la relecture (partielle) d’Eden, Eden, Eden (1970), de Prostitution (1987), du Livre (1984), et plus encore du récent Progénitures (2000) ? Eh bien justement de la répétition morne et morte qu’entraîne cette abolition du temps qui d’abord, croyais-je, m’avait retenu. C’est bien cela, cette disparition de temps qui en supprimant la source majeure de l’angoisse humaine supprime du même coup dans cette œuvre le sentiment qu’on a affaire à des êtres autonomes et singuliers, vivants en un mot.

Que veux-je dire par abolition du temps ? Rien ici de comparable avec le bouleversement du temps dans l’œuvre de Faulkner (et l’analyse à mon avis erronée qu’en fait Sartre), il s’agit bien chez Guyotat d’une disparition.

Eden (comme les livres qui suivent[1]) n’est ni dans la chronologie (laquelle suppose une mémoire et la postulation d’un futur) ni même dans le présent dont il n’a ni le tremblement ni la fugacité ni surtout cette ouverture sur un inconnu à-venir qui le fonde seul comme possibilité vivante, avec toute sa violence et sa tragique beauté – ou son horreur. Fugacité et ouverture sont l’essence même du présent et la source fondamentale d’une « angoisse de penser »[2] qui nous place sans cesse et sans fin au bord du réel et de la vie dans l’inaccessibilité et de soi et du monde.

Ni chronologie historique ni « chronologie » mentale (pulvérisée en espace comme chez Faulkner), ni présent donc non plus : le lieu, le moment de Guyotat n’est pas dans l’hypothèse et l’attente d’un à-venir et du coup n’est pas non plus dans l’instant insaisissable : il est présent mort, immobile et statique, un instant qui est là de toute éternité – échappant au mouvement du temps aussi bien par l’absence de durée que par l’absence d’une perspective dans l’espace. Rien ne vient jamais nous arracher à ce « présent » statique qui semble nous chosifier. Les hommes, dans le monde de Guyotat, ne sont ni heureux ni malheureux, ni joyeux ni angoissés car ils sont intemporels – mais, intemporels, ils n’ont aucune conscience d’être car on ne peut dissocier conscience et temps, et « la conscience ne peut ‘être dans le temps’ qu’à condition de se faire temps dans le mouvement même qui la fait conscience »[3].

Dépourvus de conscience et ainsi chosifiés, les personnages de Guyotat semblent des pantins entre les mains d’un Dieu tout-puissant, leurs actes sont mécaniques, ils ne leur appartiennent pas, sans cause ni objet autres que d’être des actes toujours identiques et toujours recommencés. Actes qui, ne relevant pas d’une décision, sont le seul produit d’une fonction – avec toujours le même caractère obligatoire et insensé, répété et immuable, que les actes de celui qui, subissant un châtiment dont il ne connaît pas la raison, doit accomplir une peine qu’il ne comprend pas : « Dans Progénitures, nous dit Guyotat, le peuple apparaît comme soumis à cette obligation-là (la sexualité). On y voit des figures contraintes, obligées de forniquer comme on bêche (…). C’est sans cesse qu’on travaille (…) ; c’est une peine » (Explications, p. 41-42). Dans les livres de Guyotat, l’homme est un homme- forçat – dépossédé de toute liberté de décision.

L’alternative dès lors n’est plus, comme la sexualité le révèle, dans la fragilité des frontières entre l’homme et l’animal puisque les hommes, ici, n’ont pas d’alternative, ne disposent d’aucun libre choix et se posent d’autant moins de questions qu’ils ne sont pas d’abord pour eux-mêmes une question. Leur présent n’est pas d’abord une possibilité d’être, dans la permanence d’une interrogation ; et naturellement ils ne se situent pas davantage, car l’ailleurs n’existe pas pour eux, lequel renvoie à une mémoire du lieu et donc au temps. Le futur de même est absent qui supposerait la conscience d’un possible à-venir, une liberté d’être … En vérité, dépossédés de présent et dépossédés de liberté ils n’existent pas.

Pour Guyotat, le malheur de l’homme ne vient donc pas d’une temporalité dont il est dépourvu mais de sa sexualité – de la « fatalité sexuelle » nous dit-il :

Tout ce que je fais, je le fais pour me débarrasser de la sexualité, je n’en veux pas, je veux évacuer ça…

Cette obligation de la sexualité qu’il y a en l’homme, c’est une des tâches les plus terribles de l’homme (…). Je pense que c’est vraiment une des tâches les plus monstrueuses que le « Créateur » ait imposées à sa créature… (Explications, p. 41).

Ainsi l’acte sexuel est-il une malédiction, quoique que Guyotat s’en défende. Pas seulement une « peine », comme il le dit, mais bien une malédiction qui apparaît comme une fatalité imposée par le « créateur » à sa « créature ». Une créature là encore défaite de toute liberté décisionnelle, réduite à l’état d’objet, de pantin aux mains d’un Dieu tout-puissant.

*****

Au bord de l’obscène, disais-je plus haut. En effet, loin d’ouvrir sur un abîme toujours béant devant nous et toujours plus profond lorsqu’on s’y engage au point de nous faire abîme nous-même, gouffre infini dont l’appel vertigineux nous submerge et nous emporte aux confins du sensible, le sexe dans les livres de Pierre Guyotat est une donnée brute, un travail à accomplir qui s’accomplit, mécaniquement, immédiatement clos sur lui-même avant que d’être immédiatement et à l’infini recommencé. A l’acte sexuel succède le même acte sexuel, sans que celui-ci en rien – comme celui qui l’a précédé et celui qui va lui succéder inexorablement – ne modifie le présent ni de l’acte ni de l’être qui l’accomplit.

La sexualité dans cette œuvre n’est pas une angoisse qui, dépossédant momentanément l’être de son moi, l’ouvre aux abîmes de la mort et de l’impossible – elle n’est que cette fatalité à la cadence de métronome, cette obligation absurde, cette malédiction qui frappent le forçat enchaîné à son destin comme un bagnard à son bagne. De même que le présent n’est pas d’abord, ici, une possibilité d’à-venir mais simplement une masse brute de « temps » hors durée qui s’empile et s’entasse sur du « temps » figé, depuis toujours déjà là et donc depuis toujours déjà mort, de même la sexualité dans cette œuvre n’est pas une tension ouverte sur l’inconnu, un vertige, mais la production codifiée, calibrée, sempiternellement reproduite et prévisible d’une activité de sexe établie selon les mêmes schémas programmés, aliénés, obligatoires : un travail de forçat…. ou de martyr.

De martyr ou de saint – car l’obsédante et épuisante obligation de « fornication » (il est intéressant de remarquer que Guyotat choisit toujours de préférence des termes religieux ou à forte connotation religieuse) est subie comme une mission rédemptrice rédemptrice et salvatrice :

-  il faut absolument « évacuer ça », « en évacuer le plus possible », « on peut lire Progénitures comme mon cri de révolte maximum contre le sexe »… (p. 41) ;

– « je pense que je pourrai enfin vivre quand j’en aurai terminé avec ce devoir de produire ce chant, et cette scène. Il sera peut-être trop tard physiologiquement à ce moment-là, mais en tout cas, j’ai l’impression que je n’ai travaillé à tout ça que pour avoir les mains libres, si je puis dire, l’esprit et le cÅ“ur libres pour vivre enfin ! J’ai toujours pensé, et je le pense de plus en plus, que toute cette Å“uvre   n’est qu’une préparation à la vie que je pourrai mener après » (p. 96).

L’écriture ne vise pas à justifier les mots qui la constituent et lui font, parfois, aborder l’inconnaissable, elle n’a à rendre compte ni d’utilité ni de moralité ou de nobles desseins, elle ne saurait avoir une visée consolatrice : elle n’est pas chargée de mission. Mais Guyotat, lui, veut absolument nous montrer le bien-fondé et la mission de sa parole, la fonction sociale et spirituelle de sa langue, et nous faire part de ce qui justifie ses écrits.

Il est chargé (par qui – sinon par Dieu ?) d’accomplir une tâche surhumaine, et cette tâche l’accable, il y travaille sans cesse, il s’y sacrifie – martyr d’une cause dont le commun des mortels, dans son innocence ahurie, ne soupçonne ni l’importance ni l’enjeu. Seul, stoïque et dépourvu du moindre doute sur le caractère unique et quasi sacré de son sacerdoce, saint Guyotat porte sa croix. Après s’être comparé à Fra Angelico (béatifié il y a quelque trente ans) et à Sade (non béatifié encore), saint Guyotat, parlant de sa mission, nous dit modestement : « la rédaction d’une œuvre de ce genre exige, pendant des années, une abstinence, une chasteté totales ; je dis, totales. C’est-à-dire la privation de tout acte produisant de la matière sexuelle, si je puis dire, à l’extérieur comme à l’intérieur ; de tout épanchement. C’est comme ça que je l’ai vécu ; je n’en fais absolument pas une loi » (p. 47). On compatit, bien sûr. Certes, notre martyr en fait d’autant moins une loi qu’il sait son sacrifice hors de portée du profane – et cette chasteté totale de dix ans au moins (temps consacré, d’après Guyotat, à la rédaction de Progénitures), ce jeûne de soi en quelque sorte est en tout point comparable à l’extase des reclus en prière, à ses privations qui transportent le saint hors de soi et hors du monde sensible pour une communion directe avec Dieu.

« L’espace que dessine les écrits de Guyotat, nous dit Christian Prigent, (…) est un espace radicalement tragique…. »[4] – ah bon ? mais d’où naît le tragique si ce n’est de la conscience que prend l’être de sa fragilité, de la précarité, de l’éphémère de sa condition ? Or les personnages de Guyotat sont dépourvus de cette anticipation de soi qui détermine la conscience, l’être conscient d’être, ainsi que nous l’avons vu plus haut. Privés d’à-venir ils sont du même coup hors du présent de l’être où se noue sa tragédie et hors de l’angoisse qui l’entretient. « L’homme tragique, nous dit Blanchot, vit dans la tension extrême entre les contraires… »[5], « l’homme tragique, nous dit-il encore, est celui pour qui l’existence s’est soudain transformée »[6] – rien de tel chez les personnages de Guyotat.

Un aspect « tragique » d’inquiétude et de déstabilisation fut par contre ouvert par Pierre Guyotat avec Eden – et pour ce seul livre. Non que cette œuvre dessinât en elle-même un « espace tragique », mais parce que ce texte venait rompre historiquement dans la manière conventionnelle du récit. Par le dit, par la forme, par le rythme il insufflait une liberté nouvelle à l’écriture – qui s’inscrivait dès lors comme un paradoxe en regard de l’absence de liberté des personnages du récit. Et cette « liberté » formelle venait (en France, après mai 68) « coïncider avec la liberté réelle quand celle-ci entre en crise et provoque une vacance d’histoire » (Blanchot, ibid.). Or cette liberté appelée par Eden, Eden, Eden reste « tragiquement » en crise par une histoire désertée – ainsi Eden demeure-t-il, dans son projet, inacceptable : c’est cela, et cela seul, qui en fait sa force tragique. A contrario, les livres qui ont suivi – malgré leur tension, souvent – n’ont fait que s’empiler comme autant de pierres élevant un mur aveugle qui obstrue le présent d’hommes privés de la seule interrogation qui les fonde comme hommes présents parmi nous : celle de leur à-venir, celui-ci fût-il défait de tout espoir, fût-il étranger à tout alibi d’un lendemain.

« Y aurait-il, dans ce siècle du moins, des textes avec autant de couleur, autant de postures, autant de matières, etc, autant de son que dans celui-là ? » (Explications, p. 121-122), s’interroge Guyotat parlant de Progénitures…. En ces temps d’incertitude, ça fait plaisir à entendre : rarement un écrivain aura paru aussi pénétré de sa suprématie et aussi content de soi. Et sans doute n’est-on jamais si bien servi que par soi-même, mais cette « autocélébration » récurrente doublée « tantôt (d’) un sérieux pontifical fort peu fissuré d’humour, tantôt (d’) un ton de prédicateur cathare » (Prigent, op. cit., p. 187) qui sont la marque de Guyotat parlant de Guyotat ne manquent pas seulement d’humour, ils révèlent le manque cruel du rire, l’autre grand absent de cette œuvre. Sans doute parce que le rire n’appartient qu’au présent…. Le rire (le fameux rire de Bataille), écho tragique du moi, éclat sauvage, libre et obscène ouvrant sur la folie et l’abîme de celui qui échappe à son « destin » et forge lui-même sa propre perte en forgeant seul son existence d’homme libre. Toutes choses absolument étrangères à l’univers de Pierre Guyotat – car saint Guyotat ne se commet pas dans le présent ordinaire (« c’est indigne de l’art »), saint Guyotat ne rit pas : c’est un saint triste et laborieux, un abstinent douloureux, sérieux comme un pénitent sous le poids de sa tâche.

[1] Avec Coma (Mercure de France, Paris, 2006) puis Formation (NRF-Gallimard, Paris, 2007) et Arrière-fond (NRF-Gallimard, Paris, 2010), Guyotat change radicalement d’écriture, optant même pour une langue devenue sans doute de plus en plus « lisible » mais qui, surtout, perd de plus en plus toute radicalité.

[2] Je renvoie au bel ouvrage d’Evelyne Grossman : L’Angoisse de penser, Editions de Minuit, 2008.

[3] Jean-Paul Sartre : « A propos de Le Bruit et la Fureur, la temporalité chez Faulkner », in Situations I, « Idées », NRF-Gallimard, Paris, 1975, p. 96.

[4] Christian Prigent, Ceux qui merdRent, P.O.L, 1991, p. 198.

[5] Maurice Blanchot : « La pensée tragique », in L’Entretien infini, NRF-Gallimard, 1969, p. 141.

[6] Id., ibid., p. 142.

2 février 2020

[Texte] Typhaine Garnier, Gwerz garnie

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 21:17

Avec « Gwerz garnie », Typhaine Garnier renoue avec le carnavalesque façon Prigent et TXT, dont elle a repris le flambeau avec Bruno Fern et Yoann Thommerel.

 

À matein dame ! au bas du lit
une mini boule eud poils sangui
nolente avec bouts d’os collés
merci matou m’a rapoplé

les mochtés neires qu’on m’a contées
entre l’casse-croûte et la ventrée
en quantité pour concocter
cette petite gwerz entrelardée :

« pas d’bouche-tripe avant la mangerie
ce soir c’est light because régi
me la mère Lise tu sais cette co
naissance folle è quête des colo

cataires c’est d’puis qu’elle a bouté
mes madleines è zont pas doré
bon tant pis son bonhomme d’une droite
aux soins palliatifs que des tarte

lettes pommé boudin en tapas
et basta mais chôme pas dans l’sas
t’as l’droit de tirer l’affubla
tote seule dans c’manoir a peut pas

l’aute fois sa fille avec un verre
tu m’fais des ronds et son éner
gumène d’mari y sont passés
mais sieute teu don et tu les mets

au fond du jardin un intrus
dans l’moule silicone disparu
illico une cuillère petite
d’pommé sur chaque gare ça cuit vite !

Pour ceusses fine bouche qui raffolraient
pas du boudin ils lui ont fait
des makis frais d’à matein : « vends ! »
petits rouleaux eud riz collant

mais la baraque est pas vendable
un bout cru eud saumon une algue
neire autour des pièces en tous sens
faudrait casser bonjour dépenses

manque de bol Nicole son aute fille
c’est qu’une soupe après mes lentilles
j’les pèse un jour son homme y lave
la carotte merci le gnard bave

comme savonnette et splach la pulpe
sur le carrlage  le juge inculpe
la babysitteuse (entre amis)
l’gluant handéquipé à vie

sauf rebelote le lait d’coco
dans l’escayer ciré l’cerveau
tout en teurgoule qui dégouline
et mon curry d’épicerie fine

il est où ? zont r’pondu fissa
trois d’un coup la cata plus qu’à
plucher l’oignon et tout mixer
m’étonnrait que ça va rentrer

faut croire que l’chin teu trop taiseux
qu’les cris manquaient sors-moi les que
nelles de brochet beurre lait m’dis pas
qu’t’as jamais fait eud sauce nantua ?

D’abord on préchauffe comme Blandine
la concierge en pluie la farine
qui s’est ruinée pour des implants
et un benêt de vingt-cinq ans

pis tu délaies toujours en thèse
sans cesser d’remuer les prothèses
ont pas tenu l’gars y s’en fout
que ça épaississe à feux doux

y quitte pas l’pieu tandis que l’aute
l’italo sel poivre et biscot
tos macho s’languit à la porte
gominé fond de teint feuille morte

tout à la fin le cognac même
qu’y dort dis dans son Audi crème
fraîche mais un soir bisque de homard
gros cafard basta au rasoir

chte raconte pas trois jours après
l’santimant d’pont-l’évêque fermier
le vrai emballé dans l’ouesteu
France page obsèques que d’mander d’mieux

pour finir fais bouillir le lait
sur cette pauv madame qui s’croyait
bout des ennuis un jour sa fille
avec la gousse dedans d’vanille

tombe nez à nez avec la chienne
fendue en deux pendue vilaine
cravate de son mari au cou
et lui tout raide pendu itou

détail sordide avec la laisse
chfouette jaunes et suc s’il monte tu baisses
personne pige il teu avocat
pas un mot zéro maïzena

femme et gamins tous en HP
comme l’père Yvon qu’j’ai invité
cht’avais pas dit ? lui qu’est-ce qui boit !
la galette j’ai pris qu’une pour trois

lui faut ses deux lites (ou quinze verres)
infect il est pas nécessaire
de réchauffer y d’vient gaga
paraît qu’ça donne un goût de gras

mais ça l’sort un peu du sordide
tête à tête avec fauteuil vide
j’ai r’monté les stocks de mouchoirs
quilles au cas où dans mon placard

les nuits y s’cogne à ses fantômes
une vraie madeleine à hématomes
à côté l’est craquant l’Ankou
et si on s’buvait un petit coup ? »

1 janvier 2020

[NEWS] Libr-2020

Libr-critique commence 2020 par un vÅ“u singulier suivi d’un montage de Patrick BEURARD-VALDOYE : façon d’osciller entre comique et tragique… Et les premiers RV de l’année : à lire / voir / écouter…

Patrick BEURARD-VALDOYE : Passage en douce…

Libr-rétrospective 2019 (1)

► Hommages : à P.O.L ; à Emmanuel Hocquard ; à Antoine Émaz.

â–º Entretien : avec Jean-Charles Massera (1 – qui approche des 6 000 vues – et 2/2).

â–º Libr-événement : « Traces de langage : poésie numérique » (avec Philippe Boisnard et Jacques Donguy à la Maison de la poésie Paris).

â–º Création : Daniel Cabanis, « Réhabilitation des usines à gaz ».

► Chroniques : Patrick Beurard-Valdoye, Cycle des exils ; Christophe Manon, Pâture de vent ; Benoît Casas, Prévisions

LC recommande début 2020…

La nouvelle Délie pour que l’année ne se délite : Emmanuel Tugny crée un mélange détonant musique médiévale/rock, avec des textes lus par Christian Prigent, qui rend à sa façon un nouveau Salut aux Anciens [Inouïe diffusion]…

► Pierre CHOPINAUD, Enfant de perdition, P.O.L, à paraître le 3 janvier 2020, 576 pages, 24,90 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, Bordeaux, à paraître le 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €.

► Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, en librairie le 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €.

â–º Jean-Claude PINSON : en février, essai sur Pierre Michon chez Fario ; en mars, Pastoral aux éditions Champ Vallon…

Prochains Libr-événements :

► 

► En résonance au spectacle L’Animal imaginaire de Valère Novarina : EXPOSITION DES OEUVRES DE VALERE NOVARINA, du mardi 14 janvier au dimanche 9 février 2020, la Chapelle du Quartier-Haut, Sète
Entrée libre, du lundi au dimanche, de 11h à 18h

Vernissage le jeudi 16 janvier 2020, 18h30

Mais que font donc les figures qui peuplent par milliers l’oeuvre immense de Valère Novarina ? Dans les livres comme sur les scènes, elles entrent, elles parlent, se nomment les unes les autres, elles pensent, elles sortent. Parfois elles dansent. Dans les dessins, rendues visibles par le geste élémentaire de la main, éclairées par les flashes de l’imagination dont elles proviennent et qui les sort un instant du vide où elles vivent, elles émerveillent par l’exceptionnelle liberté dont elles témoignent.

Représentations de L’Animal imaginaire au Théâtre Molière – Sète : Mardi 14 janvier, 20h30 + Mercredi 15 janvier, 19h

Older Posts »

Powered by WordPress