Christine Lavant, Un art comme le mien n’est que vie mutilée. Poèmes choisis, présentés et traduits de l’allemand (Autriche) par François Mathieu. Éditions Lignes, décembre 2009, 208 pages, 25 €, ISBN : 978-2-35526-042-1.
Chronique de Jean-Nicolas Clamanges
Cette anthologie, dont le titre est tiré d’une lettre de Christine Lavant, inscrit avec justesse le lien indéfectible unissant dans son œuvre l’expérience de la souffrance et de la maladie avec la nécessité poétique comme affrontement à « Ce qui se dérobe ». Née en 1915, morte en 1973, cette autodidacte issue d’une famille de mineurs dans un village reculé de Carinthie, a sans doute beaucoup écrit et beaucoup brûlé (« littéralement et dans tous les sens » d’ailleurs). Ce qui nous reste n’est pas entièrement publié, il s’en faut de la moitié. Ses trois recueils principaux sont L’Écuelle du mendiant, Fuseau dans la lune et Le Cri du Paon, qui constituent le cœur de la présente anthologie. Christine Lavant est aussi l’auteur de deux récits : L’Enfant et La Mal-née, également traduits par François Mathieu et publiés chez Lignes-Léo Scheer. En dépit de son ignorance des grands courants de la modernité, elle n’a jamais été une inconnue dans la littérature contemporaine de langue allemande ; mais c’est Thomas Bernhardt qui l’a remise en lumière en publiant une forte anthologie de sa poésie (Suhrkamp, 1987) ; il la présentait comme « le témoignage élémentaire d’un être abusé par tous les bons esprits, sous la forme d’une grande œuvre poétique que le monde n’a pas encore reconnue à sa juste valeur ».
Et il avait parfaitement raison.