Libr-critique

11 décembre 2016

[Livres] Libr-kaléidoscope de fin d’année (1)

En ce moment où ce n’est tout de même pas encore totalement has been d’offrir des livres, Libr-retour sur des œuvres remarquables que nous n’avons pas eu le temps, hélas, de recenser – ou que nous n’avons pu que signaler… Et comme ces deux dernières années ont été foisonnantes, nous vous offrons plusieurs livraisons d’invitations au voyage livresque (ordre chronologique).

â–º Laure GAUTHIER, La Cité dolente, éditions Châtelet-Voltaire, Cirey-sur-Blaise (52), printemps 2015, 72 pages, 8 €, ISBN : 979-1-09019-832-6.

"J’admire le poète qui
agonise en quelques mots, hors de soi, à sec.
Toujours sur les rails d’à côté, crève en mode travelling permanent" (p. 29).

 

Entre prose et poésie, ce texte constitué d’éléments syncopés ou montés que regroupent sept chants (en plus de l’"avant-dernier" qui clôt le recueil) fait évidemment écho à la Divine comédie de Dante pour nous plonger dans notre propre enfer – celui de notre labyrinthe intérieur comme celui d’un monde spectaculaire dans lequel "tuer en période de soldes coûte moins cher" (38)…

 

â–º Béatrice JOYEUX-PRUNEL, Les Avant-Gardes artistiques : 1848-1918. Une histoire transnationale, Gallimard, "Folio/Histoire (inédit)", hiver 2015-2016, 976 pages, dossier iconographique central de 22 illustrations, 9,70 €, ISBN : 978-2-07-034274-7.

Partant de la définition sociologique de l’avant-garde comme positionnement de rupture afin d’imposer à un champ conflictuel ses valeurs d’"originalité", de "jeunesse", d’"indépendance" et de "rejet du public", Béatrice Joyeux-Prunel – qui a également participé au volume collectif sur la vie intellectuelle en France (cf. ci-dessous) – montre comment cette tendance moderniste s’est émancipée du champ politique pour gagner en visibilité et triompher dans l’ensemble de l’espace social. L’intérêt de cette somme est de combiner les perspectives diachronique et synchronique, synthétique et analytique, pour rendre compte à l’échelle internationale des avatars d’une mouvance polymorphe. En particulier, l’auteure excelle dans l’analyse des crises (celles du post-impressionnisme, de la Belle-Époque, ou encore liée à la montée des nationalismes) et des stratégies (par exemple, Odilon Redon conquiert sa notoriété par un double excentrement, international et littéraire – grâce à ses illustrations de nombreux livres).

 

â–º Christophe CARPENTIER, Le Mur de Planck, P.O.L, tome I, janvier 2016, 576 pages, 22,90 €, ISBN : 978-2-8180-3746-1.

Vous prendrez bien des nouvelles des Terriens, des pauvres humains ? Ces "acteurs du Sordide", qui vivent dans un monde où "Internet est un formidable amplificateur de la bêtise humaine", vont être purifiés grâce/à cause de Particules Baryoniques, atomes dispersés devenus pensants… Ce roman critique qui ressortit aussi bien à l’apologue plein d’humour qu’au roman SF nous fait franchir cette barrière théorique qui nous sépare de l’originel : le mur de Planck… Suite en janvier prochain, qui verra la parution du tome II !

 

â–º Annie ERNAUX, Mémoire de fille, Gallimard, mars 2016, 151 pages, 15 €, ISBN : 978-2-07-014597-3.

"Faire de l’écriture une entreprise intenable" (p. 38).

"Et qu’en est-il de la honte d’avoir été amoureuse folle d’un homme,
de l’avoir attendu derrière une porte qu’il n’a pas ouverte,
d’avoir été traitée de siphonnée et de putain sur les bords ?" (p. 110).

À quoi ressemble Annie jeune fille ? Sûrement pas à la Brigitte, jeune fille, héroïne vertueuse qui ouvre la série moralisatrice que publia Berthe Bernage de 1928 à sa mort en 1972 : jeune fille volage et aliénée, frigide et fragile, perdue et désespérée… Celle qui n’est jamais sortie de son trou a besoin de trou(v)er son être : il n’y a pour elle de transcendance que dans l’extase, c’est-à-dire dans l’évidement de soi. Cette expérience de dépossession de soi qui oscille entre Eros et Thanatos est tellement intense que sa mise au jour par l’écriture a pris plus de vingt ans (on en trouve des traces dans les manuscrits dès la fin 1993) : "C’est le texte toujours manquant. Toujours remis. Le trou inqualifiable" (p. 17).

 

â–º Julien d’ABRIGEON, Sombre aux abords, Quidam éditeur, septembre 2016, 148 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37491-052-9.

"C’est la loi du travail, la vie qui travaille" (p. 105).

En dix chants regroupés en deux parties ("face à" / "beside"), ce livre de prose et de poésie explore les possibles narratifs/sociologiques d’un panel de jeunes gens : "Sales sols stériles", "En gueulant comme Adam engueulant Caïn", "Quelque chose dans la nuit", "Candice, sa chambre", "Rodéos" ; "La promesse d’une terre", "Cimenterie", "Flambent les rues", "À l’épreuve la nuit", "Sombre aux abords de la ville". À cette organisation structurelle et textuelle empruntée à l’album Darkness on The Edge of Town, de Bruce Springsteen, s’ajoutent de multiples clins d’œil artistiques qui font de Sombre aux abords un texte-carrefour multitonal qui fait écho à d’autres époques pour sonder le quotidien désenchanté de la génération qui arrive à l’âge adulte.

 

â–º Christophe Charle et Laurent Jeanpierre dir., La Vie intellectuelle en France, Seuil, septembre 2016 ; volume I : Des lendemains de la Révolution à 1914, 660 pages, 38 € / vol. II : De 1914 à nos jours, 918 pages, 40 €.

Voici enfin une histoire de la vie intellectuelle en France qui ne se réduit ni à une suite de monographies, ni à une simple histoire de la littérature et des idées franco-française : sans viser l’exhaustivité, mais en étant toutefois fort complète, cette somme polyphonique de quelque 1600 pages pour deux siècles aborde de façon structurée les arts, les sciences et sciences humaines, la vie sociale et politique, dans des synthèses bien informées – qui évitent les formules simplistes et essentialistes comme "L’ère de …", "Naissance de l’intellectuel", etc. – et des encadrés analytiques passionnants ("La Querelle des machines", "Le Rire moderne", "La Bohème, mythe et réalités", "Les Revues dans la vie intellectuelle", "Université et domination masculine, un combat fin de siècle", "Le Motif de la crise de civilisation dans l’entre-deux-guerres", "Mesurer l’intelligence", "Les Tendances utopiques des avant-gardes modernistes", "Une nouvelle Europe des intellectuels dans l’entre-deux-guerres ?", "La Critique des technosciences", « La "Nouvelle Droite" », "Penser les cultures populaires"…).

 

â–º François MITTERRAND, Journal pour Anne 1964-1970, Gallimard, octobre 2016, 494 pages, 45 €, ISBN : 978-2-07-019723-1.

Indépendamment de la nostalgie qui pourrait s’emparer des 50-80 ans ou de tout citoyen face à la médiocrité des hommes politiques actuels – emblématique de l’époque, assurément ! -, ce Journal pour Anne qui nous livre un autre aspect de l’ancien président (Mitterrand en collagiste lyrique !) est un passionnant voyage dans la France gaullienne, dans la vie sociale, politique et culturelle des années 64-70. Et comme l’édition est des plus soignées (c’est bel et bien un beau et grand livre illustré que l’on offre en période de fêtes), notre lecture n’en est que plus savoureuse.

 

13 mars 2016

[News] News du dimanche

Après la UNE consacrée au derneir roman de Christophe Carpentier, vos Libr-événements : RV avec Panero, KRAUMS NOTHO, CIEL OUVERT (rencontres poétiques de Limoges), le Printemps du Virtuel…

 

UNE : Christophe Carpentier, Le Mur de Planck

Présentation éditoriale. L’homme a de tous temps construit des murs pour se protéger des invasions guerrières ou des fléaux naturels. Par-delà ces ouvrages en dur, dont la plupart n’ont pu résister aux vicissitudes de l’histoire, il en existe un qui, parce qu’il n’est pas fait de matière, est demeuré à ce jour infranchissable. Il s’agit du Mur de Planck. Cet édifice théorique qui protège les mystères de la naissance de l’univers, aucun mathématicien, aucun astronome n’est encore parvenu à le franchir.Quoiqu’il en soit, et loin des théories physiques et quantiques, le samedi 2 avril 2016, Marvin Taylor assassine 10 obèses réunis pour un barbecue dans la petite ville de Long Cross au Texas. Lorsque le lendemain, les agents du F.B.I, Tilda Lindgrenet Travis Bogen arrivent sur la scène du crime, ils découvrent, en plus des dix cadavres, Marvin Taylor assis sur une chaise dans un état de prostration aussi totale qu’inexpliquée. La Police Scientifique ayant découvert que Taylor a filmé son massacre grâce à des lunettes-caméra haute définition, les deux agents du F.B.I visionnent le film, et résolvent l’énigme de sa prostration : des entités capables de se métamorphoser en toutes sortes d’êtres vivants sont intervenues pour le châtier en le plongeant dans un état d’hébétude définitive. Parallèlement à l’existence de ces entités qui se font appeler les Particules Baryoniques, les agents Bogen et Lindgren apprennent que l’action menée contre Marvin Taylor n’est qu’une phase d’entraînement avant le déclenchement d’une offensive planétaire de purification de l’humanité qui aura lieu le 4 avril à 16 heures GMT. Le lendemain, le lundi 4 avril 2016, a lieu, pile à l’heure prévue, l’offensive de purification planétaire qui plonge 650 millions d’humains, parmi les plus nocifs que compte l’humanité, dans une hébétude définitive. Et ça n’est pas fini… Quelques années plus tard, après bien des aventures, beaucoup de morts violentes, une invasion de notre planète par des robots chargés d’exterminer l’humanité, et devant la résistance de celle-ci, les particules Baryoniques décident de la dissolution atomique de la terre en une gigantesque caravane éthérée disparaissant dans le Cosmos.

L’humanité sera-t-elle anéantie après avoir passé le Mur de Planck ? Se réinventera-t-elle ?…

Suite au prochain épisode…

Premières impressions. Vous prendrez bien des nouvelles des Terriens, des pauvres humains ? Ces "acteurs du Sordide", qui vivent dans un monde où "Internet est un formidable amplificateur de la bêtise humaine", vont être purifiés grâce/à cause de Particules Baryoniques, atomes dispersés devenus pensants… Nous reviendrons bientôt sur ce roman critique qui ressortit aussi bien à l’apologue plein d’humour qu’au roman SF… /FT/

Libr-événements

â–º Rencontre autour de l’œuvre de Leopoldo María Panero avec les éditions Fissile et Le Grand Os mardi 15 mars à 19h30 à la Cave-Poésie de Toulouse. Animée par Victor Martinez, Cédric Demangeot et Aurelio Diaz Ronda.

Dans le cadre des Rugissants / Cave-Poésie René Gouzenne / Entrée : 5 €
http://www.cave-poesie.com/les-rugissants/
Figure à la fois isolée et majeure des lettres espagnoles, poète autodestructeur à l’humour subversif, qualifié souvent, à tort ou à raison, de maudit, Leopoldo María Panero est à lui seul un phénomène culturel et intellectuel qui fascine plusieurs générations de lecteurs. Son œuvre, abondante, témoigne d’un engagement, d’une intelligence et d’une culture qui expliquent sans doute la place singulière qu’il occupe, hors de toute filiation ou communauté poétiques.

â–º Jeudi 17 mars à Talence, 20H30 : Expériences sonores / Kraums Notho (Krunoslav Pticar/Thomas Déjeammes/Edwin Buger) ouvre les portes de son laboratoire et propose une série d’expérimentations sonores.

"Venez découvrir notre atelier/studio et laissez circuler votre écoute à l’intérieur d’un système de spatialisation sonore multivoie lors d’une improvisation entre poésie/poésie sonore, musique électronique/électroacoustique/rock progressif etc… selon l’humeur.
Les sons du lieu viendront se confondre avec nos diverses triturations !"

Dates à venir :

Jeudi 17 Mars à 20h30
Vendredi 8 Avril 20h30
Dimanche 8 Mai 18h30

Les places étant limitées, la réservation est nécessaire.
Entrée libre/sortie payante.
Talence à 5 minutes à pied de l’arrêt St-Genès tram B

Pour plus d’informations et pour les réservations me contacter par mail : t.dejeammes@gmx.com

https://www.youtube.com/watch?v=Uz3gbQXMr-4
http://kraumsnotho.blogspot.fr/
https://soundcloud.com/kraums-notho

â–º Samedi 19 mars à 18H, Pan point d’exclamation / Ciel ouvert #1, Théâtre Expression 7  (20 rue de la Réforme à Limoges) : rencontre avec Stéphanie Eligert, Emmanuel Rabu et S. Bérard ; film de Stéphane Bérard.
Entrée libre, et même le buffet est gratuit ! www.pan-net.fr

â–º Dimanche 20 mars 2016, de 12H à 19H, KHIASMA (15, rue Chassagnolle Les Lilas) : Le Printemps du virtuel.

PLACES LIMITÉES, RÉSERVATION OBLIGATOIRE !
-> https://www.eventbrite.fr/e/billets-le-printemps-du-virtuel-22176695092

-> suivi de LE LUNDI DES REVUES #7 : Fabbula, le lundi 21 mars à 20h30…

En ce premier jour de printemps, L’Espace Khiasma fête la saison du renouveau à sa manière en se faisant incubateur et proposant, sur toute une après-midi, de « mettre en culture » ce médium tout juste éclos, auquel beaucoup promettent un avenir florissant ! Avec la complicité de Fabien Siouffi, éditeur de la revue Fabbula, et en préparation du « Lundi des revues », cette journée portes ouvertes est l’occasion d’entrevoir les mondes possibles de la Réalité virtuelle ! Encore peu connus du grand public, de nombreux projets portés par une nouvelle génération de créateurs investissent les territoires du récit, du jeu vidéo, des images animées et des expérimentations artistiques.

Démonstrations gratuites d’expériences de réalité virtuelle et parcours de découverte, discussions publiques avec certains de ses acteurs les plus innovants dans leur approche et leur démarche, sélection d’ouvrages de référence et aperçus critiques : le Printemps du virtuel créé les conditions d’une expérience guidée de la réalité virtuelle, ainsi que d’une véritable réflexion sur ce médium qui pose tant de questions !

Plus d’informations : http://fabbula.com/le-printemps-du-virtuel

Places limitées, réservation obligatoire : https://www.eventbrite.fr/e/billets-le-printemps-du-virtuel-22176695092

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Contenus présentés & créateurs invités :

DRIFT

DRIFT exploite pleinement les possibilités de la réalité virtuelle pour offrir un nouveau paradigme de gameplay stimulant, une expérience unique en son genre : jouer en adoptant la perspective d’une balle de revolver ! Suivez Walter, l’intelligence artificielle qui vous sert de guide, dans une folle aventure en explorant des environnements magnifiques. Volez librement à travers des scènes en suspension hautement immersives, utilisez votre regard et essayez d’éviter les obstacles jusqu’à ce que vous trouviez votre cible…

CRÉDITS :
SharpSense
Art Direction & Development : Ferdinand Dervieux
Level & 3D Design : Aby Batti
Screenplay : Maxime Phedyaeff
Sound Design : Romain Dorey

DMZ

Produit par InnerspaceVR, DMZ nous emmène là où il est interdit d’aller : la zone coréenne démilitarisée (abrégée en DMZ), une bande de terre de 248 kilomètres de long et 4 kilomètres de large qui sépare la Corée du Nord de la Corée du Sud. À l’intérieur de cette zone et à travers la mémoire d’un ancien soldat, vous pourrez suivre ses pas et retracer les différents évènements qu’il y a vécus par le biais d’une narration interactive et immersive, avant d’ouvrir sur une surprenante suggestion pour le futur de la DMZ. Cette approche intime et fabulatoire permet de donner une prise toute particulière sur la réalité humaine de la DMZ.

CRÉDITS :
InnerspaceVR
Art Direction & Development : Hayoun Kwon & Balthazar Auxietre
Level & 3D Design : Guillaume Bertinet & Fabrice Gaston
Screenplay : Hayoun Kwon
Sound Design : Sylvain Buffet

+ invités surprises !

 

3 janvier 2015

[Livre] Christophe Carpentier, La Permanence des rêves

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 10:05

Après l’ambitieuse dystopie Chaosmos, cette somme que l’on peut trouver en librairie depuis hier nous plonge cette fois dans une contemporanéité brûlante – nous emmenant tout de même jusqu’en 2016.

 

Christophe CARPENTIER, La Permanence des rêves, P.O.L, janvier 2015, 480 pages, 21 €, ISBN : 978-2-8180-3546-7.

Présentation éditoriale. Humphrey Winock est un américain de 54 ans, chercheur en dermatologie, qui intervient à l’université de Princeton dans le cadre d’un plan pédagogique antisecte financé par l’Unesco. Winock est en effet le co-fondateur d’une association internationale d’aide aux victimes du gourou Thomas Prudhomme.
Thomas Prudhomme est un gourou français de 29 ans, qui prône la théorie de la Vérité Cellulaire, théorie dont les principes apparaîtront au gré du récit. Après s’être fait amputer des jambes, des bras, s’être fait couper la langue, et crever les yeux et la cavité nasale dans une clinique privée de New Delhi, Thomas Prudhomme s’exhibe, telle une œuvre d’art, dans son hôtel particulier de la rue Frochot, située dans le IXe arrondissement de Paris. Cette exhibition traumatique à haute teneur mystique a déjà déclenché chez plus de 500 visiteurs, parmi les plus fragiles, des actes d’automutilation, dont Prudhomme ne peut être rendu coupable aux yeux de la loi, compte tenu de son statut d’oeuvre d’art, statut âprement défendu par la batterie d’avocats au service de sa démarche délirante.
À travers un exposé oral intitulé « autopsie de la pensée dégénérative de Thomas Prudhomme », qui relate la biographie du gourou depuis son enfance jusqu’à son basculement dans la folie mutilatrice, Humphrey Winock espère démontrer que Prudhomme n’est qu’un pauvre type comme le ventre de l’humanité en enfante tant, et non un nouveau Christ comme ses adeptes le prétendent.
Humphrey Winock a déjà été confronté à ce genre de pensée dégénérative par l’intermédiaire de son fils William Winock qui, trois ans plus tôt, a assassiné un blogueur qui avait sali la réputation de Michel Houellebecq, un écrivain qu’il adulait, avant de se donner la mort dans la cellule de sa prison parisienne. Les circonstances de ces deux drames seront bien entendu exposées en détail. Nous suivons en effet Humphrey à la fois à l’université, lors de ses interventions devant ses étudiants, et chez lui, dans sa vie de tous les jours, ainsi que durant ses intenses réflexions sur le mauvais père et le mari décevant qu’il a conscience d’avoir été.
Lors de ses interventions à l’université, Humphrey se lie d’amitié avec deux étudiants, Henry et Shannon Johnson, qui, initiés dans leur enfance à l’ébénisterie par leur grand-père paternel, ont conscience de s’enliser dans des études supérieures qui ne leur conviennent absolument pas. Auprès d’eux, Humphrey va s’amender du mauvais père qu’il fut envers William, et construire une relation de confiance et d’estime qui va également lui permettre de jeter un regard plus empathique sur la jeunesse qu’a vécue Thomas Prudhomme. En effet, d’abord présenté par Humphrey comme un être maléfique et dangereux, nous verrons tout au long du roman que les choses ne sont pas aussi simples qu’il y paraît, et qu’Humphrey lui-même, pourtant censé le diaboliser, finira par considérer ce gourou comme une victime supplémentaire d’une société dématérialisée qui excite ce qu’il appelle la « Jubilation Autobiographique Spéculative », autrement dit la création d’un romanesque débridé et narcissique à l’intérieur de nos vies.
Quoi qu’il en soit, Prudhomme continue de faire des victimes, mais surtout, il entreprend une tournée des plus grands musées d’art contemporain internationaux qui le conduira de Londres à Brasilia en passant par New York, et dont le point d’orgue sera une exposition de son martyr à la Chapelle Sixtine du Vatican. Pour l’association de défense de ses victimes c’en est trop, il faut réagir. Le kidnapping de Prudhomme est organisé par Humphrey, les jumeaux Johnson et 274 autres complices venus du monde entier, en plein coeur du MoMA de New York par un bel après-midi de mai 2016. L’opération est un succès. Les vigiles sont neutralisés et Prudhomme, l’homme-tronc, est enlevé en catimini. Humphrey embarque aussitôt avec lui clandestinement sur un navire en partance pour Saint-Petersburg en Russie. C’est en effet dans les vastes forêts de Komi, situées au coeur de l’Oural, qu’il confiera le gourou emblématique à une secte d’illuminés qui prônent la « Régénération Préhistorique ».
Tandis que tous les protagonistes du kidnapping attendent leur procès dans leur pays respectif, à la toute fin du roman, Thomas Prudhomme prend la parole pour la première fois, depuis le fin fond du cosmos, où son esprit décorporisé, affranchi de ses cinq sens, a désormais élu domicile.
Le mystère constitutif de toute vie est un des principaux thèmes de ce roman. Non pas le mystère de la création ontologique, mais le mystère autobiographique dont chaque existence est porteuse. Ici, l’existence des personnages finit par devenir une nébuleuse d’intentions inavouées et d’influences ancestrales qui composent pour chacun d’eux une identité approximative et fluctuante dont ils ne peuvent même pas se vanter d’être l’unique propriétaire. Outre son aspect pédagogique et initiatique, ce roman a pour toile de fond les tensions intérieures que génère en nous un rapport trop intellectualisé au réel. William Winock, Thomas Prudhomme, et l’institution de Princeton dans son entier symbolisent cette course effrénée vers la dématérialisation croissante de notre mode de vie, et par voie de conséquence, de notre environnement mental. En analysant les raisons du suicide de William Winock, et de la mutation de Thomas Prudhomme en une icône martyrisée, le roman tente de démontrer que cette dématérialisation passe par celle du langage qui, en devenant de plus en plus spéculatif et théorique, vide l’individu de son identité originelle qui, pour rester cohérente, doit être enracinée dans des expériences sensorielles concrètes avec la matière, avec le vivant.
Par-delà cet aspect critique précité, ce roman est une ode au lâché-prise autobiographique qui, lorsqu’il est dosé (comme c’est le cas chez les jumeaux Johnson et chez Humphrey Winock), est un des ferments du bonheur terrestre et de la liberté individuelle, celle qu’aucune loi, qu’aucun État ne pourra jamais confisquer. Sera récompensé celui qui justement parviendra à se protéger de la dématérialisation du monde en créant du romanesque à l’intérieur de son existence, même artificiellement, du moment qu’il n’en fait pas un usage mortifère.

Note de lecture.

"Il n’y a pas de dimension plus infinie qu’une vie, plus profonde
que ces quelques décennies de présence sur terre qui nous sont accordées
sans justification réelle, si ce n’est celle d’être là et de devoir
assumer seul cette présence ici et maintenant" (p. 82).

Ce nouveau roman critique est une polyphonie qui nous interroge sur notre monde comme sur notre rapport au langage et à la littérature : jusqu’où notre sacralisation de l’art peut-elle nous conduire ? en ces temps ultramodernes, comment expliquer la permanence de notre besoin de sacré, de notre désir-de-dieu ? toute dématérialisation est-elle spiritualisation ? toute spiritualisation est-elle surhumanisation ou déshumanisation ?  en un temps où triomphe l’identitarisme, la notion d’"identité" va-t-elle de soi ? que faire quand les "acteurs de la pensée moderne se hooliganisent" (182) ? qu’est-ce que le romanesque aujourd’hui ? s’adonner aux snuff movies ? nous affranchir de notre condition humaine pour voyager mentalement au travers des espaces numériques ? C’est ce que semble avoir réussi un Virgile Mounier métamorphosé en "cette Créature immonde qu’est Thomas Prudhomme" (256) après sa découverte de la Vérité cellulaire… De lui, on retiendra surtout l’art du portrait grammatical : parmi les quelque 6 000 verbes français recensés, chacun sélectionne ceux qui lui correspondent, à savoir ceux qui renvoient à des actions qu’il a réalisées, pour dresser son autoportrait (cf. p. 326-344).

Avec ce "roman d’aventure qui démontre que posséder n’est rien quand être possédé est tout" (dédicace de l’auteur), Christophe Carpentier nous offre un inventif montage discursif qui constitue un miroir critique de notre Société du commentaire. Ce faisant, il s’oppose à la doxa : "La fluidité est le maître-mot de la littérature d’aujourd’hui, les gens veulent lire un roman comme ils visionnent un DVD, sans buter sur un mot ou une image" (272).

29 janvier 2014

[Chronique] Serge Noël, Aux premières lueurs d’un jour nouveau (Dystopies #1)

L’époque est aux dystopies plutôt qu’aux utopies, qui ont un point commun, l’extrapolation : les caractéristiques de la société contemporaine sont empirées ou corrigées dans un ailleurs.

Parmi les dernières venues, Aux premières heures d’un jour nouveau de Serge Noël, Chaosmos de Christophe Carpentier et Le Projet Wolfli de Jérôme Bertin sont très différentes : si la première fait preuve d’une certaine inventivité verbale mais pèche par excès de romanesque, la seconde est une somme plus vertigineuse par sa construction et ses perspectives philosophiques que par sa performance stylistique ; quant à la dernière, c’est une fiction post-apocalyptique dont la forme oscille entre carnavalesque et expressionnisme.

 

Serge Noël, Aux premières heures d’un jour nouveau, éditions MaelstrÖm ReEvolution, Bruxelles, 4e trimestre 2013, 300 pages, 16 €, ISBN : 978-2-87505-159-2.

Dans ce roman tripartite – dont le titre est à l’image de la couverture : sirupeux et aguicheur ! -, nous sommes en 2098 dans l’associété, "un monde parfait" dans lequel la seule raison d’être est d’"amasser des crédits" : "La politique est là pour garantir à chacun le droit de chercher à concentrer pour son compte le plus de crédits possible, quels que soient les moyens employés" (p. 23). Là, tout est ordonné par l’État, au sommet duquel trône la figure virtuelle du Citoyen : la distribution de détriments et de psychotropes, la reproduction (les femmes n’existent que comme truchements reproductifs) et le plaisir (à coups de crédits, tout homme peut choisir son philosexe et ses divertissements sexuels), l’éducation (aux bons soins des éludateurs, des éducastreurs, des psychiastres et des médicastres), la gestion des quotislogans… Dans cette associété totalitaire, tout ne va évidemment pas pour le mieux dans le meilleur des mondes… Les privilèges des élites du Processus contrastent avec le sort réservé aux contrevenants : "Jeunes délinquants croupissant dans les taules, procédants à la merci d’un bouleversement technique, encadres pissant d’angoisse à l’idée d’être largués" (28)… Conformément à la tradition du genre, le récit se concentre sur un personnage à part, pour qui l’ennui est mère de toute survie : "La plupart des gens m’emmeldrent. Je ne leur trouve ni politique, ni art. Comment peut-on vivre sans politique, sans art ? De quoi ? Pour quoi faire ?" (119). Viendra l’envie, et derechef la rêvolution – via un détour par le Moyen-Âge… Ainsi s’accomplira la prédiction décrétée en 2002 par "un homosexuel vieillissant" qui connaissait la poésie du XXe siècle : "L’avenir de l’homme, c’est la femme"… Si l’avènement de l’associété passe par cette nouvelle Ève future, le salut du narrateur se réalisera par l’écriture comme le Montag de Fahrenheit 451 par la lecture.

Ce livre vaut surtout pour sa première partie – le reste se conformant parfois un peu trop aux seuils que constituent le titre et la couverture. Font mouche la critique du totalitarisme capitaliste comme la parodie des jeux télévisés : "Un générique sur une musique sirupeuse. Des chiffres s’affichent en jaune à côté des quatre noms. Les tétéspectateurs votent. La musique sourd doucement, la lumière se relève. Une autre pièce. Le même énorme godemiché. Quatre autres jeunes gens nus qui s’évertuent à gagner le droit de repasser la semaine prochaine. Le super vainqueur, l’enculé de première classe, […] gagnera la gloire et la richesse, une caresse du Citoyen, une villa sur la côte et un portefeuille d’actionnaire" (44). Reste l’interrogation politique qu’il suscite : en un temps où triomphent les pouvoirs bio-technologiques et économico-financiers, le totalitarisme d’état doit-il encore être considéré comme le plus menaçant ? comme le plus envisageable ?

12 janvier 2014

[News] News du dimanche

On croit rêver : c’est bel et bien dans Le Monde des livres – daté de ce vendredi 9 janvier 2014 – que Marie Gil lance son appel-manifeste, "Pour la pensée littéraire"… (Comme chacun sait, ce haut lieu littéraire s’intéresse à la pensée littéraire et défend la création littéraire). Examinons-en la substantifique moëlle :  « le nom "littérature" n’a plus de sens – et, cela, parce qu’on a dissocié la pensée et la création. En retirant son sens à la littérature, qui est un sens critique, nous avons accentué la perte de son aura dans la société ». En effet, réduit à une étiquette patrimoniale, il n’a plus de sens : et si on le remplaçait par "écriture", "création", "dispositif", "expérience transartistique" ?
Que vaut ce genre d’appel dans ce genre de publication ? Et sans aucune évaluation socioculturelle (quels facteurs peuvent-ils expliquer véritablement la perte du poids symbolique qui affecte la "littérature" ?) ? Et sans aucune référence précise ? Et sans cette honnêteté intellectuelle qui consiste à faire l’état des lieux des rapports entre pensée et littérature ?
Aucune pensée dans les fictions et écrits poétiques de Adely, Benfodil, Bertin, Brosseau, Butor, Cadiot, Chevillard, Courtoux, Delaume, Desportes, Doppelt, Espitallier, Ernaux, Game, Giraudon, Hanna, Jouet,  Jourde, Lucot, Massera, Moussempès, Novarina, Prigent, Raharimanana ou Varetz, pour n’en citer que quelques-uns ? Rien sur les interrelations entre pensée et littérature depuis huit ans sur LIBR-CRITIQUE ?
Le second volet sur la rentrée P.O.L de janvier (Chaosmos de C. Carpentier et Good vibrations de B. Matthieussent) apportera son eau au moulin critique – celui de Marie Gil n’étant sans doute qu’un moulin à vent. À lire également : nos Libr-annonces. /FT/

Rentrée P.O.L (2), par Périne Pichon et Fabrice Thumerel

â–º Christophe Carpentier, Chaosmos, 416 pages, 19 €, ISBN : 978-2-8180-1936-8.

Présentation éditoriale. Chaosmos se compose de trois parties reliées entre elles par deux « Intermèdes du temps qui passe » qui, fonctionnant tels des couloirs du temps, déposent en douceur le lecteur dans chaque changement d’époque.
La première partie s’intitule L’Onde, et se déroule de juin 2020 à octobre 2022.
La seconde partie s’intitule L’Ode, et se déroule en mars 2043.
La troisième partie s’intitule L’Ordre, et se déroule en mai 2052.
Chaosmos est donc une vaste épopée romanesque dont la trame narrative s’étend sur plus de trente ans. Parce qu’il se passe dans un temps à venir, et parce qu’il tente de proposer une solution aux tensions individuelles et collectives qui gangrènent nos sociétés postmodernes, ce roman peut être considéré comme un roman d’anticipation sociale dans la lignée de 1984 d’Orwell, mais il est également un hommage à L’Odyssée d’Homère et aux héros de l’Antiquité grecque dont il opère une réactualisation lyrique, notamment dans la seconde partie intitulée L’Ode qui fonde une mythologie nouvelle, celle des Chaos Makers (les faiseurs de Chaos). Enfin, un troisième niveau de lecture fait de ce roman une réflexion sur l’avenir de la littérature en temps de crise, et notamment sur la possibilité d’une extinction graduelle de l’imaginaire et du genre romanesque au profit d’une littérature essentiellement axée sur les biographies et les autobiographies, deux genres qui pourraient redonner à l’humanité un sentiment d’unité et de cohérence.

Chaosmos est le deuxième roman chez P.O.L de Christophe Carpentier. Il a déjà publié, chez Denoël, Vie et mort de la cellule Trudaine 2008) et Le Parti de la jeunesse (2010).

Premières impressions Chaosmos est une dystopie qui intègre d’autres modèles génériques : fantasy et SF, récit d’aventure, épopée, roman trash à l’américaine, fiction post-apocalyptique… Comme dans toute contre-utopie, ce roman constitué d’un chaos de mots est écrit au futur antérieur : notre temps est perçu avec nostalgie depuis un monde infernal régi par "une pure angoisse mondialisée" (p. 137), un chaos où ont disparu l’amour comme la littérature. Un exemple : "C’était inimaginable cette situation-là il y a trente ans, c’était comme qui dirait de la science-fiction. À cette époque on pouvait encore se projeter dans l’avenir […]. Aujourd’hui les faits n’autorisent plus l’espoir, ils ont pris le pouvoir" (p. 136)… Mais qu’est-ce que ce Chaosmos, cet onde chaotique ? La nature de la Révolution ayant changé, il s’agit d’une puissance de destruction fascinante qui se propage à grande vitesse, faisant de ses proies des prédateurs on ne peut plus cruels. Pour lui résister : les Francs-Tireurs Humanistes, les Brigades anti-Chaosmos. Et quand la seule façon de lui échapper est la déshumanisation… /FT/

â–º Brice Matthieussent, Good Vibrations, chronique pour quatre personnages, 544 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-8180-1960-3.

L’école d’Art de la Ville doit traverser une grève estudiantine. Khaled, le sympathique magasinier de l’école, a disparu et quelques étudiants restent persuadés qu’il a été viré par la Ville. Mais en vérité personne ne sait ce qu’est devenu Khaled Mohadji, le comorien, chanteur occasionnel dans le groupe disco funk de ses frères, les Good Vibrations.

Or, comme pour protester contre cette disparition, le sol sur lequel repose l’école d’art se met à trembler sans que pour autant ce trouble sismique n’émeuve la Ville. Daria, étudiante photographe vibrant au son des Variations Goldberg, Nicolas, artiste bavard (artiste en langue) et Andréas, peintre fasciné par la matière terrestre, cherchent à comprendre le pourquoi de ces étranges « vibrations » qui affectent les fondations de leur école, mais également les rêves de la jeune fille, les hallucinations de Nicolas et la peinture d’Andréas.

« Je vous sens vibrer, je devine que pour vous l’art est affaire de vibrations, d’accord musical, de don, et je respecte tout à fait cette affaire-là, je dirais même qu’avec vous je défends haut et fort cette « propagation des ondes en milieu artistiques »… », assure à Daria une des membres de son jury d’examen. Voilà qui semble répondre à la formule de Goethe, placée en exergue du livre : « je ne me sens davantage moi-même que lorsque je vibre à l’unisson de l’autre, être humain, œuvre d’art ou paysage. » Vibrations artistiques et secousses telluriques agitent donc les trois étudiants jusqu’à ce que les ondes leur livrent la clef pour percer le « mystère Khaled ». En effet, ces quatre-là sont liés, « vibrent à l’unisson » pourrait-on dire. Dans la Ville austère, coincée dans de vieux préjugés, et pourtant détentrice d’un certain potentiel artistique, ils se découvrent, jusque dans leurs rêves… Daria, l’étudiante aux yeux vairons, semble le point central de cette « Chronique pour quatre personnages ». Ces yeux d’une couleur différente pour voir à la fois l’intérieur et l’extérieur des choses et son don d’empathie extraordinaire intriguent ses pairs. Elle « vibre », non seulement en présence de certaines œuvres d’art, mais également de certains individus, comme une illustration de la phrase de Goethe.

Les discours des uns et des autres, sur l’art, ce qui l’habite, ce qu’il donne à faire ressentir – sa vibration – se rencontrent dans ce roman. « Tu sais, je ne comprends pas grand-chose aux trucs que les étudiants fabriquent à l’école, mais l’art m’a toujours intéressé, intrigué, parfois choqué quand c’était trop osé, trop nu et trop vulgaire, du moins selon moi. Bref, je regarde, j’essaie de piger. […] Les tableaux d’Andréas, par contre, ils me font un peu peur, ils m’intriguent, ils me troublent, je pourrais passer des heures devant, à regarder sa peinture, à suivre les chemins de peinture, cette surface informe et grouillante, où je vois des signes mystérieux […] », confie Khaled. L’art semble impliquer une capacité à s’immerger dans une œuvre ou une matière…

Néanmoins, ces nombreux discours peuvent faire naître un doute : à force de trop parler, les personnages de Good Vibrations semblent défiler sur une scène de théâtre ou un écran de cinéma. L’école d’art enfouie sous la neige, la Ville anonyme, mais surtout les oraisons des personnages, que ce soient celles du directeur, habile orateur amoureux de La Panthère rose, de Khaled assis sur une chaise au milieu d’une gare pleine de gens endormis ou de Nicolas dont la matière à modeler est le langage ; ou les duos des deux agents d’entretien, presque trop rodés pour paraître naturels… tout cela évoque l’art du langage et sa représentation dans le théâtre. Perdu parmi ces artifices, ces mises en abyme d’une interrogation sur l’art, on perd progressivement la réalité du récit, on est happé par un univers de variations oniriques autant qu’artistique. Il ne faut donc pas s’étonner si l’action principale du roman finit en tableau…/PP/

 

Libr-événements

 

â–º Mardi 28 janvier 2014 à 20H30, Café de la mairie à St Sulpice (75006), soirée exceptionnelle Annie Richard : L’AUTOFICTION ET LES FEMMES : un chemin vers l’altruisme ? (éditions de L’Harmattan), avec Camille Laurens et Isabelle Grell.

Le principe vital de l’autobiographie traditionnelle est l’acte d’imposer à autrui, avec sans doute de moins en moins d’assurance, au prix d’un dévoilement total, son autoreprésentation des êtres et des choses.
L’autofiction s’en démarque nettement par la pleine conscience de la fiction à l’œuvre dans tout récit de soi et, paradoxalement, de la nécessité de la faire partager à autrui. Car pour que le monde existe, soit une réalité et non pas un délire, encore faut-il y faire entrer le lecteur, lecteur réel, sceptique, irrité, compatissant, comme tout interlocuteur dans la vraie vie. Dimension nécessaire, peu explorée à cause de la fascination pour l’expression du moi.

Dimension fondamentale : l’autofiction ne serait pas principalement une ego-fiction mais une alter-fiction. Les femmes semblent y avoir pris une place particulière.
Lectures – Débats – Vente de livres – Signatures

Les mardis littéraires de Jean-Lou Guérin
http://lesmardisdejeanlou.blogspirit.com/ & http://editionduboutdelarue.fr/

 

 

 

31 décembre 2013

[News] Spéciale LC : de 2013 à 2014…

Pour ce passage entre 2013 et 2014, LC vous offre à la fois une prospective particulière (14 citations pour 2014 : avant-goût de quelques livres sélectionnés pour le début de l’année) et une petite rétrospective (les 10 posts les plus lus/vus depuis le lancement du nouveau LC en septembre)…

14 citations pour 2014

Voici un aperçu en citations des livres que nous avons lus et que nous vous recommandons pour le premier trimestre 2014.

â–º Christophe CARPENTIER, Chaosmos (P.O.L, 2 janvier : dystopie de 416 pages) :

1) "Il n’y a plus d’actifs ni de chômeurs, plus de riches ni de pauvres, plus de malades ni de bien portants, il n’y a plus qu’un peuple : celui des relais efficaces du Chaosmos" (p. 116).

â–º Jacques JOUET, Les Communistes (P.O.L, 2 janvier, 490 pages) :

2) "On parle de passéisme, dit Pavel, mais jamais d’avenirisme ou de présentéisme" (p. 255).

3) "Et si je nous déclarais cohommunistes, tu aurais encore peur du co- ?" (p. 484).

â–º Jérôme BERTIN, Le Projet Wolfli (Al dante, 15 janvier, 64 pages) :

4) "Le peuple n’aspire qu’à se faire enculer" (p. 12).

5) "L’écriture aussi est un sport de combat. Ou alors ce n’est pas de la littérature. C’est de la merde" (p. 42).

6) "Top chrono pour les moutons. Consommez consommez avant que le cancer ne vous consume. Cassez votre tirelire cochons. Vous vous serrerez la ceinture après. Crédits crédits. Une seule vie ne suffit pas pour tout acheter" (p. 48).

7) "Debout les damnés de la terre. Ils vivent à ne pas douter leurs derniers instants. La culture d’état pue la mort. Les derniers penseurs sont enfermés dans la misère. Les éditeurs, les producteurs, travaillent par leur censure et leurs choix commerciaux à la désintégration du pensé debout" (p. 49).

â–º Jérôme BERTIN, Première ligne (Al dante, 15 janvier, 40 pages) :

8) "Festin de terre. Assis sur le lit la tête entre les mains. Cracher le poème et du sang. Du sens interdit. La tête cogne contre le carrelage" (p. 15).

9) "Anus, l’origine du monde. Plus de débats mais des combats. Des décombres des cobras. À la place de la langue, uppercut. Un sein vert expression. Tu vois le sang araignée sur le sol" (p. 18).

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres (L’Arbre vengeur, 15 janvier, 234 pages) :

10) "Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise" (p. 14).

11) "L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans" (p. 85).

12) "Tous les autres mots ne sont pour lui que des euphémismes hypocrites et maniérés pour dire merde" (p. 93).

â–º Marc OHO-BAMBE, Le Chant des possibles (éditions La Cheminante, mars) :

13) "Souviens toi

De ce matin-là,

Ecarlate et révolutionnaire,

Du parfum de jasmin flottant dans l’ère alors

Souviens toi mon sang,

De la promesse du jour et des slogans,

Des chants de la rue défiant le joug des tyrans

Et la morsure des fusils"

â–º Serge Doubrovsky, Le Monstre (Grasset, avril 2014) :

14) "Vous pourrez enfin découvrir ici le texte restitué dans sa première composition, toute son opulence, sa première jeunesse, sa vitalité débordante, ses rêveries nomades et sa fascinante écriture. Le Monstre vous attirera dans son labyrinthe et vous n’essaierez même pas de trouver l’issue mais vous cheminerez, comme hypnotisé, à sa rencontre. L’approche génétique de ce texte aura aussi prouvé qu’il faut en finir de vouloir donner un seul sens à une œuvre, d’en faire une donatrice de signification" (Isabelle Grell).

Les 10 posts les plus lus/vus depuis le lancement du nouveau LC en septembre 2013

LC, en 2013, c’est quelque 200 posts (si l’on tient compte de la pause estivale, cela fait une moyenne de 4,5 posts/semaine).

En quatre mois, vous êtes plus de 100 000 à être venus visiter les quelque 1 600 posts disponibles : les 10 les plus lus/vus (chiffres arrondis) témoignent aussi bien des goûts de lecture que des circuits de circulation et d’indexation.

â–º Chronique de Philippe Boisnard (17/05/2008) sur Ralbum (Léo Scheer) = 11 275 visites [total : + de 120 000]

â–º Emmanuel Adely, "No more reality" (création du 05/09/2009) = 4 475 [total : + de 50 000]

â–º Chronique de Fabrice Thumerel, "Richard Millet et la postlittérature" ("Manières de critiquer" / 01/04/2011) = 3 650 [total : + de 20 000]

â–º Michel Giroud, "Généalogi-z 2.1" (création du 9 décembre 2006) = 2 200 [total : + de 35 000]

â–º NEWS du dimanche 10/11/2013 (F. Thumerel) = 1 760

â–º Chronique de Périne Pichon sur La Direction des risques de Christophe Marmorat (07/11/2013) = 1 150

â–º Fabrice Thumerel, "De l’intellectuel critique" (20/01/2006 ; travail de recherche en cours de réécriture) = 775 [total : + de 15 000]

â–º Mathias Richard, « Pour un déclin du mot "roman" » ("Manières de critiquer" / 26/09/2013) = 725

â–º Matthieu Gosztola, "Vivre I" (création, 29/10/2013) = 600

â–º Thomas Déjeammes et Mathias Richard, "Dreamdrum 10 / Amatemp 28" (création, 14/09/2013) = 580

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