Ces premières NEWS du dimanche de 2021 donnent d’emblée le ton : offensifs l’édito et les textes de CUHEL comme de Tristan Felix ! Suivent, en ce temps de médiocre rentrée-de-janvier, notre sélection rigoureuse (LIBR-6), nos Libr-brèves et notre avant-dernière Libr-rétrospective de 2020…
Édito
♦ On n’arrête pas le Progrès : des files d’attente et de la flicaille partout, couvre-feu*, angoisse devant un Ennemi invisible… ça nous change la vie : c’est vrai quoi, ça met un peu de piment dans les vies monotones de nos démocraties-molles…  Et puis, c’est inédit au moins, non ?!
* La seule différence avec 1942, c’est que cette fois il concerne tous les (néo)pétainistes – et pas seulement les juifs…
♦ Pour mieux deviner où va cette « France en Marche », on lira l’édito du n° 6 de COCKPIT voice recorder (novembre 2020),
signé Christophe Fiat : « Si au printemps, lors du premier confinement, on nous encourageait à faire les Robinson Crusoé : « Robinson Crusoé ne part pas avec de grandes idées de poésie et de récit. Il va chercher dans la cale ce qui va lui permettre de survivre » a-t-on entendu lors d’une visioconférence en direct de l’Élysée, nous n’avons pas d’autre choix, à l’occasion de ce second confinement, que d’être des Don Quichotte. Voilà , le délire du personnage de Cervantès en quête d’aventures tout azimut nous semble plus « adapté »Â – terme d’une Novlangue inépuisable – à la réalité de notre époque que la clarté zélée du personnage de Defoe »…
♦ Pour bien commencer l’An neuneuf, chantons avec La Vie manifeste :
« L’Etat noie, noie l’Etat
il n’y a pas d’argent magique, il n’y a que de l’argent tragique
Déboulonnons le récit officiel
Police abolie, bientôt le paradis
Etranglons les étrangleurs
Télétravail pour les CRS »…
CUHEL, Ode au CoronnardÂ
Ô Coronnard le Combinard
toi qui n’es pas né de la dernière pluie
MERCI de nous rappeler que nous sommes cuits
Toi l’ultra-libéraliste tu aimes la Liberté
de circuler
pour nous parasiter
tu chéris l’Égalité (et surtout son Boulevard !)
et la Fraternité
pour mieux nous parasiter
Ô Coronnard le Vicelard
qui nous mène la vie hard
tu es le meilleur coach de l’apocalypse
ô vice oh hisse au supplice !
Ô Coronnard le Cognard
tu vas nous débarrasser de tous les nullards
qui nuisent à la sécurité des démerdards
qui empêchent de tourner en rond
notre immonde où seul compte le pognon
un pognon de dingues
Ô Coronnard
toi qui as grandi sur la litière de nos idéaux
sur le terreau de l’immonde expansion des néo-fléaux
toi l’avant-garde des néo-libéraux
pour rassurer les secturitaires
tu vas ramener l’Ordre sur la Terre
l’Ordre en Marche
celui des marchands
à qui profitera le Grand Réchauffement
À bas les sans-dents !
Et vive le Résident de la Réputblik
décoré de l’Ordre du ÇaProfite !
Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix
Pour prouver son innocence, Ovaine braque une baraque à frites, en plein soleil. 
Le fritier, désormais client, s’enquiert :
– Où en est ton procès ?
– État stationnaire. Preuve que j’ai rien fait. Et toi ?
– Bah, j’ai pas de preuves que tu m’as tout piqué.
– Veux-tu que je témoigne en ta faveur ? J’ai tout vu, tu sais.
– Tu seras inculpée pour faux témoignage, laisse tomber.
Ovaine, émue, lui double sa dose de mayo.
Transporté par ce vent de solidarité, il demande une barquette géante.
Et de sa langue prélève les cristaux de sel éclatant d’une vérité nouvelle.
Libr-6 (Livres reçus : hiver 2020-21)
► Jean-Pierre BOBILLOT, Dernières répliques avant la sieste [notes sur le risible – II & III], éditions Tinbad, coll. « Poésie », 88 pages, 14 €.
► Sophie COIFFIER, Tiroir central, éditions de l’Attente, 88 pages, 11,50 €.
► Suzanne DOPPELT, Meta donna, P.O.L, 80 pages, 13 €.
► Anne KAWALA, Les Aventures d’Orphée Foëne à Dos Romeiros, Série Discrète, 64 pages, 12 €.
► Sandra MOUSSEMPÈS, Cassandre à bout portant, Flammarion, coll. « Poésie », 174 pages, 18 €.
► Patrick VARETZ, Deuxième mille, P.O.L, 528 pages, 32 €.
Libr-brèves
► On retrouvera ici la visio-lecture de La Sauvagerie qu’a donnée Pierre Vinclair mercredi dernier 13 janvier dans le cadre de Station d’arts poétiques (Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon).
► Peu après la publication du volume collectif issu du Colloque international de Cerisy sur son œuvre, Valère Novarina : Les
Tourbillons de l’écriture, le poète, peintre, dramaturge et metteur en scène vient de recevoir le Grand Prix Paul Morand de l’Académie française, destiné « à l’auteur d’un ou plusieurs ouvrages remarquables par leurs qualités de pensée, de style, d’esprit d’indépendance et de liberté » – et doté de 45 000 €.
Libr-rétrospective 2020 (3)
â–º Créations : Joël Hubaut, « ÉpidémiK » [n° 1 ; série à terminer en 2021] ; Philippe Jaffeux, « John Coltrane » ; Julien Blaine, « (Y) » ; Laure Gauthier, « Transpoèmes »Â ; Tristan Felix, « Le Mâle dit de fine amor »…
â–º Chroniques : Ahmed Slama sur Ivar Ch’vavar, La Vache d’entropie ; Patrick Beurard-Valdoye, « Fléau et théâtre social »Â [> 3 000 vues] ; Fabrice Thumerel, « Julien Blaine : fin de partie ? » [> 3 500 vues]…
â–º NEWS : Poesie is not dead, « Urgences poésies » [> 5 000 vues] ; « News du dimanche du 17/05 » [> 2 500 vues]…
► Entretien avec Christophe Fiat pour le lancement de la revue Cockpit voice recorder…



















que le lecteur d’aujourd’hui – celui qui fait le succès d’un livre – est une lectrice de 50 ans ou plus. D’autre part – nous préférerions l’ignorer mais nous le savons quand même puisqu’il s’en est ouvert à son de trompe –, Yann Moix a peu d’inclination pour les femmes de cet âge. Or le nouveau livre de ce goujat cartonne en librairie » (95).

: septième et dernier rendez-vous du cycle de rencontres organisées dans le cadre de sa résidence à la librairie Texture, Christophe Manon reçoit Danielle Mémoire, à l’occasion de la parution de son livre Les Rendez-vous de la marquise (POL).



demander une certaine connaissance de l’histoire de la poésie du XXème siècle et des questions qui s’y sont tissées. Risque dont lui-même n’était pas dupe, tel qu’il en témoigne dans sa première partie Ouvre-boîte : « Le pari n’était pas facile étant donné la grande diversité des gestes artistiques, la complexité des questions, la multiplicité des formes et des pratiques (…) Si j’emprunte parfois la casquette de l’historien, c’est qu’il me paraît difficile de prendre la mesure des formes contemporaines sans les replacer dans la continuité et les ruptures qui les ont produites, les légitiment, en expliquent les mécanismes et les apports. »
extra-époquale (le corps, le singulier, la pulsion, le ça, la négativité) qui serait voilée par l’époque. Bien au contraire, être contemporain selon Jean-Michel Espitallier, c’est saisir un certain nombre de questions « qui se posent mais ne me sont pas posées » (rupture de l’obnubilation du sujet), c’est intensifier des rapports logiques, politiques, sociaux, non pas en vue de trouver une part maudite, une sorte d’ipséité que la modernité rationnelle aurait voilée, mais selon le projet de les décrypter, de les mettre à jour du point de vue de leurs stratégies de domination, de diffusion, d’imprégnation. C’est pourquoi cette contemporanéité se définit en tant que tournant post-moderne. La post-modernité, comme j’y reviendrai par ailleurs, ne définit pas d’abord et avant tout une réalité époquale (même si cela peut être le cas), mais surtout la réévaluation critique des héritages qui ont défini l’histoire, selon une logique de mise à distance des méta-vérités qui l’ont structurée. Alors que la modernité poétique a opposé à la téléologie de la raison issue du XIXème siècle (Hegel, puis Husserl) une téléologie du sujet compris comme singularité et tout à la fois vérité d’une possible communauté politique (d’où la récurrence du thème de la révolution), la post-modernité ne revendique plus aucune forme de vérité/communauté, mais situe son travail comme déchiffrement des mécanismes politiques, économiques ou communicationnels qui définissent chacune des micro-segmentarités de vérité relative qui constitue la réalité parcellisée du monde occidental. Contre la performation moderne, le post-moderne tendrait à un travail critique. Contre l’idiolectal lié à l’assomption du singulier, la post-modernité poserait des langages conventionnels, issus des pôles hégémoniques de la représentation, mais cela à partir de la remédiation de leurs logiques ou de leurs contenus, selon des déplacements circonstanciels ou événementiels, selon des stratégies de déterritorialisation, sans réelle reterritorialisation dans une dimension de vérité. C’est ainsi que Jean-Michel Espitallier peut écrire : « Faisant le deuil du clivage historique entre passé et présent, le post-moderne s’inscrit en faux contre tout messianisme. L’écrivain post-moderne retourne contre eux les phantasmes d’une inspiration créatrice, raille l’esprit de sérieux et les supposés vertus politico-thérapeutiques de son travail. » (p.126)
les mutations de l’espace poétique, ou encore les pratiques transartistiques et transgénériques. Et parce que le bricolage ressortit à la "pensée sauvage" (Lévi-Strauss), cette caisse à outils s’avère aussi pratique qu’originale. Indispensable par sa riche diversité et la clarté de ses synthèses. Indispensable pour ses prises de position vives ou mesurées, ses mises en garde salutaires : assurément, on pourrait très bien se passer de ce "téléthon annuel" que constitue le Printemps des poètes, tout comme de l’incontournable "transversalité", "nouveau sésame de la cuistrerie branchée"… Le poétisme ne frappe pas que la poésie "traditionnelle", pouvant "se manifester dans la pompe lyrique ou le stylisme boursouflé comme dans la littéralité ou l’avant-garde" ; il importe donc de "se méfier des hâtives sacralisations du nouveau" – tant "il ne suffit pas de piloter de gros logiciels et d’articuler images, sons, textes, hologrammes, etc., pour faire la révolution poétique"
(p. 50-51)… Quant au fameux cut-up, pour être "devenu l’une des marques de fabrique de l’époque", il n’en est pas moins discutable : il a "tendance parfois à se faire un peu rouleur de mécaniques postmoderne, besogneux à force de se vouloir démonstratif, démonétisé comme valeur d’échange en ateliers d’écriture, conformiste à se croire naïvement visa de toutes les modernités" (198)…
extrêmes. L’opération symbolique vise à rien moins que labelliser une plateforme d’écritures exigeantes conçue comme une alternative au modèle avant-gardiste agonisant. Peu après la publication des Actes de ce colloque (1987) dans la revue Po&sie dirigée par Michel Deguy depuis 1977, naît chez le même éditeur Belin la collection du même nom, riche aujourd’hui de quelque soixante-quinze titres. Depuis, l’appellation est entrée dans l’usage courant en matière de littérature, employée dans des colloques de spécialistes comme dans divers panoramas et articles de presse. Arrêtons-nous sur le premier colloque international consacré à cette notion aussi vague que vaste, qui a eu lieu en mai 2007 à Toronto : trois jours durant, des chercheurs du monde entier ont débattu sur les "enjeux du roman de l’extrême contemporain : écritures, engagements, énonciations". La première remarque qui s’impose est l’extrême extension du "concept", puisqu’il recouvre aussi bien l’écriture de soi que "l’écriture du jeu, l’écriture des idées et l’écriture du réel". Quant à la liste des auteurs dont il est principalement question, elle laisse pour le moins perplexe : Angot, Chawaf, Darrieussecq, Duras, Germain, Grainville, Houellebecq, Laurens, Toussaint… Quels rapports établir objectivement entre ces écrivains dont les pratiques comme les capitaux symboliques sont aussi 

Godzilla est la jonction entre la fin de la seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide. Dans cette performance artistique mêlant musique low-fi, transe psychédélique et poésie sonore,
• Isabelle GRELL, écrivain et éditrice,



Mathias Richard et alii, Manifeste mutantiste 1.1,
Guillaume Bergon, La spirale de la parole, Caméras animales, novembre 2010, 132 pages, 12 €, ISBN : 978-2-9520493-7-5. [voir la
Ces jours-ci, on ne manquera pas de suivre l’un des plus gros poissons littéraires dans tous ses éclats…