Libr-critique

23 septembre 2018

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche d’automne, en UNE : pleins feux sur le dernier volume de la collection « Le Cinéma des poètes » ; puis, vos Libr-événements : soirée AOC et hommage à Christophe Marchand-Kiss à la Maison de la poésie de Paris ; rencontre avec Christophe Hanna pour Argent

UNE : Sébastien Rongier, Duchamp et le cinéma

â–º Sébastien Rongier, Duchamp et le cinéma, Nouvelles Editions Jean-Michel Place, coll. « Le Cinéma des poètes », septembre 2018, 128 pages, 10 €.

Ça vous a peut-être échappé, mais Marcel Duchamp était également acteur et cinéaste : un seul film, et de sept minutes seulement, Anémic cinéma (1926, avec Man Ray et Marc Allégret) – lequel est à rattacher à sa « hantise du cercle » (p. 12), même s’il est ici plutôt question de la spirale. Ses pratiques expérimentales – stéréoscopiques ou anaglyptiques – le conduisent à concevoir un cinéma ready-made. Et aussi à rêver de « rêves de cinéma » (p. 95)… Un parcours passionnant signé par l’auteur de Cinématière. /FT//p>

Libr-événements

► Mardi 25 septembre à la Maison de la poésie Paris, soirée AOC :

► Mercredi 26 septembre à 20h00, Maison de la poésie, Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin, 75003 Paris) : Hommage à Christophe Marchand-Kiss. Aléas, temps, suite et temps.

Écrivain, poète, traducteur, performeur, critique d’art, Christophe Marchand-Kiss a dirigé la collection « L’Œil du poète » aux Éditions Textuel, et y a traduit et publié de nombreux poètes contemporains. Il est l’auteur de Regard fatigué (Aleph, 1998), Traduire en poésie (collectif, Farrago, 2001), Léo Ferré, la musique avant tout (Textuel, 2004), Gainsbourg, le génie sinon rien (Textuel 2006), Aléas, éditons bleu du ciel, Normal, (Éditions Marie Delabre), CRS, de Charonne à Charlie-Hebdo, (Flammarion), 2018.
Christophe Marchand-Kiss, né en 1964 à Chateaubriant (44) est décédé le 8 juillet 2018.

Cet hommage sera l’occasion de saisir l’intense activité intellectuelle et la curiosité envers les arts de Christophe Marchand-Kiss. Erudit, cultivé, attentif, intense, généreux, amical, sensible, délirant, amoureux…, nous souhaitons restituer l’intelligence et l’intelligibilité de sa personnalité et de son œuvre. Son ivresse, sa rigueur.

Lectures, enregistrements sonores et œuvres vidéo seront proposés par Julien Blaine, Éric Dubois, Jean-Luc Hervé, Dominique Quélen, Chiyoko Slavnicz, Anne Kawala, Colette Tron, Jean-Marc Montera, Natacha Nisic, Véronique Pittolo, Anne Bertrand, Gordon Shrigley, Vanina Maestri, Julia Marchand, Emmanuelle Pelligrini, Marianne Thery, Isabel Violente & autres invités…

â–º Vendredi 28 septembre à 19H30, Librairie Texture, parlons d’un tabou français, surtout dans l’univers artistique : rencontre avec Christophe pour son brillant document poétique, Argent, paru aux éditions Amsterdam…

16 juillet 2018

[News] Libr-vacance 2018 / 1

Plus que jamais, en ce temps de saturation médiatique, c’est le moment d’entrer en vacance : ce premier volet de Libr-vacance vous invite à méditer avec Leslie Kaplan sur/avec Mai 68, à lire une sélection de livres très récents, à rendre hommage à Christophe Marchand-Kiss, et vous donne RV au festival de poésie Voix vives…
Face à la liesse de ce 14-Juillet à double révolution, faut-il suivre le flaubertien fleuve humain auquel fait allusion Jean-Claude Pinson dans son dernier livre, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique)  ? « Flaubert, qui n’aimait pas la foule, écrit à Louise Colet que, néanmoins, "les jours d’émeute", il se sent "enivré par une poésie humaine, aussi large que celle de la nature, et plus ardente" »…

UNE : le Mai 68 de Leslie Kaplan, du chaos au chantier…

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier, P.O.L, mai 2018, 80 pages, 9 €.

Il était un temps où l’espace social français n’était pas saturé par une seule obsession, l’invasion des "Migrants", que seul peut chasser cet antidote magique, la Victoire-des-Bleus… Une Coupe du monde quand la coupe est pleine, des Bleus contre les bleus à l’âme, le Mondial contre les ravages de la mondialisation…

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation

les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

Ces clichés, nous les avons tous en tête sous forme de slogans : "Faites l’amour, pas la guerre !" ; "Il est interdit d’interdire !" ; "L’imagination au pouvoir !" ; "La beauté est dans la rue" ; "Prenons nos désirs pour des réalités !" ; "Soyons réalistes, demandons l’impossible"… Mais, dans sa conférence interrompue par quelques personnages tout droit issus de ses textes, Leslie Kaplan insiste autant sur la chape de plomb du régime gaulliste que sur la prise de parole : mutisme des dominés… silence sur les opprimés… silence sur la France de Vichy, la guerre d’Algérie… Contre une certaine doxa selon laquelle Mai 68 est avant tout une révolte hédoniste et consumériste, un soubresaut individualiste, l’auteure nous invite à penser 2018 grâce à ce mouvement anticapitaliste : plutôt que de nous laisser engluer dans un individualisme de masse et un identitarisme de mauvais augure, retrouvons notre puissance d’étonnement, un désir de singularité qui passe par l’altérité !

Libr-15 : LC a reçu, lu et vous recommande

♦ Philippe ANNOCQUE, Seule la nuit tombe dans ses bras, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 152 pages, 16 €.

♦ Julien BLAINE, De quelques tombeaux de feus mes amis & de feue mon amie, Au coin de la rue de l’Enfer (04), mai 2018, 54 pages, 13 €.

Julien BLAINE, Catalogue de l’Exposition 1968/2018 = 1/2 siècle & Julien Blaine = 3/4 de siècle, Marseille, édition im/paires et éditions Galerie Jean-François Meyer, mai 2018, 64 pages.

♦ Philippe BOISNARD, Vie et mort d’un transsexuel, éditions Supernova, juin 2018, 86 pages, 10 €.

♦ Comité restreint, L’Inclusion qui va, éditions Louise Bottu, mai 2018, 128 pages, 7 €.

♦ Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €.

♦ Bruno FERN, Suites, éditions Louise Bottu, juin 2018, 162 pages, 14 €.

♦ Laurent GRISEL, Journal de la crise de 2008, éditions Publie.net, printemps 2018, 272 pages, 20 €.

♦ Pierre MÉNARD, Comment écrire au quotidien. 365 ateliers d’écriture, Publie.net, 2018, 450 pages, 24 €.

♦ Cécile PORTIER, De toutes pièces, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 180 pages, 18 €.

♦ Jean-Claude PINSON, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, éditions Joca Seria, Nantes, juin 2018, 280 pages, 19,50 €.

♦ Olivier QUINTYN, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €.

Revue des Sciences Humaines, Université de Lille III, n° 329 : "Orphée dissipé. Poésie et musique aux XXe et XXIe siècles", printemps 2018, 296 pages, 28 €.

♦ Marc-Émile THINEZ, L’Éternité de Jean, éditions Louise Bottu, juillet 2018, 140 pages, 14 €.

♦ Patrick VARETZ, Rougeville, éditions La Contre Allée, Lille, printemps 2018, 96 pages, 8,50 €.

 Libr-brèves

â–º En hommage à notre ami Christophe Marchand-Kiss (1964-2018), qui nous a quittés trop tôt, sur Libr-critique on pourra (re)lire un extrait de Mère/instantanés et une chronique sur l’un de ses textes publié sur Publie.net en 2009.

â–º Bien que ce festival méditerranéen ait bien changé, RV à Sète du 20 au 28 juillet : avec notamment Béatrice Brérot, Sébastien Dicenaire, Frédérique Guétat-Liviani, Jean-Luc Parant et Pierre Tilman.

9 novembre 2011

[Texte] Mère / Instantanés, par Christophe Marchand-Kiss

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 16:48

Nous sommes heureux de publier en exclusivité pour nos Libr-lecteurs un extrait du prochain récit de Christophe MARCHAND-KISS, Châteaubraillant.

(more…)

27 février 2007

[Chronique] Philippe Beck, Chants populaires

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 17:55

La récente « monographie dialoguée », L’Impersonnage. Rencontre avec Gérard Tessier (Argol, 2006), qui vient s’ajouter à de nombreux écrits et dossiers de revues sur une oeuvre comptant désormais quinze volumes, atteste la reconnaissance spécifique dont bénéficie déjà, à quarante-quatre ans, celui qui incarne « la tenue de la langue » (Jean-Luc Nancy) et en qui sitaudis.com voit « un poète majeur de ce temps, l’un des plus copiés par la jeune génération ». La parution de son dernier recueil, qui s’inscrit dans la lignée des Poésies didactiques (Théâtre typographique, 2001), est l’occasion de nous interroger sur son rapport à la modernité.

Chants à penser

Comme le souligne Christophe Marchand-Kiss dans sa préface à la récriture de Garde-manche hypocrite (Fourbis, 1996), « l’oeuvre de Philippe Beck est, tout entière, traduction » : chez lui, « l’acte de lecture est fondement, car, en se traduisant dans les actes de l’écriture, il participe, à la périphérie, au mouvement central de la construction de l’oeuvre » (Textuel, 2004, 12-13). Ainsi les Chants populaires, animés par un « désir de musique » (12), constituent-ils la récriture pour « enfant et peuple » (213) de contes traditionnels dont les titres originaux sont radicalement différents de ceux choisis pour les 72 poèmes à la fin desquels ils sont mentionnés. Et ces contes, « relectures du regret » (rélégies, 216), sont eux-mêmes, pour bon nombre d’entre eux, des récritures, et non des retranscriptions de traditions orales : en moderne, Philippe Beck met en évidence le caractère artificiel de toute écriture, fût-elle qualifiée de « populaire ».
Le récrivain (1) retravaille donc « la matière chantée ancienne » en visant l’intemporel : « Un présent générique détermine la capacité négative de contes qui ne sont pas des fables (ces « Ã©nigmes toujours accompagnées de leurs solutions », selon Hegel) » (p. 9). Et comme ce ne sont pas des fables, il convient de dé-moraliser ces contes dont l’objectif est de détourner ou de critiquer « la matière passée, bronzée, / débrimée, / car beaucoup est à dire / sur la façon de tout dire / de certains anciens, / ou d’anciens modernes » (Poésies didactiques, 24 et 38). D’où le recours occasionnel à la rhétorique du commentaire : « L’utilité de la guerre est le thème » (Chants populaires, 103). S’agissant de la transposition du « Petit Chaperon rouge », intitulée « Forêt », sont au rendez-vous critique sociale et renouvellement lexical : « Family commande / la prose morale » (42). Ils s’accompagnent d’une réinterprétation psychanalytique teintée d’humour : « la scène chaude » survenue, le « remplaçant familial / (…) mange la fille du feu » (43).
Aussi l’entreprise de Beck correspond-elle à l’attente de Schiller, dont la phrase-clé est reproduite sur la quatrième de couverture des Poésies didactiques : « On attend encore un poème didactique où la pensée elle-même serait et demeurerait poétique ». D’autant qu’à la page 115, le poète et professeur de philosophie définit la philosophie comme « l’art d’être dans la poésie », ce qui suppose, d’une part un « moi de pierre » (147), et, d’autre part, « de fonder les efforts / plutôt que de cogner Tête / aux murs capitonnés / de l’ « immédiate actualité »  » (115). Ce que résume cette formule d’ Inciseiv : « J’appelle philosophie / l’art d’être dans la poésie / et d’avoir en poésie / beaucoup d’impersonnalité » (MeMo, 2000, 54). Les Chants populaires se situent dans cette perspective : chants à penser et récitatifs secs (Le Fermé de l’époque, Al Dante, 2000, 32), ce sont des chants objectifs qui opposent la poésie de pierre (antilyrique) à l’humidité lyrique propre à la « rhumanité ».

Moderne ou néo-classique ?

Dans Salut les modernes (POL, 2000), Christian Prigent apprécie le « défilé baroque » des premiers textes et leur rythme : « Le poème s’extrait de la densité du monde. Il se constitue au fil de ces déplacements secs de l’énonciation, incrustant des citations, laissant s’effondrer les images, dispersant les affects, alternant imprévisiblement vers courts et versets amples, faisant strophe de la catrastophe douce des figures destituées dès que constituables. L’onde d’écriture note et interdit simultanément la liaison naturelle des segments de récits, des éclats de représentations, des lambeaux de savoir, des points d’émotion » (64-65).
Dans ces Chants populaires, le poète apparaît certes encore comme un décompositeur qui incisive au scalpel ces discours constitués que sont les contes et les vide de leur matière lyrique. Seulement, à quoi avons-nous affaire ici, si ce n’est à une écriture métaphorique-allégorique qui tente de concilier « poésie d’art ancienne » et « rosée moderne » (9) ? Dans cet extrait, par exemple, à la corpographie se substitue une allégorie de la création poétique, avec poésie-des-éléments et rejet-à-effet-de-surprise :
« Au ventre de Conteur,
il y a la forge,
qui suggère parfois
la colère précise.
L’eau aide la forge.
Coeur la chauffe.
Il est le centre de forge.
Le centre de marteau.
Ébullition fait une vapeur
de vie
que des poumons
ou soufflets
envoient à Gorge,
qui monte au métier de la bouche.
Phonerie est la suite » (13).

Et si le didactisme de Philippe Beck recélait un néo-classicisme ?

(1) Philippe Beck, Déductions, Al Dante, 2005, p. 45.

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