Libr-critique

31 août 2009

[News] Libr-rentrée/Libr-vacance…

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — rédaction @ 9:26

" En des temps immémoriaux, chaque année dans l’ancienne patrie des arts, au moment où les arbres commençaient à perdre leurs feuilles et les écoliers à reprendre les leurs, les docteurs en lissetératicule et les émules en raclures jouissaient d’une véritable cure de jouvence… L’ambiance était alors à la cour de récréation, puis à celle des casinos et champs de course. Ce n’étaient que roues et roueries, jeux et enjeux, lazzis et confetti, concetti et paparazzi, paris et parures, parades et mascarades, masques et bergamasques… Faites vos jeux ! – Rien ne va plus…"

Ce POINT DE VUE DE SIRIUS ne peut que nous réjouir : ces temps étant révolus, notre Libr-rentrée sera Libr-vacance – vacance réflexive, vacance libératrice, vacance recréatrice…

Aussi trouvera-t-on ci-dessous un AVANT-PROGRAMME Libr-critiquement concocté : quelques-uns des livres reçus : Bodo de Jacques Jouet, La Patience de Mauricette de Lucien Suel, Le Bateau-Citerne de Willem Elsschot ; nos Pleins feux sur l’Exposition Ludovic Debeurme & Nosfell ; nos Libr-brèves (n° 58 de Chronicart ; "Internet et rémunération des auteurs").

Et si le virus de la libr-térature agit en vous, nous attendons vos propositions, suggestions et commentaires… Et si vous commenciez par répondre à notre enquête sur les nouvelles pratiques de lecture ? (voir à la fin) /FT/

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5 avril 2009

[News] News du dimanche

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , , , — rédaction @ 9:42

  Cette semaine nous avons reçu le livre collectif : Pourquoi nous ne sommes pas chrétiens (Max Milo éditeur). Très à propos, après les sentences contreversées de Benoît XVI, c’est le livre à ne pas manquer, pour sûr, auquel de très bons penseurs et écrivains (Bernard Andrieu, Eric Arlix, Julien Blaine, Philippe Di Folco, Michel Surya, …) ont participé. Ayant été contacté pour y participer, et ne l’ayant pas fait pour diverses raisons, étrangères à cette initiative et à Alain Jugnon que j’apprécie particulièrement, je profite de cet éditorial des News du dimanche, pour brièvement indiquer ce qui se joue ici, dans cette non-appartenance selon moi au christianisme, en tant que dimension de la révélation par le verbe.
Avec Hegel, et son Esprit du Christianisme et son destin, se nouait avant même La Phénoménologie de l’esprit, en quel sens la figure du Christ serait la représentation à travers laquelle se réconcilient l’en soi de la vérité et  l’histoire humaine, histoire philosophique, en tant que pour soi de cette vérité. Le Christ est une colle superglue comme je l’ai dit souvent, colle superglue assurant par avance la réconciliation avec le sens. Le christianisme ne pose pas la question de l’éthique, mais tout au contraire, il est en sa donation de sens, ce qui forclos la question du sens, en détermine par avance les termes. Le christianisme n’est pas du côté de l’éthique, de Spinoza, de la connaissance adéquate des causes singulières, mais du côté de la morale, de l’universel abstrait, impliquant, qu’il faudrait faire comme si, chacune de nos actions correspondait à une loi universelle de tout comportement humain (Kant). Le Christ est la figure qui répond par avance à la question de Dieu, qui en biffe l’énigme par la parole révélée, qui efface le fait que cela, Dieu, le nom de cette absolue transcendance, est la limite de tout énoncé rationnel. C’est là le problème du christianisme, sa moraline historiquement constituée, son discours de vérité révélée. Ce christianisme-là, bien évidemment est celui de la théologie positive, de la parole révélée, du prêche humain qui prétend avoir connaissance des desseins ouverts par Dieu pour les hommes. Il n’est pas celui des mystiques, s’affrontant à l’impossible de la  transcendance du sens. Ce christianisme-là, il est le symptôme, qui est aussi en-dehors du christianisme, qui peut apparaître aussi chez des athées, chez des musulmans ou des juifs, d’une pensée humaine qui croit détenir le vrai, qui croit que dans l’individualité singulière d’une existence (le prêtre, le chef, le leader, celui qui a prétention d’une Führung), il est possible d’énoncer une vérité de sens pour tous. Ce christianisme-là il est dans le discours moral aussi bien d’un Bush que d’un Sarkozy. Ce christianisme-là est celui qui permet d’imposer des lois, non pas liées à la co-existence des hommes et à leur variation historique et géographique, donc situationnelle, mais à prétention trans-historique, catégorique, qui ferait de ceux qui les observent : des hommes bons.
Cette maladie de la vérité universelle, elle n’est pas que dans le christianisme, elle peut être aussi dans l’anti-christianisme, dans tout autre mouvement, ou appartenance qui prétend à la révélation du vrai. Car cette prétention est la maladie de la pensée humaine en quête de sens. Si la philosophie ou la littérature ouvre une suspension, c’est bien d’abord et avant tout la suspension de la cloture du sens, la mise à distance de toute fin révélée. L’éthique, comme l’énonçait Lévinas, n’est pas d’abord et avant tout, règle, pescription, mais un face à, ouvert infiniment à la distance qui caractérise la présence d’autrui. Le chrétien, selon ce que j’entends, est celui qui a dépassé la question qui s’impose par l’être-ouvert, par l’énigme du visage (il faudrait cependant s’interroger sur la question de l’icône comme l’a fait Jean-Luc Marion notamment à partir de Pascal, comme croisée du visible). Autrui appartient à une communauté de sens définie en vérité. L’éthique se tient en retrait de cette communauté déterminée. L’éthique est suspension de toute communauté, ou encore le sens d’une communauté en devenir, mais jamais advenue.
Ce symptome chrétien, malheureusement, en temps de crise, se retrouve partout, car la crise est propice aux grands discours. Cet esprit chrétien de même se retrouve par trop chez un grand nombre qui prétend lutter contre celui-ci. Et ici, ne nous laissons pas leurrer, il y a autant de fanatisme dans certaines attaques des détarcteurs du pape, que chez le pape lui-même. Il n’est que de voir la surdité hallucinatoire qui a fait suite aux déclarations du pape. Surdité provoquant un flot de discours aussi absurdes que la moralité du pape, flot ne tentant pas de comprendre aussi, en quel sens ce que dit le pape pourrait entrer en écho avec certaines modalités d’existence. Le pape — et il faut lire le texte de son allocution — ne dit pas que le préservatif serait inefficace contre le SIDA, mais qu’en tant qu’il est lié à une certaine idée de la sexualité et du plaisir, selon lui, il ne permet pas d’entrer dans une autre voie, plus spirituelle : la fidélité, la relation d’amour. Certes, c’est à chacun de savoir ce qu’il vit, ce qu’il désire, si sa satisfaction passe par des relations éphémères, par des orgies sexuelles avec de nombreux partenaires, des ébats multipes avec des personnes de même sexe. Mais on ne peut nier, que selon leur modalité, une partie des hommes aspire bien plutôt à la fidélité, à un souci de soi, passant par une relation plus spirituelle que corporellen, ou encore incarnant la relation sexuelle à partir de l’exclusivité d’un affect. S’opposer, horizontalement, ainsi au pape, c’est reproduire à la négative, sa propre logique morale. Ce que le pape ne peut entendre : la différence. Ce que ses pourfendeurs ne peuvent admettre de même : la différence. Il y a toute sorte de morale, et de prêcheurs, ne nous trompons pas, les anti-chrétiens peuvent l’être tout autant que les chrétiens. Les uns et les autres, quelque soit leur principe, nient la singularité du devenir existentiel de chaque homme.

Notre époque a besoin d’éthique et non pas de morale, de partage de la différence et non pas de crispation identitaire, d’écoute de ce qui nous est étranger et non pas seulement de l’auto-satisfaction de la communauté des familiers. À trop vouloir s’assurer de la vérité, nous voyons à quel point les dérives sont possibles./PB/

Cette semaine, à vos dashboards : de nombreux événements en perspective ! Livres reçus : Onuma Nemon, Louis Pinto, Jean-Rebé Lassalle, Franck Salmon, et deux livres collectifs grève et pourquoi nous ne sommes pas chrétiens.

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4 janvier 2009

[News] News du dimanche

Dans cette première édition 2009 de nos News du dimanche, des libr-éclats 2009, tout ce qui vous attend d’intéressant en ce début d’année sur LIBR-CRITIQUE comme dans la sphère des écritures libres & critiques, une invitation surprise pour vous libr-lecteurs + les livres et revues reçus, notamment Patrick Dubost, Alban Lefranc, Sébastien Rongier…

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16 octobre 2006

Publication ? publications …

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 7:43

>> Je profite de la réception d’un petit livre, celui de Marc Pautrel, Le voyage jusqu’à la planète Mars (éditions Librairie Olympique, 5 €), pour revenir non seulement sur ce qui a été ouvert par Fabrice Bothereau dans sa lettre publiée ici, mais aussi sur certaines news publiées dans la blogosphère, et certaines nouvelles qui concernent le milieu éditorial contemporain français.

Marc Pautrel dans Le voyage jusqu’à Mars, parle, non sans humour, de la question de la publlication de son second livre, publication qui n’a pas eu lieu, malgré ses efforts. pautrel.jpgAu-delà de ce livre non publié, il pose la question de la réception des manuscrits et des conditions a priori qui déterminent les choix éditoriaux, tout autant que des conditions de diffusion des éditeurs. Pour les grands éditeurs, il explique en quel sens par rapport au genre dans lequel il s’inscrit, il y a peu, très peu de chance pour que cela soit publié, au sens où les recueils de nouvelles en France sont peu défendus. Ne soyons pas naïf, quand il dit que POL, Minuit, Gallimard,etc… ne donnent pas leur chance à des types d’expérimentation — ce qui est discutable pour au moins l’une d’entre elles : POL — il est nécessaire de comprendre que les conditions économiques de la publication sont déterminantes par rapport, et que, pour reprendre POL, il est évident que si certains livres ne peuvent véritablement permettre d’équilibrer économiquement les choix éditoriaux (tels les livres classés en poésie), il est nécessaire pour sa survie de publier des livres qui peuvent d’une manière ou d’une autre atteindre une cible large de lecteurs. De même Marc Pautrel, poursuit en parlant d’éditeurs plus petits et en expliquant, là aussi un peu naïvement : « Les grands éditeurs de création existent, les trois cités plus haut, mais aussi Al Dante, L’Arpenteur, Verdier, Verticales, et bien d’autres, mais ils ne sont pas assez nombreux et ne publient pas assez de livres, so many girls, so little time, tellement de manuscrits importants, si peu de livres publiés ».

Ce qui est écrit là porte en soi une forme de naïveté, au sens où la question de la publication est liée chez ces éditeurs à la question de la diffusion des titres, à savoir non pas seulement aux moyens (question des diffuseurs), mais aussi aux publics concernés par cette réception : peu, très peu. Non pas trop peu, au sens où cela supposerait a priori un manque, une forme de défaillance, alors qu’il s’agit plutôt de reconnaître que certains livres, sont difficiles d’accès, hermétiques, clos, peu ouverts à la possibilité de réception de lecteurs qui ne recherchent pas tant la matérialité linguistique de langues, que le plaisir d’histoires. Leur adresse ne concerne que peu de monde, ouvre un monde où peu s’y reconnaisse. Ce qui bien évidemment n’implique aucunement qu’il ne soit pas important. Dans certains cas, c’est même plutôt le contraire. C’est ainsi que Marc Pautrel fait mine d’ignorer que certains de ces éditeurs, Al dante, par exemple, lorsqu’ils publient, sont limités quant à la réception, et dès lors publient sachant parfaitement que leur livre, s’il peut avoir une certaine importance historique, une forme de nécessité généalogique quant au devenir de la poésie par exemple, le seront à perte, et ceci même avec l’aide du CNL, ce qui implique un système précaire chez de tels éditeurs.
De plus, la question de la publication pose la question de la diffusion : de la possibilité de voir un livre apparaître dans les librairies. La réalité en France nous la connaissons à peu près. Mais tout d’abord, je citerai un article diffusé ici sur le blogue de la feuille, qui parle de la difficulté d’existence des librairies indépendantes aux Etats-Unis. Il explique qu’il y a « longue faillite des libraires indépendants américains (passés de 4000 à 1800 dans les années 90, et dont le nombre d’ouverture de magasins n’a été que de 60 à 80 ces 3 dernières années). » Et que leur seul moyen de survivre est de sortir des schémas traditionnels d’existence (la vente de livvre) pour s’ouvrir sur des modes transversaux d’existence : devenir des cyber-cafés, faire commerce d’autres produits, mettre économiquemennt à contribution la population du quartier où ils sont implantés afin que la librarie ne disparaisse pas, créer des clubs de lecture. En France, tel que le note Lekti-ecriture.com, les libraires indépendants, quelque soit leur énergie vont de même assez mal, face à la concurence toujours plus importante des industries commerciales, et d’autre part de la vente en ligne [lire ici]. Or, certains ouvrages ne peuvent apparaître que chez ces libraires indépendants, tel Sauramps ou Ombres blanches pour ne citer qu’eux. Pour quelles raisons : du fait que, comme un employé de la librairie Privat-Brunet me l’a expliqué, il y a de cela un an, il est nécessaire qu’il y ait un fort turn-over des stocks pour la rentabilité, ce qui signifie que les livres qui ne trouveront preneurs que sur une période d’un an ou plus, et donc qui occuperont de l’espace sans le rentabiliser sont rejetés, pour laisser la place à des livres qui par la médiatisation, et donc les moyens mis à disposition pour leur diffusion, rencontreront un marché rapide. C’est aussi cette logique qui amène ces chaînes de librairie à but commercial à se diversifier, aussi bien dans la papeterie, que le multimédia. Comme on le voit, c’est l’ensemble d’une logique économique qui implique l’étouffement de la diffusion des livres des éditeurs de moyenne éxistence en France. Alors que faire ?

L’une des solutions pourrait bien être dans cette logique que développe lekt-écriture, à partir de l’étude de Joël Faucillon : le projet Bellerophon, qui tiendrait au développement en ligne d’une forme de consortium indépendant et commercial des libraires et éditeurs indépendants, réunis sous le label d’une surface commerciale open-source. Cette solution en effet pourait être intéressante, au sens où les coûts de commercialisation seraient mutualisés et permettraient à de très petits éditeurs de bénéficier d’une visibilité qu’ils ne peuvent absolument pas avoir, même avec un site indépendant. Solution qui apparaît partiellement avec les solutions internet des deux librairies citées, qui toutes les deux ont ouvert une librairie-internet, afin de toucher une plus large population.
Une autre solution, pourrait tenir, et ceci en contradiction totale avec ce qu’énonce Marc Pautrel, à des choix intransigeants de publication, comme on peut le voir avec les éditions Tristram [lire le dossier de chronic’art #29], qui au lieu de publier beaucoup, publie peu, parie sur le temps et une qualité irréprochable aussi bien des textes choisis, que de leur réalisation.
Mais, pourrait aussi être pensé enfin, une autre solution, certes à discuter : la publication en ligne, des textes, et ceci selon une double logique : non commerciale et commerciale. Non-commerciale : au sens où pour certains textes, le plus important ne tient pas à la rémunération des auteurs (combien dans le milieu de la poésie contemporaine touche une rémunération sur la vente ? sachant que beaucoup de tirages ne dépassent pas les 200 exemplaires), mais bien à leur diffusion, à leur circulation, ceci devant permettre aux textes d’exister, d’être lus, d’être partagés, et delà peut-être créé un lectorat plus imortant. Bien évidemment une telle solution, que j’ai dite discutable, demande un premier pas : celui de la désacralisation de l’objet livre, de l’acceptation que le livre si ontologiquement il a une qualité intrinsèque et spécifique, il n’est pas pour autant le seul support à une textualité. Cette solution pouvant permettre ensuite le passage à un mode éditorial papier, si les conditions sont réunies, et par conséquent l’ouverture à une logique commerciale. L’avantage de cette solution est bien évidemment économique, au sens où la duplication du support n’implique aucun coût matériel. De telles expériences ont été tentées et ont montré leur limite il y a de cela quelques années, comme OOhOO. Mais face à l’usage croissant d’internet, aussi bien pour les achats que les recherches, tout semble encore possible.

19 septembre 2006

[Chronique] Grandes espérances de Kathy Acker, par Philippe Boisnard

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 10:23

Fragments émotionnels d’une ego-narration

Dans La vie enfantine de la tarentule Kathy Acker a travaillé dans l’entrecroisement de biographies de meutrières. « Intention : je deviens une meutrière en répétant la vie d’autres meurtrières ». Ici les croisements, les reprises ne semblent être celles — seulement — des biographies, mais bien plus celles d’écritures (par exemple éminemment Guyotat dès le début avec un rapport narratif à Eden eden eden) mais aussi des genres.
Ceci conduit le livre à s’ouvrir en strates : narrations autobiographiques, dialogues théâtraux accompagnés de didascalies, correspondances épistolaires, poésie objective, analyse philosophique voire phénoménologique, linéaments psychologiques, chronologie historique, sociologie de l’art. Ainsi même si la citation de Robbe-Grillet est fausse (cf. l’analyse attentive de Laure Limongi à ce propos), on aperçoit dans cette oeuvre le feuilletage des strates comme autant de feuilletages de mondes vécus par le prisme à chaque fois singulier d’être. Et en ce sens, Burroughs a eu raison de dire que c’est « une Colette postmoderne », car si de Colette, il pense certainement à l’expérience d’une écriture qui témoigne de la libération de la chair face à l’esprit, libération de la femme qui témoigne de sa sexualité et d’une « conscience autoréflexive qui est narrative »; la post-modernité dont il est ici question est celle du tissage des genres, de cette stratification-complexification progressive qui détermine ces ego-narrations. Le livre se donne comme une forme de mixage, de reprises où sont digérées les références qui animent Kathy Acker : « il faut digérer puis chier ; et il s’agit que la merde soit bonne ! c’est ça l’important ».

Grandes espérances est cette tonalité qui marque le pas de la rupture vis-à-vis du monde, vis-à-vis de la mère qui est monde. Grandes espérances est le récit de chroniques de vies, qui s’entrecroisent, se lient, passent les unes à côté des autres sans s’apercevoir, témoignant de la variabilité indéfinie de la vie qui s’endure dans le monde à partir de leurs désirs, de leurs déchirures : « un récit est un mouvement émotionnel ».

L’identité ne peut se fixer, aussi bien la sienne, celle de la narratrice dans l’autofiction, que celles de ceux qui en sont les protagonistes : « J’ai dressé une liste des caractéristiques humaines : chaque fois que j’avais une caractéristique j’avais son contraire ». C’est ce qui apparaissait déjà dans La vie enfantine de la Tarentule comme le remarque avec pertinence Daniel Almeda à propos de ce livre. Narratrices, narrateurs, se présentent comme autant de facettes d’une humanité qui se cherchent, aussi bien dans des rapports de filiation antagoniste que dans l’exploration de la sexualité.

A partir de là, Kathy Acker décrit un monde de violence, où l’individu semble perdu, éprouvant l’écrasement de son être, où le moyen d’exister ne passe pas par la communication, ou la connaissance objective, mais par le corps, la violence, le sexe — et en ce sens on retrouve sa défense du milieu Queer — car tel qu’elle l’écrit, lorsqu’elle incarne Peter : « j’ai encore des désirs sexuels ardents. J’ai toujours une pine. Seulement je ne crois pas que j’aie la moindre possibilité de communiquer avec quelqu’un dans ce monde ». Monde où les êtres expérimentent leur déliaison, monde sous le sceau d’une guerre, menant à ce que « le langage comme tout autre chose n’aura aucune relation avec quoi que ce soit ». Si la communication ne passe plus, si la connaissance objective n’a plus de force, amenant que les icônes paraissent bien flétrie, « image de l’histoire » en loque, cependant par le corps et ses émotions, est possible une autre forme de relation, en-deçà des noms : « si tout est vivant, il n’y a pas de nom mais un mouvement. Et sans cette vie il n’y a rien; cette vie est la seule question qui vaille ».

Ce livre de Kathy Acker apparaît donc comme une oeuvre incontournable pour découvrir son travail et celui d’une exigence de la narration, qui semble bien oubliée en ce temps de rentrée littéraire française. Je ne peux que recommander sa lecture pour qui veut comprendre que tout à la fois il est possible de se tenir dans une réelle exigence littéraire, et être à la fois ouvert à un lectorat plus large que celui auquel s’adresse les poésies expérimentales. En ce sens, il est à regretter que les grands éditeurs français ne prennent plus le risque de s’ouvrir à des textualités narratives plus complexes que celles qui nous déversées chaque année, comme l’explique parfaitement le dernier numéro de Chronicart (n°28) parlant de la rentrée littéraire.

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