Libr-critique

30 novembre 2007

[News de la blogosphère] émission du 02 décembre (12 H)

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 8:42

Présentation de l’émission du 2 décembre aui aura lieu en direct de Paris à 12 H (horaire décalée), en compagnie de Laure LImongi.

(more…)

14 juillet 2007

[NEWS de la blogosphère#6] Nuit remue.net 2, mise en ligne des lectures

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 12:59

Remue.net vient de mettre en ligne toutes les lectures de la soirée du 23 juin 2007. Vous pourrez ainsi y entendre :

- Dominique Dussidour, 1 lit enfin, on fera silence de Béatrice Rilos, partie 1.

- Dominique Dussidour, 2, partie 2.

- Sereine Berlottier, Laurent Grisel, Chantal Anglade lisent Lieder de Luc Boltanski.

- Patrice Lucotte lit Amsterdam de Yun Sun Limet.

- Cathie Barreau lit Les premières choses mais les oiseaux (texte inédit).

- Caroline Sagot Duvauroux, 1, lit récit d’il neige, partie 1.

- Caroline Sagot-Duvauroux, 2, partie 2.

- Sereine Berlottier lit Chao Praya (Ipomée, 2007).

- Ariane Dreyfus lit Iris, c’est votre bleu, à paraître le Castor Astral, 2008.

- Dominique Quélen lit Loque, inédit.

- Jean-François Paillard, Plan masse, lu par Jean-Marc Hérouin.

- Jérôme Gontier lit Continuez, à paraître sept 2007 aux éditions Léo Scheer.

- Marie Cosnay lit Déplacements, éditions Laurence Teper, 2007.

- Jérôme Mauche lit La loi des rendements décroissants, à paraître Seuil / Déplacements, oct 2007.

- Sébastien Rongier lit La Route, texte inédit.

- Gérard Haller lit Métaphoriques, Seghers 2001 (voir ici).

- Martine Drai lit De Paris, inédit.

- Philippe Boisnard (et son chien Barthes) lit La Communauté, inédit.

- Fred Griot, accompagné par Yann Féry (guitare électrique) lit la plui et cargai#song mer – piste 1 (textes inédits).

- Claude Favre, accompagné par Yann Féry, lit cargai#song piste 2, Fred Griot / Claude Favre, inédit.

- Patrick Chatelier, Instin dément (avec la complicité d’Alain Subilia), texte inédit.

- Eric Suchère, Dans l’atmosphère de (texte presque inédit).

- Dominique Jenvrey, lit L’EXP. TOT. Plan d’attaque d’après L’EXP. TOT., éditions è®e, 2006.

30 mai 2007

[News de la blogosphère#5] Le projet à laqueuleuleu de Stéphane Rouzé en ligne

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:39

lelem.gifIl avait été annoncé, il vient d’être achevé. Le projet à Laqueuleuleu de Stéphane Rouzé a été mis en ligne sur le blog Lelem pour l’anniversaire de Raymond Federman. Une quinzaine de petites vidéos, mises en chaîne, constitue ce poème de Federman, et donne cette queuleuleu poétique en hommage. Nous y retrouvons de nombreux contributeurs, Marie Delvigne, Charles Pennequin, Christian Malaurie, Christian Prigent, François Bon et encore bien d’autres. Nous saluons cette réalisation de Stéphane Rouzé. Ayant été sur-chargé ces derniers temps et nayant pu réaliser le petit clip de cette réalisation, d’ici quelques jours, je mettrai en ligne ma petite séquence.
partie 1.
partie 2.
partie 3.

17 janvier 2007

[News de la blogosphère#4] Labyrinthe de secrets ? à propos d’un mail de François Bon

Filed under: chroniques,News,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 6:53

Il y a de cela quelques jours, j’ai reçu le mail « jeu des 5 choses » de la part de François Bon. D’emblée, je me suis dit que de toute façon je ne pouvais pas répondre du fait que je n’ai pas réellement de blog personnel. Puis, recevant un second mail de sa part, évoquant une idée de retraçage des généalogies d’envoi, j’ai trouvé l’idée que proposait François Bon était assez séduisante :

« Ce serait intéressant de tenter une cartographie de la dispersion!
F

Ça continue donc :
http://www.vefblog.net/charlespennequin/
http://blog.liminaire.fr/post/2007/01/10/Cinq-choses-peu-connues-a-mon-sujet
http://academie23.blogspot.com/2007/01/cinq-choses-peu-connues-mon-sujet.html
http://journaldoc.canalblog.com/archives/2007/01/07/3617566.html
http://290364.canalblog.com/archives/2007/01/09/3645012.html
http://ruinescirculaires.free.fr/
http://foireatout.canalblog.com/archives/2007/01/08/3637128.html
http://constantincopronyme.hautetfort.com/archive/2007/01/07/five-little-known-things-about-myself.html
http://ornithorynque.hautetfort.com/

Autre lignée :
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/01/5_choses_que_vo.html
http://blog.ronez.net/?p=509
http://ecosphere.wordpress.com/2007/01/02/liste-pyramidale-viral-moi/
http://media-tech.blogspot.com/2006/12/5-choses-que-vous-ne-savez-pas-sur-moi.html#links
http://webnews.blogspirit.com/archive/2007/01/02/piegee-par-julien.html »

En effet, par ces 5 petites choses que disent la plupart, se constitue une forme de labyrinthe, une forme de tumulte en quelque sorte pour reprendre le titre du dernier livre de François Bon. Car qu’est-ce qui se trame dans ces traces, comment doit-on ou peut-on passer de l’une à l’autre ? Y a-t-il un sens à penser tenir une carte de ces empreintes personnelles ou impersonnelles ….
Cette propagation est d’abord celle de l’écriture avant d’être celles des individualités qui s’expriment. Propagation du lieu de l’écriture car en invitant l’autre à marquer ces 5 choses cachées, un peu voilées, parfois secrètes, il s’agit de l’ouvrir à une certaine forme d’écriture de soi, ou encore de le penser comme possible lieu d’écriture. La propagation est ainsi dans l’ouverture toujours possible de l’expression. Elle est dans l’instabilité de la réaction de chacun.
Cette multiplicité pourtant quand on la considère selon cette unité de l’écriture est alors celle synthétique d’une seule humanité qui se décline, selon chaque singularité. Cela recoupe ce que peut expliquer Carvalho dans W-psyché, lorsqu’il parle de la schizophrénie : à travers les différents délires se révèle le fond caché de notre humanité en général. De même, à travers cette multiplicité d’empreintes singulières, personnelles, ou bien de circonstance ou de façade, c’est la variation d’une même humanité qui est posée face à la demande de l’écriture de soi.
Au-delà des pratiques egotistes, d’auto-promotion, nous le savons Internet, n’est pas seulement un lieu de présentation analogiquement déterminé par les supports matériels, mais il est le lieu d’autres formes de pratiques de l’écriture et de la lecture. Lire autrement. Comprendre autrement le rapport de chacun à l’écriture et à la lecture.
Ce qui est donné à lire alors, loin d’être réductible aux détails croustillants ou décevants qui concernent quelqu’un, mais se révèle d’un coup selon le principe synthétique d’une représentation possible de l’humanité en général. Par ces 5 petites choses, on ne croise pas des individus mais des traits qui constituent, qui potentiellement sont accordables à notre être : que cela soit dans l’acceptation de répondre ou dans le refus, la dénégation ou bien l’affirmation de soi.
Il est bien évident que si François Bon a été intéressé par cette forme, c’est qu’elle croise toute sa logique d’écriture des fragments du réel et de la représentation qu’il en donne par l’image de la ville comme architecture qui se déplie dans l’infini pli de son intériorité, comme je l’ai énoncé dans ma première chronique.
— Et vous alors ? N’avez-vous rien à nous dire ?
— Vous connaissez mon caractère, je ne suis pas facile. Mais je vais quand même vous en dire des choses, j’en ai déjà dites des choses, je n’arrête pas d’en dire des choses qui ne sont pas connues de moi. Oui, qui ne sont que très peu connues de moi, car à chaque fois que je parle ou écris, je me découvre, je découvre ce qui n’était pas très connu de moi, ce qui m’était voilé…

>> pour voir ce qu’a écrit François Bon [lire +] (attention passage du côté obscur de son site)

Quelques autres nouvelles :
Une nouvelle fois François Bon, qui vient de lancer sa petite librairie en ligne. L’idée est sympathique et à découvrir [voir +].
Stéphane Rouzé, dit Lelem lance un projet participatif assez amusant en relation avec Raymond Federman : [lire le projet]. Il s’agit de la construction d’une vidéo de micro-fragments de lecture d’un texte de Raymond Federman et ceci par une diversité de lecteurs envoyant leur propre vidéo à Stéphane Rouzé.

3 décembre 2006

[News de la blogosphère#3] Ecritures numériques, Grégory Chatonsky

Parmi la profusion de blogs d’artistes, de blogs littéraires, de blogs d’écrivains qui s’exposent sans réfléchir sur les spécificités du vecteur d’exposition et de circulation de leur travail qu’ils utilisent, nous avons envie de faire remarquer non pas des blogs d’écrivains, mais ceux de deux artistes numériques ou multimédias, Grégory Chatonsky , qui interroge la question de l’écriture à travers leur exploration des nouvelles technologies. En effet, son travail qui n’est pas littéraire au sens strict nous semble être cependant de l’ordre de l’écriture, écriture à travers la vidéo, les nouveaux médias, les installations, les dispositifs numériques sur Internet et en interaction, écritures trans-medium, ou intermédia qui trace des lignes dans le temps et construit des architectures… Et l’on retrouve écrite, retranscrite cette écriture poly-matérielle sur leur blog respectif, technologie liée à l’écriture numérique en écho des autres technologies qu’ils utilisent dans ses œuvres, technologie qui contient une économie particulière en relation __ et qui interroge __ la relation avec d’autres économies matérielles que ce sont celles de la vidéo, d’Internet, etc… Cet artiste, très fins connaisseur des aventures avant-gardistes du XXème siècle, de la littérature et de la philosophie, mène à la fois une réflexion théorique et un travail artistique sur et à travers les nouvelles technologies, et interrogent avec les médias numériques le cinéma, l’architecture, la vidéo, la littérature, la musique ; nous les avions d’ailleurs tous les deux invités au 2ème festival Terminal X-périenZ, littératures et nouvelles technologies, organisés par Trame Ouest au centre Noroit à Arras en décembre 2004.

Le blog de Chatonsky, est très dense, les archives remontent à 1989, et l’on trouve l’ensemble de son travail depuis 15 ans.
L’utilisation qu’il fait du blog est, il me semble, très pertinente vis-à-vis de son travail de création, car elle donne à voir le processus de création à la fois en amont, dans son élaboration théorique, puis dans son effectuation, à la façon d’un work in progress, et en aval, il donne des traces, des fragments de sa réalisation. Ces blogs donnent accès à des œuvres qui ne sont pas facilement visibles ou accessibles, (réalisées à l’étranger, dans des espaces peu connus, durant des périodes brèves, …), mais permettent surtout de comprendre le travail de leur auteur à la fois dans son ensemble (car y sont recensés tous les travaux des artistes) et de manière fragmentaire (car ce ne sont que des traces, bribes, preuves de l’œuvre qui s’y retrouvent retranscrites). On peut remarquer que le blog inverse le rapport que le spectateur/lecteur a de façon général au méta-discours d’une oeuvre, d’un artiste, la plupart du temps, on découvre d’abord l’œuvre, puis on en lit des commentaires, des explications, on découvre le journal d’écriture d’un écrivain, sa correspondance, etc…Mais avec les blogs, on peut d’abord avoir accès au méta-discours, au commentaire, avant de découvrir l’œuvre, on peut découvrir l’œuvre à travers celui-ci.
Cependant, les blogs de Chatonskyne sont pas seulement des commentaires, des vitrines d’expositions, ni de simples méta-discours explicatifs de leur travail, ils semblent plutôt en être des extensions spécifiques, ils constituent une écriture, de l’ordre du journal de création, ou une sorte d’atelier ouvert en permanence, mais dont la dimension numérique bouleverse la narrativité classique, et le rapport à l’œuvre de l’artiste. En effet, ces blogs posent la question d’une participation de cette méta-écriture du blog au processus créatif, voire à l’œuvre. En effet, de quelle façon le blog participe à l’œuvre, participe de l’œuvre ? Et de quelle façon cette pratique du blog transforme le rapport qu’a l’artiste, l’écrivain en général, à sa pratique créative ? Car s’il n’est qu’un simple journal de retranscription du travail effectué, ou une fenêtre de news, ou encore l’espace d’étalement d’une egologie qui tente de faire de la littérature en mélangeant subjectif et objectif, le blog n’est pas utilisé pour sa spécificité, qui est son caractère numérique, ainsi que la question de la publicité, du dialogue, du partage avec les internautes, à travers les commentaires ; ainsi, à travers le blog, l’artiste cherche ou accepte des interventions extérieures au cœur même de sa création, comment en tient-il compte ou non ? comment influent-elles, travaillent-elles le processus créatif ? Il faudrait voir avec le temps si la pratique du blog a transformé la façon dont les artistes ou écrivains avait de travailer.
De plus, actuellement le blog est une interface complexe, aux fonctions multiples, à l’esthétique variée et variable, fonctionnalités et esthétique étant très pauvrement exploitées par la plupart des blogs littéraires, qui ont, et c’est bien dommage, presque tous la même apparence, et très peu de fonctions (du fait des plate-formes sur lesquelles ils se situent qui restreignent les fonctionnalités). Quand les écrivains déplorent le formatage des supports médiatiques (TV, radio, Internet, livres, etc…), ils sont pourtant eux aussi formatés par Blogspot et compagnie. Car la question du format est bien une question esthétique et politique cruciale, puisqu’elle détermine en très grande partie la circulation des contenus, le format donne une forme, forme jamais dépourvue de sens, qui codifie, encadre de repères identifiables et déterminant de plusieurs façons le contenu, idée bien banale, mais que de nombreux utilisateurs de blogs semblent oublier quand ils utilisent ce médium. Comprendre les spécificités techniques d’un médium, ce n’est pas être un technicien fanatique, mais c’est pouvoir en utiliser de façon pertinente les potentialités, afin de servir le contenu que l’on veut défendre, tout cinéaste connaît de la technique cinématographique, tout écrivain connaît la grammaire, et sans pour autant être un ingénieur informatique, on peut réfléchir aux implications techniques et esthétiques qui découlent du blog et d’Internet.

Chatonsky est dans cette logique, il mêle aux traces de son travail, des réflexions esthétiques, des extraits d’œuvres d’autres artistes ou écrivains, des citations, qui ne constituent pas seulement, là non plus, un méta-discours, un commentaire, des explications sur leur travail, mais plutôt des réflexions, des données incluent à l’intérieur même de leur écriture, qui participent de l’élaboration théorique et pratique de l’oeuvre. L’hétérogénéité des matériaux, des médias utilisés et leur assemblage à la fois ordonné et non hiérarchique sur un même plan à travers le blog donne à voir de façon particulière la création artistique et les divers éléments qui la constituent, et établissent des réseaux de sens multiples tout en croisements et en interceptions.
Enfin, à travers ces blogs se pose la question de l’auto-archivage que pose Chatonsky dans un de ses posts :
« La multiplication des supports de mémoire entraîne une mise en crise des autorités traditionelles de mise en mémoire, le sentiment d’un flux permanent dans lequel il est difficile de faire le tri.
Les artistes doivent de plus en plus souvent procéder à un auto-archivage de leurs activités. » (le 27 octobre 2006).
[ Cette question de l’archivage, de l’enregistrement, de la conservation d’une donnée, d’un contenu, est, il me semble, une des question essentielle que pose le blog, et non pas la question de l’intime, question rarement interrogée de façon stimulante et novatrice (ce n’est pas parce que la plupart des utilisations du blog sont tournés ver l’intime, que cette utilisation est la plus pertinente, les blogs les plus importants à la fois en terme d’influence, de qualité des contenus, de réflexions sur la forme ne sont pas du tout pour la plupart des « blogs intimes »). ]
Cet archivage et cette traçablité particulière à travers le blog permet aussi de donner à un travail une lisibilité, traçabilité et lisibilité dans le temps qui ne sont pas facilitées par les institutions, les médias, qui fragmentent, plus qu’ils ne créent des liens, qui séparent dans des cases et catégories au lieu de souligner les généalogies et les réseaux de correspondances.

Comment les NTIC et le numérique pose cette question de la trace, de la recension, du document ? Nous avons ici avec ces blogs, il me semble, aucunement une présentation égocentrique de soi, ni un simple espace d’informations sur l’actualité d’un artiste, mais bien un espace de liaison, et d’élaboration d’une pensée, d’une œuvre, de façon dense, complexe de l’ordre du journal, à la fois intime et public, dont le caractère numérique permet une construction labyrinthique, une actualisation permanente, et une diffusion particulière selon les principes du web, et non selon les lois de la presse, de la critique officielle.
Ainsi, chez cet artiste, le blog est bien un journal numérique, espace feuilleté et ramifié en perpétuelle reconfiguration, qui permet une traçabilité et une visibilité de leur travail différente que celle proposé par les musée, galerie, journaux, centre de ressources et autres…
Si Borgés était encore vivant, peut-être aurait-il utilisé le blog ?

31 octobre 2006

[chronique] News de la blogosphère#2 : itinéraire(s)

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 19:03

Xavier Leton nous donne à suivre son itinéraire sur les revues numériques [ici]. A partir de vidéopodcasts et d’audios, il nous permet d’entendre aussi bien Julien Blaine à Marseille, revenant sur la création de DOC(K)S que Philippe Bootz à Villeneuve d’Asq pour la revue Alire. Cet itinéraire est monté un peu comme une enquête/reportage, ce qui nous plonge dans l’atmosphère des lieux traversés. Ce début de parcours, qui le mènera sur les rives d’Ajaccio début décembre, permet de mieux comprendre, notamment avec Bootz, les enjeux de la création de revues numériques, ayant la nécessité de ce support pour le fonctionnement des oeuvres présentées.

Itinéraire(s) sur la poésie, tel semblerait être le cas, avec ce qui s’ouvre comme débat à partir du dernier numéro de DOC(K)S, au sens où suite à ma tentative d’éclaircir, ou plutôt de poser explicitement le débat entre Frontier et Hanna, Pierre Lepillouër sur sitaudis, vient de rendre visible sa recension. Assez rapidement, il prend doublement position, à la fois poétiquement, reliant sa pensée immédiatement à un passage de Frontier, et quant à la pertinence des recherches qui sont ouvertes aussi bien par Hanna que par moi-même.
Il est ainsi amusant de lire que : « le récurrent engouement des jeunes gens pour les gadgets et croyances scientistes de l’époque » conduit à des positionnements illusoires : comme le fait de réfléchir aux porosités entre sciences et poésies, etc… Amusant au sens où beaucoup d’avant-gardes du XXème siècle se sont en quelque sorte appuyées sur certaines angularités scientifiques pour se constituer et fonder théoriquement leur(s) approche(s). Ainsi, je rappelais dans mon article, que les surréalistes — et il faudrait relire Breton et son insistance théorique — se réfèrent à la théorie de l’inconscient, et conçoivent comme médiation-technique à la dimension de l’inconscient certains types d’exercice, telle l’écriture automatique. De même, il faudrait questionner la liaison entre la psychanalyse lacanienne et les avant-gardes des années 60-70. Tout simplement, c’est une forme de leurre que de croire que les théories qui constituent une époque sont excluent, séparées, déliées et n’interviennent d’aucune manière dans un geste d’écriture. Elles peuvent intervenir aussi bien par l’imprégnation technique qui y est liée, que par un écho ou un savoir théorique ou encore dans certaine forme de reprise paradigmatique [Burroughs reprenant explicitement les théories virales de son époque pour expliquer la nature du langage] ou bien thématique [la mise en représentation des conséquences techno-scientifique dans un appareil fictionnel]. Dès lors réfléchir 1/ aux liaisons épistémologiques entre théorie scientifique et connaissance de l’objet poétique; 2/ aux relations internes qui sont jouées dans la formation d’un objet poétique, semble nécessaire si on s’intéresse à la constitution de ces objets et aux faits de comprendre comment ils fonctionnent. Les théories scientifiques, et certaines limites qu’elles peuvent contenir, ne sont pas des gadgets, mais font aussi partie des prismes constitutifs de notre rapport au monde.
Le débat reste encore à poursuivre…

Itinéraire qui prend fin, peut-être provisoirement fin ou bien définitivement : François Bon présente sur remue.net la fin de la Revue Lignes, en citant longuement la préface de Michel Surya :
« Cette cessation constitue-t-elle une fin définitive ou une fin provisoire ? Impossible de le dire au moment où nous mettons la dernière main à ce numéro, le cinquante-neuvième d’une série qui aurait eu vingt ans en 2007. Qui les aura, peut-être, par le jeu de qui sait quelle chance qui l’a sauvée les deux fois qu’elle a déjà failli disparaître. Qui ne les aura peut-être pas : à quoi il faudra chercher des raisons qui dépassent de beaucoup le seul sort de Lignes, et son destin intellectuel. »

14 septembre 2006

[chronique] News de la blogosphère#1 : Confusion is text

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 12:04
post-digital-music-for

Jean-Michel Espitallier, dans Caisse à outils, loin de s’appesantir sur la seule poésie textuelle, réduite souvent au seul livre, met en évidence, de quelle manière, si la poésie a longtemps été réfractaire au rock — mais aussi à d’autres expériences telle l’utilisation de dispositifs électroniques — elle a rencontré peu à peu le rock, et nous pouvons le souligner plus largement les expérimentations musicales électroniques (Jacques Donguy) ou liées aux samples (Olivier Quintyn). Non pas au sens de l’illustration, comme cela peut être vu dans de nombreux endroits, non pas seulement au sens d’un texte mis en musique en tant que cela traduirait une primauté de la poésie, mais en tant qu’écriture hybride, nécessité créatrice de l’hybridation entre densité linguistique et vibration instrumentale. C’est ainsi que Jean-Michel Espitallier explicite quelques expérimentations, de Heidsieck aux « performances allumées de Joël Hubaut ou de Julien Blaine« , de Lucien Suel ayant créé des groupes free-rock noïse, à Manuel Joseph, « en poète punk qui déchiquète la langue« . Cependant des poètes explicitement rock, il écrit, laissant le doute d’une interrogation, qu’il n’y aurait que Christophe Fiat, alliant tout à la fois posture existentielle et énergie, lisant ses poésies à l’aide de sa légendaire guitare à une corde.
Si l’analyse de Jean-Michel Espitallier permet de saisir les enjeux de cette liaison entre rock, musique et poésie, cependant, il m’apparaît qu’il y a quelques oublis, oublis qu’un nouveau blog permet de combler : le blog de Sylvain Courtoux et d’Emmanuel Rabu, Confusion is text, qui présente non pas seulement quelques expériences musicalo-poétiques comme cela fleurit par moment dans la blogosphère, mais qui donne à entendre 10 ans d’expérimentation sonore, accomplies tout à la fois séparément par les deux créateurs, chacun étant relié à des réseaux distincts, puisque Sylvain Courtoux est de Limoges et Emmanuel Rabu de Nantes, et en commun depuis leur rencontre faite en 2000.
Sylvain Courtoux représente une culture post-punk-situationniste irriguée par Burroughs, Guyotat, Roche et tant d’autres qui ont marqué la modernité. Punk-rock attitude hybridée par la new-wave de Duran Duran à Depeche mode, ses créations sonores si elles montrent une certaine forme de désespoir époqual face au monde [proche par moment de certaines litanies de Costes], cependant en biaise le jeu par une forme ludique d’auto-critique et de mise en crise du milieu littéraire lui-même. Alors que littérairement ses textes publiés sont travaillés comme des cut exigeant, l’écriture musicale qu’il entreprend, seul ou accompagné de Jérome Bertin, se propage comme parole directe, déchirée par l’affect, objectivement donnée à entendre. Parole crue, pop, parfois chantonnée parfois criée. Ces dernières créations manifestent cet horizon, tel la vie est pop, où Courtoux se jouant de lui-même, met en dérision le milieu littéraire parisien.
Emmanuel Rabu, issu des milieux expérimentaux de Nantes, explore davantage les dimensions électroniques, passant des recherches concrètes aux dimensions minimalistes [avant d’arriver à Nantes, il était dans groupe La Disjonction de Freddy, où il travaillait à l’aide de perceuses]. Cette recherche musicale est reliée à son travail de langues qui se structure sur des micro-agencements, des glissements dans l’inframince des signifiants. Il a développé ses perspectives aussi bien seul, à partir d’agencements et de remixages de samples que par des rencontres qui ont abouties à des compositions communes avec par exemple Basile Ferriot (percussions, objets), Emmanuel Leduc (sampler, machines) ou Phil Tremble (synthétiseurs analogiques, effets). Le travail qu’il a ainsi créé avec Ev Zone, texte publié à Derrière la salle de bain, montre en quel sens ce type de création, loin de surgir d’une seule énergie, se compose par le croisement d’impulsions qui donnent la matérialité/texture même de l’événement sonore : un accident de la matière et du langage.
À partir de ces deux directions hétérogènes s’est ainsi composé un travail dans le temps, passant par la création en 2001 de post-digital music for post-digital people [dans lequel on peut entendre le très drôle parce que le schtroumpf est bleu] allant jusqu’au cut-up piano manifeste de 2006 dans lequel participe aussi Lise Etchevery et Jérome Bertin.

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