Libr-critique

28 janvier 2009

[Livre-chronique] L’Europe des revues (1880-1920), par E. Stead & H. Védrine (dir.)

  Évanghélia Stead & Hélène Védrine (dir.), L’Europe des revues (1880-1920). Estampes, photographies, illustrations, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2008, 608 pages, 32 € , ISBN : 978-2-84050-592-1.

Parue fin 2008, voici LA somme qu’il faudrait mettre dans les mains aussi bien des spécialistes que de tous les acteurs du champ actuel des revues : une approche pluridimensionnelle de la Belle Époque des revues en Europe, dans toute son ampleur spectaculaire (interactions entre texte, image et arts de la scène) et dans toutes ses facettes, le parti pris consistant à ne pas établir de distinction axiologique entre presse et revues d’avant-garde.

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13 novembre 2008

[Chronique] De la critique et de la fonction critique en terrain miné

  Ces derniers mois, un dossier (Mouvement.net) et un numéro de revue (Le Français aujourd’hui, n° 160 : "La Critique, pour quoi faire ?"), et par ailleurs deux ouvrages, Que fait la critique ? de Frédérique Toudoire-Surlapierre et Quelle critique artiste ? d’Aline Caillet, posent le problème de la critique esthétique et de la fonction critique dans le terrain miné qu’est devenu le champ artistique et intellectuel contemporain.

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20 octobre 2008

[Livre + chronique] l’E.T. fiction concrète, de Dominiq Jenvrey

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  Dominiq Jenvrey, l’E.T. fiction concrète, ed. Seuil, col. Déplacements, 109 p. ISBN : 978-2-02-096777-8, Prix : 14 €.

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15 octobre 2008

[Livre-chronique] Le Jourde & Naulleau

   Pierre Jourde et Éric Naulleau, Le Jourde & Naulleau, éditions Mango, 2008, 192 pages, 13,50 €, ISBN : 978-2-2913-588-967

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11 septembre 2008

[Dossier : « Autour de 68 »] Jean-Luc Nancy, Vérité de la démocratie

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  Jean-Luc Nancy, Vérité de la démocratie, Galilée, 2008, 66 pages, 12 €  ISBN : 978-2-7186-0772-6

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26 juin 2008

[Livre-chronique] Alain Gauthier, Jean Baudrillard, une pensée singulière

  Alain Gauthier, Jean Baudrillard, une pensée singulière, Nouvelles Éditions Lignes, 2008, 192 pages, 14 €  ISBN : 978-2-35526-012-4. [ Voir le site de l’éditeur : http://www.editions-lignes.com].

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21 avril 2008

[Livre + chronique] Jean-Claude Pinson, Pour une poésie impure

   Jean-Claude Pinson, À Piatigorsk, sur la poésie, éditions Cécile Defaut, Nantes, 2008, 142 pages, 15 € ISBN : 978-2-35018-061-8

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5 mars 2008

[Livre + chronique] Derniertélégramme d’al jack, de Jacques Sivan

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  Jacques Sivan, Derniertélégramme d’al jack, éditions Dernier Télégramme, col. Longs courriers, 13 p. ISBN : 978-2-917136-07-2, Prix : 5 €.

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18 janvier 2008

[chronique / recherche] A propos des documents poétiques de Franck Leibovici

   [Cet article inaugure, une série qui sera consacrée aux dernières publications des éditions al dante et aux questions théorico-poétiques qu’elles peuvent susciter. Ces articles tenteront de mettre en évidence les apports théoriques et poétiques — au sens de production — qui se tiennent dans l’horizon de ces publications. En ce sens, cette série, sera à lire aussi hypertextuellement, chaque article renvoyant peu à peu aux autres, selon une logique de reprise. Pour une présentation rapide cf. l’article sur sitaudis.]

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10 décembre 2007

[Essai] Poésies expérimentales, Zones numériques, de Jacques Donguy

  Jacques Donguy, Poésies expérimentales — Zones numériques, (1953-2007), éditions Les Presses du réel, ADLM, 400 p. ISBN : 978-2-84066-202-0. Prix 30 €. [site des éditions]

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6 novembre 2007

[Chronique-Joyeux Jarryversaire 5] Patrick Besnier dir., Jarry. Monstres et merveilles

Patrick Besnier dir., Jarry. Monstres et merveilles, Presses Universitaires de Rennes, "La Licorne", 2007, 131 pages
ISBN : 978-2-7535-0403-5 // 15 €

[Quatrième de couverture] :
Jarry appartient exactement à la même génération que Gide, Valéry ou Claudel. Il reçoit comme eux l’ineffaçable influence de Mallarmé et participe aux mêmes revues. Pourtant, Jarry demeure inclassable, irréductible : serait-ce parce que son oeuvre oscille entre deux pôles, le monstre et la merveille ? Il en a exploré à la fois l’opposition et la complémentarité au long de son existence créatrice, en particulier dans L’Ymagier, la revue qu’il anima pendant deux ans en compagnie de Remy de Gourmont. Du monstre, faut-il encore parler ? En ses diverses méta-morphoses, Ubu en assure la pérennité, introduisant son "mufle infâme" jusque dans les livres les plus élaborés, les plus savants, tel que César-Antéchrist – ce qui rend définitivement impossible toute lecture univoque. Avec non moins de constance, Jarry recherche les merveilles, en particulier dans la mémoire de l’enfance : l’illumination née du plus lointain passé est au coeur de trois de ses romans, Les Jours et les Nuits, de L’Amour absolu ou de La Dragonne. Le dialogue avec Paul Valéry, la bibliothèque énigmatique du Docteur Faustroll permettent aussi un autre émerveillement, celui des constructions de l’esprit humain. Les articles ici réunis explorent ces diverses dimensions d’une oeuvre encore souvent méconnue.

[Chronique]
Jarry, défoRmateur et découvreur

Le titre de cet ouvrage collectif se trouve en parfaite conformité avec l’esthétique carnavalesque de Jarry, qui réside dans l’union des contraires, dans la réunion d’éléments composites. À cet égard, une célèbre définition nous vient immédiatement à l’esprit : "Il est d’usage d’appeler MONSTRE l’accord inaccoutumé d’éléments dissonants […]. J’appelle monstre toute originale inépuisable beauté" [1]Alfred Jarry, L’Ymagier, n° 2, janvier 1895 ; repris dans Oeuvres complètes, Gallimard, "La Pléiade", t. I, 1972, p. 972. . La double inclination de Jarry pour le merveilleux et le monstrueux font de lui un iconologue et un tératologue, un découvreur – en tant que passionné d’images sublimes – et un déformateur, pour reprendre la formule qu’il emploie à propos du pein-tre Filiger dans une chronique de septembre 1894 (Mercure de France, n° 57, p. 73-77). Le point de convergence entre ces deux postulations simultanées est à chercher dans une double quête des origines : celle de l’enfance comme celle des temps primitifs. Un précédent ouvrage collectif, traitant du "monstre 1900", permettait déjà de ne pas réduire au seul cycle d’Ubu l’oeuvre de Jarry : une fois replacée dans le siècle "la logique de la déviance", le chapitre sur "le monstre dans la littérature" était l’occasion d’étudier le pan romanesque, tout en proposant de pertinentes ouvertures sur Hugo et Huysmans ; enfin, étaient abordés les rapports du microcosme jarryque aux arts en général, et aux avant-gardes en particulier [2]Cf. Beate Ochsner dir., Jarry. Le Monstre 1900, Shaker Verlag, Aix-la-Chapelle, 2002, 246 pages.. Mais dans la première partie du présent livre , qui manque pour le moins d’homogénéité malgré les efforts de Patrick Besnier dans l’Avant-propos, il s’agit d’abord de comprendre l’intégration d’Ubu roi dans César-Antechrist : incongrue ou logique ? Pourquoi un tel monstre dans un tel univers religieux ? (Au reste, le frontispice d’Ubu roi introduit la première image de monstre au sein de César-Antechrist). Et Julien Schuh de "montrer que César-Antechrist n’est pas la machine destructrice de toute signification qu’on a voulu en faire" : "Le vrai but de cette pièce, c’est de donner un sens à Ubu roi". Pour lui, c’est bel et bien la clé occultiste qui transfigure "Ubu en héraut du symbolisme" (p. 15). L’occultisme cède ensuite le pas à la science : Matthieu Gosztola examine la façon dont Jarry, comme Valéry, se réfère en poète à la science qui le fascine – mais différemment : loin d’apporter la lumière, la science convoquée par le pataphysicien opère la passage à l’obscur, à la surréalité, au fantastique. La seconde partie, intitulée "Recherches", sans que l’on puisse vraiment la distinguer de la première, appelée "Études", est deux fois plus courte, mais tout aussi disparate : elle porte essentiellement sur l’iconographie religieuse de L’Ymagier (Jill Fell), sur la dé-figuration grotesque que constitue le vers de mallarmirliton (Jacques Jouet) comme sur cette forme de monstruosité que représente une écriture de l’hétérogénéité (Ben Fischer).

 

4 novembre 2007

[Livre + chronique] Jérôme Meizoz, Postures littéraires

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Jérôme Meizoz, Postures littéraires. Mises en scènes modernes de l’auteur, Genève, Slatkine, 2007, 210 pages
ISBN : 978-2-05-102041-1
Prix : 33 €

[Quatrième de couverture]
Dans la modernité émerge et s’individualise la figure de l’auteur, livrée à la curiosité biographique d’un public croissant. Présent sur la scène littéraire, décrit et jugé par ses pairs comme par des anonymes, l’auteur assume désormais une présentation de soi qui constitue sa posture. Systématisée dans les recherches de Jérôme Meizoz depuis plusieurs années, reprise et discutée depuis par plusieurs spécialistes, cette notion s’avère stimulante pour comprendre non seulement le statut et les représentations de l’auteur moderne mais aussi les transformations de ceux-ci et leur impact sur l’ensemble de la pratique littéraire. En dix chapitres, cet ouvrage de sociologie littéraire propose une réflexion sur l’auteur et ses diverses postures. Plusieurs études de cas sont proposées, de Rousseau à Stendhal, de Ramuz à Giono, de Céline à Cingria, sans négliger plusieurs ouvertures vers des écrivains contemporains comme Pierre Michon ou Michel Houellebecq.

[Chronique] La sociopoétique de Jérôme Meizoz : une posturologie
Dans le vaste chantier ouvert par Bourdieu et prolongé par ses épigones et disciples, Jérôme Meizoz, sans doute parce qu’il est aussi écrivain, fait partie de ceux qui ne se sont jamais contentés de la reproduction mécanique d’une méthode. S’intéressant à "l’articulation constante du singulier et du collectif dans le discours littéraire" (p. 14) – confrontant les caractéristiques particulières de chaque écrivain à la série auctoriale dans laquelle il s’inscrit -, il enrichit la sociologie du champ par les apports de la sociopoétique (Viala) et de la linguistique pragmatique (Maingueneau), dont le dernier concept clé, celui de "champ discursif", révèle l’évolution : pour les analystes du discours, il s’agit maintenant de "rapporter l’oeuvre aux territoires, aux rites, aux rôles qui la rendent possible et qu’elle rend possibles" [1]Dominique Maingueneau, Le Discours littéraire, Armand Colin, 2004, p. 77.. C’est dire à quel point certains linguistes rejoignent les sociologues de la littérature pour pallier les lacunes de la poétique : les discours théoriques et critiques sur l’expressivité et la singularité du créateur, comme sur la réflexivité de l’écriture, achoppent sur la relation du discours littéraire aux autres discours sociaux. S’il est question d’une nouvelle "mort de l’auteur", ce n’est pas pour disséminer cette figure dans l’espace littéraire, mais pour en montrer la construction sociale : en fonction de la position qu’il occupe ou pense occuper dans le champ, l’"auteur" livre dans son oeuvre une image de soi qui, selon un système complexe d’interrelations avec l’espace de réception, deviendra posture, laquelle variera selon les rapports entre, d’une part, la position et les prises de position de l’écrivain, et d’autre part, les dispositions du public à son égard. Autrement dit, l’objectif de Jérôme Meizoz n’est pas, à la manière de Bernard Lahire dans La Condition littéraire (La Découverte, 2006), d’étudier le statut social de l’écrivain [2]J. Meizoz est toutefois intéressé par la notion de "jeu littéraire", que Bernard Lahire préfère à celle de "champ".. Son postulat : "un auteur n’est jamais, pour le public, que la somme des discours qui s’agrègent ou circulent à son sujet, dans le circuit savant comme dans la presse de boulevard" (p. 45). Et de s’appuyer sur ce constat : "Création collective des lecteurs, des médias et de la critique savante, l’auteur moderne sait plus qu’en tout autre temps qu’il entre en littérature sous le regard d’autrui" (187).
L’intérêt de cette démarche sociologique, comme en témoignent les études réunies dans ce volume, c’est qu’elle ne néglige nullement l’analyse formelle. Par exemple, dans Le Rouge et le Noir, perçu comme "fiction de violence symbolique", le critique met en évidence la façon dont Stendhal récrit Rousseau, penseur de la mobilité sociale : les compétences physiques et intellectuelles de Julien Sorel lui permettent de monter dans l’échelle sociale – cette ascension se lisant métaphoriquement dans le texte. Se concentrant sur la posture cendrarsienne du bourlingueur, il examine ensuite les structures duelles de Bourlinguer (1948) et, plus généralement, l’oralité revendiquée du roman parlant propre à l’écrivain-voyageur. Concernant la posture de l’authenticité prolétarienne, qu’il présente comme "un enjeu d’époque", il s’appuie cette fois essentiellement sur le manifeste de Poulaille, Nouvel âge littéraire (1930), divers textes critiques et la correspondance de Poulaille, Ramuz, Giono, ou encore Céline. Mais l’on retiendra surtout le diptyque centré sur la figure haute en couleur de Cingria (35 p.) : après avoir judicieusement abordé le compte rendu comme "genre dans le champ littéraire", le critique restitue "la scénographie cingriesque du compte rendu" (p. 170) et passe en revue les conduites verbales et non-verbales qui constituent son originalité ; enfin, il nous plonge dans la polémique entre le bouffon (Cingria) et le communiste (Aragon).
Quoique l’on puisse regretter que les chapitres soient d’inégale densité, force est de reconnaître que cet ouvrage vient parfaire une oeuvre critique qui apporte une contribution fondamentale à l’approche sociologique de la littérature.

28 septembre 2007

[Essai] Etre touché, sur l’haptophobie contemporaine, Bernard Andrieu

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bandandrieu1.jpg Bernard Andrieu, Être touché, sur l’haptophobie contemporaine, collection NOO essai, ed. La Maison Close, 102 p.
ISBN : 978-2-915060-04-1. Prix :12 €
4ème de couverture :
Nous avons peur de toucher et d’être touché par les autres. Notre anesthésie interdit à notre corps toute sensation : tact, caresse, attouchement, effleurement, contact, proximité… Pourtant si intouchable, chacun se précipite dans une perte de contrôle de soi, une prise de risque inconsidérée, et un défoulement violent. D’autres pratiques corporelles avec les autres nous réapprennent à toucher…
Philosophe du corps et historien du cerveau psychologique, Bernard Andrieu est Maître de conférence habilité, en épistémologie, à l’IUFM de Lorraine et chercheur aux archives Poincarré, CNRS/Université de Nancy 2.

andrieu.jpgNotes de lecture :
Il paraît étrange de parler de ce petit essai sur Libr-critique.com, même s’il est vrai que nous sommes habitués à chroniquer aussi bien des essais d’esthétique, que de littérature ou bien de sociologie de la littérature. Cet essai sort de ces trois champs, au sens où il est une réflexion tout à la fois biologique, historique, sociologique et philosophique de notre rapport actuel au touch[é/er], au fait d’être touché.
Toutefois pour commencer à dépasser cette étrangeté nous pouvons faire un premier constat : la question du touch[é/er], de la peau, de la surface, non seulement n’est pas absente de la littérature et de l’art mais, elle peut même être un axe d’articulation problématique d’un certain nombre de recherches. Que cela soit exemplairement chez Paul Valéry, explicitant que « la peau » est ce qu’il y a de « plus profond dans l’homme » ceci entrant en résonance avec ce qu’écrivait déjà Nietzsche, ou bien l’art contemporain qui s’est appropriée de mille façons la peau et son contact d’Yves Klein et ses morphotypes à Grégory Chatonsky réinterrogeant le contact du touché dans l’oeuvre se toucher toi dans une reprise problématique de Godard/Heidegger [voir à ce propos son article sur la peau sur son blog].
En ce sens, le livre de Bernard Andrieu, s’il interroge la question des modalités du touch[é/er] dans la société contemporaine, en explorant la question des médiations visuelles et virtuelles, il peut être mis en parallèle des questions qui animent l’esthétique ou bien la littérature. En quel sens ?
Bernard Andrieu met en lumière, au cours de sa recherche les déplacements intentionnels qui caractérisent notre rapport au touch[é/er]. Ainsi, il montre que si pour une part, nous pouvons observer un retrait du touché physique corporel, et ceci à partir aussi bien d’éléments juridiques, sociologiques, le contact devenant atteinte, altération, violence/viol exercé sur le corps, d’autre part, selon les médiations technologiques actuelles permises aussi bien par la vidéo que par internet, nous voyons une forme de volonté de toucher autrui dans ce qu’il a de plus intime. En effet, par le biais d’internet entre autres, il est possible de voir, de toucher dans l’infinie distance qu’ouvre l’écran ce auparavant qu’il n’était pas permis d’observer, de toucher. Que se passe-t-il alors dans un tel processus ?

Ce qu’analyse Andrieu c’est le renversement de la logique du touch[é/er] et les paradoxes qui y sont reliés. Le corps, et sa surface n’ont jamais été autant protégés, autant sanctifiés. Il n’y a qu’à regarder le souci constant qui apparaît médiatiquement pour la peau, à travers la logique du temps. La société contemporaine quant à son rapport au corps prône le désir de l’intouchabilité de la peau, comme expression de notre être, et ceci ontologiquement à commencer par le temps.
Toutefois, à l’encontre de cela, certaines logiques de toucher se généralisent. Si Andrieu énonce parfaitement la question du toucher solitaire et des modalités contemporaines qui lui sont reliées (comme l’usage des sexe toys), toutefois, là où son analyse devient la plus intéressante, c’est lorsqu’il montre le renversement intentionnel de cette haptophobie au niveau des dimensions « virtuelles ». Loin de s’abstraire du toucher, l’individu peut s’élancer violemment, peut venir à toucher et être touché avec la plus grande violence : que cela soit par les images sexuelles qu’il peut voir, ou bien que cela soit dans la spectacularisation active et ludique du jeu [violence faite au corps]. Un tel renversement bien évidemment ne laisse pas indemne l’intentionnalité et son rapport à autrui. Ainsi, il explicite parfaitement que cette sur-exposition virtuelle au touché, vient renforcer justement l’haptophobie corporelle. En se sur-exposant à des formes de toucher extrême, au lieu d’un processus d’incarnation, de tangibilité du touché, ce que cela produit, c’est aussi bien une désincarnation du tactile (saturation de l’imaginaire : par exemple si on considère les vidéos pornographiques scatologique ou bien zoophile), que la mise en lumière de la propre limite au touché.
Cependant ses analyses ne sont aucunement dénonciatrices, comme a pu l’être dernièrement celles, peu pertinentes et réactionnaires de Michela Marzano dans La mort spectacle [ed. Gallimard], mais elles tentent de montrer comment ce processus de renforcement est corrélatif des médiations technologiques au touché, et ouvrent de nouvelles possibilités à l’ordre du tangible:
« Nous pensons (…) que le rapport introduit par les nouvelles technologies sensorielles vient renouveler et déplacer les modes de satisfaction. Plutôt que de construire une sociologie du risque pour dénoncer trop de toucher, comme le fait Patrick Baudry, il faut apercevoir dans les pratiques extrêmes la contrepartie sensible de la société du spectacle. L’éloignement et l’abandon du corps ne sont pas seulement ces modalités des technologies tangibles qui touchent à soi et aux autres : l’intermédiare technologique redéfinit la sensibilité corporelle et incorpore de nouvelles coordonnées aussi respectables que les apologies de marche, du corps à corps et l’érotisme conventionnel ».[p.26]

Sa réflexion critique n’est pas là pour dénoncer, mais pour exposer des typologies intentionnelles, et comment la conscience (s’)élabore le toucher. Petit essai remarquable bien souvent en ses analyses.

[site de Bernard Andrieu]

19 mai 2007

[Chronique] Claude Le Bigot dir., À quoi bon la poésie, aujourd’hui ?

[Lire ici la présentation du livre]
État de crise
Depuis la fin du siècle dernier, la question hölderlinienne de l' »Ã€ quoi bon la poésie ? » tiraille le champ littéraire tout entier. Depuis les « Ã‰tats généraux de la poésie » (CipM, 1992), le diagnostic est en effet des plus critiques : poids économique nul, reconnaissance institutionnelle insuffisante, danger d’asphyxie par inadaptation au circuit commercial actuel, maintien « sous perfusion / subvention étatique », pour reprendre une formule du poète Olivier Quintyn (Magazine littéraire, n° 396, mars 2001)… De sorte que, dans le numéro 110 de la revue Littérature, intitulé « De la poésie aujourd’hui » (juin 1998), Yves Charnet n’hésite pas à parler de « malaise dans la poésie » et Michel Deguy de « devenir- mineur » : « Oui, vouée maintenant aux petits médias, aux petites plaquettes, au perd-petit éditorial, aux petites annonces, aux petites audiences multipliées, aux petites manifestations culturelles ». De ce mal poétique fin de siècle, le poète et essayiste Jean-Claude Pinson rend ainsi compte dans un essai qui donne son titre à l’ouvrage collectif dirigé par Claude Le Bigot : « Si malaise de la poésie il y a, il n’est pas sans rapport avec la fin d’une représentation avantageuse, emphatique, de la poésie et de la figure du poète » (À quoi bon la poésie aujourd’hui ?, Éditions Pleins Feux, 1999). Trois ans plus tôt, dans un texte qui le premier posait la cruciale question (À quoi bon encore des poètes ?, P.O.L, 1996), Christian Prigent décrivait avec un sens du paradoxe et un humour caustique le sort réservé aux poètes et à la poésie aujourd’hui : si les professeurs du secondaire vouent aux poètes contemporains, morts de préférence, « une déférence de principe », ils leur préfèrent néanmoins « des clones clownesques » ; quant à la poésie, elle est malmenée et subvertie (« on y taille des épigraphes, des exergues, des récitations, (…) on la détourne en pubs et en fétiches chromos »).

Au début du présent volume, c’est le problème de l’action poétique que pose cette fois Jean-Claude Pinson : »Avec la mise à mal des utopies politiques qui formaient l’horizon des poétiques de la révolution par le signifiant, avec des lendemains qui déchantent, parler d’action poétique a-t-il encore un sens ? » (p. 23). D’autant que ce sens échappe à la plupart de nos contemporains : « Peut-on encore se dire poète aujourd’hui ? », « Ã€ quoi ça sert, la poésie ? », sont de fréquentes questions, qui font notamment partie du quotidien de tout professeur de lettres. Pire, « Ã€ quoi bon la poésie, aujourd’hui ? » n’est autre que l’injonction qu’adresse aux poètes un sous-champ de grande production en adéquation avec une société utilitariste (àquoibonisme inquisiteur-restaurateur).

De la poésie en terrain hostile

Plus encore que les défenseurs du roman actuel, confrontés à une prétendue crise, les acteurs du microcosme poétique se doivent de réagir, puisque la remise en question est radicale. Aussi Claude Le Bigot commence-t-il par légitimer un genre qui, pour être désacralisé, n’en est pas moins fécond : « Descendue du piédestal sur lequel le Romantisme avait installé la poésie, celle-ci est encore aujourd’hui pleinement légitime au regard d’un pouvoir, certes limité mais réel, qui concilie deux positions en apparence éloignées : d’une part le dynamisme de l’écriture poétique dérivée des avant-gardes avec un discours qui opte souvent pour l’étrangeté et de l’autre, la réactivation d’un réalisme qui s’édifie sur le dévoilement des contradictions de la société marchande et qui du point de vue formel, n’hésite pas à tourner le dos à la grandiloquence pour épouser un prosaïsme calculé qui se plie aux exigences de l’intelligible ». Ce décalage entre valeur esthétique et valeur économique explique le nombre important de poètes en France et le succès de l’activité poétique dans la société espagnole.

La majeure partie de cet ouvrage est en effet consacrée à la poésie espagnole contemporaine, cinq des huit participants au colloque étant spécialisés en la matière (dont deux poètes et deux universitaires de langue espagnole). Et tous de souligner l’émergence d’un nouveau réalisme qui réintroduit en poésie les dimensions éthique et sociopolitique, mais débarrassées des grandes idéologies passées. Les divergences d’écriture sont toutefois mises en lumière : le style des Novisimos qui poursuivent leur oeuvre (J. Siles, L.A. de Villena, G. Carnero) contraste avec celui de Luis Garcia Montero (1958), Felipe Benitez Reyes (1960) ou de Carlos Marzal (1961), et la poésie savante de Montero avec la veine antipoétique de Jorge Riechmann et de Roger Wolfe. Cela étant, Marie-Claire Zimmermann note entre les anciennes et les nouvelles avant-gardes une série de points communs qu’elle regroupe afin de définir la postmodernité poétique : une écriture distanciée et humoristique qui va de pair avec un refus des certitudes concernant le monde et le moi, « l’impossibilité de penser le temps, l’angoisse ontologique, l’usage du paradoxe, la confiance malgré tout dans les mots, l’exploration d’un moi sensible, que l’on traduit par un nouveau lyrisme très retenu, le travail sur la langue sans déclamation » (51)…

Le critique Alfredo Saldana, quant à lui, conçoit le postmoderne comme crise du sens et des modèles traditionnels. Sa posture peut être qualifiée d’àquoibonisme novateur, dans la mesure où elle remet en question la tradition poétique pour défendre le paradigme avant-gardiste : à quoi bon la poésie, aujourd’hui, s’il ne s’agit que de se conformer aux normes et aux institutions en place ? Celui qui considère la notion d’avant-garde comme principe actif de renouvellement propose une « poétique des limites » : à la vision continue du monde et de la poésie qui caractérisait le clacissisme il oppose la théorie négative d’une écriture comme mise en crise de la langue, des discours et de la poésie même.

Mais à la question « Ã€ quoi bon la poésie, aujourd’hui ? » se dégagent d’autres réponses : la poésie est aujourd’hui subversion de l’idéologie dominante, résistance à l’ordre rationnel, puissance d’étonnement, construction du sens… Au reste, on pourrait rappeler ici le constat de Charles Pennequin dans son dernier livre : « Je fais de la poésie parce que demain je suis mort ». Côté français justement, prenant acte de l’échec des avant-gardes historiques, qui combinaient révolution formelle et révolution politique, Jean-Claude Pinson s’engage en faveur d’une poéthique : un « lyrisme sans transcendance », une poésie dont l’action est restreinte, mais grande l’ambition ; une poésie qui, plutôt que de déconstruire vise à construire, plutôt que de prétendre changer la vie appelle chacun à changer sa vie par la pratique poétique. Cela dit, dans sa critique des avant-gardes, il semble confondre effets critiques et efficacité pratique de la poésie ; quant à sa séduisante position, à laquelle on voudrait croire, est-elle réellement moins utopique ? En cette époque d’individualisme effréné, peut-on échapper à l’enfermement solipsiste et parler de grande ambition en ramenant la poésie à la dimension d’une pratique restreinte ?

Bien qu’il tienne désormais pour inopérant le terme « avant-garde » et qu’il repousse dans un avenir incertain le retour du paradigme révolutionnaire, Christian Prigent réaffirme au contraire l’enjeu politique : « lancer des missiles de langue idiolectalement réinventées contre l’emprise du lieu stricto sensu commun« , ainsi que les caractéristiques formelles de toute écriture qui se situe dans le prolongement des récentes avant-gardes : « fabriquer des espaces de langue vivante, hétérogène, mêlant tragique et comique, « cure d’idiotie » (Novarina) et scientificité rhétorique du travail formel, bouffonnerie et spéculation intellectuelle, récit, dialogue et chant, archaïsme et hyper-modernité, parodie et lyrisme » (133). Et de voir cette pratique critique dans les textes de Sylvain Courtoux, Christophe Fiat, Christophe Hanna…Cette posture suppose évidemment la croyance dans l' »effort de symbolisation dégagée de la norme déréalisante », et donc dans la résistance du discours poétique aux discours médiatiques.

Ainsi les problématiques des deux poètes-essayistes traduisent-elles l’opposition entre lyrisme et littéralisme, conception positive et conception négative de la poésie.

4 mai 2007

[Chronique] Maryse Souchard, Jean-Claude Pinson, Jean-Michel Vienne, Joël Gaubert, Le populisme

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Maryse Souchard, Jean-Claude Pinson, Jean-Michel Vienne, Joël Gaubert, Le populisme aujourd’hui, Éditions M-Editer, 2007, 110 pages, 10 € ISBN : 978-2-915725-07-0.

Après les ouvrages fondamentaux parus ces dernières années, Par le peuple, pour le peuple. Le Populisme et les démocraties (Fayard, 2000), de Yves Mény et Yves Surel, et L’Illusion populiste (Berg, 2002), de Pierre-André Taguieff, voici un petit volume d’intérêt public qui, regroupant quatre textes issus des conférences organisées à l’Université Populaire de Nantes par l’Association Philosophia, devrait être dans toutes les mains en cette période d’élections – présidentielles puis législatives.

Héritier de la Révolution, du bonapartisme et du boulangisme au Régime de Vichy, comme au poujadisme et au Front National, le populisme, que Maryse Souchard définit comme l’appel lancé par un chef à un peuple survalorisé (vox populi, vox dei), s’est accompagné en France de paternalisme, d’anti-élitisme et d’un nationalisme plus ou moins xénophobe et antisémite. Aussi, par populisme, faut-il entendre « tout mouvement, doctrine ou idéologie qui prétend exprimer, à la place d’un peuple muet et paralysé, les désirs de ce « peuple » en agissant à sa place, incarnant dans un chef la volonté du peuple ainsi directement représenté » (p. 19).

Le problème actuel, c’est la contamination sémantique entre « populisme » et « valeurs démocratiques ». Et la spécialiste en communication de nous mettre en garde contre deux dangers antithétiques : d’une part, la dérive réactionnaire, qui prend appui sur la défiance envers toute référence au peuple pour justifier la domination des élites, alors même qu’il ne saurait y avoir de démocratie sans lutte pour l’émancipation sociale et politique des dominés ; d’autre part, la dérive populiste propre aux courants extrémistes, qui consiste à tenir un discours alarmiste jouant sur les peurs les plus irrationnelles et à prôner le relativisme absolu, c’est-à-dire à poser l’équivalence de tous les discours, pour mieux disqualifier des élites sociales et intellectuelles rendues coupables de mensonge et de manipulation, et légitimer ainsi sa propre idéologie et/ou son propre chef. Le pire est que le second travers touche également les médias, qui y voient un moyen de conforter leur pouvoir – ce que montre Maryse Souchard en analysant la rhétorique de l’hebdomadaire Marianne.

Mais qu’est-ce qu’en appeler au peuple ?, se demande Jean-Michel Vienne, soulignant l’ambiguïté d’un terme dont l’usage est régi par une série de tensions : « peuple inclusif / peuple exclusif », « populace / peuple organisé », « peuple sachant / peuple ignorant », « réalité sociale / notion idéale », « réalité géographique / réalité politique », « classe inférieure / classe rédemptrice », « peuple traditionnel / peuple eschatologique ». Parce qu’elle considère le « peuple » comme une réalité en soi, la posture populiste est une dangereuse imposture.

Avec la surmédiatisation, la crise de la représentation est l’autre cause principale expliquant le retour actuel du populisme. Pour Joël Gaubert, elle est due à la prédominance des intérêts particuliers sur l’intérêt général ainsi qu’à l’avènement d’une « oligarchie techno-libérale » (p. 91), c’est-à-dire à l’impuissance d’un parlement qui incarne la souveraineté du peuple face au pouvoir exécutif national et supranational, auquel s’ajoutent le pouvoir médiatique et le pouvoir économique des multinationales et des instances mondiales (FMI, OMC, BM, OCDE…). Mais, pour le philosophe, cette crise est avant tout symbolique : dès lors que la démocratie s’est transformée en médiacratie et en médiocratie, peut-elle engendrer autre chose qu’une crise du sens ? De sorte que le meilleur remède ne réside pas tant dans un modèle participatif dont les risques majeurs sont l’autocratie et le populisme, voire l’anarchie à laquelle aboutirait la dissolution du pouvoir légitime dans de multiples groupes d’intérêts particuliers (lobbies), mais dans un système délibératif qui procèderait à la « resymbolisation de l’expérience » en développant l’instruction et l' »Ã©thique de la discussion » (Habermas).

En cette campagne présidentielle où l’étiquette péjorative de « populiste » a été accolée aux trois candidats arrivés en tête du premier tour, chacun aura le loisir de se faire une idée au regard de ces analyses.

Cela étant, après avoir rappelé que le terme même de « populisme » est apparu en 1912 pour désigner une école romanesque visant à décrire de façon réaliste la vie du peuple, Jean-Claude Pinson quitte le champ politique pour le champ esthétique, où il entend « saisir les conditions de cette démagogie insidieuse et doucement endoxique plutôt que brutalement idéologique qu’est aujourd’hui la logique du populisme » (p. 37). Car, pour ce lecteur de Bernard Stiegler, le populisme est favorisé par un monde où la télévision véhicule un individualisme de masse indissociablement lié à l' »ethos démocratique » contemporain ; où l’expérience sensible, parce que médiatisée, n’a plus rien d’authentique ni d’esthétique ; où l’extinction de la sublimation artistique a pour corollaire l’aliénation à la société de consommation. Et pour le poète-philosophe, la seule façon de résister au « populisme culturel », c’est-à-dire à la « désublimation engendrée par la domination du capitalisme culturel » (p. 46), ressortit moins à la logique avant-gardiste – qui oppose à la culture de masse une « politique de la forme résistante » (Adorno) – qu’à une logique rhizomatique de la « raison artistique », plus conforme à l’ethos individualiste actuel : il ne s’agit plus d’en appeler à un « peuple qui manque » (Klee), mais de faire advenir le « devenir artiste » (Deleuze) des individus. Reste à savoir l’impact social et esthétique d’une « logique créative » qui, pour être moins ambitieuse que la révolution avant-gardiste, n’en est pas moins presque aussi utopique.

21 avril 2007

[chronique spéciale élections] à propos de Changer tranquillement la France et de avril-22

[présentation générale de Changer tranquillement la France de toutes nos forces, c’est possible, du coll. Inculte]
[présentation générale de Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas, coord. par Alain Jugnon]
inculte_election.jpg [Cette chronique, qui problématise Changer tranquillement la France et Avril-22, est en fait une analyse de certains enjeux du rapport entre littérature, politique et peut-être démocratie]
Engagement ? — François Bégaudeau dans Devenirs Roman, exprime dans son article Les engagés ne sont pas légion, que la littérature a un problème face à la question politique, au sens où la question du politique dépasserait “le seuil de tolérance” que la littérature pourrait accepter, et en ce sens elle en serait trop “hétérogène”, au point que la littérature ne pourrait pas “suturer” l’écart qui pose en distance cette problématique.
avril_22.png Avec la sortie d’une part de Changer tranquillement la France de toutes nos forces c’est possible, par le collectif Inculte dont F. Bégaudeau fait partie, et d’autre part Avril-22, ceux qui ne préfèrent, aux éditions Le grand souffle, apparaît justement deux formes possibles de compréhension du rapport entre la littérature et le politique.

Lorsque l’on fait face d’un côté au livre publié par Inculte, de l’autre au livre publié par les éditions Le grand souffle, si tous les deux posent à la fois l’exigence d’une forme d’engagement politique et le rapport entre politique et littérature voire philosophie pour le second, toutefois, ils se présentent chacun d’une manière différente. Il me semble, et c’est ce que je vais essayer de montrer, que ces deux démarches hétérogènes dans la forme, toutefois rejoignent une même question qui pourrait se poser en rapport à celle de la démocratie liée à la littérature tel que Derrida l’a posée, au sens où “l’affirmation sans limite de ce droit inconditionnel à une pense affranchie de tout pouvoir, et justifiée à dire ce qu’elle pense publiquement […], c’est une figure de la démocratie, sans doute, de la démocratie toujours à venir, par delà ce qui lie la démocratie à la souveraineté de l’État-nation et de la citoyenneté” [Inconditionnalité ou souveraineté, ed. Patakis].
Donc, il va s’agir de comprendre en quoi, l’expression tant critiquée de F. Bégaudeau, de littérature engagée aurait peut-être un sens, à réfléchir ici historiquement, au lieu de renvoyer à la fin des avant-gardes. En quoi l’engagement de la littérature : 1/ ouvre une condition de possibilité de compréhension du politique, une condition peut-être même nécessaire à toute forme de pensée démocratique, 2/ implique aussi simultanément, une forme d’effet, de performativité, certes infime, mais réelle, par rapport à la manière dont s’articule le langage au niveau politique ?
littérature et politique : la reprise de la question du roman — Le livre d’Inculte, s’il laisse apparaître quelques saillies liées à la signature d’auteurs [mais j’y reviens], cependant tient davantage de la création collective d’un objet que l’on pourrait définir comme une fiction politique. Ce livre n’est pas en-dehors de la littérature, de même que le dernier livre publié par F. Bégaudeau, A. Bertina et O. Rohe chez Gallimard : Une année en France. En ce sens, parlant d’Une année en France — qui porte sur trois événements qui ont marqué la société française entre 2006 et 2005 — face à la première question de Thierry Guichard pour Le matricule des anges (“Pourquoi avoir fait ce livre, qui vous éloigne un peu (encore que…) de la littérature ?”), leur réponse commence par cette reprise du doute : “tout est dans le encore que… Nous n’avons pas le sentiment que ce livre nous éloigne de la littérature”. Cette indication entre en écho avec ce qu’énonce F. Bégaudeau dans Devenirs Roman, alors qu’il semblerait entendu que dès lors qu’il y a écriture sur l’époque, sur la question de la société, sur la politique, on s’échapperait en quelque sorte de la littérature pour se positionner dans l’essai, la critique sociale, la réflexion philosophique, il serait possible selon lui de suturer l’écart entre littérature et politique. Ainsi les trois auteurs exposent que la question politique peut être abordée au coeur même du travail littéraire, et ceci impliquant alors sans doute d’expérimenter de nouvelles formes de fictionnalisation.
Le livre sur les élections, Changer Tranquillement la France, correspond à une même perspective, tout à la fois dans l’écriture, liaison entre plusieurs écrivains sous le mode de la disparition des signatures, donc suite fragmentaire dans le flux, et construction d’une fiction. S’agit-il d’un roman ? Approfondissons …

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