Libr-critique

6 avril 2016

[Libr-Débat] Réponse à la lettre de Julien Blaine, par Emmanuel Ponsart

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Libr-critique ayant toujours été un lieu de débat, nous publions la réponse d’Emmanuel Ponsart, directeur actuel du Centre international de poésie Marseille.

Doit-on répondre à une lettre que Julien Blaine / Christian Poitevin fait circuler auprès de ses correspondants, avant de la faire partir la veille d’un premier avril, et qui est accompagnée de ce préambule ?
« Mes amis,
 
Je ne suis pas à l’initiative de cette lettre,
Mais je m’y suis associé
ne pouvant comprendre que ce centre créé à mon initiative en 1990 soit ainsi laissé à l’abandon ! Ou pire : à ce point rétréci dans ses ambitions. Cela peut paraître dérisoire dans la période actuelle,
Mais...
 
Cette lettre partira avec ma signature avec comme destinataire le maire de Marseille, son adjointe à la culture Anne-Marie d’Estienne-d’Orves, son directeur des services culturels Sébastien Cavalier
le jeudi 31 mars par courrier et par mail. »
Doit-on imaginer que cet unique signataire pourrait abriter un groupe aigre ?
Doit-on croire un individu qui affirme qu’il n’est pas à l’initiative de cette lettre dont il est le seul signataire, et dont on se demande, alors, quel groupe peut bien se cacher derrière lui – dont on ignore la composition, les motivations, de quoi et de qui il se cache, qui il protège –, qui ne pourrait assumer de signer un tel courrier… ?
Doit-on penser que ce type de courrier – dit de « dénonciation » – (et qui fait penser à une période sombre de l’histoire de la France), n’est pas glorieux pour celui (ou ceux) qui l’écrit ou prend part à sa rédaction ?
Doit-on pointer les incohérences d’un courrier qui annonce « Sauvons le cipM ! » en proposant un « renouvellement de la direction », direction (et équipe) qui, depuis vingt-six ans tient à bout de bras ce centre, centre que Julien Blaine / Christian Poitevin est bien obligé de désigner comme étant « cette structure exceptionnelle que les Marseillais ont la chance et le bonheur d’avoir en leur ville » et « un outil et une structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde » ?
Doit-on comptabiliser les quelque 8 000 critiques de livres, revues, anthologies de poésie publiées par la revue critique du cipM, CCP, depuis sa création en l’an 2000 ?
Doit-on réciter la litanie de près de 3 000 poètes de toutes tendances qui ont été invités au cipM depuis sa création ?
Doit-on demander à partir de quel moment il y a eu « urgence, urgence à redonner de la vitalité à cette structure », cette « structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde » ?
Doit-on s’excuser auprès des centaines de poètes, revuistes, musiciens, éditeurs, plasticiens, critiques, de l’injure que Julien Blaine / Christian Poitevin leur fait de ne les imaginer que comme les pions d’une direction « plus attachée à des stratégies de pouvoir qu’à l’exercice de sa mission », d’avoir été les acteurs de « ce manque d’innovation, de répétition des mêmes recettes, de partenariats ponctuels », d’avoir fait partie d’« une multiplication d’événements sans qualité, sans travail de communication ni de médiation », et surtout de ne pas être les représentants divers d’« une poésie vivante connectée au monde contemporain » ?
Doit-on s’étonner que Julien Blaine / Christian Poitevin, à aucun moment depuis 1996 – et alors qu’il annonce « Sauvons le cipM ! » – n’ait vivement protesté, ni ne se soit gravement offusqué auprès de ses destinataires alors que le cipM subissait au cours des ans une très forte diminution de la subvention de la ville de Marseille, passée de 333 000 € de subvention en 1996 (soit 442 000 € en comptant l’inflation de ces vingt dernières années) à 233 000 € en 2015, soit une perte de plus de 200 000 €, tandis que pour la même période, le budget global passait de 401 000 € à près de 600 000€ en 2015 ?
Doit-on préciser à Julien Blaine / Christian Poitevin que si le cipM a augmenté son budget, ce n’est que grâce au travail de sa direction ?
Doit-on suggérer à Julien Blaine / Christian Poitevin de reprendre sa plume (lui et son « groupe aigre ») pour écrire à nouveau à ses destinataires afin de leur demander (voire de leur exiger) de remonter la subvention du cipM à 442 000 € afin de sauver le cipM !, « cette structure exceptionnelle que les Marseillais ont la chance et le bonheur d’avoir en leur ville » et «un outil et une structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde» ?
Doit-on participer du syndrome de Monte-Cristo, que semble développer Julien Blaine / Christian Poitevin,
  • celui-là même qui a démissionné du Conseil d’Administration du cipM, il y a vingt ans, et cherche à le détruire depuis ?
  • celui-là même qui, il y a quinze ans, publiait un article grotesque dans la revue Marseille, dans lequel il annonçait que depuis 1996, au cipM, il n’y avait « rien à signaler », article auquel j’ai déjà dû répondre ? Voir : www.cipmarseille.com/documents

Je me le demande

5 avril 2009

[News] News du dimanche

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , , , — rédaction @ 9:42

  Cette semaine nous avons reçu le livre collectif : Pourquoi nous ne sommes pas chrétiens (Max Milo éditeur). Très à propos, après les sentences contreversées de Benoît XVI, c’est le livre à ne pas manquer, pour sûr, auquel de très bons penseurs et écrivains (Bernard Andrieu, Eric Arlix, Julien Blaine, Philippe Di Folco, Michel Surya, …) ont participé. Ayant été contacté pour y participer, et ne l’ayant pas fait pour diverses raisons, étrangères à cette initiative et à Alain Jugnon que j’apprécie particulièrement, je profite de cet éditorial des News du dimanche, pour brièvement indiquer ce qui se joue ici, dans cette non-appartenance selon moi au christianisme, en tant que dimension de la révélation par le verbe.
Avec Hegel, et son Esprit du Christianisme et son destin, se nouait avant même La Phénoménologie de l’esprit, en quel sens la figure du Christ serait la représentation à travers laquelle se réconcilient l’en soi de la vérité et  l’histoire humaine, histoire philosophique, en tant que pour soi de cette vérité. Le Christ est une colle superglue comme je l’ai dit souvent, colle superglue assurant par avance la réconciliation avec le sens. Le christianisme ne pose pas la question de l’éthique, mais tout au contraire, il est en sa donation de sens, ce qui forclos la question du sens, en détermine par avance les termes. Le christianisme n’est pas du côté de l’éthique, de Spinoza, de la connaissance adéquate des causes singulières, mais du côté de la morale, de l’universel abstrait, impliquant, qu’il faudrait faire comme si, chacune de nos actions correspondait à une loi universelle de tout comportement humain (Kant). Le Christ est la figure qui répond par avance à la question de Dieu, qui en biffe l’énigme par la parole révélée, qui efface le fait que cela, Dieu, le nom de cette absolue transcendance, est la limite de tout énoncé rationnel. C’est là le problème du christianisme, sa moraline historiquement constituée, son discours de vérité révélée. Ce christianisme-là, bien évidemment est celui de la théologie positive, de la parole révélée, du prêche humain qui prétend avoir connaissance des desseins ouverts par Dieu pour les hommes. Il n’est pas celui des mystiques, s’affrontant à l’impossible de la  transcendance du sens. Ce christianisme-là, il est le symptôme, qui est aussi en-dehors du christianisme, qui peut apparaître aussi chez des athées, chez des musulmans ou des juifs, d’une pensée humaine qui croit détenir le vrai, qui croit que dans l’individualité singulière d’une existence (le prêtre, le chef, le leader, celui qui a prétention d’une Führung), il est possible d’énoncer une vérité de sens pour tous. Ce christianisme-là il est dans le discours moral aussi bien d’un Bush que d’un Sarkozy. Ce christianisme-là est celui qui permet d’imposer des lois, non pas liées à la co-existence des hommes et à leur variation historique et géographique, donc situationnelle, mais à prétention trans-historique, catégorique, qui ferait de ceux qui les observent : des hommes bons.
Cette maladie de la vérité universelle, elle n’est pas que dans le christianisme, elle peut être aussi dans l’anti-christianisme, dans tout autre mouvement, ou appartenance qui prétend à la révélation du vrai. Car cette prétention est la maladie de la pensée humaine en quête de sens. Si la philosophie ou la littérature ouvre une suspension, c’est bien d’abord et avant tout la suspension de la cloture du sens, la mise à distance de toute fin révélée. L’éthique, comme l’énonçait Lévinas, n’est pas d’abord et avant tout, règle, pescription, mais un face à, ouvert infiniment à la distance qui caractérise la présence d’autrui. Le chrétien, selon ce que j’entends, est celui qui a dépassé la question qui s’impose par l’être-ouvert, par l’énigme du visage (il faudrait cependant s’interroger sur la question de l’icône comme l’a fait Jean-Luc Marion notamment à partir de Pascal, comme croisée du visible). Autrui appartient à une communauté de sens définie en vérité. L’éthique se tient en retrait de cette communauté déterminée. L’éthique est suspension de toute communauté, ou encore le sens d’une communauté en devenir, mais jamais advenue.
Ce symptome chrétien, malheureusement, en temps de crise, se retrouve partout, car la crise est propice aux grands discours. Cet esprit chrétien de même se retrouve par trop chez un grand nombre qui prétend lutter contre celui-ci. Et ici, ne nous laissons pas leurrer, il y a autant de fanatisme dans certaines attaques des détarcteurs du pape, que chez le pape lui-même. Il n’est que de voir la surdité hallucinatoire qui a fait suite aux déclarations du pape. Surdité provoquant un flot de discours aussi absurdes que la moralité du pape, flot ne tentant pas de comprendre aussi, en quel sens ce que dit le pape pourrait entrer en écho avec certaines modalités d’existence. Le pape — et il faut lire le texte de son allocution — ne dit pas que le préservatif serait inefficace contre le SIDA, mais qu’en tant qu’il est lié à une certaine idée de la sexualité et du plaisir, selon lui, il ne permet pas d’entrer dans une autre voie, plus spirituelle : la fidélité, la relation d’amour. Certes, c’est à chacun de savoir ce qu’il vit, ce qu’il désire, si sa satisfaction passe par des relations éphémères, par des orgies sexuelles avec de nombreux partenaires, des ébats multipes avec des personnes de même sexe. Mais on ne peut nier, que selon leur modalité, une partie des hommes aspire bien plutôt à la fidélité, à un souci de soi, passant par une relation plus spirituelle que corporellen, ou encore incarnant la relation sexuelle à partir de l’exclusivité d’un affect. S’opposer, horizontalement, ainsi au pape, c’est reproduire à la négative, sa propre logique morale. Ce que le pape ne peut entendre : la différence. Ce que ses pourfendeurs ne peuvent admettre de même : la différence. Il y a toute sorte de morale, et de prêcheurs, ne nous trompons pas, les anti-chrétiens peuvent l’être tout autant que les chrétiens. Les uns et les autres, quelque soit leur principe, nient la singularité du devenir existentiel de chaque homme.

Notre époque a besoin d’éthique et non pas de morale, de partage de la différence et non pas de crispation identitaire, d’écoute de ce qui nous est étranger et non pas seulement de l’auto-satisfaction de la communauté des familiers. À trop vouloir s’assurer de la vérité, nous voyons à quel point les dérives sont possibles./PB/

Cette semaine, à vos dashboards : de nombreux événements en perspective ! Livres reçus : Onuma Nemon, Louis Pinto, Jean-Rebé Lassalle, Franck Salmon, et deux livres collectifs grève et pourquoi nous ne sommes pas chrétiens.

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7 octobre 2008

[Exposition] Gil J Wolman au CIPM jusqu’au 8 novembre

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  Pour ceux qui passeront à Marseille, ne pas manquer l’exposition dont le commissaire est  Frédéric Acquaviva sur Gil J Wolman. Elle a lieu jusqu’au 8 novembre.

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21 octobre 2007

[Pétition] Les incertitudes du CIPM

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 16:09

band-cipm.jpg [Nous relayons la pétition de soutien au CIPM, diffusée largement sur le net. Il nous semble important que de tels lieux ne disparaissent pas. Pour signer la pétition, allez directement sur le site du CIPM]

Ce jeudi 25 octobre, 11 h 30, à l’Opéra de Marseille va être présenté le projet de candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013.
À l’heure où cette présentation va avoir lieu, et après les incertitudes qui ont pesé ou qui pèsent encore sur le comptoir Toussaint / Victorine et sur le théâtre de la Minoterie, des incertitudes pèsent aussi depuis quelques temps sur le cipM (centre international de poésie Marseille).
La convention d’occupation triennale entre le cipM–créé en 1990 à la demande de la Ville de Marseille– et cette dernière arrive légalement à terme le 6 mai 2008. La DGAC(Direction Générale des Affaires Culturelles) ne souhaite pas renouveler cette convention, aux prétextes de sécurité et de circulations différenciées pour des publics non muséaux.

Cette situation n’est pas nouvelle puisqu’elle dure depuis plus de trois ans, mais finit par nous lasser et par nous empêcher de travailler sereinement. Pour mémoire, la même demande, quitter la Vieille Charité, nous avait été faite il y a quelques années nous avons alors prospecté plusieurs locaux, et proposé à la DGAC d’occuper sur la Canebière l’ancienne librairie Flammarion. Après visite et chiffrage, la DGAC demande au cipMde trouver avec ses autres partenaires environ 50% du financement de l’ensemble des travaux d’aménagements. Le cipM les trouve, la DGAC nous fait alors part de notre incompréhension, nous signifiant que les 50% s’appliquent à l’ensemble de l’opération!
Nous ne nous décourageons pas et quelques mois plus tard (assez fiers, il faut le dire), nous annonçons que nous avons trouvé auprès de nos autres partenaires (État, Région, Département) 950000 euro. C’est alors que se fait un assourdissant silence : nous n’aurons jamais de réponse écrite à propos de ce projet de la part de la DGAC.

À l’heure de la candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, hors l’injonction de la DGAC de nous faire quitter la Vieille Charité, nous ne savons pas quelles seraient les conditions, notamment financières, d’un relogement. Conditions que nous avons pourtant demandées à plusieurs reprises.

À l’heure de la candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, hors l’injonction de la DGAC de nous faire quitter la Vieille Charité aux prétextes de sécurité et de circulations différenciées pour des publics non muséaux (et si la relocalisation du cipMs’annonce trop onéreuse), nous ne savons pas quelles seraient les conditions de sécurité à respecter afin de pouvoir rester à moindre frais sur ce lieu.

À l’heure de la candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, nous nous demandons tout simplement si la DGAC a le désir de soutenir le cipM, de lui laisser la possibilité de continuer son travail entamée il y a bientôt dix-huit ans. Travail, action, ténacité, rayonnement que nous avons su donner à ce lieu, cohérence et originalité de notre démarche, mais aussi compréhension, écoute et soutien de nos partenaires et des poètes, qui nous ont valu une reconnaissance nationale et internationale.

À l’heure de la candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, nous ne voudrions pas commencer une nouvelle année en ne sachant pas dans quel lieu nous pourrons assurer notre programmation, dans quel lieu se trouveront les quelques 40 000 documents de notre bibliothèque unique en France, dans quel lieu nous pourrons accueillir nos résidents, dans quel lieu nous pourrons montrer nos expositions, dans quel lieu nous pourrons organiser nos lectures et performances, dans quel lieu nous pourrons tout simplement continuer à faire rayonner la poésie.

Pour nous exprimer votre soutien, signez notre pétition!

9 mars 2007

[Vlog] en parallèle du Salon de Tanger, rencontre avec Emmanuel Ponsart, directeur du CIPM

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — rédaction @ 10:46

image-18.pngAu Salon International du Livre du Tanger, il y a les invités, et tous ceux qui se déplacent pour suivre cet événement. Nous y avons rencontré ainsi Emmanuel Ponsart, qui depuis 1999 a participé plusieurs fois au salon. Notre interview revient sur les créations du CIPM par rapport à Tanger, notamment la collection Import/export, mais aussi sur le lien profond qui relie E. Ponsart au Maroc.

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25 février 2007

[Livre] Tanger / Marseille, collectif

tanger194.jpgTanger / Marseille, un échange de poésie contemporaine, éditions CIPM, collection IMPORT/EXPORT, ISBN : 2-909097-54-4. 15 €.
[site du CIPM]
Ont participé à ce projet : Yassin Adnan, Mehdi Akhrif, Jean-Michel Espitallier, Emmanuel Hocquard, Claude Royet-Journoud, Abdallah Zrika.
Edition bilingue, en français et en arabe.
Extraits de la préface :
Le principe de ces échanges se veut simple et efficace.
Trois poètes français et trois poètes d’un pays étranger se rencontrent d’une part à Marseille et d’autre part dans une ville du pays concerné afin de traduire et d’être traduit collectivement.
Ce travail de traduction collective donne lieu à une lecture dans chacun des pays à la suite de l’atelier de traduction et à une publication bilingue de l’ensemble des textes en langue originale et en traduction.

Les échanges se déroulent en deux temps :
[+] une première session d’une semaine lors de laquelle les poètes français sont accueillis dans un pays étranger et traduits collectivement par les poètes étrangers avec l’aide d’un technicien de la langue. À Tanger, nous avons été accueillis lors du salon du livre international, en janvier 2003, par l’Institut Français que nous remercions vivement pour son engagement et son soutien.
[+] Une seconde session d’une semaine lors de laquelle les poètes étrangers sont accueillis à Marseille au CIPM et traduits collectivement par les poètes français avec l’aide d’un technicien de la langue. Pour cet échange Tanger/Marseille, la session de Marseille a eu lieu en juin 2003, avec l’aide de Mohammed Hraga. Chacune des sessions se clôt par une lecture publique et bilingue.

À ce propos :
Nous présentons ce travail en document introductif à notre reportage participatif à Tanger pour le 11ème salon international du livre, car non seulement ce travail initié par le CIPM a eu lieu durant ce salon en 2003, et ceci en partenariat avec l’Institut français du Nord, dont nous avons mis en ligne la conférence de presse de son directeur Gustave de Staël, mais en plus cette rencontre croisée pose bien évidemment la question de la langue, de l’étranger dans la langue. En faisant se rencontrer des poètes de langues différentes, et en les conduisant à la traduction, il s’agit bien de poser la question de l’incorporation dans sa langue de l’étrangeté d’une autre langue. Qu’est-ce qui se joue dans sa langue, quand son texte est dit selon une autre grammaire, un autre vocabulaire, voire ici une autre origine, puisque le français étant issu de l’indo-européen comme le grec par exemple, alors que l’arabe est une langue sémite, comme l’hébreu. Qu’est-ce qu’accueillir l’autre dans sa langue, accepter les effets diffractoires de la traduction qui ne son jamais pourtant des essais d’effraction ?
Nous le comprenons, il s’agit de la mise en tension de cet écart, aussi bien géographique pour ces six poètes, que linguistique qui se joue, se noue et dénoue dans ce livre collectif./PB/

17 janvier 2007

[Chronique] Terrasse de la Kasbah d’Emmanuel Hocquard

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 17:41

Comme nous y reviendrons à plusieurs reprises, Tanger est un lieu de croisements, pas seulement de marchandises dans le port, mais aussi d’écrivains. hocquard.jpgDe Burroughs et des beat [cf. W. S. Burroughs et Brian Gysin, Le Colloque de Tanger, Christian Bourgois, 1976] lors du colloque de Tanger, immortalisés par une superbe photographie où ils sont allongés sur la plage, à Bernard Desportes, le commissaire de ce 11ème Salon du livre de Tanger, tombé sous la magie sauvage de cette ville, Tanger apparaît comme une ville qui appelle l’écriture.

C’est pourquoi nous présentons ce petit texte d’Emmanuel Hocquard ici, alors qu’il ne fait pas partie des invités du salon. Terrasse à la Kasbah est la publication de deux lettres, tapées à la machine à écrire, corrigées à la main. Deux lettres d’Emmanuel Hocquard datées du 3 et du 6 novembre 2006.
Ces lettres destinées à une femme, Elise, raconte l’installation à la Kasbah d’E. Hocquard. D’emblée, il énumère et détaille son nouveau lieu d’habitation, il en approfondit les figures présentes et ceci afin de découvrir ce qui lui avait « Ã©chappé alors ». « Echappé alors », à savoir ce qu’il n’avait pu exprimer, non pas quand au contenu, mais peut-être, et c’est ici que se trouve toute la force de ses deux lettres, davantage au niveau de la manière de s’exprimer, de la grammaire propre au langage, lorsqu’il y était auparavant, avant ce retour. S’installer à la Kasbah, lui semble devoir être nécessaire pour faire ce retour, pour trouver cela qui ne fut pas rencontré. Pour quelle raison ?

Du fait que la ville de Tanger implique non pas seulemet des images, ce qui serait parler de Tanger, tomber dans la représentation, mais impulse dans la langue même, sa propre dimension. Et dès lors il s’agit de parler Tanger, d’entendre parler Tanger dans la langue. En effet, comme il l’explique dans la première lettre : il ne pouvait pas retrouver ce qui lui avait échappé « Ã  distance, entouré par les vaches et les brebis des verts paturages de Mérolheu (Hautes Pyrénées). » Pour exprimer cela, il insiste sur le fait que pour voir et créer — et ceci en référence à Deleuze et Guattari — il faut entrer dans une certaine forme d’habitude, d’habiter, de penser qui se construit dans le mouvement même de son habitation. Heidegger exprime par exemple parfaitement cela dans la conférence Bâtir, habiter, penser : habiter ne se fait que si la pensée investit le lieu, se fait transpassible à ce qui survient de lui, à travers nous et la pensée. Lorsque l’on est passif par rapport au lieu : on ne fait que loger, y passer sa vie, oui on ne faut qu’y passer. Tel que l’exprime Hocquard : « au fil des années durant lesquelles j’ai habité Tanger — et même au-delà — la forme de la ville et de ma pensée ont tendu à ne plus faire qu’une ».

En cela, Tanger pose la question du sujet qui habite le lieu. Il est bien évident que l’on n’habite pas un lieu sans se transformer, sans se poser la question de celui que l’on est dans ce lieu là. Se pose alors, pour Hocquard, cette interrogation sur la manière de s’énoncer en rapport au lieu. On retrouve ici son atachement pour la grammaire. La question porte sur le sujet, celui qui voit, « je », qui en tant que sujet justement grammaticalement est toujours personnel. Et on retrouve ici une nouvelle mention à Deleuze et Guattari, de Mille Plateaux, mais cette fois implicites : « la grammaire donne des ordres, elle ne pose pas de questions ». Pour se laisser emplir par le lieu, pour que Tanger parle dans la langue, et non pas que l’on parle de Tanger, tel qu’il l’exprime, il faudrait grammaticalement un sujet non-personnel, immanent au sein de la langue, et non pas une polarité transcendante qui est le critère permanent de la perception. Ainsi, il l’énonce, ce qu’il est venu « chercher ici, sur place » ce ne sont pas des lieux, des endroits inconnus, mais la possibilité pour lui d’une langue qui parle Tanger et non pas de Tanger : « (…) grammaire de Tanger. Dire grammaire Tanger me paraît plus juste. Qu’est-ce qu’une grammaire Tanger peut bien vouloir dire ? ça pourrait être, non pas habiter à Tanger, mais habiter Tanger. »
Terrasse à la Kasbah, Emmanuel Hocquard, éditions CIPM, 5 €. [site]

[Livre] Emmanuel Hocquard, Terrasse à la Kasbah

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 17:41

Terrasse à la Kasbah d’Emmanuel Hocquard, éditions Centre international de poésie Marseille, 16 p. ISSN : 1148-652 X, 5 €. [site]

4ème de couvertue :
Qu’est-ce qu’une « grammaire Tanger » peut bien vouloir dire ? Ça pourrait être non pas habiter à Tanger, mais habiter Tanger. Tirer parti d’une habitude Tanger.

[lire la chronique]

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