Libr-critique

9 novembre 2017

[News] Festival Ritournelles #18

Le Festival Ritournelles (Libourne-Bordeaux) fait partie des lieux qui font découvrir la littérature en train de se faire, sans négliger les écritures exigeantes. La 18e édition se termine ce samedi 11 novembre.

6 lieux : Librairie Mollat / Espace Jeune de Libourne / Librairie Format Livre / Librairie La Machine à Musique / IUT Bordeaux Montaigne / Quartier Libre

Une trentaine d’invités : Didier Arnaudet / Joël Baqué / Eduardo Berti / Frédéric Boyer / Camille Bréchaire / Olivier Cadiot / Claude Chambard / Sophie Chambard / David Christoffel / Thomas Clerc / Patricia Cottron-Daubigné / Souleymane Dimanka / Sophia Domancich / Jean-Michel Espitallier / Manou Farine / Stéphane Gantelet / Bettina Ghio / Catherine Gilloire / John Greaves / Keurspi / Guillaume Laidain / Vincent Lafaille / J-M Martinez-Esnaola / Juliette Mézenc / Catherine Millet / Paul Otchakovsky-Laurens / Marc Pautrel / Valérie Philippin / Dominique Pinon / Anne Savelli / Didier Vergnaud / Antoine Volodine /

27 novembre 2014

[Chronique] David Lespiau, l’écriture poétique comme expérimentation pure, par Emmanuèle Jawad

Emmanuèle Jawad nous propose une passionnante découverte : l’univers de David Lespiau à partir de la parution cette année de ses deux derniers livres. [Arrière-plan : © Vija Celmins ; bandeau : © photo de Isabelle Rozembaum, dans un entretien intéressant paru sur D-fiction]

David Lespiau, Nous avions, Argol, 2014, 128 pages, 18 €, ISBN : 978-2-915978-94-0 / Notes pour rien, éditions Contrat maint, 2014, ISBN : 978-2-914906-70-8.

 

« L’écriture poétique permet de l’expérimentation pure », affirme David Lespiau dans son entretien avec Claude Chambard (CCP, n° 28, 2014). Dans sa mise en œuvre, sur le motif de la suspension, explorant les sensations, dans les airs et dans l’écriture, Nous avions se compose de neuf sections, dans un assemblage de plusieurs textes inédits et de séquences ayant paru, pour certaines, dans des formats courts (aux éditions Contrat maint, dans la revue Espace(s)). Notes pour rien, dans un ensemble bref, poursuit les recherches formelles de l’auteur dans un travail de montage d’éléments hétérogènes.

 

Les procédures mises en place, dans l’agencement de chacune des sections de Nous avions, s’opèrent le plus souvent à partir d’un matériau préexistant (articles de journaux, livre, document iconographique, pictural) sur lequel les prélèvements, le montage, dans la découpe et l’assemblage, la compression, le détournement, les télescopages et les liens, s’établissent dans le travail de composition textuelle. Ainsi, Réduction de la révolution la nuit se construit en lien avec un article paru dans un dossier Guy Debord (CCP, n° 9) où la référence aux Œuvres cinématographiques complètes de Guy Debord est explicite dans la première version du texte, proposant ainsi, selon l’auteur, « comme une espèce de vérification de l’approche théorique par une expérimentation poétique… » Opération Lindbergh et Spirit II se réfèrent à des articles de presse (journaux Libération et Le Monde datés dans la page de notes) où l’on retrouve l’événement du crash du Boeing 737 à Charm El-Cheikh en 2004.

 

Une autobiographie de l’aviateur Charles August Lindbergh fait l’objet, dans une troisième section, d’une compression, alors que le travail d’écriture, dans une superbe dernière séquence, Supplément Celmins, s’agence en lien avec l’œuvre plastique de Vija Celmins et de documents iconographiques (dessins de l’artiste américaine, catalogue de la rétrospective de ses dessins, à l’occasion d’une exposition monographique en 2006, au centre Beaubourg, l’Œuvre dessiné). Le travail d’écriture de David Lespiau, déjà en lien avec des œuvres plastiques, dans Aluminium (Rauschenberg), à partir de photographies, pour Ouija board, L’intérieur du jour, « ne fabrique pas d’équivalent textuel des images ; au contraire, il les efface, les transforme en une continuité autre qui a sa propre logique (…) » (cf. entretien cité). Supplément Celmins se compose en lien avec les reproductions des œuvres du catalogue de l’exposition Beaubourg consacrée à l’artiste. A chaque image correspond un texte. Le travail de Vija Celmins s’élabore d’après des photographies et des coupures de presse (source des premiers dessins de l’artiste), travail sériel sur des motifs, déserts, ciels étoilés, toiles d’araignées, série des starfieds, ciels de nuit. L’agencement des textes de David Lespiau s’ordonne en fonction des reproductions des dessins de Vija Celmins, dans le catalogue d’exposition mais aussi, dans la circulation de ce catalogue, dans son feuilletage, la numérotation désordonnée des textes de David Lespiau pouvant renvoyer aussi, notamment au début, à une lecture procédant par allers et retours dans le catalogue des œuvres de Vija Celmins. Pour cette dernière séquence, on notera la pluralité et la mise en abyme des matériaux/supports à partir desquels la plasticienne puis l’auteur travaillent.

 

Les différentes sections de Nous avions forment un ensemble étroitement lié dont la cohérence thématique développe un lexique y afférant : suspension et mouvement dans l’espace (déplacements, rotations), lieux et engins en lien avec l’espace (zones aéroportuaires, avions et fusées, champignon atomique, Terre mais aussi Mars, Lune), sensations dans cet espace, événements s’y rapportant (vols, crashs).

 

Plusieurs formes sont expérimentées au fil des sections, assemblage de vers et de récits, agencement de blocs textuels, coupes d’un récit et cut-up, lien avec le cinéma dans une écriture scénaristique (phrases brèves comportant peu de verbes dans Réduction de la révolution la nuit), expérimentation sur une ponctuation absente ou extrêmement réduite (Prolégomènes aux hélices), amorces d’un récit, énoncés à caractère technique, inventaire (section 3), texte de plusieurs pages en une seule phrase (L’homme suspendu).

 

A l’examen des sensations et l’exploration des sens (en particulier dans la synesthésie vue/ouïe dans la première séquence), une écriture en prise avec un réel où son décryptage permet la mise en adéquation des espaces aérien/aquatique « ailes lisses multicoques aux chevilles à marcher sur l’eau ou voler très techniques », la simultanéité des lieux (piscine/sur Mars/ à la télévision dans Spirit II). L’espace dans ce qu’il permet (sensations, suspension, mouvements) exploré avec des notations précises, pouvant aller jusqu’à s’inscrire dans l’énumération descriptive, dans un champ lexical relevant de la technicité.

Si la notion de suspension a trait également à l’écriture elle-même – « être en l’air, dans l’air, suspendu ; cette sorte de geste reflexe mental là, devant le texte à écrire » (cf. entretien cité), le mouvement dans l’espace est rotation entraînant le langage

« la parole–hélice entraînée

au désir de faire tourner la langue ».

L’espace de la page lui-même en mouvement, chute de mots dans une phrase à la verticale, renversement d’un format pour une lecture passant au format paysage (Spirit II).

 

L’écriture syncopée, par fragments, dans une notation précise, alterne avec des éléments narratifs (section 1), bribes télescopées, énumération, liste (section 3), amorces d’un scénario avec effets de boucles, réitération de motifs, poème en vers, mise en place d’éléments hétéroclites prélevés dans des fragments en amont, associés à la clôture d’un texte, production de signes, à l’appui du texte (entre crochets/agrafe section 6). Les expérimentations mises en place multiplient les procédés de composition formelle, dans des énoncés denses et très élaborés, renouvelant les pratiques et systèmes d’écriture mis en place, créant sans cesse des liens avec d’autres matériaux, divers supports.

 

Poursuivant cette démarche d’ « engagement dans la forme » (cf. entretien cité), Notes pour rien, dans un ensemble court comportant 8 séquences (selon le principe des éditions contrat maint), s’apparente à une collecte de fragments, notes aux origines diverses, prélevées dans différents matériaux dont la composition révèle certains axes de travail propres à l’auteur : liens avec le cinéma, matériau autobiographique, intrusion du récit, textes en échos à d’autres, cycles de travail.

 

Une photographie de Goria ouvre ces suites de notes de David Lespiau, proposant en couverture, dans une zone contrastée moitié ombre /lumière, un objet verre renversé sur un autre, faisant ainsi couvercle, ou ce qui pourrait être le dédoublement d’un même verre symétrique vu simultanément en positif et négatif, renfermant eau et air, motif qui peut faire songer également à des photographies de Suzanne Doppelt.

 

Le premier texte de Notes pour rien, intitulé De la poudre, s’intègre dans un travail de David Lespiau sur le motif du sucre et de ses états (dissémination, dilution, solidification) rejoignant l’écriture elle-même, projet concernant plusieurs livres, et dont les notes, ici, s’agencent en amont d’un film que réalise Isabelle Rozembaum à partir d’un extrait de l’auteur.

Ce lien avec le cinéma est présent également dans la référence au film de Philippe Grandrieux, La vie nouvelle.

 

L’articulation des huit séquences de l’ensemble s’opère avec l’insertion de titres notamment ou avec d’autres éléments de marquage (mots-clés, en-têtes entre crochets).

Le texte composé ainsi dans l’agencement des télescopages: bribes de récit (fin de récit, texte 4), récit sans marque d’introduction ni de clôture (texte 2), fragments de phrases soulignés, matériau autobiographique (référence au monde de l’enfance « les animaux sauvages »), intrusion d’un personnage, Jason Volniek, dans un lieu qui serait Beyrouth, ainsi que des notes pour les livres à venir (Djinn jaune 3), des notes de travail. Dans un registre de l’éclatement, multipliant les références et les axes d’écriture, David Lespiau s’attelle dans ces Notes pour rien au travail d’une mise en réseau d’énoncés. Dans la récurrence de la lumière et du mouvement (texte 3), cet ensemble fait écho à Nous avions.

 

Le travail de David Lespiau, qu’il y ait intention programmatique ou non, se déploie dans des constructions denses et rigoureuses, à la jonction du formel et de la sensation, un espace où l’intime ne s’absente jamais de la forme.

22 janvier 2014

[Chronique] Claude Chambard, Tout dort en paix, sauf l’amour, par Périne Pichon et Fabrice Thumerel

Pour ce texte fascinant de Claude Chambard, nous vous proposons une lecture à double voix : une vue synthétique par Fabrice Thumerel, suivie de l’analyse de Périne Pichon.

â–º Claude Chambard, Tout dort en paix, sauf l’amour, Un nécessaire malentendu V, éditions Le Bleu du ciel, Coutras (33), automne 2013, 112 pages, 16 €, ISBN : 978-2-915232-88-2. [Site de l’auteur]

"Vivre, c’est comme écrire, mais sans pouvoir rien corriger" (António Lobo Antunes).

Que ceux qui, à la seule considération du titre, soupçonneraient une quelconque cuculerie, se rassurent en lisant ne serait-ce que la page 17 : "Oui, tout dort en paix, sauf l’amour, me disais-je, pris par une redoutable envie de pisser"… Ou 17 : "C’est la mi-nuit, les sexes sont sur les tombes, ils regardent la nostalgie & les bougies & le canal & le vent secoue tout vers le bas & les sexes rétrécissent & ma tête pèse sur les vagues gonflements & prend les baisers rouges"… Dans ce "récit incontinu" ressortissant à la proésie (p. 51), nous fascine un art subtil de l’ellipse et du télescopage, du figuré comme de l’incongruité, un phrasé mêlant affects et percepts, souvenirs et visions hallucinées, réflexions et évocations. Écrire pour Claude Chambard : "Comme un saut dans le vide                               de la langue" (69). Son livre : "l’histoire enfouie en moi & dont personne ne comprendra rien" (87). Une archéologie de la mémoire – sensible et culturelle – que rend encore plus critique le jeu de notes en fin de volume. /FT/

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â–º Tout dort en paix sauf l’amour apparaît comme un carnet de voyage où ont été consignés des notes, des photographies, des souvenirs… Le narrateur, d’ailleurs, ouvre son discours sur « la montée des Couardes », entreprise avec son Grand-père, autrement dit un souvenir d’enfance. Mais ensuite, les références à une quelconque temporalité ou chronologie d’événements se brouillent : s’agit-il d’un homme embarqué pour un voyage qui se souvient de son enfance ? D’un homme qui cherche à écrire et qui se souvient de son enfance et de son voyage ? Ça prend la forme d’une liste en vrac de souvenirs, de fantasmes, de fictions. La mémoire elle-même, interrogée, n’est pas sans tache, et plutôt qu’un souvenir raconté, nous lisons l’histoire au présent d’un souvenir du passé déformé et transformé par le temps et par l’imagination. Ainsi, la grand-mère du narrateur apparaît aux yeux de l’enfant d’avant et de l’adulte du maintenant comme une harpie concupiscente :

« Je vois le corps nu de Grandmère dans l’encadrement de la porte. Je vois ses mamelles & sa touffe noire. J’ai honte. Elle rit, elle se moque de moi. J’entends crier & je sais que c’est dans la ferme à côté. Elle se couche sur le seuil de la porte. »

 

L’atrocité de la vision du narrateur s’impose par la répétition de l’action de voir au présent. Quel que soit le moment de la narration : celle-ci demeure présente face au « je ». Cette femme nue couchée sur la porte comme une bête – elle a des « mamelles » comme une vache, non des seins comme on l’attendrait d’une femme – s’assimile à un monstre de cauchemar, opposée et s’imposant au narrateur-enfant. Son alter ego positif, c’est le grand-père protecteur chargé d’initier son petit-fils à la chasse à l’ours en pleine forêt. Finalement, on ne sait plus bien s’il s’agit d’un temps rêvé ou d’une vision du passé. Le nom de « Sigmund » dans la première page peut, à ce propos, nous faire doucement cogiter. Les quelques réveils et pertes de conscience inopinées du narrateur également. Les frontières entre le temps rêvé et le temps qui s’écoule se brouillent. Il semble impossible de construire une chronologie des faits ici ; dès qu’on s’y essaye, le récit se brise en fragments d’enfance, en descriptions du paysage, dans le rappel d’un amour anonyme.

 

À ce brouillage d’une hypothétique réalité se superpose la confusion des temporalités. En effet, le temps n’est pas linéaire, tous les faits sont permanents, éternels, tout se raconte au présent. On vogue sur cette singulière ligne temporelle qui traverse la mémoire pour la ramener à une immédiateté : ce dont « je » se souvient, c’est maintenant que ça se passe, pas avant pas après. L’univers qui se dégage de cet ensemble est poreux ; le présent et le passé se contaminent, la veille et le rêve se confondent.

« Je m’éveillais, le nez tordu sur ma table de travail, au milieu d’un cauchemar. Ne parvenant pas à le retrouver dans la veille, j’entrepris la lecture de mes carnets – ou ceux de quelqu’un d’autre, comment être sûr […]. »

 

Finalement, après des détours et des voyages par prolepse et analepse, apparaît une certitude : il existe un ici, un « maintenant » et un « je » qui se construit progressivement et tente de se retrouver dans ce listage labyrinthique des faits de sa mémoire. Un « je » qui tente de raconter une histoire, peut-être la sienne – d’écrire un livre – mais qui se heurte au labyrinthe, qui s’est « perdu dans la langue ». Alors, il faut recommencer, lancer une nouvelle tentative pour trouver le chemin du récit, apparenté à la montée des Couardes, à une marche avec ses hoquets, ses difficultés. Parmi elle, il y a ce nœud qui apparaît entre les pages, à chaque fois à l’emplacement de la conjonction « et » : la perluète.

« Un nœud errant en avant & et en arrière : c’est mon vrai nom, imprononçable. La liberté n’est jamais convenable ou ce n’est pas la liberté. J’ai arraché le cordon ombilical avec mes dents mais c’est pour ne pas être empoisonné plus longtemps. »

Mais la perluète est une ligne tordue qui, répondant à un autre symbole, le « _ », peut nous rappeler que le temps n’est pas seulement linéaire, mais qu’il se noue et se dénoue avec l’écriture. Car l’écriture est un moyen d’exploration, une formule pour « traverser les frontières » mais aussi pour créer un « ici » et un « maintenant » où le « je » peut s’ancrer malgré l’intangibilité du réel. /PP/

27 octobre 2013

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’octobre, nous entrons dans le maelström automnal : VUAZ de V. Tholomé et Tout dort en paix, sauf l’amour de Claude Chambard (livres reçus) ; Agenda Christian Prigent ; Citéphilo et Festival NEXT autour de Lille, "Paroles d’éditeurs" à Merdignac, Sandra Moussempès à la Maison de la poésie de Paris (libr-événements).

Livres reçus (Fabrice Thumerel)

â–º Vincent Tholomé, VUAZ, éditions Maelström, coll. "CompAct", Bruxelles, automne 2013, 108 pages, 8 €, ISBN : 978-2-87505-158-5.

Si Bernard Heidsieck avait son Vaduz, Vincent Tholomé, lui, a son VUAZ.

Cependant, il ne s’agit pas ici de partitions, mais de trois marches  – lyriques/bucoliques/épiques.

Et zou, et zou, au fond du trou,
au fond de l’existence,
VUAZ.

 Prenez et tenez en tous sens ce livre relevant à la fois de la poésie visuelle et de la poésie orale,

et laissez-vous emporter par le flux de ce rythme capricant.
Prenez votre souffle,
et par monts et par vaux,
prenez votre envol
entre brailleries et "langue bébé"…

"Blagueurs de VUAZ.
Les 3000 et 2 fois 15 matins.
Les 8 3 et 14 ans millénaires passés ensemble.
Dans le trou.
La faille.
Le fond.
Le tout au fond à l’ombre."

 

â–º Claude Chambard, Tout dort en paix, sauf l’amour, Un nécessaire malentendu V, éditions Le Bleu du ciel, Coutras (33), automne 2013, 112 pages, 16 €, ISBN : 978-2-915232-88-2. [Site de l’auteur]

"Vivre, c’est comme écrire, mais sans pouvoir rien corriger" (António Lobo Antunes).

Que ceux qui, à la seule considération du titre, soupçonneraient une quelconque cuculerie, se rassurent en lisant ne serait-ce que la page 17 : "Oui, tout dort en paix, sauf l’amour, me disais-je, pris par une redoutable envie de pisser"… Ou 17 : "C’est la mi-nuit, les sexes sont sur les tombes, ils regardent la nostalgie & les bougies & le canal & le vent secoue tout vers le bas & les sexes rétrécissent & ma tête pèse sur les vagues gonflements & prend les baisers rouges"… Dans ce "récit incontinu" ressortissant à la proésie (p. 51), nous fascine un art subtil de l’ellipse et du télescopage, du figuré comme de l’incongruité, un phrasé mêlant affects et percepts, souvenirs et visions hallucinées, réflexions et évocations. Écrire pour Claude Chambard : "Comme un saut dans le vide                               de la langue" (69). Son livre : "l’histoire enfouie en moi & dont personne ne comprendra rien" (87). Une archéologie de la mémoire – sensible et culturelle – que rend encore plus critique le jeu de notes en fin de volume.

 

Agenda : Christian PRIGENT

â–º Samedi 23 novembre 2013, dans le cadre de Citéphilo 2013.

14h30 > 16h30 : Projection de La belle journée (1h07, coul., 2010)
en présence de la réalisatrice :
Ginette Lavigne, réalisatrice, monteuse
A également réalisé : La nuit du coup d’Etat, Lisbonne, avril 1974 (2001), Un voyage en Israël (2008), Jean-Louis Comolli, filmer pour voir ! (2013)
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Jacques Lemière, Institut de sociologie et d’anthropologie, CLERSE (UMR 8019 CNRS), Université Lille 1
Monteuse (notamment des films de Jean-Louis Comolli, L’Affaire Sofri, la série des films sur Marseille, et beaucoup d’autres), Ginette Lavigne est aussi réalisatrice. Dans La Belle Journée, elle se met au défi de la réalisation du film sur et avec un poète, Christian Prigent, sur son monde et sur son œuvre, à partir (texte et chansons du film) d’extraits de quatre ouvrages de l’écrivain : Commencement (1989), Une phrase pour ma mère (1996), Grand-mère Quéquette (2003), Demain je meurs (2007), tous parus chez POL. Rigoureux et inventif travail cinématographique, qui sera reçu en tant que tel, et aussi, parfaite introduction à la rencontre-lecture avec Christian Prigent, qui suivra, deux heures plus tard, à la Médiathèque Jean Levy de Lille.

 

 
Palais des Beaux-Arts – grand auditorium – Place de la République – Lille
 
18h30 > 20h30 : Christian Prigent ou l’acte poétique
En partenariat avec les médiathèques de Lille
Christian Prigent, poète, romancier, essayiste
A notamment publié : La vie moderne. Un journal (POL, poésie, 2012), Les enfances Chino (POL, roman, 2013) 
Présentation : Gérard Briche, professeur de philosophie à l’Ecole Supérieure d’Art de Tourcoing
L’homme qui parle scande les phrases, éclate les mots, triture la langue. Cet homme, c’est Christian Prigent, et il dit de la poésie. Mais cette poésie passe par le corps – littéralement. Car c’est dans l’acte que la poésie, la vraie, advient. Dans cet acte, dans cette performance, c’est toute la réalité matérielle qui passe, et d’abord la réalité biographique du poète. Ainsi la poésie est-elle pétrie de toute la matière de la vie, et jusqu’à ses aspects les plus triviaux, mais les plus rigolos aussi. Christian Prigent : la poésie, c’est d’abord ce qu’on imagine être le plus étranger à la poésie.
 
Médiathèque Jean Lévy – 32/34 rue Edouard Delesalle – Lille

â–º Lecture/conférence de Christian Prigent : "Martial, grande brute !" (quelle traduction contemporaine de l’obscène latin ?).

" Rapide, vacharde, pittoresque, rigolote, souvent obscène, toujours à la fois savante et désinvolte, la poésie épigrammatique de Martial s’inscrit dans la tradition, mineure mais vivace, d’une poésie non idéaliste qui « sent l’homme » quotidien. Du coup, elle tente l’effort de traduction des « modernes » de toutes les époques. Les 650 textes que j’ai essayé de « recycler » dans une forme méticuleusement métrée et travaillée par la distance des anachronismes paraîtront chez POL en avril 2014." (C. Prigent)

Dans le cadre du séminaire de MASTER 1 & 2 "L’obscénité en perspective : antiquité/ modernité", le jeudi 12 décembre 2013 de 11H à 13H – Université de Valenciennes , Site du Mont Houy, Bâtiment Matisse, Salle 208 -, B. Gorrillot invitera Christian Prigent, l’un des grands poètes français actuels, à l’occasion de la publication prochaine de sa traduction de DCL épigrammes de Martial (Paris, P.O.L, 2014). Cours ouvert à tous.

 Libr-événements

â–º Du 6 au 26 novembre 2013, autour de la métropole lilloise, Citéphilo : "Pseudo. Ressemblances et faux-semblants". Avec cette année, le Japon comme invité d’honneur. Rens. : 03 20 55 66 34. On notera d’ores et déjà les RV du mercredi 13 novembre : "Les identités numériques" ; Vincent Descombes, "Les Embarras de l’identité". [Programme]

â–º Exposition "Paroles d’éditeurs" de Mélanie Gribinski à la médiathèque de Mérignac du 25 octobre au 16 novembre 2013.
Les Éditions de l’Attente, L’Atelier de l’agneau éditeur, les Editions Finitude, Le bleu du ciel, Gaïa et le Castor Astral exposent des livres, livres d’artistes, manuscrits et autres objets rares, introuvables, inédits ou jamais vu…
Rencontre le 8 novembre à 19h en présence des Editions Finitude.

â–º Du 15 au 30 novembre 2013, Festival NEXT (métropole lilloise, Courtrai et Tournai). Avec en particulier la dernière création de Jan Fabre, Tragedy of a friendship (© photo en arrière-plan).

â–º Jeudi 21 novembre 2013 à la Maison de la Poésie de Paris, 19H-20H : "Résurgences momentanées des sensations visuelles", lecture performée de Sandra Moussempès. En écoute : https://soundcloud.com/user9376239
Infos :
http://www.maisondelapoesieparis.com/programmes/y/2013/mois/11/

 

27 octobre 2007

[News de la blogosphère] Programme de l’émission du 28 octobre

newsblogo.jpgAprès une longue interruption, nous refaisons une émission vidéo-live dimanche 28 octobre, à 11 H du matin.
Au programme :
[+] Les sites internets : Le site de la mémoire de la librairie contemporaine; Le site de Didier Mouliner, Poésies élémentaires; Erratum le site de Joachim Montessuis et la collection de film qu’il met en ligne; le site d’Alexandra Saemmer : Mandelbrot; l’audio-blog de Arnaud Prudon.
Les livres reçus : Philippe Rahmy, Demeure le corps (Cheyne éditeur); Patrick-Beurard Valdoye, Le narré des îles Schwitters (éditions Al Dante); Claude Chambard, La rencontre dans l’escalier (éditions La porte d’à côté); Charles Reznikoff, Holocauste, (Prétexte éditeur); Cécile Holveck, Imagier (R-Editions); Pierre Ménard, Le spectre des armatures (éditions Le quartanier).
Nous parlerons en dossier du rapport entre corps et poésie à partir du dernier livre e Philippe Rahmy.

6 août 2006

[chronique] Festival de Lodève par Philippe Boisnard

De retour du Festival de Lodève. Semaine passionnante, animée, faite de découvertes et de redécouvertes avec plaisir. Le Festival de Lodève, cette année voyait se côtoyer deux sortes de lectures : tout d’abord ce que nous pourrions appeler le in, à l’instar de festival comme Avignon, avec les lectures officielles qui accueillaient outre les poètes lyriques français et de la Méditerranée, Edith Azam, Julien Blaine, Philippe Boisnard, Jacqueline Cahen, Claude Chambard, Henri Deluy, Patrick Dubost, Jérôme Game, Joël Hubaut, Vannina Maestri, Jacques Sivan, Pierre Tilman. Ensuite un off, qui avait lieu tous les soirs dans la galerie l’Art en cours de Sophia Burns et Karim Blanc [tous les deux extrêmement sympathiques et dynamiques], off dont la programmation était faite par Franck Doyen : se sont succédés aussi bien des auteurs du in, que Sébastien Lespinasse [invité l’an passé au festival], Christian Malaurie, Marie Delvigne, Claude Favre, Claude Yvroud, Rachelle Defay-Liautard, Franck Doyen, Sylvie Nève ou Hortense Gauthier, pour ne citer qu’eux.

Pour le in : la grande découverte que j’ai faite : Edith Azam. Poète fragile, aux textes qui — bien qu’ils soient parfois sont un peu travaillés de métaphores qui pourraient être évitées car elles font baisser la tension des textes — dégagent une énergie psychotique terrible pour les nerfs et l’intellect. Ses lectures, comme cela sera possible de le voir sur le videopodcast, sont très rythmées, ses poèmes touchent souvent au rapport que nous avons à l’autre, à l’amour, au sentiment, tout en renouvelant la manière dont on en témoigne. C’est avec joie que nous avons suivi chacune de ses interventions. L’autre découverte, c’est celle de Pierre Tilman : certes je connaissais déjà son Tout comme unique, magnifique livre publié à Voixéditions, et nous nous étions rencontrés il y a de cela quelques années au CNEAI, mais jamais je n’avais entendu ses textes, sa poésie du quotidien : sorte de petits aphorismes, de petits dictons, de remarques anecdotiques qui tout à la fois peuvent faire rire ou bien amuser mais qui par leurs traits retournent les représentations, décollent les détails de la réalité. Ceux que j’ai retrouvés : Julien Blaine et Joël Hubaut, étaient très en forme. Même si pour Joël Hubaut, les moyens techniques étaient peu adaptés (trop de scènes avec seulement du son en mono), ses lectures dynamiques, critiques, éructées, ont été de véritables moments de plaisir et de trépidations. Julien Blaine quant à lui, omni-présent, tout à la fois présentateur, animateur, et déclamateur, nous a gratifié lors de la soirée Déclar-action qu’il a organisée, d’une magnifique lecture de La langue ! Encore un grand merci à lui pour cette programmation et son énergie si essentielle actuellement en France pour les poésies dîtes expérimentales ou modernes. À noter aussi que dans ce in, j’ai pris beaucoup de plaisir à revoir Patrick Dubost et sa lecture de l’Archéologue, Antoine Simon que je n’ai pu entendre que lors de la soirée de clôture et Claude Chambard dont j’aurais beaucoup aimé entendre une lecture de La vie de famille (ed. Le bleu du ciel).

Pour le off : Il y aurait beaucoup à dire. Tout d’abord merci à Franck Doyen et à la revue 22 MdP, car sans lui aucune soirée n’aurait eu cette dynamique et cette stature. En effet, les lectures officielles s’arrêtaient exception faite de la soirée Déclar-action et de la soirée de clôture, à 21 H. C’est pourquoi tous les soirs vers 21H30, commençaient les lectures off, consacrées exclusivement aux poésies contemporaines, quoi que… Car, s’il y avait de de très bonnes lectures, telles celles de Sébastien Lespinasse, de Christian Malaurie et Marie Delvigne, de Claude Favre ou de Claude Yvroud, pour ne citer qu’eux, il y en a eu aussi de très décevantes, mixtes pour certaines entre textes pompeux et pompant et théâtre mal assumé. Ce off en fait, s’est construit comme une revue live, qui aurait eu un numéro tous les soirs, avec certains lecteurs intervenant tous les jours (comme Rachel Defay-Liautard ou Claude Yvroud) et d’autres ne venant qu’une fois, telle Sylvie Nève. Le regret : aucun enregistrement n’a été fait : c’est en ce sens qu’il est fort dommage d’avoir manqué la lecture de Lespinasse : à l’orée des bois, que l’on peut retrouver dans une version très différente dans son CD. Ces soirées ont permis aussi bien de découvrir des lectures assurées et maîtrisées que le surgissement de nouvelles voix, parfois fragiles, ne parvenant que très difficilement à se faire entendre. Si le festival se poursuit l’an prochain, il est à espérer que ces lectures se reproduisent.

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