Libr-critique

14 novembre 2015

[Texte] Claude Favre, Thermos fêlé 2. Journal de mal langue (6 janvier – 21 janvier 2015)

L’avait-on déjà oublié ?… 2015 se termine de la même façon qu’elle a commencé… Claude Favre a souhaité nous livrer un autre passage de son journal de mal langue – et nous l’en remercions. [Lire Thermos fêlé]

 

mardi 6 janvier, Que notre sang rie en nos veines

mercredi 7 janvier, ce vers, aujourd’hui
terrible, d’apprendre que ceux qui prenaient le risque
de rire par le dessin des travers et des maux de
notre époque, plutôt que d’en venir aux mains
aux armes, ont été, lâchement, assassinés
leur sang de leurs veines a coulé ce sont nos larmes
pour eux que nous n’avons pas assez soutenu
eux qui n’ont pas été trop loin, qui ont, juste
été très loin tandis que nous n’allions pas assez
combattre la bêtise, la lâcheté et la haine, ils ont le nom
de ma liberté, à ne jamais encore céder

jeudi 8 janvier, se réveiller
hier soir me suis retrouvée, allée, parmi quelques
personnes, en état de choc, gueule de bois
300, on dit, à Ploucville, 2000 pour des mêmes villes
j’ai peur ici, mes amis manouches ont peur
rien ne se fait ici sans intérêt, rien hors de son clan
sa communauté, peur, hébétée
sans mots, il faudra, je le sais, renouer, écrire
les mots travailler, pas que pleurer pour
tous ceux qui, loin de moi
tout au long de l’histoire sont morts pour moi, et pas que

vendredi 9 janvier, de soi aussi, se défaire après
la sidération, et ces larmes tout venant
des mots de colère, brusques qui ne savent, quoi
faire et comment, chercher ces mots, tourner autour
creuser le sens, les conversations désirer les
contradictoires, celles qui secouent mais font espérer
les amitiés sont notre espoir, quand 48h après
la condamnation par Riad de l’attaque contre Charlie Hebdo
un blogueur saoudien a reçu 50 coups de fouet pour
insulte envers l’islam dans ce royaume qui n’accepte
aucun écart, perdre le nord l’épuisement, dormir, ne pas

samedi 10 janvier, cœur à mal, mes amis aussi
menaces contre des lieux de culte musulmans, des morts
messages antisémites sur réseaux sociaux, des morts
la haine s’exprime, fait couler le sang et ailleurs
des centaines de corps qu’on ne peut dénombrer
d’enfants qui n’ont pu s’enfuir, corps éparpillés, des morts
de personnes âgées, une attaque de Boko Haram
noyée sous le feu de l’actualité tout comme au Congo
nous ne sommes, rien, si nous ne faisons, ensemble
notre combat contre, à aimer les contradictions mais contre
ceux qui arment, d’une bombe, une toute petite fille

dimanche 11 janvier, éloignée je suis des vôtres
conjurer le chagrin conjurer le chagrin
marcher, marcher avec des mots de travers avancer
avec sa petite mal langue à soi qui aux autres, doit
marcher, à Paris, cette puissance du non
ce n’est pas vivre que perdre sa part d’humanité
mort aux arabes écrit en breton, mort aux juifs
dans tant de bouches ici et encore
qu’est-ce qu’un slogan, ce mot gaëlique
qui signifie cri de guerre
et qu’en penserait Abdelwahab Meddeb

lundi 12 janvier, l’idée que les gens ont
de la poésie
heurte ma sensibilité, je retiens les chiens
l’extrême mitraille, mes tigres
et je lis Marie-José Mondzain sur la question
de la réprésentation de la figure
figure est une image, l’iconoclasme
est une façon de ne pas s’en laisser conter
et dans certaines traditions, suivant l’époque
représenter Mahomet qui n’est que le portrait
est possible, et la vie, ensemble, à vivre

mardi 13 janvier, flagellé, on traduit comme ça
la brutalité du mot est-elle même en arabe
en public, dos à vif devant une foule, comment ces regards
et le cœur, pour avoir créé un forum de discussion en ligne
"Libérez les libéraux saoudiens", dans un royaume en lutte
contre Daesh, Raïf Badawi, condamné à
10 ans de prison
1000 coups de fouet
mais plus qu’y perdre peau, plus perdre de
soi, qui de sa dignité devant les autres à s’acharner
sur un seul homme à terre, qui d’eux, de nous, ou de lui

mercredi 14 janvier, agressions contre des musulmans
menaces verbales, jets de grenades tirs et, têtes de porc
jusqu’à, comment peut-on, des croix gammées, des lieux de culte
ou sur des monuments aux morts, que peuvent les morts
que peuvent les enseignants qui font au jour le jour
peu aidés lorsqu’on déploie force mesures sécuritaires
on parle à tort travers mais on parle, des nouvelles on parle
de la nouvelle une de Charlie-Hebdo, qui évoque le pardon
un musulman qu’on traduit par prophète verse une larme
et un ailleurs qui n’est pas ici mais près même si loin et, qui n’
imagine son rapport aux mots que littéral manifeste, à quoi

jeudi 15 janvier, qui parle d’amalgames peut en faire ce qui
atteint un seul en ces jours noirs tous nous atteint
il faudrait faire joie des mots, troubler mieux le langage pour
décoller l’œil du guidon, agrandir l’horizon pour, contre
chacun sur son quant-à-soi et la guerre
la haine armée de fantasmes identitaires
on brûle des effigies du président de la France au Pakistan
c’est Sarkozy, c’est dire notre différente temporalité
à Grozny éclatent des manifestations obligées téléguidées
au Niger il y a 45 églises brûlées, et dedans, des morts
à Ploucville on espère qu’il n’y aura pas de vent

vendredi 16 janvier, un mot est un mot ce qui veut dire
qu’il nous faudrait, de vergogne, être et de peur et cependant
de rigueur, homme, c’est dire à apprendre des autres
avec la langue bien pendue, fêlés des mots mais pas que
et non pétris de haine, en dépense charnelle
blasphémer est un mot, curieux de paroles avec
et le recul et l’affection, et rire aussi
et on le sait depuis Aristote, cela déplaît, inquiète
comment en arabe se dit, en pilipino, en pachtoun, blasphémer
c’est-à-dire aussi pure articulation vocale, plaisir de
donner aux autres un chemin qui sépare et qui rit et qui lie

samedi 17 janvier, 0 degré, gel sur les routes, la mitraille
qui claque brûle le froid, les Syriens sous des tentes on dit
abris de fortune, qui est un mot qui veut dire si on y pense
en hiver ce vieux fiancé des phtisiques, mal à me plaindre
moins 10 dans les zones montagneuses du Kurdistan
tant le froid cueille âgés ou jeunes, cœurs à nu
plus de 200 000 morts depuis le début de la guerre en Syrie
pas d’accès aux médicaments, hypothermies, une seule
bronchite tue, des maladies qu’on ne connaissait plus
et des bébés que leurs parents affolés, perdus, réchauffent
au fioul et qui meurent, brûlés

dimanche 18 janvier, on s’étonne de tant de
la pauvreté ici aussi et comment, mesurer quoi, qui n’a rien
le mot ne dit pas ce que ressent un père avec son fils
dans un garage abandonné, ou ma mère, à l’école qui
voulait apprendre, désignée par un mot qui aussi tue
indigente, et les carences, et les hontes, de quoi ne plus jusqu’à
perdre la tête, n’être pas très, hors gonds, n’être pas
là, dans ce monde où chacun est plus souple à l’appât du gain
au vol qu’au partage, à l’envie qu’à l’écoute, à la haine
crie encore mort aux juifs, juif la France n’est pas ta France
par révisionnisme, invention française, à si minable quenelle

lundi 19 janvier, comment a-t-on pu comment encore
que font les guerres aux hommes, qui ne s’oublie pas
a-t-on pu revenir d’Auschwitz
comment parler, quoi dire comment faire, face à
l’islamophobie masque de viles peurs, à l’antisémitisme
ces mots stéréotypes cachés par d’autres mots que peuvent
les mots, n’y sont pour rien, ce sont nos responsables usages
mésusages, nos périphrases hypocrites
il y a des peurs, des haines contre les Arabes, contre les Juifs
qui se croisent, des mépris, méconnaissances jusqu’aux
guerres, que font les guerres, même si on ne les vit pas

mardi 20 janvier, si mal, n’être que, n’être pas, perdue
la folie, tuer ces dessinateurs, des êtres seulement humains et
leurs proches ou ceux qui les défendaient ou des juifs pour être
juifs, ou êtres humains, on peut tuer des hommes qui rient
cibles, attentats, exécutions, sale guerre civile, délations
se débarrasser de, il prenait toujours la place de parking
dire qu’il n’est, qu’il a, blasphémé, c’est-à-dire, non tué, mais parlé
trop de chiffres et nombres/ de bouches à rire, pas le droit de vivre
n’a, même mal de guingois, mon devoir le leur dois, ne jamais
ni en rabattre ni en lâcher les mots, surtout pas, pour, tous
et surtout pour Cabu et son rire d’être libre

mercredi 21 janvier, et que font les guerres même si on ne les vit pas

4 juin 2015

[Texte] Claude Favre, Thermos fêlé

C’est avec plaisir que nous retrouvons Claude Favre sur Libr-critique, avec un texte que l’on ne qualifiera pas de "journal poétique", vu la distance que l’auteure entretient à ce que l’on appelle ordinairement "poésie". Il s’agit plutôt d’un journal de misère en mal langue, que nous vous laissons méditer dans sa typographie particulière, par delà le blanc et le mal. /FT/

 

 

À ceux qui, sans nom, sans toit, sans paix, sans soins, sous les coups de la douleur, du froid, de la faim, du mépris, de la haine, du feu, la lâcheté des pierres, des bombes, du silence et des cris, regardent le monde, entendent les cris du monde et la peur, la peur et l’intolérance, recueillent la violence sans nom se recroquevillent, et meurent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce qu’un homme

peut jamais cesser de l’être ?

Federico García Lorca

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi 29 décembre, ici, 3° ce soir, dehors

on parle de la température ressentie c’est

autre chose que dormir sous une tente au Liban

 

 

 

pour les réfugiés syriens, et tout le malheur autour

et jusqu’où en Grèce la politique d’austérité

savoir sur le sens précis des mots le plus près

serait un beau projet du jour déjà et, merci

Amandine m’envoie une photo de Todd Hido

caravane en guingois qui fait pencher le sol

l’horizon engorgé il y aurait plus loin

à ne pas bien comprendre, tenter, plus loin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 30 décembre, nuit, plus âpre, dedans

qui m’intéresse le plus le long terme

il faut tenir, pense aux amis, aux hommes

qui a sens, texture, surprises parfois, toujours

 

 

 

chacun en particulier

au court terme ne va pas bien

observe cela tout autour le monde obscurci

dans le contexte, ensemble

quand de nouveaux séparatismes exploitent

les peurs, les envies, les identifications

caravane est un lieu, précieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi 31 décembre 2014, je lis

"Moujik moujik" de Sophie G. Lucas, ça

j’use mes bras à que/ ça s’envole pas de/

bout/ de, et à plusieurs tenir à ne pas

ni rien oublier des histoires de

ceux qui meurent et pas que le froid jusqu’

aux fosses communes pour les indigents se

serrer dans les bras les cœurs, hiver m’attaque/

je me ivre lire, c’est ça avec elle, aller plus loin

plus loin que soi, merci pour nous les autres

Je voudrais être demain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jeudi 1er janvier 2015, s’arc-bouter

contre butées, si, préfère l’impair, mais

able est un suffixe de qualité dans ce pays

pleureur crispé sur ce qui serait in

dubitable une et seule identité n’est pas

l’autre, quoi qu’il lui, n’est-ce pas Don Quichotte

le plus à l’ouest n’est pas celui qu’on croit

qui croit n’a pas le verbe nouveau mais l’intérêt

sélectif quand caravane a beaucoup d’ex

ploits et pas que les renards font les poubelles

en mer, meurent des étrangers, sans nom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vendredi 2 janvier, un peu je me rappelle

rien d’un exercice d’écriture ni d’un seul

marronnier, d’autres rêves, pas la première fois

Beckett aidant, revenir et repartir rappelé

et repoussé, ménages ce matin, suite de fêtes

obligatoires s’achève terrible qui me rejette en bloc on

est en famille comme on est entre soi comme on s’en fout

des autres comme on est dans, préposition indiquant

la situation d’une personne par rapport à ce qui la contient

et je vais m’enrager laver crasse saloperies jusqu’au

vomi que je reçois comme étrennes ça doit s’appeler avec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi 3 janvier, lever 3h30 pour

longeant les hautes marées, long chemin, pour

chez un mareyeur la brutalité, les prix

augmentés avec l’arrivée des touristes

pas toujours la qualité, j’use mes mains

de cette période, être demain

étrange de vivre tantinet d’écart

quand il y aurait même des dindes

au Japon et des pères Noël et 6 personnes

en quelques jours mortes en France

d’hypothermie, 6 retrouvées, pour combien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 4 janvier, me voilà à penser ou

tenter, au locus amœnus, me dis-je c’est ici

pas tant de petits oiseaux, mais goulus goélands

qui font de la ville une poubelle à ciel et noises

et chacun sous la pluie l’air d’une baleine échouée

pas à bon port, ici, il n’y a pas, ni d’espoir

amarrés à la peur que la vie remue

et riches, aussi, et le ressentiment, faire payer

l’état français, pour s’être couchés, rapaces

surtout que rien ne change, profiter, mesquins autant

qu’avides, mais rien, dans la langue, qui, bouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi 5 janvier, il fait doux, je n’aurais pas et déjà

l’an dernier tenu dans le Doubs ou le Nord

hypothermie, malaise cardiaque, il suffit, de quelques

heures longues douloureuses, pour, mourir

des milliers de personnes, en France, ne trouvent pas

à se loger, où, ce n’est qu’au-dessous de moins 5°

que les préfectures ouvrent des places

supplémentaires, à Paris, 54% des demandes ne

donnent pas lieu à un hébergement, pour

avoir appelé le 115, nul ne peut comprendre

la honte, la déshumanisation, il me faut dire, dire, redire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 6 janvier, jour malaisé, Qu’on patiente et

qu’on s’ennuie/ C’est trop simple.

Fi de mes peines, temps de renouer avec les poèmes

des autres je me demande comment on dit par cœur

dans les autres langues, et qu’il en a beaucoup

Vieux Rimb à jouer des presque doubles et pas sonnets

tout à fait et diérèses Rien de rien ne m’illusionne

note pour noter que je note garder le cap capitaine t’es

seul en ton navire prends l’eau rien de nouveau sous

le soleil tant mieux il pleut Que

notre sang rie en nos veines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi 7 janvier, ce vers, aujourd’hui

terrible, d’apprendre que ceux qui prenaient le risque

de rire par le dessin des travers et des maux de

notre époque, plutôt que d’en venir aux mains

aux armes, ont été, lâchement, assassinés

leur sang de leurs veines a coulé ce sont nos larmes

pour eux que nous n’avons pas assez soutenus

eux qui n’ont pas été trop loin, qui ont, juste

été très loin tandis que nous n’allions pas assez

combattre la bêtise, la lâcheté et la haine, ils ont le nom

de ma liberté, à ne jamais encore céder

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jeudi 8 janvier, se réveiller

hier soir me suis retrouvée, allée, parmi quelques

personnes, en état de choc, gueule de bois

300, on dit, à Ploucville, 2000 pour des mêmes villes

j’ai peur ici, mes amis manouches ont peur

rien ne se fait ici sans intérêt, rien hors de son clan

sa communauté, peur, hébétée

sans mots, il faudra, je le sais, renouer, écrire

les mots travailler, pas que pleurer pour

tous ceux qui, loin de moi

tout au long de l’histoire sont morts pour moi, et pas que

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vendredi 9 janvier, de soi aussi, se défaire après

la sidération, et ces larmes tout venant

des mots de colère, brusques qui ne savent, quoi

faire et comment, chercher ces mots, tourner autour

creuser le sens, les conversations désirer les

contradictoires, celles qui secouent mais font espérer

les amitiés sont notre espoir, quand 48h après

la condamnation par Riad de l’attaque contre Charlie Hebdo

un blogueur saoudien a reçu 50 coups de fouet pour

insulte envers l’islam dans ce royaume qui n’accepte

aucun écart, perdre le nord l’épuisement, dormir, ne pas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi 10 janvier, cœur à mal, mes amis aussi

menaces contre des lieux de culte musulmans

messages antisémites sur réseaux sociaux

la haine s’exprime, fait couler le sang et ailleurs

des centaines de corps qu’on ne peut dénombrer

d’enfants qui n’ont pu s’enfuir, corps éparpillés

de personnes âgées, une attaque de Boko Haram

noyée sous le feu de l’actualité tout comme

des morts des morts des morts, un génocide au Congo

nous ne sommes, rien, si nous ne faisons, ensemble

combat contre, à aimer les contradictions mais contre

ceux qui arment, d’une bombe, une toute petite fille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 11 janvier, éloignée je suis des vôtres

conjurer le chagrin conjurer le chagrin

marcher, marcher avec des mots de travers avancer

avec sa petite mal langue à soi qui aux autres, doit

marcher, à Paris, cette puissance du non

ce n’est pas vivre que perdre sa part d’humanité

mort aux arabes écrit en breton, mort aux juifs

dans tant de bouches ici et encore

qu’est-ce qu’un slogan, ce mot gaëlique

qui signifie cri de guerre

et qu’en penserait Abdelwahab Meddeb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi 12 janvier, l’idée que les gens ont

de la poésie

heurte ma sensibilité, je retiens les chiens

l’extrême mitraille, mes tigres

et je lis Marie-José Mondzain sur la question

de la représentation de la figure

figure est une image, l’iconoclasme

est une façon de ne pas s’en laisser conter

et dans certaines traditions, suivant l’époque

représenter Mahomet qui n’est que le portrait

est possible, et la vie, ensemble, à vivre

 

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