Libr-critique

10 juin 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier jour du 36e Marché de la poésie, tout d’abord le Libr-20 des volumes (dont une revue) de/sur la poésie ; suivent quatre Libr-événements : RV autour de Bernard Noël et de Laurent Grisel à Paris, avec Griot/Manon dans la région parisienne, sans oublier Poésie civile #15…

Poésie : en ce dernier semestre, LC a reçu, a lu et recommande

♦ Olivier Penot-Lacassagne dir., Beat Generation. L’Inservitude volontaire, CNRS éditions, 2018, 392 pages, 25 €.

REV(u)E : 17, Un thé chez les fous, 2018, 230 pages, 30 €. [Un superbe collectif, avec pour exergue : "Tous ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité"]

♦ Nikola Akileus, Éreintique, éditions Vermifuge, hiver 2017-2018, 140 pages, 15 €.

♦ Édith Azam, Le Temps si long, éditions Atelier de l’Agneau, Limoges, printemps 2018, 78 pages, 15 €.

♦ Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique, Hermann, hiver 2017, 376 pages,  €. [Essai très stimulant !]

♦ Didier Bourda, Galerie montagnaise, Lanskine, 2018, 152 pages, 14 €.

♦ Patrick Bouvet, Trip machine, éditions de l’Attente, automne 2017, 132 pages,14 €.

♦ Sophie Coiffier, Paysage zéro, éditions de l’Attente, automne 2017, 144 pages, 14 €.

♦ Bernard Desportes, Le Cri muet, Al Manar, printemps 2018, 96 pages, 18 €.

♦ Dominique Fourcade, Improvisations et arrangements, P.O.L, mai 2018, 464 pages, 24 €.

♦ Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, mars 2018, 624 pages, 23,90 €.

♦ Christine Jeanney, Yono Oko dans le texte, Publie.net, 2018, 176 pages, 16 €.

♦ Christophe Manon (avec Frédéric D. Oberland), Jours redoutables , Les Inaperçus, 2017, 72 pages, 14 €.

♦ Christophe Manon, Vie & opinions de Gottfried Gröll, Dernier Télégramme, hiver 2017-2018, 120 pages, 13 €.

♦ Véronique Pittolo, Monomère & maxiplace, éditions de l’Attente, automne 2017, 104 pages, 11 €.

♦ Daniel Pozner, À Lurelure, PROPOS2 éditions, 2017, 114 pages, 13 €.

♦ Dominique Quélen, Revers, Flammarion, 2018, 124 pages, 16 €.

♦ Olivier Quintyn, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €. [Essentiel pour qui veut comprendre la poésie contemporaine]

♦ François Rannou, La Pierre à 3 visages (d’Irlande), Lanskine, printemps 2018, 48 pages, 12 €.

♦ Pierre Vinclair, Terre inculte. Penser dans l’illisible : The Waste Land, Hermann, 2018, 204 pages, 22 €. [Une réflexion fondamentale sur l’illisibilité poétique à partir du célèbre poème de T. S. Eliot]

Libr-événements

â–º Lundi 11 juin 2018, Maison de la poésie Paris, 20H : Carte blanche à Bernard Noël. Avec Bernard Noël, Jean-Luc Bayard, Léonard Novarina-Parant, Jean-Luc Parant, Laurine Rousselet & Esther Tellermann.

Né en 1930, Bernard Noël signe son premier livre Les Yeux chimères, en 1953 et en 1958, Extraits du corps. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il publie son troisième ouvrage, La Face de silenc. La publication de ces poèmes lui ouvre alors les portes de l’édition où il travaille comme lecteur, correcteur et traducteur.  À partir de 1971, Bernard Noël prend la décision de se consacrer entièrement à l’écriture. Il compose ainsi une œuvre majeure, (…)

â–º Climats de Laurent Grisel a été écrit sur une proposition de Cécile Wajsbrot, de janvier 2014, bien avant que la future « COP21 » de novembre-décembre fasse parler d’elle, à octobre 2015, et ses lecteurs eurent et ont de quoi déchiffrer le théâtre de cet accord international. Mais ce poème, cette épopée, vient de plus loin et va au-delà, ses  héros sont des ouragans, des peuples en lutte, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, des galaxies, des paysans et des semences libres… 

La comédienne, diseuse, musicienne et chanteuse Anna Desreaux en donne son interprétation, qui est forte et belle, au café-théâtre de La Vieille Grille lundi prochain : le lundi 11 juin à 20h30, 1, rue du Puits de l’ermite 75005 PARIS / Métro Monge [Il est important de réserver au 01 47 07 22 11. Vous trouverez toutes sortes d’informations pratiques sur le site du lieu : https://www.vieillegrille.fr/tiki-view_articles.php?topic=13]

â–º Lundi 18 juin à 19H30, DOC (26, rue du docteur Potain 75019 Paris), Poésie civile #15 : où ça avance…

â–º Vendredi 22 juin à 20H, Parc de Rentilly (1 rue de l’étang 77600 Bussy-Saint-Martin) : Griot/Manon.

1 mai 2018

[News] De mai en mais…

En ce 1er mai ô combien commémoré, on retrouvera avec plaisir le duo Cuhel/Heirman : "Mais il est où mai ?" De Mai 68 à mai 2018 : par le biais de deux extraits, tirés du livre de Boris Gobille (Le Mai 68 des écrivains) et de celui à paraître dans deux jours, signé Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier (POL). Mais 68 : on (re)lira cet article publié il y a dix ans, "Pensée anti-68 ou révolution conservatrice ?", dans un dossier intitulé "Autour de mai 68".

CUHEL (texte) / HEIRMAN (dessins) : Mais il est où mai ?

Toi qui cherches mai en mai
Et rien de mai en mai n’aperçois…
Rien que la commémoration de mai…
que la consommation de mai…

Fini le temps d’Emmanuelle, reine des braguettes
Avec Frère Emmanuel à la baguette
et Père Blanquer à l’Éducation
plus de rêvolution
tous à l’unisson
Il n’y a pas de mai/mais ballot
Faut s’tenir à carreau !

 

En lisant, en zigzaguant : de Mai 68 à mai 2018…

« La situation des avant-gardes littéraires en mai-juin 1968 est donc paradoxale : tandis qu’elles sont obligées et autorisées par le mouvement critique à prendre position, elles ne peuvent le faire qu’en se dépouillant, comme tout "auteur", de leur statut. Un nouveau pouvoir prophétique est attribué à la créativité, mais ce pouvoir prophétique est d’une nature singulière : il n’admet pas de prophètes, il n’admet pas d’élus. Il n’est la propriété de personne. Il est détaché de tout statut, de tout nom. Il est anonyme et démocratique » (Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, CNRS éditions, 2018, p. 21).

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier (à paraître jeudi 3 mai chez P.O.L) :

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation
les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

1 avril 2018

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche d’avril, RV avec Eric Arlix, la revue Fourbi et Marina Skalova. À ces Libr-événements succède un Libr-7 : 7 invitations à une lecture passionnante…

Libr-événements 

â–º Jeudi 5 avril à 18H30 : Lecture d’Éric Arlix, Terreur, saison 1.

â–º Mardi 10 avril à 19H15, ENT’REVUES (4, rue Marceau 75008 Paris) : Lectures, rencontres, surprises.  Le Fourbi fête son N° 7 : "Le bout de la langue"
Avec Frédéric Fiolof, Hugues Leroy, Zoé Balthus, Anne Maurel, Tristan Felix, Camille Loivier, Laure Samama & Carl Frayne, Adam David, Fidelia Muto Rubio, Emmanuel Benito (as Prince).

â–º Mercredi 11 avril à 18H, Librairie Les Abbesses (Paris) // Samedi 14 avril à 12H, Librairie Le Parnasse à Genève : Marina Skalova, Exploration du flux / vernissage.

Quatrième de couverture. A partir de la notion de flux, si employée, si dévoyée dans le grand bavardage, Marina Skalova retrace l´emballement qui a conduit l´Europe à abandonner sa politique d´asile, et ce faisant à renoncer à elle-même, elle qui s’est construite sur l’idée du " plus jamais ça ". Flux migratoires, flux des échanges financiers, flux corporels et flux marins se trouvent tous pris dans le même mouvement – un flux qui nous déborde et dans lequel on pourrait bien un jour se noyer. Il est difficile de trouver une terre ferme sur laquelle poser ses chaussures. On cherche des mots auxquels se raccrocher. Mais les mots ne sont pas des bouées. Pourtant, les mots de ce livre nous réveillent, et nous rappellent de quoi, jour après jour, nous sommes devenus, souvent malgré nous, les complices. C’est parfois le sens de la littérature : réveiller. 

Libr-7 (LC a lu et recommande ces 7 livres parus au premier trimestre 2018)

 

â–º Julien Boutonnier, M.E.R.E, éditions Publie.net, coll. "Poésie/L’esquif", 496 pages, 25 €.

Après Ma mère est lamentable, parue chez le même éditeur en 2014, M.E.R.E est un abécédaire lacunaire (manquent les lettres Q, V et X) pour dire le manque dans les blancs et jeux typographiques. Un exercice de virtuose !

â–º Aurélien Marion, AdolescenZ, biotoputopie, Caméras animales, 72 pages, 10 €.

AdolescenZ, comme en son temps ExistenZ de David Cronenberg (1999)…
Adolescence : aptitude à la désertion…
Ados : "Les ados font p/utopie : rencontres excessives de présences, / joyeuse mousse d’affects, urgentes trouées orgiaques" (p. 22). Guerriants, mutireurs, piroètes dont les "putopies font respirer l’imaginaire" (61-62)…

â–º Philippe Maurel, Mélancolie des données, Publie.net, coll. "Poésie/L’esquif", 80 pages, 11 €.

La disparition du poème a cette fois une cause : "Comment meurent les poèmes ? / De panne logique ou physique" (13).
Dans ce triptyque ("Récupération des données", "Reset" et "Hyperpoèmes"), il est question, entre autres, de la poésie, des données et des activités du trader.
L’hyperpoème comme un mixage des données.

â–º Joachim Séné, La Crise, suivie de Je ne me souviens pas (réédition), Publie.net, 142 pages, 12 €.

Anaphores, polyptotes ou épanadiploses ressortissent à un dispositif critique que l’on peut nommer ARN (Agencement Répétitif Neutralisant). Cette neutralisation de l’idéologie dominante – y compris dans ses effets projetés – s’avère des plus salutaires :
"LA CRISE est la seule réponse possible à LA CRISE" (19).
"JE NE ME SOUVIENS PAS du dernier glacier, ni de la dernière île" (105).

â–º Joachim Séné, C’était (réédition), Publie.net, 122 pages, 14 €.
Retour sur une année de travail sous la forme d’une litanie : 53 semaines évoquées… TODO or not TODO, that is the question… Une charge terrible contre le monde du travail.

â–º Marina Skalova, Exploration du flux, Seuil, en librairie le 5 avril 2018, 78 pages, 12 €. [Extrait sur Libr-critique]

Notre XXIe siècle conjugue les flux pour le meilleur, mais surtout pour le pire : flux financiers, migratoires, communicationnels… En fin de compte, dans la forteresse de notre corps comme de notre monde, "tout circule, le sang, le sperme, les eaux, la merde" (18)…
La crise migratoire est traitée du 11 septembre 2015 au 8 mars 2016 dans cet apologue critique qui télescope les isotopies pour faire déraper les significations.

â–º Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, CNRS éditions, 400 pages, 25 €.

Une approche bourdieusienne pointue sur un moment trouble de l’histoire littéraire peu étudié : la crise politique de Mai 68 relance les stratégies révolutionnaires des avant-gardes (revues, comités, groupes… positionnements politiques divers).

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