En addendum à la chronique de François Crosnier sur Acrobaties dessinées de Sandra Moussempès (éditions de l’Attente, 2012) et à l’extrait proposé par LC du CD Beauty sitcom ("Récipient de métal vert", avec Kristin Prevallet), voici une libr-relecture du CD Beauty sitcom qui accompagnait le livre Acrobaties dessinées.
Neuf audio-poèmes comme autant de pistes d’une véritable bande-son, sous le titre Beauty Sitcom, sont proposés à l’écoute dans un CD accompagnant les Acrobaties dessinées de Sandra Moussempès. L’enregistrement ne semble requérir l’appui du texte dans sa lecture, se suffisant à lui-même, les éléments qui se déploient dans l’espace sonore captant entièrement l’attention de l’auditeur.
Dans la performance, la voix live de Sandra Moussempès s’inscrit dans le tissu des voix enregistrées et de l’électro-acoustique. Le traitement des sons, dans leur agencement et montage, combine voix récitantes (parlées),voix chantées (mélodies) et sons électro-acoustiques, provoquant des images mentales qui pourraient être cinématographiques.
Les voix, dans le tissu sonore constitué, se fondent, superposées comme autant de fondus enchaînés visuels, et se détachent alternativement, lorsque l’une d’elles prend le dessus en une voix unique murmurée ou une voix narrative, récitante (exclusive alors, laissant s’effacer les autres constituants sonores).
Les voix de Sandra Moussempès se mêlent le plus souvent (chants empreints de sensualité, récits, bruitages vocaux, sons) formant les différentes couches sonores d’une bande-son dans laquelle l’écho et la répétition ou les effets de boucle participent à l’étrangeté, concourant à l’envoûtement
progressif de l’auditeur. Ainsi, à l’écoute de la piste 1 de Beauty sitcom, la réitération du motif « Scarlett Scarifiée Sacre Simulacre Stupre », leitmotiv avec réitération homophonique au sein même du motif, avant d’être délaissé, dans sa clôture, pour le chant, la mélodie.
Certains titres des audio-poèmes ainsi que différents textes enregistrés se réfèrent à un lexique cinématographique (Remake, piste 6, ainsi que la piste 2 dont le texte se trouve en prise avec des préoccupations cinématographiques) remettant en situation des notions visuelles et sonores (titres Résurgences momentanées des sensations visuelles et Partition Haneke).
Dans le maillage sonore, une voix est prélevée, dominante un temps, le fond sonore interrompu, laissant clairement entendre la voix de narration, dans des coupes soudaines ou des légers décalages de bribes différées, répétées. Voix multiples : le chant, que l’on pourrait imaginer surgir d’un continent lointain (Asie ?) ou encore, voix chantées, souvent en langue anglaise, enfin une voix pouvant être celle de l’engagement, énumérant, dénonçant (« le capitalisme, l’obsession, la domination patriarcale etc… »).
Avec la voix de Sandra Moussempès alterne, se répondant et s’imbriquant, la voix américaine d’un récit de Kristin Prevallet (piste 4).
Le son convoque l’image dans son absence, « l’écran noir »(piste 5).
Le texte énoncé dit « la fonction de l’obscurité ».
La mise en abyme est ici celle conjointe des images et des sons « un homme regarde un film se sachant filmé ». Le récit entendu est celui évoquant une suite d’images (filmiques).
Les voix du récit, d’un réel, appellent les registres de l’imaginaire.
Echos et vibrations viennent altérer la clarté de la voix récitante soumise à des modulations de volume articulées sur la « rythmique répétitive » du texte.
Davantage que la partie sonore d’un texte, Beauty Sitcom s’apparente au travail d’une bande-son dans l’élaboration méticuleuse des strates sonores, la production de niveaux et décalages des éléments constitutifs, bande sonore appelant une bande-image autant filmique que mentale.
Voici une nouvelle création sonore de Yves Justamante. Les créations d’Yves Justamante appartiennent vraiment à la dimension de la poésie sonore au sens où, elles ne sont pas seulement des transpositions orales de textes écrits, mais que tout au contraire, leur intensité propre ne peut se constituer que selon la spatialisation sonore du texte, et le travail de composition. Je souligne cela, au vue de la confusion actuelle entretenue par une certaine mode de la lecture, faisant qu’un certain nombre de poètes, peuvent revendiquer l’expression de poésie sonore, alors qu’ils ne font que lire un texte, par exemple accompagné de musique. Arracher un texte de la page, pour reprendre l’expression de Bernard Heidsieck, c’est réfléchir aux intensités possibles d’un travail sonore de la langue. Comme cela s’est matérialisé d’emblée avec Bernard Heidsieck, ceci impliquant un certain usage de technologies.
Section Néant (musique : sylvain courtoux / paroles : jérôme bertin & sylvain courtoux). Enregistré à Black-Mesa, home-studios à Limoges pendant l’été 2006. personnel / jérôme bertin : voix / sylvain courtoux : voix, keys, ARP odyssee, samples, tapes / Lise Etcheverry : samples et tapes. Thanks to : The Fourth annual report________________________________________________________
