Libr-critique

31 octobre 2006

[Texte] Salons-nous de Franck Doyen

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — franck doyen @ 10:38

vous placez la tête au sommet du crâne et regardez défiler non sans une certaine appréhension voire même une appréhension certaine ce que vous laissez derrière vous et vos pas derrière le cul du train dont le bruit n’est pas sans rappeler celui des pales d’hélicoptère en langue chiapanèque des pylônes de bosquets d’arbres de longues étendues plates et vertes de longues femmes plates aussi mais ouvertes quelques flèches bleues quelques lignes blanches quand sur chaque paysage informe la moindre parcelle de blé porte une étiquette comme s’il s’agissait encore là et ici et maintenant de la nécessité de dire ou de montrer ou de se rendre pieds et poings mais faudrait pas exagérer tout de même que la furtivité des territoires est un jeu de l’esprit bien qu’elle prenne aisément le pas sur l’accumulation des différentes couches sédimentaires qui reposent pourtant sur un nombre assez considérable de concepts malgré lesquels notez aussi l’apparition de nouvelles drogues sur les campus et entre les barres d’immeubles vous semblez toujours prêt pour le combat malgré tout et malgré l’assaut qui se dessine et malgré cette guerre-ci qui pointe sous de bonnes résolutions intenables et vous penseriez un jour avoir de la place dans votre vie d’écritures pour l’intervalle mais pour l’instant juste retrouver les cadavres de petits oiseaux saignants et de combattants et de footballeurs se mangeant les genoux sans escale et vers leur propre affranchissement

vous placez la tête au sommet du crâne et situez bien tout cela et pourtant n’avez fait aucune réserve ni vivre + ni munition + ni cahier + ni crayon vous sentez bien devant cette lente descente vers le chaos sentez bien tout cela arrive et se place et s’informe et se déplace et si besoin se cale le long des grands murs blancs avec de la brume dans le fond une brume qui erre entre les livres autrement appelés revues jonchant de petites tables blanches et qui tendent si bien à dissimuler si mal les grands débats internationaux sur les sanctions applicables aux petits pays sur la défensive

vous placez la tête au sommet du crâne bien que vous sachiez pertinemment tout cela bonne bien bonne rigolade autour d’un verre ou deux (morgon + cacahouètes + chips + olives) bien que vous sachiez avoir la tête plus dans les talons plus entre les doigts de pieds que derrière la table ou assis sur une chaise ou derrière un micro ou entre les jambes d’une femme

ous placez la tête au sommet du crâne vous qui résistiez si bien à la tentation vous qui regardiez les visages et les corps maniabilité des extrémités avant et après l’heure de l’apéro + agencement des cheveux en contre-point des pieds + balancement outrancier ou non des hanches + situation des jambes au moment juste où la conversation glisse lentement vers le scabreux comme s’il fallait s’y reconnaître et s’il fallait s’y reconnaître alors on pourrait construire tout un tas de relations belles très très et qui permettraient un quelque chose d’extraordinaire un quelque chose de formidable et de fort un font uni et de libertaire et de communautaire un quelque chose peut-être tiens oui de l’ordre de l’écrire dans l’écriture sous les grands arbres il s’agirait alors de nous sauver et de sauver ce qui peut l’être avant que tout spectacle nous prenne à savoir que chaque chose dite ou lue ou dite et lue chaque signe chaque image chaque bruissement de lèvres nous spectaculent mais oui mademoiselle monsieur nous spectaculent mais sans la douceur et l’humidité nécessaires à ces longues promenades en automne et en forêt

4 septembre 2006

[texte] Demain je meurs, Christian Prigent

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 10:22

Ce texte est un extrait de DEMAIN JE MEURS, à paraître aux éditions POL, en janvier 2007. Christian Prigent nous a fait l’amitié de nous en donner le début. Il avait lu, lors de la manifestation Généalogi-Z 2.0 en décembre 2005 un autre extrait [prochainement en vidéo].

« Aïe zut, djà la rouscaille : ça grommelle ronchon derrière du papier peint. En gros c’est comme d’hab : jour démarre grincheux côté parentèle. D’où : crispation des masticatoires et régurgité de goût dégueulasse dans les glandes de bouche. Question : la geinte vient des placards ou du lieu d’aisance ? Cherche pas à savoir : ça mettrait du noir dans l’aube qu’était claire au saut de ton lit, toi qui prévoyais randonnée cycliste parmi la nature avec la trempette en iode chez les crabes au bout du parcours. Puis la sieste en long parmi les galets et le tressauté des puces de sable pour cuire les boutons qui te grattent le lard et bronzer ta couenne. »[lire la suite] .

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