Des dadaïstes à Christian Prigent, en passant par Denis Roche, les (re)mises en question(s) de la poésie et du microcosme poétique n’ont pas manqué. Dans À quoi bon encore des poètes ? (P.O.L, 1996), Christian Prigent va jusqu’à parler de “corporation”, laquelle “souffre d’un double complexe : un de supériorité (la roborative vanité d’être affairé à polir la perle des pensées au cœur d’un monde mercantile et histrionesque) ; et un d’infériorité : le sombre sentiment d’une déchéance, d’une clochardisation intellectuelle, d’un tournis en rond dans l’échange quasi inaudible des revues à cinquante lecteurs, des opuscules voués à la nécrophagie bibliophilique et des lectures accablantes d’ennui devant quelques amis venus à charge de revanche” (p. 49). Pour sa part, dans une lettre ouverte envoyée après huit mois de retrait silencieux, Mathieu Brosseau revient sur l’imposture qu’il y a aujourd’hui à se dire “poète” et souligne la sclérose qui frappe le milieu poétique. Parce que, loin de toute vaine polémique, le point de vue de celui qui a si souvent fait la Une de notre site s’articule à une expérience singulière et soulève de saines interrogations, Libr-critique se devait de le publier. Si l’on ne peut évidemment prétendre que la desillusio (Bourdieu) débouche infailliblement sur une vérité objective, cette sortie du jeu a au moins le mérite de favoriser une prise de position qui ne manque pas d’authenticité. /FT/