Libr-critique

26 décembre 2020

[Chronique] Wilfrid Rouff et Daniel Cabanis, PETITS PAINS & CONCATÉNATIONS, calendrier 2021, par Bruno Fern

PETITS PAINS & CONCATÉNATIONS, calendrier 2021, par Wilfrid Rouff et Daniel Cabanis. Pour tous renseignements et commandes (rencontre avec les auteurs le 9 janvier, de 15H à 19H, rue Darwin 75018 Paris) : site + mails [wilfrid.rouff@gmail.com] / [daniel.cabanis@wanadoo.fr]

 

Entre Daniel Cabanis, contre-producteur (sic), mais ayant pourtant déjà produit de nombreux textes, pense-bêtes idiots(re-sic) et autres bricoles, et Wilfrid Rouff, photographe et artiste conceptuel, existe une amitié faite de multiples collaborations depuis plus de quarante ans. « Rouff évoque Fluxus comme une vieille étagère et Cabanis est, par alliance, le neveu d’Oulipo et de la banalyse », écrit d’eux Pascal Letellier dans sa préface à ce qui est leur dernier ouvrage en commun, ce calendrier 2021 que l’on peut tout autant considérer comme un livre d’artiste.

Les 2496 photographies de Wilfrid Rouff sont celles d’objets banals mis en vente sur le net : globes terrestres, miroirs, chaises, boules, crucifix, poignées, échelles, etc. Pour chacun des douze mois, la même catégorie d’objet correspond à 192 petites photos disposées de façon à former un carré. Présentées ainsi, elles constituent autant de tableaux à l’unité hétéroclite où apparaît aussi bien une intimité, chaque d’objet dit d’occasion étant marqué par un usage personnel, qu’une dépersonnalisation, le déferlement marchand mondialisé générant uniformisation et donc anonymat.

À ces images Daniel Cabanis répond avec pertinence par douze textes construits selon le principe du dorica castra, c’est-à-dire celui ayant notamment engendré la fameuse comptine Trois p’tits chats, textes qui commencent tous par « J’ai… [des boules, des miroirs, etc.] ». C’est ainsi qu’il parvient à créer à son tour un univers où s’entrelacent un fond commun mêlant références savantes et populaires à travers un discours qui relève avant tout du non-sens par la logique strictement sonore du protocole choisi. Cela dit, le lecteur ne peut pas s’empêcher de rechercher une cohérence dans certains enchaînements, même si elle n’exclut heureusement pas la cocasserie – échantillons : « tant va la cruche à l’eau alopécie galopante pente glissante » ; « quartiers de noblesse blessures par balles Bal tragique à Colombey on baisse les bras » ; « serrons-nous la main maintenant ou jamais ah mais non nonobstant stand-by » ; « ouh là là Allah est grand Grandeur et Décadence danse du ventre »  Bref, on tient là une Å“uvre qui reflète à sa manière ce mélange d’ordonnancement et de foutoir que charrie dans nos vies la succession des jours.

5 octobre 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art (6/6)

Le dernier post de cette série l’avant-veille de la soirée « Poésie et humour », où vous aurez l’occasion de voir-écouter l’incorrigible Daniel Cabanis… [Lire/voir le cinquième volet de la série]

Exposé / 6

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : MLU23T).

L’exposition des Grandes Fourmilières de Teg Droussa à la galerie Deborson remonte à quelques six mois. Dick est un fin connaisseur de la psychologie des collectionneurs (peur, frime, analité, jalousie, conformisme) : il savait qu’il ne leur vendrait rien cette fois-là mais que ces mous du genou reviendraient plus tard vers lui avec un fort sentiment de culpabilité et qu’ils se montreraient alors prêts à payer au prix fort n’importe quelle fourmilière. La stratégie de la patience convient au marchand (Dick a d’autres revenus, opaques ; d’ailleurs, sa galerie est également réputée comme blanchisserie), l’artiste, lui, n’a pas ce confort-là et tandis qu’il attend d’hypothétiques ventes, il a le sentiment de faire les frais de la patience tranquille du galeriste. Et il n’a pas tort : on sait bien lequel est le parasite de l’autre. C’est dit. Voyons la suite des événements. À dix jours de la fin de l’expo, la galerie Deborson a été cambriolée. Oui ! Par des pros. La porte a été e-décodée, alarmes et détecteurs de présence neutralisés. Toutes les fourmilières ont été volées. Et rien qu’elles ! Bizarre. Inquiétant. Dick, sonné, répète en boucle Je comprends pas, je comprends pas. Nell, son assistante, elle est aussi déboussolée. Faut être un malade pour voler une fourmilière ! dit-elle. Un grand malade, sûrement. Je suppose qu’un acheteur cash lui aurait paru plus raisonnable (ce qui se discute). Il y a dépôt de plainte, enquête, expertise ; tout le tralala. Et Teg Droussa joue au con avec la police. Ce vol est une aubaine, dit-il ; je vais être dédommagé ! Une arnaque aux assurances ? Non. Je connais bien Teg : un artiste intéressant (si l’on veut), mais il n’a pas le profil d’un cerveau. Bon. Un mois après le vol, Dick reçoit la lettre de revendication d’un mystérieux Collectif de Lutte contre les Violences faites aux Fourmis. Des rigolos ! dit la police. Teg jubile.

24 septembre 2020

[News] Poésie et humour d’aujourd’hui à la Maison de la poésie Paris

Maison de la poésie Paris, Poésie et humour d’aujourd’hui, Rencontre & lecture/performance poétique organisée par Remue.net, mercredi 07 octobre à 20H: Rencontre avec Daniel Cabanis & Tristan Felix, animée par Fabrice Thumerel. [Réserver]

Du haut de son piédestal, la Poésie a durant des siècles donné dans le sublime et la célébration. Une fois désacralisée au XXe siècle, place à l’Umour surréaliste et au carnavalesque…

Aujourd’hui, quels poètes pour succéder à Prévert ou Queneau ? Quels types d’humour ? Des noms viennent à l’esprit : Jean-Pierre Bobillot, Jean-Michel Espitallier, Bruno Fern, Christian Prigent, Jean-Pierre Verheggen…

Et aussi ceux qu’on aura le plaisir de voir/écouter en cette soirée : pour ceux qui pourront venir, quelle veine de goûter le bon grain de l’ivresse (Tangor), d’assister à des dérapages incontrôlés et de se laisser emporter par des langues imaginaires !
Allez, quelques indiscrétions pour les Libr-lecteurs : sur scène, l’extraordinaire Tristan Felix effectuera une levée des ombres tragi-farcesques, vous proposera un très singulier rêve sonore et une lecture de contelets d’Ovaine la Saga… Quant à l’incorrigible Daniel CABANIS, il vous invitera au BUREAU 9 / PLAINTES IRRECEVABLES et vous emmènera dans une OPTIQUE DE LA FUITE EN AVANT…


Daniel Cabanis
a publié des textes seuls ou des ensembles images + textes dans de nombreuses revues papier ou en ligne. Et aussi des pense-bêtes idiots et autres bricoles dans divers blogs hospitaliers. Il a également été (hélas) Le Corbo de ventscontrairse.net, la revue du Théâtre du Rond-Point où sa pièce Trente-six nulles de salon a été montée et jouée par Jacques Bonnaffé, avec Olivier Saladin. En dehors de ça, il n’a pas froid aux genoux, mange de ce pain-là, et ne vit pas reclus dans un bled paumé des Cévennes. Enfin, il a été qualifié d’écrivain sterno-swiftien par l’éminent critique Marcel Navas, ce qui n’est pas très sérieux.
On pourra (re)découvrir les nombreuses séries qu’il a proposées à LIBR-CRITIQUE – dont « Essor de la fourmilière d’art », la dernière.

Poète polyphrène et polymorphe, Tristan Felix décline la poésie sur tous les fronts. Elle a publié en vers comme en prose une vingtaine de recueils, chroniques et, pendant douze ans, a codirigé avec Philippe Blondeau La Passe, une revue des langues poétiques, laquelle, ensauvagée depuis 2017, renaît en live au Salon de la Revue à Paris sous forme de livres d’artistes. Elle est aussi dessinatrice, photographe, marionnettiste (Le Petit Théâtre des Pendus), conteuse en langues imaginaires et clown trash (Gove de Crustace). Vient de paraître Tangor chez PhB éditions : « Livre à merveille(s) – opéra, verbe de chair –, où chante entre les signes d’une langue, en forme de danse sans fin… » (Dominique Preschez).

6 septembre 2020

[News] News du dimanche

En ces semaines de reprise, osons vivre et faire vivre des moments créatifs intenses : quelques RV à Paris et Marseille pour des événements prometteurs…

 

► Centre international de poésie Marseille (2 rue de la Charité, 13002 Marseille), Exposition du 11 septembre au 20 décembre 2020 : Giovanni Fontana – Epigenetic Poetry

Ouverture publique vendredi 11 septembre à partir de 14h00. Performance inaugurale vendredi 11 et samedi 12 septembre à 17h30.

Dans le cadre des Parallèles du Sud de Manifesta 13.

Exposition coréalisée par la Fondation Bonotto, Alphabetville et le Cipm avec le soutien de l’Italian Council (7e édition 2019), programme de promotion de l’art contemporain italien dans le monde de la Direzione Generale Creatività Contemporanea du Ministero per i Beni e le Attività Culturali e per il Turismo.

Sur une proposition de Julien Blaine. Commissaire : Patrizio Peterlini, directeur de la Fondation Bonotto.

► 

 

► RV à la Librairie Charybde (81, rue du Charolais 75012 Paris) le jeudi 17 septembre à 19H30 :

 

â–º Samedi 19 septembre 2020 de 11h30 à 23h, dans le cadre du festival Extra! – Le festival de la littérature vivante
Découvrez toute la programmation de l’événement ici : http://bit.ly/CP_JohnGiornoPoetryday
► Pour rendre hommage au poète John Giorno (1936-2019) un an après sa disparition, et pour célébrer à travers lui la création poétique sous toutes ses formes, le Centre Pompidou s’associe à d’autres lieux de la scène poétique pour proposer THE JOHN GIORNO POETRY DAY toute la journée du samedi 19 septembre (programme conçu par Anne-James Chaton et Jean-Michel Espitallier).
► Cet hommage aura lieu sous forme de lectures performées dans les lieux (certains retransmis en direct sur Internet), et réunira des artistes, des poètes proches de John Giorno, des historiens d’art et de la littérature, ainsi que d’autres invités issus d’une plus jeune génération marquée par l’œuvre et la vie de John Giorno.

 

â–º Maison de la poésie Paris, Poésie et humour d’aujourd’hui, Rencontre & lecture/performance poétique organisée par Remue.net, mercredi 07 octobre à 20H : Rencontre avec Daniel Cabanis & Tristan Felix, animée par Fabrice Thumerel. [Réserver]

Du haut de son piédestal, la Poésie a durant des siècles donné dans le sublime et la célébration. Une fois désacralisée au XXe siècle, place à l’Umour surréaliste et au carnavalesque…

Aujourd’hui, quels poètes pour succéder à Prévert ou Queneau ? Quels types d’humour ? Des noms viennent à l’esprit : Jean-Pierre Bobillot, Jean-Michel Espitallier, Bruno Fern, Christian Prigent, Jean-Pierre Verheggen…

Et aussi ceux qu’on aura le plaisir de voir/écouter en cette soirée : pour ceux qui pourront venir, quelle veine d’assister à des dérapages incontrôlés et de se laisser emporter par des langues imaginaires !
Allez, quelques indiscrétions pour les Libr-lecteurs : sur scène, l’extraordinaire Tristan Felix effectuera une levée des ombres tragi-farcesques, vous proposera un très singulier rêve sonore et une lecture de contelets d’Ovaine la Saga… Quant à l’incorrigible Daniel CABANIS, il vous invitera au BUREAU 9 / PLAINTES IRRECEVABLES et vous emmènera dans une OPTIQUE DE LA FUITE EN AVANT…


Daniel Cabanis
a publié des textes seuls ou des ensembles images + textes dans de nombreuses revues papier ou en ligne. Et aussi des pense-bêtes idiots et autres bricoles dans divers blogs hospitaliers. Il a également été (hélas) Le Corbo de ventscontrairse.net, la revue du Théâtre du Rond-Point où sa pièce Trente-six nulles de salon a été montée et jouée par Jacques Bonnaffé, avec Olivier Saladin. En dehors de ça, il n’a pas froid aux genoux, mange de ce pain-là, et ne vit pas reclus dans un bled paumé des Cévennes. Enfin, il a été qualifié d’écrivain sterno-swiftien par l’éminent critique Marcel Navas, ce qui n’est pas très

sérieux.

Poète polyphrène et polymorphe, Tristan Felix décline la poésie sur tous les fronts. Elle a publié en vers comme en prose une vingtaine de recueils, chroniques et, pendant douze ans, a codirigé avec Philippe Blondeau La Passe, une revue des langues poétiques, laquelle, ensauvagée depuis 2017, renaît en live au Salon de la Revue à Paris sous forme de livres d’artistes. Elle est aussi dessinatrice, photographe, marionnettiste (Le Petit Théâtre des Pendus), conteuse en langues imaginaires et clown trash (Gove de Crustace).

 

9 juillet 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art (5/6)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 20:52

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » du 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (elle sera reportée à l’automne prochain). [Lire/voir le quatrième volet de la série]

Exposé / 5

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : BUW49L).

 

Les artistes fraîchement sortis des écoles d’art ou d’ailleurs sont très hésitants quant à l’orientation à donner à leur début de carrière ; ils veulent taper un grand coup mais la crainte de se griller avec des propositions alambiquées ou des outrances irrecevables les tétanise. Finalement, seuls les dingues et les insolents osent casser les codes et réussissent à intéresser. Bien sûr, cela ne suffit pas ; ensuite il faut durer. Il y a environ deux ans, trois au plus, les Dassenbach, Mag et Walter, à l’époque deux parfaits inconnus, se sont imposés avec des vidéos pornos amateur qui, à première vue, étaient nullissimes mais ont été réévaluées en deuxième lecture (!) et cette fois jugées dignes d’éloges. Que s’était-il passé entre temps ? Simple : on a appris que les Dassenbach n’étaient pas le couple d’artistes crétins qu’on avait cru mais un duo frère/sœur incestueux bravant la loi et le tabou, ce qui modifiait en bien la perception de leurs vidéos. Ainsi, la critique d’art éclairée que leurs piteux coïts avaient navrée les a trouvés à la réflexion, je cite : extrêmement forts et percutants. Eh oui, le ragout était le même mais son fumet avait changé. Dans un milieu toujours prêt à saliver son os, et où la moindre transgression force le respect, voilà donc l’inceste en valeur esthétique ajoutée. Bien. Très bien. Je m’incline. Et/ou le con de ma sœur est un film-phare. Au moins une balise. L’ai revu hier soir et j’ai enchaîné avec Tu seras une lopette, Walter. Sacrée soirée. Pas sorti indemne. Du grand art. Maintenant, peuvent-ils aller plus loin, les petits génies ? Je crois que oui. Qu’ils enculent père et mère, au nom de l’art ! Salauds de parents : tant pis s’il faut les violer. Allons-y ! Ça va être du grandiose. Et qu’ils se chient dessus pendant qu’ils y sont. Bien. Finissons-en avec ce néo-porno consanguin : une plaisanterie. Et revenons à nos fourmilières.

 

7 juin 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art (4/6)

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » le 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir le troisième volet de la série]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART

Exposé / 4

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : EZS71M).

Il est rare que l’art tue. Oui, je sais : quelques peintres à la peine se sont bel et bien suicidés, mais je pense ici aux victimes de l’art par accident. Voici deux ou trois cas remarquables dans le domaine de la sculpture : Mlle Jantot écrasée par un bronze de Maillol, M. Brett décapité par une machine de Tinguely devenue folle, Mme Sawours net coupée en deux par une plaque d’acier Corten de Richard Serra. Sur ces faits divers macabres, la presse d’art s’est tue. Délicatesse ? Non, éthique : pendant le drame le marché continue. Mardi dernier (ou plutôt lundi, non c’était bien mardi), j’assistais aux obsèques de Guy Fascari, un ami (et un bon client). En général, j’évite de perdre mon temps aux enterrements des autres mais LÀ, étant donné Marta, sa veuve également une amie, et même plus, je me suis senti obligé. D’ailleurs, cette cérémonie minimaliste a été si vite expédiée qu’au bout du compte, il eût été plus coûteux de mentir une excuse que de faire le déplacement. Donc j’y étais. Et à la fin, planté là, j’attendais pour partir avec elle que Marta se délivre d’une dizaine de faiseurs de condoléances qui l’accaparaient. Et ça durait. Ces pleurnicheurs, ils ne la lâchaient pas. J’ai fini par me tirer. En sortant du cimetière, un inconnu m’a interpelé, se disant enquêteur de police et désireux de me poser quelques questions. Pas l’temps, j’ai dit. Il a insisté. Ce fouille-merde en savait long sur mes activités d’agent d’art. Il a dit que la fourmilière que j’avais vendue à Guy Fascari était peuplée de fourmis tueuses du Brésil et que je pourrais bien être responsable de sa mort. Vicieux, le type. Monsieur, j’ai dit, le défunt était un grand cardiaque. Seul chez lui, il a succombé à une crise. En dix jours, les fourmis l’ont entièrement nettoyé : il n’en est resté que le squelette. C’est cruel. Merci de respecter la douleur de sa femme. Et des amis.

 

8 mai 2020

[Texte] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art (3/6)

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » le 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir le deuxième volet de la série]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART
Exposé / 3

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : VNO93G).

Le désir est compliqué d’avoir chez soi une fourmilière d’art, par le fait qu’on n’y vit pas toujours seul. Il y a les autres, quand il y en a : conjoint, enfants en bas âge, ados dépressifs, chien, chat, perroquet, vieille mère à demeure, amis incrustés, etc. Cette complication peut aller jusqu’à l’empêchement. Dans les cas extrêmes, elle conduit au crime. Imposer à sa famille (même grandement logée) une soudaine cohabitation avec une colonie de fourmis ne va pas de soi ; cela crée une situation anxiogène : l’épouse menace divorce, la fille aînée fait sa phobie, le cadet une jaunisse, le clebs a la rage, et vieille-maman, elle aussi effarée, succombe à une apoplexie. Quel prix est-on prêt à payer pour que triomphe le primat de l’art sur le domestique ? Et a contrario pour qu’il ne triomphe pas ? Le mercredi suivant (suivant quoi, j’ai déjà OUBLIÉ), je reçois Mme Juliett Garty en consultation. Elle me déballe en vrac ses difficultés avec son mec (sic) qui depuis quelques temps, dit-elle, se pique d’art contemporain comme un con alors qu’il n’y connaît rien. Et vous ? je demande. Quoi moi ? Vous êtes connaisseuse ? Sûrement pas ! Alors, comment pouvez-vous en juger pour lui ? S’il avait étudié l’art, je le saurais. Il a étudié quoi ? Régis est joueur de poker professionnel ; il s’est fait laver la tête par un galeriste à mon avis homo qui lui a fourgué une fourmilière, faut voir à quel prix ! Une fourmilière, que voulez-vous dire ? D’art, la fourmilière, soi-disant ; en fait, une fourmilière vivante déposée au salon, qui grouille et envahit toute ma maison que j’en suis malade. Mme Garty, l’art n’a-t-il pas vocation à déranger l’ordre établi des choses ? Mais une fourmilière, c’est pas de l’art ! Et pourquoi pas ? Bref, Juliette reste enfermée dans ses préjugés petits-bourgeois. Elle se sent trahie. Je la sens prête à écorcher vif son mari amateur d’art.

 

21 avril 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art 2/6

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » prévue demain 22 avril à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir le premier volet de la série]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART

Exposé / 2

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : DFE56X).

En France, on peut voir de belles fourmilières chez Dick Deborson ou chez Browne & Khalassian, deux galeries réputées audacieuses, leurs prix également. Rares sont donc les collectionneurs privés qui s’y risquent ; quant aux acheteurs institutionnels, lents etfrileux par nature, ils n’y pensent même pas. Le marché serait-il morose ? Pour les fourmilières, oui c’est difficile, reconnaît Irène Khalassian, mais on peut attendre, Browne a les reins solides. Le rein ! précise-t-elle. Et d’éclater de rire : le fait est connu dans le milieu que Browne n’a qu’un rein (il se raconte que, jeune homme pauvre, il aurait vendu l’autre 160 000 $ à un trafiquant d’organes pour payer ses études de droit et d’histoire de l’art : pittoresque, mais douteux). On sait aussi qu’Irène a épousé en secret son associé (lequel aurait été foudroyé en découvrant, tatoué pour lui sur le pubis épilé de la galeriste, le n° de son compte perso dans une banque suisse !). Mais laissons là ces contes plaisants. De quoi causait-on, déjà ? Ah oui, les fourmilières. Donc, elles ne se vendent pas ? Les Américains et les Allemands ne sont pas réceptifs pour le moment, dit Irène. Peut-être les Japonais ? je demande. Irène sourit (elle doit me trouver particulièrement con). Long silence. Il y a des choses qui se vendent, et d’autres pas, finit-elle par dire. Sans doute. Mais la voilà avec ses fourmilières sur les bras. J’essaie de savoir si les mots art écologique lui parlent et je ne réussis qu’à l’agacer davantage. L’art est une pollution, lâche-t-elle ; une pollution ! Bon sang, c’est évident. Je n’y avais jamais pensé sous cet angle. Et Rainer Browne fait irruption dans la galerie, suivi d’un grand blond vêtu tout cuir, genre SM. C’est Per Bodendorf, dit Browne, un jeune artiste danois sentimentaliste ; il fait des pit-bulls en peluche : notre prochaine exposition ! Grrrrr, fait Per. Irène rit.

13 avril 2020

[News] Libr-News

L’interdiction de tout événement in vivo n’empêche pas les RV intéressants, et même galvanise la créativité des acteurs de l’espace culturel : en témoignent nos Libr-brèves… Ensuite, nos rubriques « Libr-ludique » et « Mots-croisés insolubles » (Marcel Navas)…

Libr-brèves

â–º Sur le site de Poema, découvrez « In situ », avec chaque semaine un écrivain à l’honneur : après Christophe Manon, Anne-James Chaton…

â–º Quelques liens pour d’infinies lectures confinées : L’autofictif de CHEVILLARD abrite également un Journal de confinement, Sine die, chronique du confinement (à ce jour, 24 livraisons, en plus d’une « Lettre de Prosper Brouillon ») ; l’atelier ouvert de Joachim Séné, avec plus de 1 100 textes (« Journal éclaté », « Nuits », etc.) ; le blog de Christophe Grossi,  parmi ses Déboîtements, vous propose un « VITAL JOURNAL VIRAL » (pour l’instant, du 15 mars au 11 avril 2020)…

â–º Le dernier numéro de La Vie manifeste, « Comment s’en sortir sans sortir ? » – dont le titre est à la fois un clin d’Å“il à Ghérasim Luca et à un slogan actuel –, vous propose dix Objets poétiques critiques montés et mixés par Emmanuel Moreira : un journal de confinement débouche sur un univers carcéral… une liste de to-do/not to do… De la confrontation des pratiques du pouvoir en France, en Italie, en Russie, en Israël, ou encore aux USA, résulte la constatation que l’état libéral-sécuritaire est devenu la norme occidentale, la lutte contre le covid-19 ayant succédé à la lutte contre le terrorisme… la prosopopée coronarienne permet une diatribe contre la mondialisation… On y trouve encore un montage de voix critique, des chansons, avec en particulier deux détournements (une comptine et le Chant des partisans)… Bref, dans la position de son choix, vite on écoute…

â–º Évidemment, si vous tapez le nom de ce lieu, même correctement orthographié en deux mots, vous allez immanquablement tomber sur des pratiques agréables certes, mais qui n’ont rien à voir… Or, ce serait bien dommage, car il y a à voir et à écouter dans cette nouvelle revue lancée par six femmes créatrices (Brigitte Baumié, Béatrice Brérot, Flora Moricet, Madeleine Pénigaud, Fanny Riou aka Farhann et Esther Salmona) : « Curieuse de toutes tentatives littéraires pour faire bouger ces lignes, cunni lingus, est une revue poétique, queer et féministe pour laquelle le corps, la langue, la poésie émettent des messages éminemment politiques que personne ne peut ignorer ». Cette phrase est extraite d’un manifeste, pratique poétique qui revient peu à peu – qu’on se doit de lire.

Du masculin et du féminin, donc, mais plus largement : de la multiplicité et de l’inventivité du vivant… Du point de vue poétique, biologique et linguistique. N’oubliez pas d’écouter les textes de Gertrude Stein, Virginia Woolf et Béatrice Brérot.

« Mais que font le genre et la langue à la poésie ? »Â â€“ oui !

Libr-ludique…

â–º Devinette proposée par notre contributeur Daniel Corona – dont la série « Essor de la fourmilière d’art » va se poursuivre jusqu’en mai.

Mis à l’isolement forcé pour cause d’épidémie, ce roi est devenu fou… il s’agit de
1 – Louis II de Bavière
2 – King Lear de Stratford sur Avon
3 – Marcel 1er de Navacelles

â–º Patrick Beurard-Valdoye recommande ces deux modèles de masques pour courses en grandes surfaces, en cas de pénurie en pharmacies, et dans l’attente de la réouverture des cabarets. [© Marcel Janco]

 

Marcel Navas, MOTS CROISÉS INSOLUBLES

Problème n° 3

Horizontalement

  1. On ne les verra pas davantage si on les prie d’aller se faire voir ailleurs. – II. Grand-père soi-disant fondateur de la maison mère. Divertissement qui a surtout la valeur d’un avertissement. – III. Liste des commissions. Commissures des lèvres. N’a pas pris une ride. – IV. Objet d’usage courant qui pourtant ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. – V. Il ne perd pas son temps mais il ne le donne pas non plus. Liaison capitale. – VI. Même coupé, la barbe ! Dès lors qu’il fait souche, il n’est plus tout à fait un homme-tronc. Bas morceau du cochon. – VII. S’il n’était pas tombé de la dernière pluie, il ne se serait pas évaporé comme ça dans la nature. – VIII. Sa laideur ne l’a pas empêché de finir en beauté. – IX. Propos de table qui ressemblent à des salades d’avocats. – X. Il ne faut pas manquer d’air pour penser à y faire son trou. Chemin de croix de la couturière. – XI. Une fois qu’ils ont la bague au doigt ils perdent la tête et s’en est fini pour eux de la belle vie. Espéranto des bovidés. – XII. Même gâteux, il est encore capable de créer la surprise.

Verticalement

  1. Elles rongent leurs freins dans des goulots d’étranglement. – 2. Grand amateur de professionnelles. Produit du soulagement. – 3. Elle prétend souvent qu’elle n’est pas cuite mais elle est rarement crue. Conquête spéciale. – 4. Auteur de romans policés. Il n’a rien dans le crâne mais se permet quand même de faire front. – 5. Vieux sacs où le tapissier garde ses semences. – 6. Rend fiévreux les chercheurs. Quand on ne l’a pas sur les bras, on l’a dans le dos et ce n’est pas mieux. Début d’un amour fou. – 7. Pas réputées pour se serrer la ceinture de chasteté, au contraire. Spécialiste en généralités. – 8. Poussé à la roue. À peu près aussi utile qu’un gynécologue chez les anges. – 9. Brillant sujet. Il faut qu’ils prennent des gants mais sûrement pas des moufles. – 10. Éclaire les égarés de jour comme de nuit. Il n’a jamais assommé personne en dehors de ses heures de service. – 11. Il faut les multiplier pour aboutir à une conclusion. – 12. Il a compétence pour chapeauter les manÅ“uvres du général hiver. Vin de kermesse.

10 avril 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art 1/6

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » prévue le 22 avril à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir la dernière création de Daniel Cabanis sur LIBR-CRITIQUE]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART

Exposé / 1

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : AKL32R).

Rien ne distingue une fourmilière d’art d’une fourmilière ordinaire, si ce n’est le prix. L’ordinaire ne vaut rien (ou juste les frais). Celle d’art est beaucoup plus chère. Le lendemain (le lendemain de quoi, je ne sais plus), j’en parle avec Mme Jaks qui aimerait acquérir une œuvre d’art contemporain, une sculpture de préférence. Elle ne sait pas ce qu’elle veut, de quoi il retourne, tenants et aboutissants : elle n’y connaît rien et me fait confiance. S’il faut, je te paierai pour ça, me dit-elle. Je suis surpris et déstabilisé. Pourquoi, brusquement, se met-elle à me tutoyer ? Ai-je couché dans son lit la nuit dernière, et si oui, avec elle ? Où étais-je hier soir ? Brouillard. Aucun souvenir. Mais, sûr : je ne suis pas son neveu ni son valet de chambre sympa. Donc, admettons qu’elle m’ait violé. C’est-à-dire : d’abord soutenu, soigné puis requinqué après une terrible biture, et ensuite seulement abusé en douceur, avec force tutoiements murmurés. Gentil, tout ça. Est-ce crédible ? Eh oui : c’est bien ainsi que parfois les familiarités commencent entre gens soi-disant bien élevés. On y voit plus clair à présent. Oui. Un peu. Passons sur les ombres. Quand même, quelle nuit ! Maintenant, Mme Jackline Jaks (un double coup de fouet, son nom, qui m’impressionne) ; bref, elle va et vient dans le vaste salon de sa belle demeure. Elle médite, jauge l’espace disponible, modifie en pensée la disposition des meubles. J’allume une Nième cigarette. Enfin, pointant du doigt le centre exact de la pièce, elle dit : Là, au beau milieu, c’est la meilleure place, non ; qu’en dis-tu, idiot ? C’est l’endroit idéal, je dis ; car ce n’est pas le moment de chipoter. Sur ce arrive un grand type en combinaison d’apiculteur : M. John Jaks, le mari. Pour la fourmilière d’art, dit-il, ça me va, je suis pour, tu nous diras ton prix. Tiens, il me tutoie lui aussi ! Vas-y John, te gêne pas.

1 janvier 2020

[NEWS] Libr-2020

Libr-critique commence 2020 par un vÅ“u singulier suivi d’un montage de Patrick BEURARD-VALDOYE : façon d’osciller entre comique et tragique… Et les premiers RV de l’année : à lire / voir / écouter…

Patrick BEURARD-VALDOYE : Passage en douce…

Libr-rétrospective 2019 (1)

► Hommages : à P.O.L ; à Emmanuel Hocquard ; à Antoine Émaz.

â–º Entretien : avec Jean-Charles Massera (1 – qui approche des 6 000 vues – et 2/2).

â–º Libr-événement : « Traces de langage : poésie numérique » (avec Philippe Boisnard et Jacques Donguy à la Maison de la poésie Paris).

â–º Création : Daniel Cabanis, « Réhabilitation des usines à gaz ».

► Chroniques : Patrick Beurard-Valdoye, Cycle des exils ; Christophe Manon, Pâture de vent ; Benoît Casas, Prévisions

LC recommande début 2020…

La nouvelle Délie pour que l’année ne se délite : Emmanuel Tugny crée un mélange détonant musique médiévale/rock, avec des textes lus par Christian Prigent, qui rend à sa façon un nouveau Salut aux Anciens [Inouïe diffusion]…

► Pierre CHOPINAUD, Enfant de perdition, P.O.L, à paraître le 3 janvier 2020, 576 pages, 24,90 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, Bordeaux, à paraître le 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €.

► Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, en librairie le 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €.

â–º Jean-Claude PINSON : en février, essai sur Pierre Michon chez Fario ; en mars, Pastoral aux éditions Champ Vallon…

Prochains Libr-événements :

► 

► En résonance au spectacle L’Animal imaginaire de Valère Novarina : EXPOSITION DES OEUVRES DE VALERE NOVARINA, du mardi 14 janvier au dimanche 9 février 2020, la Chapelle du Quartier-Haut, Sète
Entrée libre, du lundi au dimanche, de 11h à 18h

Vernissage le jeudi 16 janvier 2020, 18h30

Mais que font donc les figures qui peuplent par milliers l’oeuvre immense de Valère Novarina ? Dans les livres comme sur les scènes, elles entrent, elles parlent, se nomment les unes les autres, elles pensent, elles sortent. Parfois elles dansent. Dans les dessins, rendues visibles par le geste élémentaire de la main, éclairées par les flashes de l’imagination dont elles proviennent et qui les sort un instant du vide où elles vivent, elles émerveillent par l’exceptionnelle liberté dont elles témoignent.

Représentations de L’Animal imaginaire au Théâtre Molière – Sète : Mardi 14 janvier, 20h30 + Mercredi 15 janvier, 19h

4 septembre 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz 6/6

Terminons cette série par une livraison irrésistible… [Lire/voir Projet n° 5]

Projet n° 6

L’USINE D’IVRY SUR SEINE VA DEVENIR UN ÉROS-CENTER MUNICIPAL

Je suis contre. On avait la pollution sous nos fenêtres, on aura le viceà tous les étages. Quel intérêt ? Je ne vois pas le gain. Pour personne. Dans l’affaire, il n’y aura que des perdants. Je pense en particulier aux catholiques asthmatiques (ils sont minoritaires par ici mais il n’y a pas de raison de négliger les groupuscules) ; eh bien, les asthmatiques : une pollution chasse l’autre, etl’indignation aidant, ils ne cesseront pas de suffoquer. Certains, jusqu’à leur dernier souffle. Et pfuit. Ces victimes collatérales échapperont, il est vrai, aux ravages des MST : une maigre consolation. Un soir, après une réunion publique, j’ai eu l’occasion de dire au maire, en aparté, mon opposition à ses projets bordéliques et le sentiment de hontequ’ils m’inspiraient. Il a eu l’air étonné. Tu serais pas catho ? me dit-il. Non : athée intégriste, je réponds. Ça me rassure, dit-il. Et il me récite un interminable blabla sur les bienfaits à son avisdu sexe municipal. Tu comprends, conclut-il, c’en sera enfin fini de la misère sexuelle localemais pas seulement, ça va attirer les Parisiens et aussi les touristes, des millions de touristes ; eh oui, crois-moi, Pigalle, c’est mort ! Suis atterré. Ce maire de choc paraît si sûr de son nouveau credo : prostitution industrielle, certes, maissociale. Pas d’abattage, ni d’heures sup imposées. Un syndicat maison ; CE, tickets-restaurant, 6esemaine de congés payés. Mazette ! Il délire l’élu.  Et le client aussiest soigné : tarifs indexés sur le quotient familial ; CB acceptée ; gratuit pour les étudiants, les chômeurs, les seniors. Ah, le bougre ! Il a pensé à tout. Toi, sexuellement, t’en es où ? me lance-t-il in fine. Point mort, j’avoue ; zéro érec. Bien, dit-il. On va recruter des vigiles, ça te dirait ?

1 août 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (5/6)

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C’est vraiment folie en cette fin de série – avec toujours un graphisme épatant… [Lire/voir le Projet n°4]

Projet n° 5

L’USINE DE PANTIN SERA RECONVERTIE EN HÔPITAL PSYCHIATRIQUE

Je n’y crois pas. Un revirement complet. Pendant des années, on nous a bassinés avec un projet d’orphelinat international, et maintenant tout serait changé ? Pourquoi ? Je déteste les orphelins. Ils sont mal élevés, vicieux, fourbes, sans hygiène (pleins de pellicules et d’eczéma), mais je m’étais fait à l’idée d’avoir à supporter leur présence parmi nous, au parc, à la piscine, à la bibliothèque le cas échéant — si ça les amuse. Il n’y aura dans le lot ni polios ni lépreux avait dit Mme Lacx, directrice des services sociaux ; pas de Russes, au pire quelques irradiés Japonais inoffensifs. Ah, voilà du clair ! Ça m’avait plu, ce ton, cette assurance. Elle connaît son affaire, la directrice ! MAIS quand j’ai demandé (pour rire) si l’adoption de deux ou trois de ces gentils petits parias était UNE chose envisageable, Mme Lacx n’a PAS ri. D’aucuns pourront adopter, a-t-elle dit ; pas vous, cher monsieur ; vous êtes sale et tenez des propos d’ivrogne ; d’ailleurs vous sentez à plein nez la vinasse et l’urine ; vous avez davantage le profil clochard que celui d’un père adoptif, désolée ; à présent, allez vous laver, merci. Moi, un clochard ! Certes, je suis un pauvre développeur Java au chômage mais je suis loin d’être tombé si bas, j’ai encore des droits. J’ai replié la chaise sur laquelle j’étais assis et l’ai lancée de toutes mes forces à la tête de Mme Lacx. Je ne l’ai pas ratée. Elle a eu NEUF jours d’incapacité. J’ai casqué moi aussi, de mon côté. Sans regret. Et nous y voilà : on me dit que le projet d’orphelinat a CAPOTE, que la mère Lacx a laissé tombé l’affaire, etc. Désormais, il est question d’un hôpital psychiatrique ouvert à tous. Drôle d’idée ! Je crains les complications, et je déteste les fous autant que les orphelins.

 

17 juillet 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (4/6)

Allez, un peu d’humour noir pour cette 4e livraison… [Lire/voir 3/6]

Projet n° 4

UN MUSÉE DU DEUIL VA OUVRIR DANS L’USINE DU KREMLIN-BICÊTRE

Très déplaisant. On n’a pas besoin de ça ici. Dans une ville où la joie de vivre est obligatoire depuis que le conseil municipal (arrêté du 5. II. 2017) en a décidé ainsi, cela semble un contresens. Un parc aquatique, un bowling, un casino, même un musée de la malchance (car la guigne est toujours celle des autres), auraient été plus joyeux, en tout cas plus utiles et assurément dans le droit fil de l’aimable politique de nos élus. Le deuil, je sais bien qu’il se vit différemment selon les cultures etles latitudes (j’ai lu Le grand livre du deuildes anthropologues Choussard et Bray) mais exposer jusqu’à la nausée ces différences dans un musée forcément sinistre oùnul ne mettra jamais les pieds, c’est une hérésie ; et la faillite assurée. On va devoir empêcher ça. Mais comment ? Hier, justement, je dîne chez les Daquin ; il y a là les Jazzi, les Maulher etla veuve Bersuden (Jade, 34 ans) ; le sujet vient sur le tapis. Qu’en pense-t-elle ? je demande. Rien, dit-elle ; hein, de quoi, les soldes ? Bon. Elle ne suit pas. Elle est ailleurs. Dommage. Son mari (Carl, 66 ans) s’étant tué en voiture il y a un mois, elle aurait à dire sur le deuil. Mais elle ne dit rien. Elle s’en fout. Daquin qui, lui, a fossoyé sa mèredepuis déjà trois ans nous en fait tout un plat. Je ne m’en remets pas, etc. Il saoule ; et, disons-le, son sauté de veau à la bière est immangeable. Pour Laura Rey-Maulher, la psy de service, le travail du deuil est de fait un travail au noir, donc toujours mal payé, donc en monnaie de singe. Ah. Je me le tiens pour dit. Les Jazzi s’emmerdent, eux aussi. Il se fait tard. Jade soudain refait surface : Et si on lançait une pétitionen ligne contre ce musée du deuil ? Oui, allons-y ! je dis. Chez toi ? demande la veuve.

30 juin 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (3/6)

En ce temps de mondialisation, force est de le constater, les pouvoirs en place affectionnent les usines-à-gaz… Mais de là à… Facétieux Daniel Cabanis ! [Lire/voir : 2/6]

Projet n° 3

L’USINE DE CHARENTON SERA TRANSFORMÉE EN PRISON MODÈLE

Complètement idiot. Une très mauvaise idée, une aberration. Car que veut dire modèle, hein ? Modèle ! Qui respecte la dignité des détenus, c’est ça ? Bien sûr. On sait qu’elle n’est pas respectée dans les prisons ordinaires. Donc, de loin en loin, pour se donner bonne conscience, les pouvoirs publics tirent de leurs cartons leur tout dernier projet de taule idéale. En général, ça fait aussitôt pschitt et on n’en parle plus. Ici, le projet a reçu l’aval combiné de la municipalité et de la pénitentiaire ; il paraît donc particulièrement suspect. Qu’en est-il ? J’ai vu les plans de l’architecte Bo Potzer, ses gribouillis aquarellés, ses perspectives tape-à-l’œil. Le type est un mondain surtout réputé pour ses niches de chien design (il a eu l’Os d’or du fameux concours international de Juan-les-Pins). Bref, il a prévu des cellules individuelles de 30 m2 avec internet, home cinéma, jacuzzi, frigo-bar et vélo d’appartement. Pourquoi pas ? Sur le papier, c’est beau. Mais c’est trop beau ; on a envie d’y aller ! Et je connais en personne un certain nombre d’opportunistes prêts à tuer un préfet OU un amiral pour s’offrir vingt ans de cette vie-là. Si le luxe pousse au crime, il est contre-productif. Ajoutons aux plans du bon Bo Potzer le lit double (+ matelas multispires), une visiteuse pas bégueule DEUX fois par semaine, du papier-cul à fleurs, les romans de Jean D’O sur papier bible et c’est la ruée assurée ! L’émeute ! On se battra pour être écroué ici. Merci ! Caïds et autres gros durs multicartes assureront le spectacle devant la prison ; excellente publicité. Et le prix du foncier va s’écrouler. La natalité aussi. Les entreprises vont fuir. Ça va être un désastre. Ce Potzer va causer de grands dégâts. Sauf s’il a un accident.

4 juin 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (2/6)

Pour ouvrir comme il se doit ce 37e Marché de la poésie, et si l’on suivait à la lettre ce projet de Daniel Cabanis… [Lire/voir : 1/6]

Projet 2

UN INCUBATEUR D’ÉCRITURES S’INSTALLERA DANS L’USINE D’ORSAY

C’est consternant. Pendant dix ans, Région et Ville ont subventionné sans désemparer des ateliers d’écriture chaque SAISON plus nombreux. Il en a été organisé dans les établissements scolaires, comme il se doit, mais AUSSI dans les bibliothèques, crèches, hôpitaux, casernes, centres d’art, maisons de retraite, EHPAD, autres mouroirs ; en somme, il n’en a manqué qu’à la déchetterie. Bien, tout ça. Pour quel résultat ? AUCUN, me dit Alvin Jilas, un des écrivains multi-bénéficiaires desdits ateliers. Il n’y a pas en la matière la moindre obligation de résultat, précise-t-il. Ah bon. Je me renseigne. Je découvre qu’Alvin J, 52 ans, a publié une vingtaine d’ouvrages de poésie chez divers petits éditeurs éclairés. Ses meilleures ventes semblent avoir été Boues et bouées (66 exemplaires) et Random faisant (48 ex.) ; c’est assurément une voix qui fait autorité. Il a son blog, Ainsi dit-il, qu’il saupoudre avec la sublime sciure de ses fonds de tiroirs. Je suppose qu’il a déjà la médaille des Arts et Lettres ; sinon, il va l’avoir. Alvin, je demande, ces ateliers d’écriture, sinécure, planque, qu’en dit-il ? Aussitôt il prend des airs. C’est un job infect, ça fatigue, ça ne paie pas, aucune reconnaissance sociale, Elsa m’a quitté, mon fils se drogue, j’ai perdu mon smartphone, on m’a volé mon vélo. Alvin, je dis, ça suffit les jérémiades. Désolé, dit-il. Bon Dieu, c’est ce genre de gland qu’on va mettre à incuber ici tous frais payés ! Et quels sont ses projets ? Ah, euh, fait-il. Et il avoue des envies de roman. Des envies ! Pourvu qu’il se retienne. Il a pensé à un titre, Le Régisseur des variables, mais attend d’intégrer officiellement l’INCUBATEUR pour se lancer. Il se pourrait bien qu’il attende long. Et son Régisseur avec lui.

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