Libr-critique

26 mai 2019

[News] News du dimanche

Vos RV Libr-critique jusque début juin : au Delaville Café autour de Stéphane Bouquet ; Marie de Quatrebarbes / Peter Gizzi puis Danielle Mémoire à Texture ; La Forêt Blanche à Paris et les Poésies bougées à Nantes ; Bonfanti/Moretti à Lyon ; la Journée d’études des jeunes généticiens et La Nuit remue à Paris…

â–º Mardi 28 mai :

► Mercredi 29 mai, 19H30 : Rencontre avec Marie de Quatrebarbes pour Voguer (P.O.L) et Peter Gizzi pour Archéophonies (Corti).
Librairie Texture : 94, avenue Jean Jaurès – 75019 Paris (01 42 01 25 15).

► Vendredi 31 mai à 19H30, Les liens d’écriture #7 : septième et dernier rendez-vous du cycle de rencontres organisées dans le cadre de sa résidence à la librairie Texture, Christophe Manon reçoit Danielle Mémoire, à l’occasion de la parution de son livre Les Rendez-vous de la marquise (POL).
Librairie Texture : 94, avenue Jean Jaurès – 75019 Paris (01 42 01 25 15).

â–º Du 1er au 14 juin :

â–º Mercredi 5 juin à 19H30, Le Lieu Unique à Nantes (2, Quai Ferdinand Favre) : Poésies bougées – poésies performances.
Avec Sarah Barh, Joël Hubaut, Antoine Boute & Jeanne Pruvot Simonneaux, Aziyadé Baudouin-Talec.

â–º Vendredi 07 juin à 12h15, « Musésie : Birdasse off the Wahl » : rdv au Palais Saint Pierre dans la cour des Beaux-arts de Lyon, où Brice Bonfanti & Michaël Moretti se dédoublent au Musée des Beaux-Arts de Lyon, Palais Saint Pierre. Parcours poétique ou le musée haut bas sans dessus dessous (exorcisme au jardin puis au réfectoire où succèderont Voltairine de Cleyre, foetus de cadette des 7, ekphrasis au resto d’un tableau en réserve, conférences ‘pataphysiciennes & délirantes en salle de conf’…
Durée : 1h. Tarif : 3€ / 1€ + entrée au musée

â–º Vendredi 07 juin :

â–º Samedi 8 juin, 18H, La Nuit remue : Sorbonne, Bibliothèque Ascoli – Escalier C, 2ème étage 17, rue de la Sorbonne. 1, rue Victor-Cousin Paris 5ème Arrondissement.

Attention ! pour des raisons de sécurité, l’inscription est obligatoire. Toute personne souhaitant assister à La Nuit Remue doit s’inscrire au préalable. Clôture des inscriptions : jeudi 6 juin 17h.

Avec Laurent Grisel , Eric Houser, Bérengère Cournut, Stéphane Novak, Marie de Quatrebarbes, Esther Salmona, Christophe Fiat, Véronique Vassiliou, Benoît Toqué, Pascale Petit, David Lespiau, Jean-René Lassalle, Sonia Chiambretto, Cristina de Simone et Sylvain Kassap.

12 décembre 2017

[Chronique] Danielle Mémoire, Les Auteurs, par Jean-Paul Gavard-Perret

Danielle Mémoire, Les Auteurs, P.O.L, octobre 2017, 336 pages, 21 €, ISBN : 978-2-8180-4395-0.

Théorie des mots et des auteurs, le livre de Mémoire impose à nouveau sa masse hirsute et une expérience unique de l’écriture en des variations de possibilités, de registres, de statuts. La truculence littéraire et son ironie deviennent la contestation de ce qui est émis chaque fois dans un déroulement ou une ouverture inédite.

La vision de l’écriture représente une conjonction de fléchages et de reprises. Tout ressemble à la conduite d’un chantier avec des moments presque sans œuvre ou qui se suspendent en une suite d’échos. La fabrique suit son cours avec ses acteurs écrivant qui se marchent presque les uns sur les autres en une suite de séquences ou de rendez plus ou moins différés. Danielle Mémoire offre à la fois une présence et une distance dans des révélations diffractées.

Le livre se construit comme un ouvrage aux maçonneries et aux artisans  différents. Il prouve que toute formule est impossible et qu’il n’y a pas de règle. Sinon qu’à chercher trop de précision du « un », la vérité s’éloigne. Surgissent à sa place densités déviantes et décalages. Tout un travail – on s’en doute – préside à une telle ascension. Mais le livre donne l’impression d’un magistral coup de pied de l’âne. Celui-ci accorde au lecteur (forcément masochiste ou simplement lucide)  une jouissance rare.

Les mots s’accumulent dans cette dérive labyrinthique sans jamais étouffer ce lecteur.  Au temps du sacre de l’auteur succède le temps exclusif et inouï du verbe qui permet saillies et béances. S’y polit le fin mot plutôt que le mot fin. Grâce aux « auteurs » de Danielle Mémoire, là où la pensée d’un auteur va s’éteindre les traces bouillantes d’un autre apparaissent. 

Il y a donc ici de « l’ôteur », car si dans un certain nombre de figures la créatrice se revendique « auteur unique », une succession d’abîmes fait que la paternité ou maternité  demeure sous forme d’hypothèses presque vagues au sein d’un mouvement drôle et angoissant. Par des  révélations opposées sous apparence d’une logique implacable Danielle Mémoire lance son « yes we Kant » aussi dérisoire que sublime par le raffinement de l’écriture.

16 juillet 2015

[Libr-relecture] Danielle Mémoire, La Nouvelle Esclarmonde, par Périne Pichon

Danielle Mémoire, La Nouvelle Esclarmonde, P.O.L, novembre 2014, 240 pages, 17,90 €, ISBN : 978-2-8180-2165-1.

 

Scalpel, lampe, microscope, table opératoire… Disséquons un livre. Non pas l’objet « livre » avec sa première et quatrième de couverture, ses organes de papiers ; mais plutôt le livre comme système, en glissant du matériel vers le virtuel.

Le livre, ce sont des personnages qui dialoguent, des paragraphes, un titre et des textes qui se disposent les uns par rapport aux autres, voire s’imbriquent les uns dans les autres. Un livre posséderait une machinerie relativement ordonnée, à analyser. Des rouages invisibles avancent les décors d’une intrigue, proposent des pistes, des mots, des idées et montent le texte dans le livre.

 

La Nouvelle Esclarmonde s’inscrit dans la suite des derniers livres de Danielle Mémoire, notamment En attendant Esclarmonde et Le Cabinet des rebuts. Il semble même les englober. On y retrouve des noms connus : Esclarmonde, Eulalie Cymea,… Ces personnages commentent le « texte » – jusqu’à commenter le mot « texte » qui le désigne – et en commentant construisent cet ensemble qu’on appelle livre, mais aussi La Nouvelle Esclarmonde, « Le Cabinet des rebuts 2 », ou « le Corpus », soit « une forme d’ensemble ( c’est le Corpus) qui soit réellement auto-générative ».

 

En effet, La Nouvelle Esclarmonde donne l’impression d’une immense machinerie s’enfantant elle-même. Le Cercle gère le Corpus ; et cherche qui peut être l’auteur unique, incapable d’être absolument unique et davantage généré par le livre que générant le livre. À moins que l’auteur unique ne soit choisi parmi les membres du Cercle, mais chaque projet de livre, chaque texte du corpus posséderait alors un auteur unique… De quoi prolonger le débat de Rosemonde, Esclarmonde, Marie la Grande, Henri, etc. jusqu’au vertige. La Nouvelle Esclarmonde s’échafaude sur plusieurs niveaux d’énonciation et avec des « rebuts » , des projets avortés, ou des versions de projets eux-mêmes nivelés. Le tout forme ce dispositif derrière le livre, à l’origine du livre, sorte d’univers parallèle prolongeant la bibliothèque de Borgès.

 

« […] il y a plusieurs auteurs uniques selon différents espaces.

  • Selon d’autres espaces, a dit l’auteur unique, il n’y a pas d’auteur unique.

  • Et il n’y a qu’une seule Esclarmonde ? A dit Eulalie Cyméa.

  • Oui, maman, a dit Esclarmonde. »

 

 

On bascule dans une virtualité : le livre n’est pas fait, il se fait et à partir de là s’érigent des possibilités. Car un livre reste un ensemble de possibles choisis dans un ensemble plus vaste. En ce sens, La Nouvelle Esclarmonde est bien un corpus, un ensemble de textes, de notes qui ouvrent autant de livres virtuels. Cependant, livres non poursuivis et dont les ébauches constituent un livre en soit.

 

L’appellation de bref virtuel ouvrage est interne au Corpus.

À l’intérieur du Corpus, pour le Corpus, un livre publié dans la réalité peut toujours ne pas l’être, l’avoir été autre, ou absolument n’être pas.

Ce que nous appelons réalité n’est, de l’intérieur du Corpus, qu’une fiction parmi d’autres.

 

 

 

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