Libr-critique

30 novembre 2014

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de novembre, avant nos Libr-événements (soirée Sade à la Maison de la Poésie Paris ; mercredi Montévidéo avec Mathias Richard ; 4 ans de MaelstrÖm ; soirée DATABAZ), notre première sélection (Libr-3) des livres reçus dont nous n’avons pas encore parlé mais qui vont faire l’objet d’un article complet – livres à ne pas manquer de lire/offrir en cette fin d’année (Doppelt, Doubrovsky et Volodine).

 

Libr-3 /FT/

â–º Suzanne DOPPELT, Amusements mécaniques, P.O.L, novembre 2014, 80 pages, 8,50 €, ISBN : 978-2-8180-2133-0.

"La réalité serait-elle, dans son essence, obsessionnelle ?" (Witold Gombrowicz)

Libido mechanica : "un petit ballet mécanique sauve de la mélancolie, par des gestes et des pas assortis, un amusant vertige".

Avec Suzanne Doppelt, la poésie est affaire de mécanique : opérant un perpétuel va-et-vient entre micro- et macrocosme, sa poétique chaosmique rend compte de la mécanique cosmique avec un brio qui vous ravit. Combinant texte et image, elle nous offre de subtils mobiles poétiques. De la caldérisation de la poésie : perpetuum mobile

Avec Suzanne Doppelt, le poète ne nous met pas tant la puce à l’oreille que la mouche à l’œil – et cette vision panoramique/kaléidoscopique nous plonge dans le vertige. Mieux, la poésie est ici perçue comme "chemin sonore où l’œil rivalise avec l’oreille". Comme mimèsis tympanisée, donc.

 

â–º Serge DOUBROVSKY, Le Monstre, tapuscrit originel inédit, introduction et entretien par Isabelle Grell, Grasset, automne 2014, 1696 pages, 36 €, ISBN : 978-2-246-85168-4.

C’est le genre de livre dont on ne peut parler tout de suite, du moins si l’on veut souscrire à la déontologie critique : pensez donc, la Recherche de Serge Doubrovsky, le livre d’une vie, un tapuscrit originel qui comptait 2599 feuillets avant de devenir Fils (1977) par la force des choses, Gallimard ayant refusé ce monstre-là. Écrit entre 1969 et 1976, ce flux de conscience dédié à celle qui est sa substance – sa mère – est régi par le martèlement de la machine – dactylométré, en somme.

Cette somme monstrueuse est en fait la première autofiction : "Fiction d’événements et de faits strictement réels ; si l’on veut, autofiction, d’avoir confié le langage d’une aventure à l’aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau". Ce qui intéresse les chercheurs de l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM), Isabelle Grell en tête : "un autofictionneur rédige-t-il ses textes autrement qu’un autobiographe ?" Mais surtout, allons à la question essentielle : pourquoi lire Le Monstre en plus de Fils ? Laissons la généticienne conclure : "Relu à la lumière des avant-textes, Fils refuse encore plus qu’avant d’être institué en une configuration de sens fini".

 

â–º Antoine VOLODINE, Terminus radieux, Seuil, coll. "Fiction & Cie", été 2014, 624 pages, 22 €, ISBN : 978-2-02-113904-4.

Excellente nouvelle que ce prix Médicis attribué à celui qui, depuis une trentaine d’années, nous imprègne de sa "pâte onirique" (p. 300).

Cette somme quadripartite dont l’anti-titre est évidemment révélateur s’inscrit dans la lignée des dystopies qui ont pour toile de fond le totalitarisme soviétique. Et bien entendu, cette polyphonie à la typographie singulière cligne malicieusement du côté du post-exotisme : "Si un écrivain post-exotique avait assisté à la scène, il l’aurait certainement décrite selon les techniques du réalisme socialiste magique, avec les envolées lyriques, les gouttes de sueur et l’exaltation prolétarienne qui font partie du genre. On aurait eu droit à de l’épopée propagandiste et à des réflexions sur l’endurance de l’individu au service du collectif" (382)…

 

Libr-événements

â–º Mardi 2 décembre à 19H, Maison de la Poésie Paris : Lettres à Sade – Réunies et présentées par Catriona Seth (Lettres de Jean Allouch, Antoni Casas Ros, René de Ceccatty, Noëlle Châtelet, Anne Coudreuse, Catherine Cusset, Sébastien Doubinsky, Alain Fleischer, Nathalie Heinich, Pierre Jourde, Leslie Kaplan, Hadrien Laroche, Hervé Loichemol, François Ost, Christian Prigent, François Priser, Lydia Vazquez).

 

â–º Mercredi 3 décembre à 20H30, soirée Montévidéo (3, impasse Montévidéo 13006 Marseille) : Nicolas Debade & Mathias Richard PERFORMANCE (musique & texte) – 20h30

Ce Mercredi de Montévidéo propose une rencontre entre le poéte-performeur Mathias Richard et le musicien Nicolas Debade. Chacun présente un solo de son travail, puis les deux se rejoignent pour un duo autour du texte « Kairos ».

INFOS PRATIQUES :
Tarif unique : 3€
Ouverture du bar et restauration sur place dès 19h30.
www.montevideo-marseille.com
Réservations : 04.91.37.97.35

â–º 4e anniversaire de la boutique librairie maelstrÖm 4 1 4 (364, chemin de Wavre à Etterbeek – Belgique) : les 6 et 7 décembre 2014.

Deux jours de rencontres, lectures, musiques, performances en pleine convivialité.

AU PROGRAMME :

SAMEDI 6 DÉCEMBRE à partir de 18H30
Performance d’ouverture de Vincent Tholomé avec David Giannoni et un texte écrit par Laurence Vielle pour l’anniversaire de la Boutique.
Vernissage de l’exposition « Œil pour Œil » de photos de Milady Renoir (Expo visible jusqu’au 18.01.15)
Présentation des nouvelles parutions des éditions maelstrÖm en présence des auteurs :
« Poche de noir », roman de Gérard Mans ; « Le Cavalier » de Martin Ryelandt ; « Nous nous ressemblons tant », récit de Jean-Pierre Orban ; « Bombe voyage, Bombe voyage », poésies de CeeJay ; « Dernières nouvelles de la mort », nouvelles de Nicolas Marchant ; « Je suis un héros », poésie de Fabien Dariel…
Micro-Ouvert

DIMANCHE 7 DÉCEMBRE à partir de 16H30
Présentation et lectures de la Maison de la poésie de Tinqueux (Reims, France) et de sa nouvelle collection de poésie pour enfants par Mateja Bizjak Petit et Pierre Soletti…
Thé avec les auteurs des nouveautés de la collection Bruxelles se Conte des éditions maelstrÖm : « Le bal des décapités » de Dominique Brynaert ; « Trip Tram » de Kate Milie ; « L’étrange estaminet » de Dominique Leruth ; « Nouvelles pour nouveaux-nés » de Célestin de Meeûs…
Remise du Prix Gros Sel 2014

Entrée gratuite et vin chaud à volonté.

Contact et infos : 02/230.40.07
maelstrom414@maelstromreevolution.org

 

â–º Soirée DATABAZ (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême) : Performance [La Violoniste]

Samedi 13 décembre _ 20h30 _ entrée : 3 euros

| Cyborg post-porn | BDSM body noise | Gender hacking |

Dans un mélange de surréalisme cyberpunk et de pratiques sexuelles non-conventionnelles, les personnages de cette performance transforment leurs corps en instruments sexo-sonores par le biais de prothèses électroniques connectées à leur chair avec des techniques BDSM. L’ensemble du son de cette pièce est généré en direct par le contact entre les corps.

https://vimeo.com/89096909

Body Noise | Gender Bending | Cyborg Synesthesia

Dimanche 14 décembre _ Workshop [Le corps comme instrument sonore post-gender]

Ce workshop est basé sur la construction d’un dispositif électronique nommé [BodyNoise Amp]. Ce dispositif permet de transformer l’activité électrique corporelle en son par le contact entre plusieurs corps. Après la construction du dispositif, nous élaborerons une petite prothèse destinée à fixer le dispositif au corps. Et finalement, nous jouerons et expérimenterons avec les possibilités de synesthésie tact/son que permet le [BN A], et la déconstruction perceptive et identitaire qu’elle génère.

le 14 décembre _ 11h _ 18h

_ Ouvert à tous _ inscription : centre.databaz@gmail.com

29 octobre 2014

[Livre-chronique] David Giannoni, Contes de Nod, par Périne Pichon

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 9:49

Une fois n’est pas coutume, LC vous donne à lire un conte : Périne Pichon nous montre comment David Giannoni – avec l’appui de Sylvie Leroy – a su renouveler la magie du conte.

David Giannoni, Contes de Nod, mis en images par Sylvie Leroy, éditions Maelström, coll. "RéEvolution", été 2014, 128 pages, 13 €, ISBN : 978-2-87505-173-8.

 

La roue, invention mythique perdue quelque part, entre l’histoire et la préhistoire, à faire rêver les mobylettes. Mais avant la roue, le cercle a dû naître, à en croire les géomètres ; figure lisse et sans fin, vouée à tourner éternellement. L’infini a d’ailleurs pour symbole mathématique un 8 renversé, soit deux cercles jumelés. Ce « o », on le trouve aussi qui roule dans le « mot ». On le trouve dans les Contes de Nod.

 

Nod, l’épigraphe le rappelle, c’est le pays de l’errance, là où tourne en rond (toujours cette roue qui ne finit pas sa course…). Caïn exilé après le meurtre d’Abel. Il est marqué au front d’un signe qu’on ne connaît pas – peut-être encore un disque énigmatique, comme la « coda », titre du dernier des Contes de Nod. Visuellement, la coda tient du cercle et du NOeuD, musicalement aussi, puisqu’elle fait exercer à la mélodie un retour en arrière, la répétition d’un thème qui peut être infini.

 

Aussi, les Contes de Nod suivent cette organisation musicale, thème repris et coda, et invitent à considérer l’acte de conter comme toujours à recommencer dans une nouvelle modulation. Cette dynamique cyclique n’a rien de cloisonnant, elle invite à transmettre voire à continuer le mouvement : « et une parabole, vous le savez n’est jamais fermée ». En témoignent plusieurs variations autour du motif du maître et de l’élève, dans le recueil : la musique comme le conte se partagent. Mais ce motif du don et de la transmission est aussi motif d’évolution – donc de révolution – selon la dynamique circulaire choisie : le savoir passe et évolue, l’élève peut devenir maître à son tour, et transmettre ce qu’il a acquis.

Pendant des années, il avait travaillé seul, le cordonnier. Jamais il n’avait eu d’apprenti. Il ne se sentait pas encore l’âge. Mais le temps passait, et la conscience de devoir préparer l’après augmentait.

Lui-même avait appris son métier d’un plus vieux cordonnier, au pays, qui peu à peu l’avait introduit dans les moindres méandres du secret.

 

La langue de Nod suggère l’oralité, elle raccroche le conte à la voix et au souffle. Elle recherche l’expression directe, un rythme de mots et de sons pour ancrer le récit dans la mémoire, pour qu’il soit raconté ou donne l’impression d’avoir été raconté par une voix. Mais si les mots s’ancrent, le sens parfois vacille, on devine et pourtant on le cherche encore ; c’est un sens qui échappe mais qui raisonne. On se trouve sur un seuil mais on reste dehors, dans une oscillation évoquant l’errance. Enfin, les dessins de Sylvie Leroy illustrent cette tension entre la présence formelle, par le son et la vue, et l’impalpable. Il faut revenir au conte, boucler la boucle, conter à son tour pour s’approprier un peu de ce sens.

 

 

 

 

Powered by WordPress