Libr-critique

23 février 2011

[Chronique] Jean-Louis Fabiani, Qu’est-ce qu’un philosophe français ?

Jean-Louis Fabiani, Qu’est-ce qu’un philosophe français ? La Vie sociale des concepts (1880-1980), éditions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, automne 2010, 320 pages, 17 €, ISBN : 978-2-7132-2267-2.

Pendant un siècle, la vie socioculturelle française a été dominée par la figure du philosophe, et, paradoxalement, la discipline qui prétendait à l’universalité manifestait en fait une certaine "francité". Au moyen d’une approche pluridimensionnelle, le sociologue Jean-Louis Fabiani revient sur ce phénomène spécifique dans un livre qui retient d’autant plus l’attention que le style ne manque pas de vivacité.

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16 juillet 2010

[Revues] Feu d’artifices revuiste ! (1/2)

Notre après-14 juillet… un Feu d’artifices des revues qui nous ont marqués ce dernier semestre et dont nous n’avons encore pu parler : tout d’abord, la première livraison du collectif CONTRE-ATTAQUES (Al dante, printemps 2010) et le diptyque de CHIMÈRES intitulé "Dedans-dehors" (n° 70 + n° 71, 2009).

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19 juin 2010

[Dossier-chronique] Autoportrait vide d’une « stratège d’apocalypse » (Spectrographie de Sandra Moussempès, 4/4)

En ce jour où Sandra Moussempès va recevoir le prix Hercule de Paris (lors du Marché de la poésie, au stand Flammarion, entre 18H et 20H), et suite à la contribution de Mathieu Nuss et aux deux parties de l’entretien, voici une lecture de Photogénie des ombres peintes (Flammarion, automne 2009 – POP) qui la met en relation avec le reste de l’œuvre comme avec d’autres pratiques du champ poétique contemporain, tout en dressant un portrait oblique de celle dont "les yeux sont d’une autre vie" (Exercices d’incendie, Fourbis, 1994, p. 53 – EI), qui occupe l’espace & le monde existant sans se trouver à l’intérieur de ce monde (cf. Captures, Flammarion, 2004, p. 130 – C) et sans nul doute "collectionne les flacons de mémoires suturées" (POP, 136) – de celle pour qui "chaque chose vue est entourée de parenthèses" et qui souhaite faire le vide dans tout ce qui ordinairement "remplit les livres" : "Les histoires de couple, les sérigraphies, les principes éducatifs, les théories, la surenchère, les médias, l’émission littéraire du héros, sa femme et la façade, les décoctions historiques, les mythologies" (POP, 120 et 127).

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16 juin 2010

[Chronique] Bienvenue à SCOLUTOPIA !

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 10:44

En ces temps rétrogrades et en cette période d’examens, méditons sur le devenir éducatif dans un monde nouveau qu’il nous faut faire advenir…

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4 mars 2010

[Chronique-recherches] Yves Citton, Mythocraties : storytelling et imaginaire de gauche, par J.-.N. Clamanges

Yves Citton, Mythocraties : storytelling et imaginaire de gauche, éditions Amsterdam, 2010, 17 €, ISBN : 978-2-35480-067-3.

â–º Ce soir à 20H, Librairie Le Genre Urbain (30, rue de Belleville 75020 Paris), débat avec l’auteur, l’économiste Frédéric Lordon et le philosophe Laurent Bove.

Chronique par Jean-Nicolas Clamanges

Réagissant au livre de Christian Salmon, Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, 2007), Yves Citton reprend le problème au fond en interrogeant notre imaginaire du pouvoir et en réévaluant les ressources de l’art du récit à partir d’un investissement résolument politique de la théorie littéraire. Il est membre du collectif de la revue Multitudes, collabore à la Revue Internationale des Livres et des Idées et enseigne la littérature à l’université de Grenoble. Il a publié L’envers de la liberté et Lire, interpréter, actualiser : pourquoi les études littéraires (éd. Amsterdam).

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17 décembre 2009

[Livre-chronique] Suzanne DOPPELT ou l’art géopoétique

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 21:32

Suzanne DOPPELT, Lazy Suzie, POL, novembre 2009, 80 pages non numérotées, 11,50 €, ISBN : 978-2-84682-369-2.

Avec son Lazy Suzie, titre emblématique puisqu’il renvoie à un objet à la fois réel ("plateau super rotatif") et poétique (IDO : Installation Déréalisante d’Objet), l’auteure nous livre un art poétique baroque qui allie non seulement le repos et le mouvement, le mobile et l’immobile, mais encore l’objectif et le subjectif. Autrement dit, l’effet-Doppelt – sa magie – consiste à conjuguer géométrie, optique et poétique pour mieux parler à nos sens comme à notre esprit : d’une part, nous captive une subtile réflexion sur le VOIR qui opère, entre autres, la confrontation entre peinture et cinéma, nous emmenant d’Aristote à Deleuze en passant par Leibniz et Nietzsche, de Vinci à Antonioni via Dürer, Delaunay, Chirico et Calder, ou encore de Nerval à Michaux via Baudelaire, Tchékhov, Proust, Apollinaire et Büchner ; d’autre part, nous donnent à voir l’infini dans le fini, le cosmos dans les choses, et par là même le tournis, des créations kaléidoscopiques et des effets de miroir qui nous rappellent que la vue est vision et la monstration hallucination.

[Vu l’importance de l’œuvre, nous lui consacrons une étude en deux volets, le second paraissant à la Rentrée de janvier].

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4 décembre 2009

[Chronique] Mots et tessons : Brosseau, Dussel & Rahmy

Finis les mots-et-merveilles… Pour accroître l’acuité du regard, il faut aiguiser les mots. Telle est l’entreprise de ce nouveau venu dans le monde de l’édition, Mots tessons… un petit Poucet qui a de quoi nous laisser rêveurs après la parution des deux premiers volumes aux formats et aux styles différents : Philippe RAHMY & Stéphane DUSSEL, Cellules souches ; Mathieu BROSSEAU, L’Espèce.

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26 novembre 2009

[Manières de critiquer] Prigent pour devenir, par Jean-Claude Pinson

Filed under: manières de critiquer,recherches,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , , — rédaction @ 13:33

Peu avant que ne paraissent sur Publie.net les volumes collectifs consacrés à leurs œuvres respectives, voici un article dans lequel Jean-Claude Pinson nous propose un intéressant dialogue avec Christian Prigent.

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14 mai 2009

[Livre/revue] Chimères, n° 69 : Autour de Guy Hocquenghem…

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 7:39

Chimères, revue des schizoanalyses, n° 69 : "Désir Hocquenghem", printemps 2009, 282 pages ; Colloque Hocquenghem, 172 pages, 15 €. À noter que l’"agent collectif d’énonciation appelé Chimères" est désormais constitué d’une revue papier et d’un site.

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3 mars 2009

[Entretien] Jean-Claude PINSON : poéthiquement impur… (1)

Voici la première partie d’un entretien dont vous pourrez trouver l’intégralité dans le volume numérique disponible fin avril sur publie.net. Bien que de sensibilité différente et ne revendiquant pas les mêmes héritages, j’ai tenu à rendre hommage à celui qui nous aide à mieux penser la poésie (et en particulier la poésie contemporaine) et à mieux la vivre au quotidien.

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15 janvier 2009

[Manières de critiquer] À l’école Prévert : sociogenèse d’un mécréant

Filed under: chroniques,manières de critiquer,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 8:11

En ce jour d’inauguration du colloque Prévert qui se tient à l’université d’Artois, voici en avant-première la présentation d’un travail qui devrait compter une vingtaine de pages dans le volume à paraître l’hiver prochain.

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20 novembre 2008

[Chronique] Pour une littérature de combat : Christophe Fiat, Stephen King forever

   Christophe Fiat, Stephen King forever, Seuil, coll. "Déplacements", 2008, 174 pages, 16 €, ISBN : 978-2-02-097960-3.
Après la présentation du livre dès sa sortie fin octobre et avant l’entretien que l’auteur nous a accordé, découvrons de plus près cette mytho(bio)graphie critique qui est aussi un manifeste pour une performaction et un réquisitoire contre la littérature française.

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2 mai 2008

[Chronique] La Zlangue de Raharimanana

   La seconde partie de ma chronique sur Za de Raharimanana (lire la première) est l’occasion de revenir en détail sur ce qu’il convient d’appeler véritablement un événement littéraire de la Rentrée 2008.

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22 février 2008

[Chronique] Cole Swensen, « L’Âge du verre. La Fenêtre ouverte (extrait) »

  Cole Swensen, "L’Âge du verre. La Fenêtre ouverte (extrait)", traduit de l’anglais par Maïtreyi et Nicolas Pesquès, Résidence Suzanne Doppelt, http://www.inventaire-invention.com

"Un tableau possède toujours un motif qui lui est extérieur ; c’est toujours une fenêtre" (Deleuze).

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16 avril 2007

[chronique] Mots d’ordre : poétique sans métaphore [1]

d_3.gif[ Cet article porte sur l’usage des slogans, des routines et autres messages d’information dans des créations poétiques récentes. Cette analyse pose la question du fonctionnement poétique de ces procédures d’écriture et ceci en les confrontant à l’absence apparente d’élaboration métaphorique dont ce fonctionnement témoigne.]

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17 janvier 2007

[Chronique] Terrasse de la Kasbah d’Emmanuel Hocquard

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 17:41

Comme nous y reviendrons à plusieurs reprises, Tanger est un lieu de croisements, pas seulement de marchandises dans le port, mais aussi d’écrivains. hocquard.jpgDe Burroughs et des beat [cf. W. S. Burroughs et Brian Gysin, Le Colloque de Tanger, Christian Bourgois, 1976] lors du colloque de Tanger, immortalisés par une superbe photographie où ils sont allongés sur la plage, à Bernard Desportes, le commissaire de ce 11ème Salon du livre de Tanger, tombé sous la magie sauvage de cette ville, Tanger apparaît comme une ville qui appelle l’écriture.

C’est pourquoi nous présentons ce petit texte d’Emmanuel Hocquard ici, alors qu’il ne fait pas partie des invités du salon. Terrasse à la Kasbah est la publication de deux lettres, tapées à la machine à écrire, corrigées à la main. Deux lettres d’Emmanuel Hocquard datées du 3 et du 6 novembre 2006.
Ces lettres destinées à une femme, Elise, raconte l’installation à la Kasbah d’E. Hocquard. D’emblée, il énumère et détaille son nouveau lieu d’habitation, il en approfondit les figures présentes et ceci afin de découvrir ce qui lui avait « Ã©chappé alors ». « Echappé alors », à savoir ce qu’il n’avait pu exprimer, non pas quand au contenu, mais peut-être, et c’est ici que se trouve toute la force de ses deux lettres, davantage au niveau de la manière de s’exprimer, de la grammaire propre au langage, lorsqu’il y était auparavant, avant ce retour. S’installer à la Kasbah, lui semble devoir être nécessaire pour faire ce retour, pour trouver cela qui ne fut pas rencontré. Pour quelle raison ?

Du fait que la ville de Tanger implique non pas seulemet des images, ce qui serait parler de Tanger, tomber dans la représentation, mais impulse dans la langue même, sa propre dimension. Et dès lors il s’agit de parler Tanger, d’entendre parler Tanger dans la langue. En effet, comme il l’explique dans la première lettre : il ne pouvait pas retrouver ce qui lui avait échappé « Ã  distance, entouré par les vaches et les brebis des verts paturages de Mérolheu (Hautes Pyrénées). » Pour exprimer cela, il insiste sur le fait que pour voir et créer — et ceci en référence à Deleuze et Guattari — il faut entrer dans une certaine forme d’habitude, d’habiter, de penser qui se construit dans le mouvement même de son habitation. Heidegger exprime par exemple parfaitement cela dans la conférence Bâtir, habiter, penser : habiter ne se fait que si la pensée investit le lieu, se fait transpassible à ce qui survient de lui, à travers nous et la pensée. Lorsque l’on est passif par rapport au lieu : on ne fait que loger, y passer sa vie, oui on ne faut qu’y passer. Tel que l’exprime Hocquard : « au fil des années durant lesquelles j’ai habité Tanger — et même au-delà — la forme de la ville et de ma pensée ont tendu à ne plus faire qu’une ».

En cela, Tanger pose la question du sujet qui habite le lieu. Il est bien évident que l’on n’habite pas un lieu sans se transformer, sans se poser la question de celui que l’on est dans ce lieu là. Se pose alors, pour Hocquard, cette interrogation sur la manière de s’énoncer en rapport au lieu. On retrouve ici son atachement pour la grammaire. La question porte sur le sujet, celui qui voit, « je », qui en tant que sujet justement grammaticalement est toujours personnel. Et on retrouve ici une nouvelle mention à Deleuze et Guattari, de Mille Plateaux, mais cette fois implicites : « la grammaire donne des ordres, elle ne pose pas de questions ». Pour se laisser emplir par le lieu, pour que Tanger parle dans la langue, et non pas que l’on parle de Tanger, tel qu’il l’exprime, il faudrait grammaticalement un sujet non-personnel, immanent au sein de la langue, et non pas une polarité transcendante qui est le critère permanent de la perception. Ainsi, il l’énonce, ce qu’il est venu « chercher ici, sur place » ce ne sont pas des lieux, des endroits inconnus, mais la possibilité pour lui d’une langue qui parle Tanger et non pas de Tanger : « (…) grammaire de Tanger. Dire grammaire Tanger me paraît plus juste. Qu’est-ce qu’une grammaire Tanger peut bien vouloir dire ? ça pourrait être, non pas habiter à Tanger, mais habiter Tanger. »
Terrasse à la Kasbah, Emmanuel Hocquard, éditions CIPM, 5 €. [site]

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