Libr-critique

24 mars 2018

[News – chronique] Hommage à Bernard Desportes (1948-2018) [1/5]

… dansant disparaissant…
le jour du printemps
dans le bleu du ciel
il s’en est allé…
Où ça ?
Vers les déserts…
Vers l’Éternité…

Mais comme "tout est perdu dans la réalité" (Reverdy), nous continuerons à vagabonder…
À l’impossible, sauf à être nul, nous sommes tenus !

Habités par l’impossible, nous poursuivrons la route inlassablement, que faire d’autre ?
Enfants de la nuit
enfants de l’envie
nous porterons ta voix avec fracas
de l’abîme à l’Éther !
/Fabrice Thumerel/

♦♦♦♦♦

Philippe Boisnard  "Bernard Desportes aura été l’une des rencontres les plus fortes de mon existence, l’une des exigences de vie, d’écriture, de rapport à l’autre les plus intenses. Il m’aura introduit au noir, il m’aura fait traverser des villes emplies de moustiques, de cimetières, de folie inondant l’esprit humain. On aura partagé notre amour de Koltès, on aura traversé des mers pour des salons littéraires, on aura ri la nuit face à l’incurie de ce monde, on aura ri de la folie de nos affects, de nos horizons intérieurs…. Bernard Desportes nous a quittés, et il continuera à exister pourtant là, dans mon âme…. Dansant disparaissant…"

â–º Interview de Bernard Desportes par Philippe Boisnard, au début du Salon de Tanger en 2007 (ici) et à la fin : ici.

â–º Extrait de La Vie à l’envi : lecture et montage de Philippe Boisnard.

â–º Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes"

♦♦♦♦♦

A posteriori, le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", apparaît comme testamentaire dans la mesure où il condense toute l’œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les trafics, tous les abîmes, mais aussi […] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n’est faite d’aucune histoire naturellement mais d’une réalité où tout se perd"… Desportes ou l’impossible récit – fût-il autobiographique. Rien d’étonnant, donc, qu’il ait plus d’existences que s’il avait mille ans : dans l’écriture, le sujet s’irréalise au travers de multiples avatars et se fond dans une histoire subjective de l’art et du monde. À cet égard, un passage s’avère particulièrement révélateur : "en danger à Tanger j’ai fait pompier à Pampelune et fossoyeur à Elseneur, j’ai aimé la boue grasse les sueurs adolescentes la chair qui frissone à Lisbonne, j’ai vécu l’inceste à Trieste, j’ai fait voyou à Moscou putain à Pantin et tapin à Turin" (53)… Prévaut ici une logique du signifiant qui n’est pas autotélique mais ouverte sur l’espace des possibles.
Dans cette œuvre testamentaire, le sujet scriptural – toujours à "l’âge de déraison" (27) – s’auto-engendre par l’écriture, s’affirmant "né sans père sans pays sans nom" (78) et se mettant en quête d’un "envers du monde" (79). S’en dégage le portrait d’un écrivain qui affectionne "la fraîcheur de l’inhumain" (Du Bouchet), d’un poète du NON qui déteste toutes sortes de clôtures : "le bas-fond fangeux des professeurs-de-secondaire avec leurs vieilles manies leurs vieilles copies leur vieille poésie subjective toujours horriblement fadasse" (22) ; "la poésie métrique à coups de trique comme un tambour militaire" (29) ; la "poïésie de bénitiers de fabricants de courtisans de professeurs", l’art comme "décoction décorative pour gogo & gobeurs niais" (30)…
Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l’enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud… /FT/

♦♦♦♦♦

"Une vie ça n’existe pas" (Brève…, p. 48).

Je ne peux que relire mélancoliquement cette courte présentation d’une rencontre prévue avec Annie Ernaux, intitulée "Écrire sa vie : faire monde" – soirée qui devait couronner leur long dialogue, entretenu par une correspondance importante depuis des années… Soirée qui n’aura pas lieu… [Sur LC : Bernard Desportes, "Lettre à Annie Ernaux"]

 

Écrire sa vie, est-ce possible ? Comment accéder à son « petit tas de soi verrouillé dans mémoire » (p. 9) ? Quelle mémoire ?

"J’ai jeté la mémoire avec l’eau du bain

dans la fosse à purin" (29).

"Je scie les arbres généalogiques pour en faire des fagots que je brûle

et m’enivre de leur fumée" (36).

Qu’est-ce qu’une vie ? Un tas de petits secrets, de souvenirs plus ou moins (ré)inventés, de repères dans son petit monde ? Ou des rêves, des lectures, des expériences, des faits sociaux et historiques qui font monde dans et par l’écriture ?
Comment écrire dans l’étrangeté à soi et au monde ? Dans un "écart entre le monde réel toujours inaccessible et le monde suffocant que l’on porte en soi" (29). Dans un entre-deux où l’on se perd : Je / Autre ; Eros / Thanatos ; dedans / dehors ; réalité / fiction ? /FT/

â–º À lire sur LIBR-CRITIQUE : 
– Entretiens de Fabrice Thumerel avec Bernard Desportes : "Roman (et) critique" (2008) ;  "De l’abîme à l’éternité" (2013).

– Contributions de Bernard Desportes à Libr-critique :
"Deux ou trois choses à propos de Rouillan" ;
"Littérature et liberté" ;
"Le Parti des procureurs" ;
"Interdit de séjour" (hommage à Tony Duvert) ;
"Les Failles d’un livre ambigu (Retour sur Retour à Reims de Didier Éribon)" ;
"Baal" (extraits) ;
"Chère petite fleur" ;
"Le Silence de Barbarin" ;
"La Honte, encore" ;
"Onfray comme une outre" ;
"Le Cynique" ;
"La Criminelle Alliance des populistes".

– Chroniques de Fabrice Thumerel : L’Espace du noir ; Le Présent illégitime ; L’Éternité ; Irréparable quant à moi.

– Francis Marcoin sur Une irritation ;

– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.

18 février 2018

[News] Rencontre-lecture avec Bernard Desportes : une œuvre majeure

Dès le lancement de Libr-critique, nous avons signalé l’œuvre comme l’une des plus exigeantes et des plus originales dans le champ littéraire actuel.

Le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", condense toute l’œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les trafics, tous les abîmes, mais aussi […] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n’est faite d’aucune histoire naturellement mais d’une réalité où tout se perd"… Desportes ou l’impossible récit – fût-il autobiographique.
Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l’enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud… /FT/

â–º À lire :
– Entretien avec Bernard Desportes : "De l’abîme à l’éternité" ;
– Un autre article de Francis Marcoin sur Bernard Desportes : à propos d’Une irritation ;
– Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes" ;
– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.

RENCONTRE / LECTURE

Bernard DESPORTES
s’entretiendra sur son œuvre
avec Esther Tellermann et Pierre-Yves Soucy
Lectures par Bernard Desportes d’extraits de ses derniers livres

Samedi  3 mars à 15 heures, entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89

2 mai 2017

[Chronique] Bernard Desportes, La criminelle alliance des populistes

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Populiste, démagogique, marquée par le nationalisme, l’anti-élitisme et l’anti-intellectualisme, s’autoproclamant la voix du Peuple, souvent et de plus en plus ouvertement antisémite, après avoir semé la confusion programmatique dans les thèmes autant que dans les cibles avec le Front National, la campagne conquérante de Mélenchon arrive à son terme logique : servir de passerelle ou de marchepied à son double confondant : le Front National.

Se positionnant comme le Chef (le Duce), l’homme providentiel au pied duquel le Peuple va pouvoir se réfugier comme au pied d’un Père, Mélenchon aura repris toute la symbolique des dictateurs sud-américains, toutes les promesses impossibles et les illusions des bonimenteurs populistes avec qui toutes les clartés programmatiques sombrent dans un flou calculé insaisissable au profit des prétendus intérêts d’un Peuple parfaitement désincarné… Cibles :

      la finance, représentée par les juifs (Macron n’était pas seulement banquier, il fut surtout pour Mélenchon comme pour Marine Le Pen banquier de la banque Rothschild, famille tout à la fois juive et européenne, extra-nationale donc, emblème séculaire de la haine de tous les antisémites) ;

      l’élite, traditionnellement représentée par les juifs et la social-démocratie, lesquels symbolisent l’extra-nationalisme, l’ouverture, la mesure, la tolérance et les réformes réfléchies contre les extrêmes. De Léon Blum à Laurent Fabius, ces intellectuels brillants qui représentent tout ce que les populistes haïssent au plus haut point dans leur peur et le rejet d’un monde nouveau – Rothschild étant pour eux le symbole même de ce qui les rassemble dans la haine des juifs sans nation et sans racine.

 

Comme on sait, c’est le refus par les communistes d’une alliance avec les sociaux-démocrates, c’est-à-dire la haine de la social-démocratie par les communistes qui a permis l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne.

A quoi assiste-t-on aujourd’hui ?

En refusant d’appeler à voter pour Macron (ancien ministe d’un gouvernement socialiste et ancien banquier de la banque Rothschild), Mélenchon et une grande partie des mélenchonistes sont prêts à œuvrer à l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir plutôt que de se “salir les mains” en appelant à voter Macron. C’est une responsabilité historique : un crime contre la démocratie, un crime contre  la pensée libre.

Mais qui paiera le tribut le plus lourd en cas d’arrivée au pouvoir du Front National ? le peuple, bien sûr, ce peuple dont les populistes se gargarisent mais qu’ils méprisent ainsi profondément.

Question (pour aider le leader grec de la gauche Yanis Varoufakis qui ne comprend pas l’attitude de Mélenchon pour ce second tour) : pourquoi Mélenchon a-t-il appelé à voter Chirac contre Jean-Marie Le Pen (quand le Front National ne représentait que 18 % contre 40 % aujourd’hui) ? C’est que Chirac ne représentait pas les deux haines fondamentales des populistes : la social-démocratie et les juifs… C’est aussi que depuis 2002 les programmes de Mélenchon et de Marine Le Pen n’ont cessé de se rapprocher jusqu’à se confondre…

Comme on le sait, un certain nombre d’intellectuels ou d’artistes (l’élite donc, et des nantis quoi qu’ils disent), généralement proches du Parti communiste, refusent de se “salir les mains” et appellent à s’abstenir plutôt que d’appeler à voter Macron – alors qu’ils savent parfaitement que l’abstention favorise Marine le Pen… Leur argument fallacieux ne tient pas : voter pour Macron ne signifie pas adhérer à son programme, mais faire le seul geste possible contre l’arrivée au pouvoir du fascisme.

Cette lâcheté intellectuelle qui consiste à ne pas prendre parti dans une situation aussi grave les déhonore historiquement.

24 novembre 2015

[Chronique] Bernard Desportes, Onfray comme une outre

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M. Onfray accuse les démocraties occidentales d’être les vraies responsables des attentats commis par Daech à Paris dans la nuit du 13 novembre – 130 morts et plus de 350 blessés. Tandis que M. Hani Ramadan accuse, lui, les services secrets israéliens. Pour l’un comme pour l’autre : tous responsables sauf les islamistes.

De la part d’un idéologue des Frères musulmans, tel M. Ramadan, ce n’est guère étonnant ; mais finalement de la part d’un penseur foireux, idéologue identitaire aux discours populistes et aux thèses géopolitiques voisines de l’extrême droite, ce n’est pas étonnant non plus.

La logorrhée discursive et publicatoire qui tient lieu de pensée à M. Onfray est sinistre de bêtise, affligeante de prétention boursouflée, consternante de sophismes, injurieuse de toute véracité, inquiétante de mépris pour les lecteurs et auditeurs les plus fragiles ou les plus naïfs qui le suivent.

Avec les “arguments” qui sont les siens, M. Onfray Michel pourrait également dire que les démocraties occidentales (avec le soutien des Juifs ?) ont été responsables du nazisme. Car, sans doute aucun pour notre penseur aussi creux que fat, tout est dans tout et inversement. Forte pensée. Pense-t-il également, Mimi, que la médecine du XIVe siècle était responsable de la peste ? Philippe VI, roi de France, pensait, lui, déjà, que les Juifs en étaient responsables…

 

Le fanatisme islamique (Daech et autres) est l’excroissance barbare (et la conséquence logique) d’une idéologie totalitaire : l’islamisme. Le terrorisme qu’il pratique n’est qu’un moyen parmi d’autres, comme les prêches et les fatwas, au service de la propagation de cette idéologie. Daech n’est qu’un exécutant de l’islamisme. Comme la gestapo l’était, au service du nazisme. Les attentats terroristes ne sont qu’un moyen au service d’un objectif : l’instauration de l’islamisme par la destruction des démocraties occidentales, de la pensée critique occidentale, de la culture occidentale, du mode de vie libre, pluraliste et contestataire des occidentaux. Il s’agit là d’une volonté de destruction fondamentale comme l’était celle des camps de concentration au service du nazisme, comme l’étaient l’internement psychiatrique et le goulag au service de l’idéologie stalinienne. Précisons que pour ces trois idéologies totalitaires (nazie, stalinienne, islamiste), l’accomplissement de leurs desseins passe, d’abord, par l’élimination des Juifs, puis l’élimination de la démocratie, l’annulation enfin de toute pensée critique.

Il faut être absolument stupide (ou pire ?) pour dire ou même seulement laisser entendre que les actes terroristes du 13 novembre à Paris découlent des politiques des démocraties occidentales. Ces actes barbares sont l’émanation directe (et prévisible) de l’idéologie islamiste, telle qu’elle est véhiculée par le salafisme, le wahhabisme et les Frères musulmans – idéologies fondamentalistes. Ce sont eux, aujourd’hui, les ennemis de tout ce que représentent la pensée libre et la liberté dans les démocraties occidentales.

 

M. Onfray, dans un euphémisme honteux au regard de la pensée critique, nous assène du haut de sa fatuité : “La civilisation islamique à laquelle renvoie l’Etat islamique est en effet puritaine”… Comme cela est joliment dit pour parler d’une “civilisation” qui : égorge ou décapite les opposants ; utilise les femmes et les enfants comme bombes humaines ; s’empare des civils comme boucliers ; rafle des enfants et des femmes qu’elle utilise ou vend comme esclaves sexuels ; enferme et voile les femmes en les réduisant à de simples objets au service de ses adeptes et les soumet à leurs besoins ; lapide et ampute comme châtiment ; détruit toute œuvre humaine antérieure à l’islam ; interdit partout où elle en a le pouvoir la libre parole, la musique, la littérature, la lecture, la peinture, le sport… J’en passe.

Ainsi, la “pensée” de M. Onfray est-elle une insulte aux millions de musulmans humanistes.

Sa rhétorique primaire et populiste est, elle, une insulte à toute pensée critique.

S’il n’était gonflé comme une outre de sa suffisance, nous inviterions M. Onfray à se taire quelque temps, à se ressaisir s’il le peut et peut-être à s’inscrire à ces cours du soir qu’il prétend dispenser aux amateurs avec cette condescendance qui est sa marque.

Nous lui ferions également remarquer qu’il a la chance d’être dans une société libre, née d’une civilisation (mais sait-il seulement ce que c’est ?) de liberté et qu’il est ainsi parfaitement libre de poursuivre, s’il y tient, ses élucubrations foireuses – car, encore en démocratie occidentale, nous ne sommes ni sous le joug de l’islamisme ni containts par aucun puritanisme. Nous lui indiquerions néanmoins que nous ne nous laisserons pas faire par ceux-ci et que nous sommes prêts à nous battre pour conserver ces libertés qui découlent de notre démocratie.

13 septembre 2015

[Texte-chronique] Bernard Desportes : La honte, encore

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Qui sommes-nous ? une multitude de peuples, venus des quatre coins de la Terre qui n’en possède pas : terre unique et ronde mêlée de tous les paysages, de tous les sangs, de toutes les voix humaines. 

D’où venons-nous ? d’une succession de cultures diverses que – par delà les guerres, les religions, les obscurantismes et les barbaries – nous avons su, inexorablement, brasser, renouveler, perpétuer à travers la Renaissance, la rigueur classique, les Lumières enfin, porteuses de leur idéal de liberté  et leur conviction d’égalité. "Tous les hommes naissent et demeurent égaux en droits" – il nous aura fallu plus de vingt siècles pour arriver à cela : abolir la soumission religieuse et son voile d’obscurantisme sur les esprits, reconnaître l’égalité de tous les hommes. Puis deux siècles encore de combat pour arriver, difficilement, à  l’égalité des hommes et des femmes. 

Conquêtes fragiles et, nous le savons,  jamais acquises : l’âge d’or ne fut que de courte durée… Le X X e siècle aura connu la barbarie de l’Allemagne nazie, du fascisme et du franquisme,  celle de la dictature sanguinaire de Staline,  de Mao, de Pol Pot, ou encore du très catholique Pinochet… Le X X I e siècle s’ouvre en grande pompe sur le renouveau des religions avec son lot de fanatisme et de barbarie fondés,  comme au Moyen Âge,  sur une prétendue loi divine : égorger,  violer, réduire en esclavage se fait en parallèle à la destruction systématique de toute expression culturelle (livres, sculptures, monuments…) : "Dieu n’est pas un artiste", disait Sartre, ses larbins non plus. Seuls détenteurs de la Vérité, ils n’aiment ni la culture ni les hommes (et encore moins les femmes), ils ne conçoivent ou n’acceptent l’être humain que soumis ou mort : détruit toujours.

Face au déferlement des fanatismes religieux qui menacent toute civilisation, nos dirigeants tergiversent, cherchent des accommodements et distinguent avec minutie les religions radicales des religions modérées : il faut faire la part, disent-ils, entre ceux qui professent radicalement Dieu et ceux qui ne le professent que modérément…

Enfin, à  côté,  en parallèle et parfois avec, se dresse à  nouveau, rampant  (mais de moins en moins) le mufle court de à la bête hideuse de haine et de mépris. En France c’est le Front National et ses visées programmatiques de nettoyage ethnique. Auquel  il faut ajouter tous ceux qui chassent sur ses terres : les sarkozystes, les populistes et tous les petits fascistes de la pensée rance, molle et sournoise : ceux qui n’osent pas penser tout haut. Leur dernières trouvaille : "la France ne peut accueillir toute la misère du monde". Au nom de cette pensée hypocrite et imbécile, nous ouvrirons nos portes à  20 000 migrants fuyant la Syrie soumise aux massacres de Daech et du boucher Bachar. Sur 66 millions d’habitants, ça  fait 1 migrant accueilli pour 3300 habitants ! Vive la patrie des Droits de l’homme ! Mais déjà Sarkozy s’insurge et propose de les parquer d’abord pour en faire un tri. Cependant que la majeure partie des pays de l’Europe refuse d’accueillir même 1 seul migrant sur son sol, ferme ses portes, sort ses matraques et érige des barbelés…

Où allons-nous ? "Nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles", disait quelque part Valery. Nous y allons vers cette mort tranquille et gavée, nous y serons bientôt  – mais avant cela, et aujourd’hui même,  par quelle honte, encore ?

18 février 2015

[Chronique] Bernard Desportes, Le silence de Barbarin

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Après sa lettre ouverte à la ministre de la culture, l’écrivain et polémiste Bernard Desportes, bien connu par les Libr-lecteurs, s’attaque à la position ambiguë de l’Église sur l’antisémitisme ambiant.

 

Inexorablement, méthodiquement, masqué ou ostensible (de plus en plus), l’antisémitisme se répand, progresse, s’affirme, s’impose : en France, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Belgique, au Danemark… il métastase à travers toute l’Europe comme il triomphe au Moyen-Orient, comme il a triomphé, ici, dans les années trente.

Ici même, en France, la haine multiséculaire des Juifs relève son groin de haine, de bêtise et de barbarie. Enlèvement, séquestration, torture (Youssouf Fofana, du “gang des barbares”), assassinat d’enfants (Merah), assassinats de groupes en France (Ahmedi Koulibaly), en Belgique (Mehdi Nemmouche), au Danemark (Omar Abdel Hamid El-Hussein), discours suivis et acclamés des sinistres Soral ou Dieudonné M’bala M’bala… Le voile brun immonde de l’antisémitisme s’étend à nouveau sur l’Europe quelques décennies seulement après Hitler et Pétain.

Dans les années trente, cette haine avait pour noms Action Française et Eglise catholique ; pendant l’occupation de l’Allemagne nazie, elle avait pour noms pétainisme et Eglise catholique ; dans les années cinquante, elle avait pour nom poujadisme et Eglise catholique ; aujourd’hui elle a pour noms Front National, islamisme et silence de l’Eglise catholique…

Et c’est toujours les mêmes ingrédients :

  • la haine de l’Autre,

  • la haine de la différence,

  • la haine de la démocratie,

  • la haine de la liberté de penser,

  • la proscription et la condamnation du blasphème,

qui trouvent leur fondement dans le totalitarisme et le fanatisme religieux.

Obscurantisme auquel il convient d’ajouter la faillite intellectuelle de tous ceux qui drapent leur antisémitisme rampant du prétexte hypocrite et fallacieux d’une condamnation de la politique de l’Etat d’Israël.

Au bout du compte, toutes ces haines obsessionnelles trouvent leur point de rassemblement et d’aboutissement dans l’antisémitisme.

 

Dans un pays (la France) qui connut un régime (celui de Pétain, adulé par l’immense majorité de la population, largement d’obédience catholique) ouvertement et légalement antisémite, c’est une honte majeure que d’assister à l’effrayant silence de certains, notamment quand il s’agit de gens investis de responsabilité nationale, à commencé par le terrible silence du “primat des Gaules”, chef de l’Eglise catholique – alors que se déchaînent à nouveau en France les propos, les actes et les crimes antisémites.

Trempée jusqu’au cou depuis le début de son histoire dans l’antisémitisme, l’Eglise catholique (qui n’a jamais fait l’auto-critique de son soutien sans faille au régime antisémite de Pétain) se tait. A commencé par son chef, le cardinal-archevêque-primat des Gaules Philippe Barbarin.

D’où vient ce silence ?

Ce Barbarin si bavard pour dénoncer le droit à l’avortement et le mariage homosexuel ; si omniprésent, bavard et gesticulant dans les manifestations contre le mariage pour tous aux côtés du Front national, des UMP et autres dignitaires catholiques et musulmans – que dit-il face aux crimes antisémites qui souillent l’être humain comme ils souillent la France ces derniers jours ? Rien.

Oserez-vous dire plus tard, Barbarin, comme le fit l’Eglise catholique après la chute d’Hitler : on ne savait pas ?

Après le “silence” de Pie XII (dont on dit que ce si bon pape François envisage la canonisation, c’est une manie…) face a la volonté nazie d’extermination des Juifs, ne sentez-vous pas, Barbarin, que votre “silence” est odieux et indigne ?

D’où vient votre mutisme devant l’antisémitisme, primat des Gaules ?

D’où vient que vous n’appeliez pas à manifester contre cette barbarie, Barbarin ?

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