Dans cette interview, Philippe Castellin et Jean Torregrossa nous parlent des motivations et désirs qui les ont animés pour réaliser le numéro de Dock(s) "Le son d’amour – Leçon d’amour", des enjeux qu’il sous-tend, ainsi que de leur travail de performance au sein de Akenaton. (more…)
18 avril 2008
[video] Akenaton + Dock(s) « Le son d’amour – Leçon d’amour »
5 avril 2008
[video] Jean-Marc Montera : SONS DE PLATEAUX et Dock(s)
Jean-Marc Montera, musicien, qui dirige aussi le GRIM à Montevideo (Marseille) a réalisé le dernier numéro de Dock(s) "Le son d’amour – leçon d’amour" en collaboration avec Akenaton, le duo de performeur composé de Philippe Castellin et Jean Torregrossa, qui dirige la revue.
8 mars 2008
[FESTIVAL] SONS de PLATEAUX, MONTEVIDEO
Du 12 au 15 mars 2008 à montévidéo
Rencontres musique, performances, poésie, lectures, danse, arts plastiques, radio, conférences, concerts.
24 février 2008
[vidéo] Philippe Castellin à propos de DOC(K)S (2/4)
C’est en Corse que nous avons réalisé ce deuxième entretien avec Philippe Castellin (voir le premier). Dans celui-ci nous en revenons à la revue DOC(K)S que les éditions Akenaton éditent et réalisent depuis 1990, suite à son abandon par Julien Blaine et les éditions NèPe. Au cours de notre discussion nous mettons en perspective les enjeux des nouvelles technologies et leur apport pour la revue DOC(K)S. Mais aussi les futurs dossiers de celle-ci, notamment celui de Le son d’amour qui paraîtra en mars 2008, en collaboration avec Jean-Marc Montera. Cela permet parallèlement de mieux saisir encore les enjeux du travail de performance du groupe akenaton (Jean Torregrossa et Philippe Castellin).
12 février 2008
[Entretien vidéo] Philippe Castellin
Dans le cadre du Festival Roaratorio de Genève, nous avons réalisé un entretien avec Philippe Castellin. Celui-ci est le premier d’une série de trois : le premier concerne les origines de la pratique de Philippe Castellin, et les questions généalogiques. Le second sera sur les pratiques contemporaines et actuelles, il aura lieu en Corse. Et le troisième portera sur les perspectives à venir, notamment la question politique en liaison aux pratiques esthético-poétiques.
5 octobre 2007
[Recherche]Forum SGDL : L’avenir et le contenu de l’oeuvre de création par l’écrit [II/ Médium et modalité de diffusion]
Dans la première partie de ses analyses [en vue du forum de la SGDL du 8 octobre], j’ai tenté, brièvement, de mettre en évidence 1/ en quel sens le rapport à l’écriture repose pour une part sur la modalité du lecteur, et 2/ quelle pouvait être la variation intentionnelle de la lecture en rapport aux nouvelles modalités de diffusion.
Dans cette seconde partie de réflexion, je vais tenter de cerner plus spécifiquement les modalités d’écriture en relation aux modalités techniques de support de l’écrit et de dégager en cela certains principes typologiques de création/diffusion de l’écrit. Ma troisième partie portera sur les expériences novatrices d’écriture et en quel sens la médiation technologique du web et plus largement du numérique ouvre des possibilités d’écriture encore très peu exploitées au niveau du web-littéraire français.
Ici s’engage davantage la question de l’avenir de l’écrit, l’avenir de ses contenus.
Comme je le précisais d’emblée en me référent aux feuilletons dans les journaux, qui ont eu une grande importance, l’écriture ne se donne pas essentiellement comme s’il y avait une vérité de l’écriture métaphysiquement déterminée qu’il fallait alors incarner, mais toujours historiquement selon des conditions qui tiennent aussi bien à la langue (sa variation historique, ses mutations) qu’aux strates sociales où sont produits les textes (éducation de l’écrivant, etc), qu’aux supports de sa diffusion… L’écriture est en ce sens impure toujours engendrée selon des conditions qui lui sont extérieures. Ce constat n’est pas nouveau, Platon dans la 3ème partie du Phèdre, consacrée à la naissance de l’écriture liée à Theuth, amorçait cette question. De même que stratégiquement, sachant cette impureté et le relativisme de toute écriture en rapport au temps, il prenait garde de séparer ce qui a lieu dans le dialogue du dialogue lui-même : non pas artifice littéraire, mais le dialogue indirecte (transmission d’un dialogue toujours déjà passé) est relié à la relativité de l’écriture et à sa situation historique.
Ainsi, face aux alarmistes, face à ceux qui clament haut et fort que la littérature est en péril, que le livre serait la proie des maux les plus graves, à savoir de l’emprise sur l’individu des dimensions web (tel encore dernièrement Beigbéder comme l’explique parfaitement Maud Piontek sur son très bon blog), il est nécessaire de prendre une certaine forme de recul, pour saisir sans a priori ce qu’implique le web, de part sa technologie, au niveau de l’écriture.
Tout d’abord, comme je l’avais analysé il y a déjà quelques années dans une conférence faite à St Etienne lors du colloque E-formes à l’invitation d’Alexandra Saemmer, il est nécessaire d’examiner ce support au niveau ontologique, et de le comparer à ce que représente le livre, pour saisir précisément en quel sens se produit 1/ une logique de déplacement de l’espace d’écriture, nécessité par des conditions économiques, 2/ se constitue la possibilité de nouveaux types d’écriture spécifiquement liés au net.
1/ Ontologiquement, il y a une différence stricte entre la médiation technologique du web et le livre ou la page matérielle. Le support web n’est pas une page matérielle, à savoir lorsque l’on regarde l’écran, et que l’on voit s’afficher un texte, ce texte, en-dehors du geste intentionnel de le faire apparaître, n’existe pas en tant que tel, il n’est qu’un ensemble de codes programmés qui en puissance peut s’actualiser ainsi sur mon écran. Ce code du texte est la traduction numérique du langage naturel. Le code n’est pas lu par le lecteur, mais il reste en retrait, pouvant être activé de tout autre lieu et produire indéfiniment ce même texte dans des géolocalisations distantes, des moments distincts. Alors que le livre que j’ai face moi, est un étant, il est déterminé matériellement, la matrice qui a servi à le composer (imprimerie) n’opère plus quand je le lis. Quand je pose le livre, si certes il n’est plus qu’un tas de papier et d’encre demandant l’actualisation d’une intentionnalité lisant, il n’en reste pas moins pour moi un livre, là , matériellement présent, ne s’absentant pas, ne disparaissant pas.
La logique du livre obéit à la logique du médium. Un livre peut se composer de plusieurs médiums d’ailleurs, mais ils sont associés, et parfois seulement juxtaposés. Si je peux associer et fondre l’image au texte, je ne peux que juxtaposer le son ou la vidéo au livre et ceci en incluant d’une manière ou d’une autre un autre médium : une rondelle de plastique.
1.1/ La logique de la médiation technologique du web se compose tout autrement : le médium n’est autre que le code numérique, à savoir ce qui est le résultat du programme. Ce code est homogène quelque soit les contenus. Ce qui est remarquable quand on commence à s’intéresser au code, c’est que l’on peut produire aussi bien du son que de l’image, que du texte [l’image que je donne ici à côté de ce texte, est issue d’une programmation en pure-data [performace [bod code project]] : la programmation génère du son + de l’image en 3D + du texte, en dépliant une structure filaire schématique]. Ainsi, on ne juxtapose pas des contenus, mais on déplie et on organise un espace virtuel. Virtuel au sens strict, à savoir qui est en puissance d’être actualisé, mais qui n’est pas actualisé. De fait ce qui obéissait à des médiums spécifiques appartient à un médium global. Par conséquent la différence qui s’actualise à l’oeil, est surtout le résultat pour nous d’une liaison analogique à des expériences de médiums spécifiques, alors que, comme je l’avais démontré lors d’un conférence au Collège International de philosophie, il s’agit surtout d’abstract.
La différence médiumnique est un trompe l’oeil au sens platonicien du terme [ref. République X, sur la hiérarchie des imitations]. Je crois voir de la vidéo, alors que fondamentalement ce n’est que du code informatique diffusé par paquet au même titre que le texte, le son, les images non animées.
2/ Cette analyse ontologique a des conséquences précises au niveau du rapport économique que l’on entretient à l’écrit.
Le médium papier obéit du fait même de sa matérialité à des coûts de production qui sont liés aussi bien à la stricte matérialité, qu’à la production de chaque livre, qu’à sa diffusion (répartition dans l’espace géographique). Si on fait une matrice pour tous les exemplaires d’un livre (ce que l’on nomme le flashage) toutefois, chaque exemplaire devra être produit et ensuite diffusé, c’est-à -dire acheminé selon une répartition géolocale (l’exemplaire implique un coût propre en tant qu’unité produite). Depuis Adam Smith, on connaît le fonctionnement de ce type d’économie et en quel sens il n’est pas possible de diminuer indéfiniment les coûts d’une telle production. Un tel mécanisme lié à la matérialité a permis l’instauration d’une certaine forme de hiérarchisation aussi bien des maisons d’édition que des auteurs.
Sans même parler de qualité de maisons d’édition, ce qui me paraît souvent obscur en ces temps-ci, le désir de l’auteur (à savoir la maison d’éditions désirée) est souvent celle qui a une des meilleures diffusions au niveau géographique, médiatique, etc… A savoir celle qui peut assumer un coût important dans la production/diffusion et permettre potentiellement de toucher le plus de personne.
En ce sens, les petits éditeurs, qui sont nombreux en France, telles les éditions Hermaphrodite qui ont publié mon roman Pan Cake, sont immédiatement limités quant à leur possibilité de production/diffusion, quelque soit leur volonté. La limite est d’abord ontologique du fait de la matérialité de la chose, et consécutivement économique.
21 décembre 2006
[Recherche] Darwin comme un roman, Philippe Castellin
Rapide- répons à 2 textes de C. Hanna [lire +] et Ph. Boisnard [lire +]
Musique : Keyboard Study #2 – Terry Riley
À juste titre, me semble-t-il, Philippe Boisnard dans un article qu’il consacre à DOC(K)S, commence par constater qu’il existe un souci commun à beaucoup des contributions qui constituent ce numéro “théorique†, celui-ci les agençant (là encore PH. Boisnard voit juste) d’une manière significative, calculée ou se voulant-t-elle. Souci commun : l’action. Mais aussi matière à divergences et discordes, que Philippe Boisnard, dans la suite, propose de structurer à partir de la confrontation entre deux textes qu’il estime caractéristiques à cet égard, celui d’Alain Frontier et celui de Christophe Hanna. Il est vrai que le fait que les pages d’Alain Frontier concernent de manière polémique l’un des livres publiés par Hanna (Poésie action directe) rend plus patentes, à certains égards, ces divergences, vrai également que la dimension nominative des choses pourrait bien contribuer à obscurcir le débat. Pour moi, je tiens à souligner que les critiques, les débats « théoriques » voire, ne sont pas chose négative et stérile, au contraire – Même si, en définitive, ce sont les Å“uvres qui importent, et l’emportent. En tout cas si, maintenant, je tente de « répondre » à Ph. Boisnard et, indirectement, à C. Hanna, ne pas y voir le signe d’une animosité ou d’une hostilité mais au contraire celui de l’intérêt et de l’estime que j’éprouve à leur égard.
Comment donc A. Frontier, – Ph. Boisnard dixit – aborde-t-il l’action ? – Le socle « épistémique » de la position de Frontier serait constitué par une conception déterminée de la poésie que Ph. Boisnard rattache à la « modernité ». Dans cette conception, la poésie est envisagée comme langage visant à l’expression des limites mêmes du langage, rapporté au « Réel » donc. Pour citer Boisnard : « la poéticité mise en avant est donc celle de l’arrachement de la situation symbolique, sociale, politique qui détermine le sujet, en direction d’un réel voilé… nous comprenons que le langage doit faire trouée… ». Jusqu’ici, si l’on accepte d’oublier le texte même d’Alain Frontier (je me garde bien de demander s’il correspond ou pas aux assertions de Philippe Boisnard, Alain Frontier étant bien capable de se défendre ou de rectifier si besoin est) on peut convenir que le type de poétique évoquée se trouve effectivement formulée et présente dans l’histoire de la poésie, au XIX° et XX° siècle. On songera aux romantiques allemands, aux surréalistes. Et il est possible que certains des poètes réunis par « THÉORIES-DOC(K)S » soient également porteurs, dans leur poétique sinon dans leur pratique de la poésie – ce n’est pas nécessairement la même chose – de cette conception qui, structurée par le rapport poésie/Réel, est évidemment susceptible de multiples variantes selon « le » Réel (ou l’ « Etre ») dont on parle. En tous les cas cependant, la poésie s’y rattache à une thématique du forçage et de l’indicibilité. Il suffit, pour cela, qu’un référent absolu, un Réel Majuscule soit posé, hors d’atteinte sauf par Voie et Voix poétique.
Il est tentant d’approfondir cette structure afin d’y retrouver, ainsi que le fait Ph. Boisnard, la marque expressive d’une onto-théologie basée sur une transcendance verticalisée, entre zénith et nadir déclinable. Au poète, à l’Artiste, il appartient d’avoir relation privilégiée avec les cieux ou les abîmes, la chose est ancienne et connue, et chargée de conséquences précises dans les modalités de monstration (de « rencontre ») de l’art, ou dans les procédures éditoriales et le rapport au « livre » où elle s’exprime de manière concrète à travers ce que C. Hanna qualifie « d‘ hypocrisie », soit ce que j’ai appelé « l’ensemble des procédures très intéressées par lesquelles la poésie ou le poème neutralisent formellement leur insertion dans le monde, en occultant globalement la relation qu’ils entretiennent à l’univers des medias, des techniques, des circuits de diffusion et de production… » (« DOC(K)S mode d’emploi ») – Calme bloc ou météorite, le poème-alien tombe dans un monde qui lui serait étranger et, comme dans le film auquel je songe autant qu’à Mallarmé, la foule, mystérieusement instruite de l’événement, s’assemble muette, pour adorer la pierre noire. J’ajoute que, comme Ph. Boisnard, j’estime que nous sommes loin d‘en avoir fini avec cette vision théologique de l’art, toujours prompte à ressurgir malgré les coups qui lui ont été assénés, notamment, par les avant gardes du XX° siècle. Nul hasard si l’article que j’ai écrit dans le même numéro s’achève par l’injonction, ironique, d’avoir à « en finir avec le moyen Age » – sentence à laquelle je
31 octobre 2006
[chronique] News de la blogosphère#2 : itinéraire(s)
Xavier Leton nous donne à suivre son itinéraire sur les revues numériques [ici]. A partir de vidéopodcasts et d’audios, il nous permet d’entendre aussi bien Julien Blaine à Marseille, revenant sur la création de DOC(K)S que Philippe Bootz à Villeneuve d’Asq pour la revue Alire. Cet itinéraire est monté un peu comme une enquête/reportage, ce qui nous plonge dans l’atmosphère des lieux traversés. Ce début de parcours, qui le mènera sur les rives d’Ajaccio début décembre, permet de mieux comprendre, notamment avec Bootz, les enjeux de la création de revues numériques, ayant la nécessité de ce support pour le fonctionnement des oeuvres présentées.
Itinéraire(s) sur la poésie, tel semblerait être le cas, avec ce qui s’ouvre comme débat à partir du dernier numéro de DOC(K)S, au sens où suite à ma tentative d’éclaircir, ou plutôt de poser explicitement le débat entre Frontier et Hanna, Pierre Lepillouër sur sitaudis, vient de rendre visible sa recension. Assez rapidement, il prend doublement position, à la fois poétiquement, reliant sa pensée immédiatement à un passage de Frontier, et quant à la pertinence des recherches qui sont ouvertes aussi bien par Hanna que par moi-même.
Il est ainsi amusant de lire que : « le récurrent engouement des jeunes gens pour les gadgets et croyances scientistes de l’époque » conduit à des positionnements illusoires : comme le fait de réfléchir aux porosités entre sciences et poésies, etc… Amusant au sens où beaucoup d’avant-gardes du XXème siècle se sont en quelque sorte appuyées sur certaines angularités scientifiques pour se constituer et fonder théoriquement leur(s) approche(s). Ainsi, je rappelais dans mon article, que les surréalistes — et il faudrait relire Breton et son insistance théorique — se réfèrent à la théorie de l’inconscient, et conçoivent comme médiation-technique à la dimension de l’inconscient certains types d’exercice, telle l’écriture automatique. De même, il faudrait questionner la liaison entre la psychanalyse lacanienne et les avant-gardes des années 60-70. Tout simplement, c’est une forme de leurre que de croire que les théories qui constituent une époque sont excluent, séparées, déliées et n’interviennent d’aucune manière dans un geste d’écriture. Elles peuvent intervenir aussi bien par l’imprégnation technique qui y est liée, que par un écho ou un savoir théorique ou encore dans certaine forme de reprise paradigmatique [Burroughs reprenant explicitement les théories virales de son époque pour expliquer la nature du langage] ou bien thématique [la mise en représentation des conséquences techno-scientifique dans un appareil fictionnel]. Dès lors réfléchir 1/ aux liaisons épistémologiques entre théorie scientifique et connaissance de l’objet poétique; 2/ aux relations internes qui sont jouées dans la formation d’un objet poétique, semble nécessaire si on s’intéresse à la constitution de ces objets et aux faits de comprendre comment ils fonctionnent. Les théories scientifiques, et certaines limites qu’elles peuvent contenir, ne sont pas des gadgets, mais font aussi partie des prismes constitutifs de notre rapport au monde.
Le débat reste encore à poursuivre…
Itinéraire qui prend fin, peut-être provisoirement fin ou bien définitivement : François Bon présente sur remue.net la fin de la Revue Lignes, en citant longuement la préface de Michel Surya :
« Cette cessation constitue-t-elle une fin définitive ou une fin provisoire ? Impossible de le dire au moment où nous mettons la dernière main à ce numéro, le cinquante-neuvième d’une série qui aurait eu vingt ans en 2007. Qui les aura, peut-être, par le jeu de qui sait quelle chance qui l’a sauvée les deux fois qu’elle a déjà failli disparaître. Qui ne les aura peut-être pas : à quoi il faudra chercher des raisons qui dépassent de beaucoup le seul sort de Lignes, et son destin intellectuel. »
29 octobre 2006
[recherche] Théorie(s) de l’action : à propos du Doc(K)s théorique
Il s’agira de parler de deux perspectives sur l’action qui sont exposées dans le premier numéro [n° 1-4] de la 4ème série de DOC(K)S, car en effet, à moins de vouloir développer un essai complet sur la poésie, il apparaît impossible de saisir dans le détail la somme de ce dernier numéro. Seul le choix d’une ligne de structuration peut permettre de comprendre en quel sens se joue des tensions critiques, théoriques et pratiques. Et pourtant… Et pourtant, l’action hante de très nombreux articles, on les croisera, de nombreux en revenant même à sa descendance, à ses origines grecques. Ce numéro n’est pas celui sur l’action, mais il en est ici certainement plus question que ce ne le fut précédemment, même si cela fait moins œuvre. Plus question, car donné par beaucoup comme question même de la poésie, de son ouverture, de sa réalisation.
L’action : le choix de deux textes, celui d’Alain Frontier développant une critique explicite de la théorie de la poésie action directe de Christophe Hanna, et le texte de Hanna renforçant les bases épistémologiques qui sont les siennes dans son livre pris ici en grippe. Choix de deux textes qui ne pourra ignorer cependant ceux qui croisent ces deux axes, tels ceux de Pey, Darras ou encore Leibovici. Pourquoi choisir ces deux perspectives ? Non pas seulement parce qu’elles sont l’une à côté de l’autre, mais parce que l’une et l’autre me paraissent synthétiser deux voies qui s’opposent aussi bien quant à la définition ontologique du sujet, que quant aux spécificités qui déterminent épistémologiquement la possibilité de saisir les enjeux d’une création donnée.
20 octobre 2006
[Revue] DOC(K)S POESIE(S)/THEORIE(S)
>> Revue DOC(K)S, Quatrième série, n°1/2/3/4, Poésie(s), théorie(s) + Film (DVD rom)[entre 2 siècles]
[site]
450 pages, 50 €
Plutôt que de mettre un extrait, et avant de faire une chronique — travail qui raisonnablement sera impossible et qui demandera de choisir des lignes spécifiques — je préfère d’emblée marquer l’importance historique de ce numéro de DOC(K)S, sans doute, l’un des plus importants depuis sa création.
Il n’échappera à personne, qu’une nouvelle série commence, Julien Blaine revient de son long voyage à travers la performance (bye bye la perf), et voilà DOC(K)S qui se retrouve avec son créateur historique entouré des deux acolytes qui l’ont recueilli et amener à traverser les années 90 et le début du siècle. Si ce numéro a de l’importance, ce n’est cependant aucunement pour cela. Si une nouvelle série peut commencer, cela n’a je crois que peu de rapport avec ce retour, retour de Blaine, qui de fait n’a jamais quitté DOC(K)S son nom y étant attaché, aussi bien que celui de Jean Torregrosa et de Philippe Castellin maintenant.
Si une quatrième série peut commencer, c’est parce que DOC(K)S propose une réponse historique à un certain nombre de questions historiques sur la poésie. Réponse historique qui n’est pas donnée seulement par ses créateurs [thèse], mais qui fait intervenir l’ensemble des participants de la réalité qui fonde la poésie et la littérature contemmporaine. Qu’on lise les noms : Balpe, Blaine, Bootz, Burgaud, Boxon, Castellin, Christoffel, Darras, Dreyfus, Fontana, Frontier, Game, Garnier, Garvard Perret, Giroud, Hanna, Hémion, Hubaut, Kostelanetz, Lebel, Leibovici, Limongi, Malbreil… Qu’on lise et relise les noms, qu’on les poursuive : Maraux, Menoud, Meyer, Minarelli, Molinié, Pey, Prigent, Tanabé, Simon, Sivan… et j’en oublie… Ce numéro est historique, car il pose un répons possible à la mise en question théorique des pratiques poétiques, et ceci aussi bien, par des pratiques, ce qui rejoint en quelque sorte le travail qu’a effectué cette année Denis Ferdinande dans TheoRire actes (essai) en tant que suspension de réponse face à l’injonction prigentienne de Salut les modernes, que par des ouvertures théoriques. Ce répons n’est pas celui d’une école, n’est pas celui confiné d’une édition qui s’auto-promeut, mais il est celui entrecroisé d’une véritable anthologie critique, qui n’avait pas encore été faite en France, amenant — comme j’y reviendrai dans ma chronique — de véritables affrontements non seulement sur la question de la définition de la poésie, mais aussi plus largement sur des questions ontologiques portant aussi bien sur le sujet humain que l’espace politique. Seule une revue comme DOC(K)S pouvait accomplir un tel pari, et ceci du fait que DOC(K)S est une revue de croisement, non pas lieu de fixation idéologique sur la poésie, mais lieu d’ouverture(s) des pratiques.
Le dialogue ainsi ouvert par ce numéro, pris dans la dynamique d’une juxtaposition qui ne suit pas l’ordre alphabétique, met en jeu, en tension chacune des interventions. Un choix de trajectoire a été choisi, il y a un sens à cette édition. Ceci est redoublé par le DVD, véritable film, [Entre 2 siècles], où se croisent les interventions d’Akenaton, Blaine, Giroud, Menoud, Serge Pey … autour d’une ligne de structure qui est celle de trois interventions de Paul Virilio qui de fait met en question ce qui est dit dans ces différentes interviews ou créations.
Certes toutes les interventions ne sont pas de même qualité, mais la préciosité historique de ce numéro tient justement aussi à ces déséquilibres, aux lignes de fracture, qui séparent ces paroles, ou bien ces écrits. Les qualités varient : questionnement, affirmation, cynisme, copinage, errance, impertinence, egocentrique, publicitaire, décalée, à côté, ….
Ce numéro ainsi est historique car il propose, non pas un panorama de pratiques, mais le faisceau théorico-pratique qui détermine les formes de la poésie à partir de ceux qui se situe sur ces lignes généalogiques, et ceci depuis les futuristes (Les idées futuristes après la fin des futuristes, Giovani Lista) ou Dada (Théorie DADA, Michel Giroud), jusqu’à l’usage des micro-ordinateurs (Panorama de la poésie numérique : Vers une écriture verbi-voco-visuelle, Jacques Donguy).