Sarrazine, A.I.C.L.A., n° 19 : « N’importe quoi », automne 2019, 144 pages, 16 €.
Cap au nord, nord-est – et, « monothème très ouvert », (n’)importe quoi retourné comme onguent de fumées propices dans le chaos. Oui, la poésie importe et dresse ses valeurs en contrefeu, écrit dans l’éditorial Paul de Brancion.
Dès l’abord se détache la révélation (en France, en Pologne il est déjà emblématique) de Tomasz Bąk, né en 1991. Une nouvelle génération de poètes polonais (tels Marcin Świetlicki, au cynisme appuyé, Justyna Bargielska, entrouvrant le gouffre de l’insoutenable au pays très chrétien) concasse dans une centrifugeuse le lyrisme séculaire que raillait Gombrowicz. De crudité neuve Tomasz Bąk improvise son jazz dans les gravats : « big band dans une parapharmacie. Devant le croisement on passe au chill, / – une petite impro sur un trottoir en travaux […] // Je suis nu, jazz botté large […] je plais pas au public, je me casse / la queue entre les jambes ».
Chaos, celui que décline le très décliniste (« chaque fois que quelqu’un exprime son espoir pour l’existant / je me sens mal physiquement ») Theis Ørntoft, danois né en 1984, épelant avec un humour à vif toute la gamme de ses panoplies métaphysiques et triviales, de ses traumatismes (« merci à l’avocat qui a violé ma grand-mère / pour qu’il y ait un peu de droit dans mon ADN »), jusqu’à la chute « dans le revers d’une couleur ».
Chaos très maîtrisé, plus troué qu’ajouré (« des statues de géomètres / partout cachées / dans le paysage »), celui de Dominique Quélen, de poésie efficace plutôt qu’efficiente (« parle micro plié parle / un son très mou te sorte / ni mou ni aucun », sachant distraire (« neige où je boite / boîte où je neige / tube où tu butes »), mallarméen en gageure (« loin et aucun / écart que tenir fait / mien ou à toi / son reflet ») en un précis de grand écart sinon dégagement.
Lente mesure de son amour démenée jusqu’au chaos (« completely sucked out / and the question of my future becomes insistent »), celui d’Elke de Rijcke, chaos, amour nourris de grands blancs jusqu’à ce que le français, sa langue d’écrivain, ne suffise plus, « une fois que [s]on cœur aura encaissé la vérité », et que seuls les bas de pages blanches recueillent ce qui réchappe au désastre.
Au moins « forte houle de soi estampe d’un cœur charcuté / Soigneusement » celle de Paco Friez, né à Paris en 1989 – vivant de maraîchage et d’apiculture. En vers centrés l’ordinateur chahute (« Id : à remplir si l’argument du refus est géographique / transport ») ses amours défuntes « Bérénice Nina […] / de loin en proche Alice Suzanne », lui roulant vers d’autres nébuleuses. Comme un contrepoint d’Elcke de Rijcke.
Retour nord toute avec, insoutenable d’humanité, le récit de rêve d’Ingrid Storholmen, norvégienne, dix ans quand est passé le nuage de Tchernobyl, jouant au jardin avec ses deux sÅ“urs qui ont dû subir une ablation de la tyroïde. Écrit en 2001 et 2002, avant et après son voyage en Ukraine et en Biélorussie, au plus près de la centrale nucléaire encore en décomposition irradiante. « Je ne peux pas voir mes pieds […] ne distingue qu’un gros, un énorme ventre en forme d’ellipse, fougueux, l’enfant pourrait arriver bientôt. Cela fait des jours que je sens ses poings boxer contre ma peau. Ils boxent et boxent, furieux, ou alors l’enfant essaie de me dire quelque chose […] Dans le rêve […] je regarde le plafond de la grotte, les stalactites, ça goutte sur moi à intervalles irréguliers […] un visage surgit entre deux épaules, tourné vers moi […] un regard que je n’ai vu que chez des gens extrêmement âgés […] Peut-on aimer un tel mutant ? […] il respire, ses mains boxent, et c’est là que je vois, entre les épaules, à hauteur du cÅ“ur, un troisième bras, avec des doigts […] Les deux mains normales continuent à frapper, la troisième se tend vers moi, me touche. / Je ne suis pas encore éveillée, je n’ose pas, mais nous avons conclu un pacte, la main tendue et moi, la prochaine fois je l’agripperai, je la tiendrai. »
Livraison illustrée à deux registres de photographies : celles très fondues, estompées, volontiers surexposées, rendant l ‘immatérielle matière du voyage, l’(ir)reconnaissable mêlée de touches mémorielles que démêle un code secret, celui (pour la plupart) de Jean de Breyne ; et les brutes à bout touchant de murs nus décrépits graffités, de Gérard Zlotykamien, le réel dans tous ses états, mémoriel à deux temps, vrai pendant du surréel.



animée par Laure Gauthier & Sébastien Rongier.

quoi déchiffrer le théâtre de cet accord international. Mais ce poème, cette épopée, vient de plus loin et va au-delà, ses héros sont des ouragans, des peuples en lutte, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, des galaxies, des paysans et des semences libres… 






Les événements se dérouleront entre La Boutique, Le Cercle de La Renaissance, la Place Gauthier, La Librairie "Au Poivre d’Âne" et l’angle de la Rue Foch (Arnoux).






qui repose presque uniquement sur des auteurs maison (Gallimard et ses filiales, P.O.L et Mercure de France – mais, bien entendu, entre autres, il manque Novarina et Prigent…)… Et le tout orchestré par un André Velter dont la lucidité ne peut que laisser coi : les poètes d’aujourd’hui ? "Franck Venaille le capitaine de nos peurs, Serge Pey le chaman aux bâtons, Jacques Darras l’outrepasseur, Jean-Paul Michel qui vise au style éternel, François Cheng qui réveille le vide et actionne le non-agir…" Excusez le peu – le vide, a-t-il dit. /FT/.jpg)


Tout d’abord, il faut avouer qu’il est difficile d’écrire quelque chose sur cet ouvrage numérique après avoir lu l’impressionnante préface de Dominique Quélen, aussi précise que savante, et qui coupe la mastication du texte sous le pied. On connaissait déjà les Dix-neuf poèmes élastiques de Cendrars, mais la langue y est plutôt tirée à la verticale tandis qu’ici ce sont des noms propres peu communs qui sont étirés à l’horizontale par Daniel Cabanis, donc de chaque côté, en lignes présentées sous la forme d’une colonne centrée dans la page et parfois évocatrice (entonnoir, drapeau flottant, sablier, poire
Enoncés-types repose, dans ses contraintes d’écriture, sur deux sections intitulées Dizains et Douzains, chacune d’elle proposant deux blocs de prose espacés retenus dans la partie supérieure et inférieure de l’espace de la page.
de phrases. Ces dernières sont démises de leur contexte, produisant alors une étrangeté dans le propos, pouvant aller jusqu’à relever de l’absurde (ainsi dans les Douzains, « j’étanche ma soif avec un marteau »). Des qualificatifs incongrus sont donnés à des objets, des matières inhabituelles leur sont attribuées, (« des vêtements en bois »), les objets devenant interchangeables dans leurs propriétés, les éléments naturels dans leur état physique (« L’eau est pliée dans la valise. »/ « (…) le combiné du téléphone est tout fripé. » / « les enfants en plastique » / « Les montagnes sont remplacées par du plâtre. »). L’hétérogénéité affecte les phrases elles-mêmes, soumises alors à une absence de lien interne, entre leurs segments, dans les champs sémantiques de référence (« Une poésie de cartes et de relevés est garée dans le parking au niveau moins un. » / « La partie rédigée est fautive dans un bocal sur trois mètres carrés. » / « De fortes nuits sont facilement glissées entre le pouce et l’index. »).




♦ Juliette Mézenc, Elles en chambre, éditions de l’Attente, hiver 2014, 140 pages, 15 €, ISBN : 978-2-36242-049-8.

Cette année, William S. Burroughs aurait eu 100 ans. Occasion rêvée de revenir sur un auteur qui, avec le temps, est devenu culte. Mais qui le lit encore ? Qui ouvre encore, de nos jours, un livre de Burroughs et le lit entièrement ? Il est possible de trouver sur le net un nombre invraisemblable d’anecdotes sur sa vie. Il est possible également d’y consulter de nombreuses vidéos où l’on voi




Dehors : trois chevaux, "chevalos-cadavres" qui "se chevalopent" (26-27)… Dedans : la Nausée… On sait l’autre est un agencement répétitif qui s’interroge sur le processus d’identification dans un monde aliénant, sur notre rapport à L’AUTRE… En ce temps de Nausée hypermoderne, l’Autre ce n’est pas l’Enfer, mais l’éboulement, l’effacement, le guêpier…
au Jardin de la Maison de la Poésie / Péniche spectacle, et dimanche 25 mai à 15H celle de Dominique Quélen… Et aussi : Laure Limongi et Olivier Mellano, Pascal Commère…
laquelle résonne le rire. Ils feront résonner texte et musique dans une énergie performative, sonique et galopante.
Exposition et performances, galerie et mur rue Dénoyez, 30 mai au 8 juin
musiciens, vidéastes, comédiens…
Avec ce millier de poèmes régis par une contrainte formelle (strophes hétérométriques en vers libres, avec rappel d’un vers en fin de poème), nous entrons dans la fabrique de l’écrivain. Celle de l’invention verbale : "Je TMOI et MTOI […] Vain babil du MJOI" ; "Je désuni JE le père / Fragment de colère"… Celle d’un univers dont les maîtres mots sont recensés dans l’index : "agonie", "colère", "écrire", "imposture", "inconnaissable", "misère", "père", "renoncement", "rêve", "vacuité", "vanité"…Cet univers est celui des romans, et en particulier 

CCI GRAND LILLE