La série originale initiée par Thomas Déjeammes entame sa troisième dizaine avec, pour accompagner la photo grattée, un texte de Maxime H. Pascal qui développe son propre flux de visions. [Lire/voir DREAMDRUM 20]



La série originale initiée par Thomas Déjeammes entame sa troisième dizaine avec, pour accompagner la photo grattée, un texte de Maxime H. Pascal qui développe son propre flux de visions. [Lire/voir DREAMDRUM 20]



Avec cette livraison du projet fécond initié par Thomas Déjeammes, voici notre devenir-naufrageur/é, et ce texte magnifique est signé Sébastien Lespinasse. [Lire/voir Dreamdrum 19]
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Une page d’écriture n’est pas la mer.
Écrire qu’une page d’écriture n’est pas la mer coule de source.
Cela fait une musique de couler. Un air de tomber en cascade de très loin et de très profond. Un air de début du monde quand il n’y avait que la mer et le ciel. Un rythme de chute, une multiplication de gouttes, de gouttelettes et de cordes, une façon de glisser, de se séparer en glissant, de se jeter dedans, d’inventer le dedans à force d’y tomber. De creuser la terre qui tient bon.
Une page d’écriture n’est pas la mer qui creuse la terre, n’est pas la main qui retient de couler. Une page n’est pas parages, une épave, une vague, une révolution de vagues qui bruissent sauvages dans un coin du grand cosmos trou.
Au loin, apparu ainsi en dehors de toute page, un bruissement sourd qui crève les yeux. Au proche : tout autre, un toucher qui fait paroi de l’écoute. Un coquillage d’entendre si l’on veut mais ce n’est pas tout à fait exact.
Ce qui est exact ne coule pas de source, résiste contre le vague, l’indéfini, le partout, dessine la lande, la presqu’île de terre qui sépare, refuse de glisser.
Ce qui est exact n’est pas la mer qui continue de creuser dans les réserves que la page ignore.
Ce qui est exact n’est pas la mer, le ciel tournoyant, les vagues, la révolution : vagues au creux de la terre.
Non seulement « vagues » mais encore : lieu d’infinie dissipation de toutes formes qui s’y ébauchent.
La page d’écriture glisse dedans, nécessairement, se remplit de glisser dedans, c’est comme ça qu’elle se creuse, qu’elle se fait terre, terrain vague, puis presqu’île qui refuse toute glissade, tient ferme, tient la terre ferme, tient fermement à son sable, à ses galets, à ses chemins. C’est à un certain moment de glisser que la page se forme, s’est formée, existe : résultat du mouvement incessant d’écrire, de désécrire le blanc du fond des mots, épaisseur déjà bien saturée d’intentions, de tout un monde, tous les mots faisant goutte et système vagues dans la mer langue, obsessionnellement, de quoi s’y noyer, oui, noyer sa vie dedans,- la page s’écrit, s’est écrite de résister aussi, de résister au mouvement, de rendre solide le passage en faisant masse, poids, solidité, en se travaillant par tous les bouts, structure faisant en pleine mer, la page résiste en s’inventant à côté de la langue, une vie, la vie, une vie de vivre comme souffler fort, sa respiration écrasée après une course sous la pluie, une vie de vivre comme d’entendre son propre cœur battre, une vie de vivre comme d’apprendre à marcher, à parler et à sentir, la page se résiste, sort d’elle même, elle existe comme le dehors se fait de partout avec le dedans. La page s’écrit, s’est écrite, coule et résiste un temps. Vagues tout contre.
En réserve, en dessous, dans un lieu profond du blanc de la page : les sources.
Sourdes au milieu de la mer à boire, s’écoulent secrètes, viennent irriguer, chants souterrains de la carpe, retenues parfois depuis des temps sans mémoires, inconnues bien souvent même à celui qui se tient en bouche juste en dessous : les sources surgissent un jour, évidences des choses à être ce qu’elles sont.
Simplicité des sources : elles sont.
Ce qui permet d’être.
Ce qui a un nom.
Une légende.
Un jour.
Un jour.
Un jour, le milieu de la mer à boire entre le ciel tournoyant et la terre qui tient ferme.
Un jour, le milieu du corps immergé au centre des sources. Infusions à macération lente : le lieu milieu des mers à boire, son corps gourde qui flotte, tangue et tourne. Entre ciel et terre, l’opération de se séparer qu’est le corps(,)éponge opaque à boire. Son corps engourdi, non-lieu au milieu des formes, des formules, des formes nulles, des gouffres.
Un phare une phrase une phase pour continuer l’embarcation, poursuivre les routes.
Le vide offert au milieu de la phrase, phare qui flotte au lieu milliers de vagues, la mer en face, s’ouvrir les sources vives, phase qui nous plonge, tangue et tourne. Entre ciel et terre, presqu’île disjointe, -il- en train de boire la mer, de séparer formules de l’informe, d’écouter l’appel des vents et marées. Tente plonge tête première en éclaireur : apprendre les phrasés, le milieu immergé des phrases dans les formes, les formules, les gouffres, le vide qui appelle, plonge, tangue et nous tourne. Au loin, apparu le milieu vague. Le proche à vitesse obscure. Nous s’embarque une route, un tour tout engourdi de vide, une phrase où plonger au milieu, les sources à boire, la page d’écriture qui coule sous les signes.
Une page d’écriture n’est pas la mer coule de source à boire.
Une page d’écriture n’est pas la mer entre terre et ciel.
Une page d’écriture retenue au creux de la main.
Ouverte bientôt (en signe de reconnaissance).
Nous, nageurs sommes naufragés noyés à temps partiel sirènes poissons volants substantifs hippocampes débris d’embarcadères planctons bouées bues à petites goulées glissements d’algues microscopiques.
Se noyer, c’est se mêler mélanger aux choses, dans les choses, les gens, dans les choses les gens, mélanger coincer les gens dans les choses, à l’étouffée, au creux de la main contre la bouche, silence à plus soif.
Se noyer, c’est coller se coller sans espace dans l’espace qui fait peau étanche collée dans la situation d’être là dans l’espace sans espace replié sur soi en soi presser le vide à l’intérieur, exténuation.
Se noyer, c’est être complètement compris, intégralement dévoré par les gens, l’hydrogène des gens qui se massent, pas moyen d’avoir un lieu à soi, une ligne de repli, une fuite, un petit trou, pas moyen, aucun lieu.
Se noyer, c’est prendre conscience que toutes les directions sont bonnes et ne pas être capable d’un seul mouvement.
Se noyer, c’est ne pas voir au delà de son nez, ne pas voir son nez même, ne rien voir, ne pas voir qu’on ne voit rien, croire qu’on voit tout ce qu’il faut voir.
Se noyer, c’est faire bloc, c’est être fait bloc bloqué de partout.
Se noyer, c’est se rendre compte trop tard qu’on ne sait pas nager, qu’on ne sait pas se tenir dans la mer, c’est perdre la possibilité de remuer ses mains, ses pieds, ses jambes, sa tête, c’est oublier qu’on savait se maintenir au bord de l’eau, c’est n’avoir plus aucun souvenir de la terre ferme, c’est ne plus croire à la fermeté d’aucune terre, c’est se laisser dériver dans le vague, l’informe, le mou, c’est devenir mou, couler à l’intérieur de soi, ne plus savoir grimper à quoi que ce soit, se saisir de quoi que ce soit, ne plus être quoi que ce soit, ne plus pouvoir prendre appui, glisser continuellement, devenir l’homme qui dort au fond des mers, qui a oublié qu’il dort, qui est devenu le poids mort, oublié, de sa masse de sommeils sans rêves, homme enseveli dans son propre gouffre de fatigue et d’ennui.
Se noyer, c’est mettre la terre au dessus de sa tête et pédaler dans un vide épais qui agrippe et tire vers le bas.
Se noyer, c’est sentir que le cosmos n’est rien et qu’on est rien dans le cosmos.
C’est ne pas pouvoir commencer ni finir la phrase dans laquelle on s’appelle. C’est prendre la légèreté du morceau de bois emporté par le fleuve, morceau de bois sans attaches. C’est perdre toute orientation devant la liberté trop grande qui nous est donnée, qui a toujours été donnée, offerte en secret au moment de notre venue au monde. C’est la joie de l’angoisse. L’angoisse de la joie. Le fou rire des larmes.
Se noyer, c’est l’invention nécessaire d’une autre manière de nager.
Nous, nageurs, sommes la mer, la mer multipliée, recommencée par chacun de ses bouts, sommes les éponges qui boivent, le résultat à moitié solide des averses, des pluies et des rituels d’évaporation. Nous, nageurs, apprenons à aimer en découpant dans l’immensité du mot « mer », en le réduisant en pièces, en visages, personnes, objets fétiches.
Nous, nageurs, sommes la noyade même, la jouissance de nous perdre les uns dans les autres, glissés entre les genoux anguleux, coincés dans le lieu milliers de gens noyés tout contre, le corps les idées les esprits aspirés en entonnoir.
Nous, nageurs, avons beaucoup de noms dans beaucoup de langues au milieu de beaucoup de territoires dans beaucoup d’époques. Nous avons beaucoup.
Nous nous appelons Edith, Charles, Frédérique, Maxime Hortense, André, Serge ou Lili.
Nous nous appelions aussi Ghérasim, Bernard, Gertrude ou Unica.
Nous avons encore bien d’autres noms. Nous avons beaucoup.
Nos chants s’entendent au fond des pages pour ceux qui veulent bien encore se mouiller. Nos chants entremêlés et discordants.
Nous coulons de sources, nous sommes les nageurs, sommes l’existence de la nage, sommes le mot « nage » qui se noie en quatre lettres dans l’ensemble vertigineux du vague de la mer langue au milieu du cosmos trou.
Nous coulons nous écoulons sommes écoulés, la page la page toujours recommencée.
Vagues dans les vagues, mouvement depuis profond et loin, se forme et referme et forme à nouveau l’étendue toute entière qui reste informulée.
Une page d’écriture n’est pas la mer,
"Les vies se déploieront bientôt sans heurt ni retenue"… C’est avec plaisir que nous accueillons le 19e post de cette série originale initiée par le photographe Thomas Déjeammes, qui, cette fois a travaillé en duo avec Gwénaëlle Rébillard – à la fascinante poésie visuelle de laquelle on sera sensible. [Lire/voir Dreamdrum 18]






"Ce qui s’appelle écrire et non inscrire"… et quant au "devenir-oie des écrivains sur disque dur"… Le flux intérieur critique de Stéphane Nowak suit la photo grattée de Thomas Déjeammes, l’initiateur de cette série originale. [Lire/voir Dreamdrum 17]
elle dit c’est une écaille lovée dans mes lombaires
une écorce lâchée sous les nerfs
quand je brûle je dis des bulles
quand je fume je perds mes rudes
c’est pas un sexe une ex
au secret quoi ce qui s’énerve ce qui végète
elle dit c’est pas ça elle disait pas ça
elle dit nos égards nos dégâts nos ébats dégagent, regarde
Secret fil
A 13h pile
sans point ni flèche sans carquois ni virgule
avant l’enfance des mots
frappe, frappe, les coups pleuvaient dans une longue phrase de borborygmes
ne cherchez pas à comprendre je vous en prie prenez sans compter
chaque minute de retard une fessée à la face du temps
midi avant & après
la tête assommée par les mannequins lubriques couchés dans la vitrine mélangés avec le souvenir qui n’a pas eu lieu
cet écran ne gardant que ce qui est serti
dans la gare malgré les escarpins les pieds ne touchaient plus le sol
ce qui t’arrive par flash noir triangle ovale biaisé lune
à une heure pile
demain la ride promesse de jeunesse
violence discrète
le don est venu sans odeur
la baie vitrée donne sur l’immonde la captation des messages racontera des supplices dorés souples filiformes
la jouissance est venue sans orgasme
dans la chambre ils étaient au moins deux
les hauts-parleurs annonçaient les bruits de botte
hier je connaîtrai le bonheur
je ne témoignerai pas du vrai non parce qu’il est honteux ou honorable notable ou furieux je voudrais dire
carquois virus vendetta invisible
le confort nous a tué
ce regard sans yeux derrière l’épaule qui fait réaliser l’horreur la honte la noirceur
l’hôtel est bientôt complet, le décalage horaire permet une nouvelle jeunesse ridée, à fourche rabattue, à rythme débridé
au total l’avenir était déjà dépassé par la cascade de souvenirs par anticipation
d’œuf à éclore et de
la charrue nous dévore
ne peut s’enregistrer se numériser
dans les fantaisies ils étaient des millions
ce qui s’est après — l’acte le geste irracontable
donnez nous des oies nous ferons un plumeau la verrue sur le front avec
le mot précis trahit et pourtant de généralités nous nous abstiendrons
les carrés ont remplacé les rectangles dans la censure intérieure
vous ne savez rien du dit et beaucoup du dire, les plats réchauffés passent mal, l’indigestion commence avec l’odeur, rassasié par anticipation, l’origine plante le décor du sol sans fin, demain est un hier plus puissant qu’au carré, des kyrielles de triangles entrent dans les cuisses en ribambelles, la confiture est née avant la rhubarbe, ça n’arrête pas, cette inconnue si intime au cœur de la masse, ce désir sans mot d’après les trop longues heures de discussion, ce texte effacé-volé je ne pourrai le réécrire je ne voudrais pas, brûlez les originaux effacez les traces : ce qui s’appelle écrire et non inscrire, ce qui brûlera demain l’écrit après l’autodafé, les surveillants sont partout la chambre est truffée de machines-espions, nous allons au désastre, le fantasme ne grossit que dans l’air, suce-avale-suce salade salace avérée vraie, ce qui n’advient pas au bon moment, le déjà-raté entrant dans la pièce, le déjà-tombé avant de tituber, le devenir-oie des écrivains sur disque dur, le cerveau gavé aux pixels, demain nous serons midi, quand l’heure tombe la cascade échoue, si les têtes se baissent l’exécution passe, autour des faits irracontables il y a des mots inconnus, le dictionnaire comme guide de haute montagne
C’est avec plaisir que nous poursuivons cette série originale initiée par Thomas Déjeammes : cette fois la photo grattée de Thomas Déjeammes dialogue avec l’écriture télescopée de Michel Gendarme. [Livre/voir Dreamdrum 16]
Il est entré dans le Noir-Seul à 18h35
je guettais ton fil de haine
il a lapé trois fois dans mon bol
c’est alors que la machine est sortie de
son pantalon et s’est mise à turbiner
tu orgasmais dans les frontières du mal
j’ai éjaculé sur un rêve
et je suis sorti
… pension subite
«Vie bigrement organique.»
le poème est paru dans « Les mots invisibles » en 2000 (édition du Non Verbal)
j’ai changé d’avis j’ai acheté des pantoufles
j’écris du théâtre je ne suis pas loin de penser
mais sans cesse elles se retournent ça me darde la cervelle leur accoutumance
ça me darde ça me darde
et hop! un passage encore un autre ça elles savent le faire
moi je ne vois rien à force de trop mais je m’écaille je m’héberge
elles ont la langue trop de rien et ne finissent jamais
elles se bourdent et je me gronde ça prend l’après-midi
tout comme oui c’est ça tu as vu juste tout comme toi c’est drôle
non je ne narre rien j’occupe ce sont des poissons des poissons je dis
sourcillantes au club elles s’occultent de peu oh! pour le bien je me dis
la sécurité l’accent aigre de leurs dents je veux ça
le mordillage mâchonnage des mains
la peur ça je dis toc toc toc et ça ne serait pas fini je leur marche le
côté pour que l’ombre
ce qui se revient c’est une victoire de savoir il n’y a plus de temps c’est là dans
un instant
mais qui berce
n’entendre plus
ouais’L comme toi tu vas bien si bien non
parce que à cause car ton
je ne mange point le rythme
je n’en mets pas du soin trois petits points
j’ai dansé oui ça j’ai dansé
avec elles toutes les nuits chats oui
Cette seizième contribution au projet initié par Thomas Déjeammes propose un drôle de dialogue entre texte et image, écrivain et photographe. [Lire/voir Dreamdrum 15]

Oui, bon ben, voilà, là je sens que ça va pas te plaire. Peut-être vaudrait mieux que tu fasses ton sudoku (qui porte bien son nom), ou alors que tu regardes TF1 (prononcer Tfun). Y en a qui disent qu’ils regardent Tfun pour se vider la tête. C’est faux : pour regarder Tfun il faut déjà avoir la tête vide.
Bon ben, tu vois, je fais des phrases avec des machins remâchés, des sujets, des verbes, tout le fourbi de création du monde, et alors, au lieu de rester dans l’indistinction primordiale, de macérer dans l’inconnaissance, voilà que ça prend forme. C’est drôle…
Et puis si t’es encore là, tant pis pour toi, ou tant mieux. Je ne sais pas. Je ne suis pas expert en savoir. Ce serait plutôt l’inverse En tout cas ce que je peux te dire c’est que la photo de Thomas Déjeammes me projette dans ce que la majorité verront comme un poncif : les vers de Rimbaud, tu sais Elle est retrouvée… et justement là il s’est produit un changement soudain dans ma compréhension du poème: ça fait environ cinquante-cinq ans que je le connais et j’ai toujours vu Rimbaud debout, le regard fixé sur l’horizon. Soudain j’ai vu le mec allongé sur la plage et saisi par ce qu’on peut appeler un sentiment océanique, que d’autres nommeraient satori, éveil (partiel), état de jivan mukta, ou que sais-je.
Un sentiment qui est sans doute le plus profond que l’on puisse espérer expérimenter – toute religiosité mise de côté. Sentiment peut-être bien plus partagé qu’il paraît. Mais la plupart n’ont simplement pas les mots pour le faire exister à posteriori et se contentent du j’étais bien qui fait perdre l’expérience. Une expérience que j’ai éprouvée de rares fois, et dont je me garde de garder la nostalgie, ce serait idiot. Curieusement c’est toujours pour moi à travers la nourriture et pas devant de grandioses paysages : en mordant dans une carcasse de poulet à Tolède en 1967, dans un sandwich au poisson mazouté à Istambul en 1988. Je l’ai évoqué dans Contre-Chant (Gros Textes).
J’ai aussi établi ce parallèle : Un orgasme parfois / te révèle le réel / te donne le goût / de ce que pourrait être / ta vie. Imagine que toute ta vie se passe à ce niveau de ressenti… La différence : l’orgasme n’est qu’une émotion, la plus noble sans doute, et pas un sentiment, tout comme le sous-officier ne sera jamais officier (oui, d’accord, la comparaison…). Bon, je t’avais prévenu…
Dans cette quinzième livraison de votre série, l’idiolecte philosyncopé d’André Gache dialogue avec la photo grattée de Thomas Déjeammes. [Lire/voir Dreamdrum 14]


Formidable Dreamdrum 14 avec le texte formellement déjanté de Lucien Suel pour accompagner la photo grattée de Thomas Déjeammes. [Voir/lire Dreamdrum 13]
Bam bam bam bibi. No no. No bibi bam. Please.
Bam bi no bambino. Gratt’ ta mandorle in & off.
Caisse caisse. Tu fais quoi. Tu fais un trou. En corps.
Taupe ici taupe là. Encore molle. Encore skin au top.
Rasé à croc. Rasé à cran. Chien la crampe. Gare tes glyphes.
Hier & aujourd’hui. Héros in & off. Tiens la rampe. Schéma Hiro & Fucki.
Ta volupté de puissance avec heil de guerre dans les escaliers. Elle revient de suite.
Concierge de communion qui spérimente fritefrotting. Fritefrappe. Rauqueraque. Frite feu king size.
Ici & là cloaque touffu. Cloaque on pue. Astique artiste académique endémique acarien. Stink tank nova.
Couac on. Couac hongre. Couac kong. Couac on pense. Couac on bouffe. Couac on goûte. Couac ou couic. Hic. Hop.
Couac on s’pique s’glisse. English speaker délice spoken word. Bird is a word.
Lire & crir with des mots carrés four à quatre.
DRUM+WHAT+EVER+YOUR ++++ KING+SIZE+KONG+TANK+
HERE+BIBI+FAIS+TROU ++++ SKIN+RASE+CROC+CRAN+
GARE+HIER+HIRO+HEIL ++++ NOVA+WORD+BIRD+PUNK+
BABA+JAZZ+ETAT+CACA ++++ PORC+SHIT+FUME+FUCK+
VICE+ARME+VITE+PLUS ++++ MORT+COSY+BOUM+DADA+
STOP+FOUR+STAR+ZERO ++++ PAPA+LOTO+VEAU+SEXY+
AMAS+GRAS+ROCK+CIEL ++++ KALI+CHOC+BLOC+SOLO+
LOVE+LUNE+VRAI+FAUX ++++ DIEU+TRIP+STYX+AMEN+
Pour la treizième, les photos grattées de Thomas Déjeammes sont accompagnées du fantasmagorique flux poétique de Méryl Marchetti… [Dreamdrum 12, création de Déjeammes/Massaut]

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Rotho a tou Kado ? AH Flubzz, AH Flubzz –za dägadă dic tac topîm, niaouhé yachach patrac taghul ahrar mocem, ac niare zawada gädha, òphé apouherfzweb. Nät, tou drat lachkath, offrim epiromoîhé, nalahébrat tadram, ahsram lacdé roffrim talat tadé, talalt tanquat sinéqoué lada pardrÇm. Koùa ou quem abu télépa tiënda nosdro Ratâki lina, g·uamru ediam futor tudul lon elûdret, oden dora ödemorem, calcut hibérn « zwölet gá»›öhll ». Ipitem dan : rorolet tut, relot ut.
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Le rayon du phare balaye le ciel, exerçant une puissante et lente accélération vers le sol, s’élargissant jusqu’à nous avant de remonter vers le ciel, s’étendre et s’éloigner en s’étrécissant, comme un projectile qui aurait avalé sa vitesse et s’immobiliserait en l’air, pour retendre de l’autre côté sa basse lumineuse qui prend appui sur l’horizon, et le repousse violemment.
Ce soir je dois sauver ma porte.
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Pour le menuisier qui sonde le bois, peu importe que la périphérie soit pourrie : seul le cœur du chêne se débite en bonnes planches.
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Les arènes du cirque étaient entièrement remplies, ses flancs s’ouvraient, le chapiteau s’écroule en dedans, se renverse en dehors, selon les câbles qui se tendent ou se relâchent en rythmant poteau après poteau des désastres symétriques sur sa circonférence, entraînant dans leur chute et couvrant de leurs ruines la foule innombrable qui continuait à regarder le spectacle et se pressait à l’entour.
J’étais cerné. Par deux détraqués. D’une part ce chien, qui avançait en chancelant comme si le sable se fut rétracté sous ses pas, de l’autre l’hercule en tablier de peau humaine. Il fallait trouver une stratégie : j’essayais de leur faire peur, et plongeais aussitôt deux doigts dans mon nez tout en tirant mes paupières si haut que j’en révélais l’autre côté, la muqueuse parcourue par des veines fortes gonflant mon front comme deux gros reptiles. Mais les détraqués continuaient à se battre. Roulant rapidement sur le côté pour esquiver la chute d’un projecteur, et d’un geste élégant relever une mèche rebelle, je reprends le contrôle sur la situation. D’autant plus que je ne comprenais pas les mouvements du molosse : ce chien a la peau beaucoup trop large, caché et enveloppé en cent joues monstrueuses de moins en moins interrompues de pattes ou d’épaules à mesure qu’il s’avance, qui tournent sur elles-mêmes et s’entrouvrent sur une gueule qui ne demande qu’à bouffer. Quant à l’hercule avec ses ciseaux, je ne peux pas compter sur lui : chaque fois qu’il coupe une peau dans le clebs il se met lui-même à pisser le sang.
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si je stresse je me relaxe, je me relaxe j’ouvre et je ferme la porte, la porte entre mes cuisses. JE FAIS FACE. le bois est possédé. est possédé du désir de faire des enfants, alors, lorsque, alors lorsque je la laisse fermée, fermée la porte frappe, se défonce dangereusement, obstrue le passage de l’air, empêche la voix de sortir. La porte nous préserve, elle demande seulement à ce que je la retourne.
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Chaud, craquant et moelleux, si justement sucré sous sa belle croûte dorée, c’est votre compagnon idéal au réveil.
Maintenant, vous pouvez aussi en faire l’ami de votre goûter :
Le Pain au Chocolat.
Rien de plus simple : étalez votre pâte en forme de rectangle, et posez le beurre au milieu. Repliez. Vous renouvelez cette opération sur les deux faces, jusqu’à ce que le beurre ait imprégné toute la pâte. Il suffit alors de glisser la barre de chocolat et d’enrouler la pâte ; enfournez enfin le pain en laissant dorer sa surface au jaune d’œuf sur lequel vous aurez saupoudré un peu de sucre fin.
L’Astuce astucieuse : insérer un ramequin d’eau dans votre four pendant la cuisson pour respecter le taux d’humidité.
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Elle avait l’inquiétante silhouette d’une porte dont les gonds étaient trop grands pour elle –et qui plus est, a pris humidité. Ses planches gondolaient comme du carton, on avait dû planter des clous pour les maintenir, et son bois tâché d’une éruption plus que probablement urétique. Ma porte avait été maltraitée.
Ecartées les cartes, la diseuse de bonne aventure avait le buste incliné, ses mains affairées à tripoter son chat sous la table, de sorte qu’il lui fallait lever sur moi ses gros yeux larmoyants pour me parler. Je lui proposais de jouer la porte au bras de fer. Et me voilà le coude à la table et sa main dans ma main. Je m’efforçais de la renverser, mais je ne me faisais guère d’illusion. La vieille était forte, les muscles de son bras ne restent pas immobiles, ils s’enfoncent, tournent sur eux-mêmes, remontent en surface, changent de couleur, voire de forme et de substance. Je tentais de glisser discrètement mon autre main vers mon arme. Mais d’un coup son biceps se détacha de son bras, se dressa en l’air et fila comme de l’huile : une lamproie lança sa ventouse sur ma gorge, et m’aspira violemment en déroulant sa langue jusque dans mon estomac.
Je tirais trois coups de feu, trop tard.
Déjà la boule de cristal se mettait à lancer des éclairs, qui tordaient en travers de la caravane, m’empêchant ainsi d’atteindre la vieille folle qui bondit aussitôt de son fauteuil en menaçant ma porte avec une scie. De dehors j’entendais les pals de l’hélicoptère du groupe d’intervention rapide, et bientôt les câbles au long desquels allaient glisser les barbouzes venus à ma rescousse, mais les parois de la caravane commençaient à se contracter en réponse à la stimulation induite par les éclairs, le véhicule prenant la consistance d’un organe creux et musculaire, d’un système cardiaque pompant dans le vide, s’affolant et se déformant qui empêchait ainsi tout atterrissage de mes alliés sur le toit. Je devais me rendre à l’évidence : je jetais mon pistolet à terre avant que le cœur n’explose, et la sorcière en profita pour se dissiper avec ma porte en un fil de fumée irrattrapable.
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A l’âge glaciaire les portes étaient plutôt des portillons aux passages étroits pour ralentir les invasions barbares. On avait l’habitude de bourrer les interstices avec du feutre pour donner une bonne isolation à l’habitat, et surtout les battants en bois étaient cloutés de renforts à grosse tête ou en pointe afin de solidariser les épaisseurs de planches.
Ce n’est qu’à l’âge tropical que quelques expérimentations d’architectes ont été réalisées pour mettre en place des portes fermant alternativement un couloir ou une pièce, et obtenir ainsi une répartition sélective. L’objectif premier consistait à disperser les déferlantes de zombies.
Mais la culture extraterrestre parvint à inventer une danse en rond, sur une combinaison de mouvements alternatifs et circulaires, les uns derrière les autres, capable de déjouer les mouvements tentaculaires de couloirs qui s’accroissent ou se résorbent selon l’avancée de l’intrus.
Aussi revint-on à l’œil fixe des cavernes.
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Je suis dans la cage avec lui. C’est la fin. Le cul monumental dansait d’un pied sur l’autre, sans cesser de balancer son énorme sexe qu’il projetait soudain en avant à travers les barreaux pour en tendre un bout aux spectateurs, comme une main suppliante. Il ne semblait guère avoir envie de poupée gonflable, il en cueillit cependant une poignée qu’il roula en bouchon avec son sexe et porta à son anus dans un mouvement de bascule, puis avec tout autant de grâce, il déroula son sexe, sans lâcher les poupées, deux ou trois fois avant de se les mettre.
La cage où l’on exposait la chose au public reconstituait son environnement naturel, une jungle enchevêtrante, avec son humidité, ses lianes, sa mangrove, ses accidents arboricoles, ses sex-shops, le force massive et sculpturale de ses fougères, sa boue féconde, son canapé en peau de léopard, de larges éclats floraux et l’épaississement de leurs attaches, la kitchenette chromée, des ruts en proie aux pires attritions, afin de créer une atmosphère tropicale et suggérer la présence des prédateurs.
L’épouvantable sexe se détourna d’un coup pour fixer avec une fascination avide son urètre flamboyant sur moi, ses fesses se repoussèrent mutuellement pour avancer sur un pont de troncs qui aboutissait directement au tas de terre où l’on m’avait jeté. Je m’efforçais désespérément de me relever mais le sol m’absorbait, je glissais en direction du marais, où la chose n’aurait plus qu’à me cueillir. Je m’enfonçais un certain temps, jusqu’à ce que ma main tombe sur quelque chose d’insubstantiel qui la traverse et ressorte de l’autre côté ; j’essayais de l’attraper encore et cela se dissipa une fois de plus pour se retendre aussitôt. Mon dos heurta le pont, et une fine poussière de cacahuète pleuvait silencieusement de partout comme de la cendre : l’énorme anus s’ouvrait au-dessus de moi.
La petite chose sous mes doigts sembla gagner en vigueur et en réalité ; l’arrachant à la boue, je tendais cette minuscule souris à l’intestin creux et contractile qui apparut au-dessus de ma tête.
Ca avait marché : le cul monumental fit un écart et partit à la renverse enfouir son gland dans des fougères, alors que ses fesses sous l’effet de leur propre masse expansaient son tremblement.
Alors, je me hissais sur le pont et partis rejoindre ma porte. Avec inquiétude je cognais pour la ramener à la vie et, finalement, elle se signa et se releva. Ce faisant sa poignée s’abaissa par hasard, et je m’aperçus qu’elle tenait dans ma main. Nous nous soutînmes à travers la jungle jusqu’à la sortie de la cage –nous étions sauvés.
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La photo grattée de Thomas Déjeammes entre cette fois en résonance avec l’idiolecte de Dominique Massaut. [Lire Dreamdrum 11 : Thomas Déjeammes/Claude Favre]

Ils aveuent traché des chures, grufons, strives, sous pongles qui escrissent. Et flougés en bouillesse, les glouveurs alors s’ouplient, flessent dans un vésage aux glorizons ambles. Ça vénit par flougner en buages grisbes, de ciels et d’eaux. Et puis ça fleut. Et nos pongles s’alitent, avec nos yeux.
Et aussi la petite fille elle faisait de la neige avec ses doigts parce que le paysage qu’on lui avait fabriqué elle trouvait qu’il était trop tiède. Et aussi la petite fille elle faisait de la neige avec ses doigts. Et aussi la petite fille.
Avant même que de mettre en ligne la dernière partie du long poème inédit "A.R.N. _ Agencement Répétitif Névralgique_ voyou", parallèlement au Dossier Claude Favre, donc, voici la seconde collaboration entre l’auteure et Thomas Déjeammes [lire la première], qui a lancé le projet Dreamdrum en mars dernier. Sa photo grattée est accompagnée ici d’un texte à fleur de mots qui nous dit quelque chose d’essentiel : "trop près du corps mal à parler"… /FT/

vieille affaire & toujours des mots ne sont pas notre
langue n’est s’ils font bricoles flottent affaires de peu
qu’importe le panache pourvu qu’on soit gagnant
dents & or & nous contents on s’en remet à eux ad
libitum qui tournent dans les bouches tristes
anxieux tout de même de peu être si peu à querelle
on sent parfois qu’il y aurait à dire à n’être que trop
près du corps mal à parler & cette langue finissante
qui n’en jamais à toujours vieille affaire
de mots plaqués à nos peurs cousues de lettres pas
assez mortes mots jusqu’au sang creusés collés raidis
aux parois pharynx palais gorge larynx fortunes
& passages obligés pour quoi lèvres tuméfiées
mots poisseux aux entournures de quelle folie
nôtre se déguiser ainsi couler couture s’arracher la
pour qu’elle aille bon vent langue adieu qui n’est
pas notre langue de quoi adieu baveuses bouches
couvées des mots toujours de toi à moi même
m’aime pareil ça amer & parfois ça démange à
lacérer toutes coutures au vent de l’air entre les
mots de l’air la langue n’existe pas plus n’existe que
peau à la fin peau qu’à jeter en dépit du bon sens
arracher peau des mots jusqu’au sang pour
mots entournures de mal phrases & emboucher
vives langues grenues comme légères & souples de
très jeunes filles qui pressent le pas & riant
C’est avec plaisir que nous reprenons la magnifique série proposée par Thomas Déjeammes, dont la photo grattée est accompagnée ici par l’un des curieux syntextes de Mathias Richard – l’auteur très prometteur du Manifeste mutantiste et de Machine dans tête. /FT/

Pour cette dernière livraison de Dreamdrum avant la pause estivale, trouvez l’erreur… Mystérieux texte de Laura Vazquez convoqué par le MISTAKE de Thomas Déjeammes… [Lire Dreamdrum 8]

Pour entrer en résonance avec la huitième photo grattée de Thomas Déjeammes, la fascinante ritournelle de Frédérique Soumagne… [Lire/voir Dreamdrum 7]

Cette fois, ce sont les algorithmes un peu DADA de Démosthène Agrafiotis qui dialoguent avec la photo grattée de Thomas Déjeammes. [Lire Dreamdrum 6]

La nouvelle photo grattée de Thomas Déjeammes précède les agencements répétitifs-délibératifs de Nicolas Vargas. [Lire Dreamdrum 5]
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