Libr-critique

25 janvier 2015

[Entretien] Du spirituel à l’art électrique, entretien de Philippe Jaffeux avec Emmanuèle Jawad

De la post-poésie au post-humain, du spirituel à l’écriture numérique/électrique… Tel est l’itinéraire de ce passionnant entretien d’une grande intensité : merci infiniment à Philippe Jaffeux et à Emmanuèle Jawad pour ce travail remarquable.

 

Afin de faciliter les échanges et leurs développements, cet entretien a été réalisé à partir de plusieurs conversations téléphoniques qui ont fait l’objet d’enregistrements audio. Pour une version écrite, l’ensemble de ces échanges vocaux a été retranscrit ensuite par Emmanuèle Jawad. Des modifications sur la version finale du texte de l’entretien ont ensuite été apportées par Philippe Jaffeux à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale.

 

Emmanuèle Jawad : Alphabet se répartit sur plusieurs publications : O/ L’AN en 2011, N L’E N IEME en 2013 et Alphabet de A à M en 2014. Ces trois livres couvrent un champ d’expérimentation considérable prenant pour même motif l’alphabet. Peux-tu revenir sur la construction chronologique de cet ensemble ?

Philippe Jaffeux  : Les chansons qui constituent les 26 pages de la lettre A intitulées Préface ont été écrites il y a plus de 15 ans. Elles se distinguent des autres lettres d’Alphabet. Elles se rapprochent d’ailleurs plus de la poésie romancée que de la chanson. J’ai intitulé ces chansons Préface parce qu’elles sont différentes, dans le style, des autres lettres de Alphabet. Pendant 5/6ans je n’en ai rien fait. Puis j’ai eu l’idée de poursuivre ce travail en faisant des lettres de 26 pages. L’écriture de B à Z a pris 7 années. Après corrections, je n’ai conservé que les quinze premières lettres qui ont été terminées il y a cinq ans. J’ai l’impression de n’avoir écrit que des brouillons. Je suis au service d’un alphabet perfectible où rien n’est jamais définitif et qui est toujours l’objet de transformations, de métamorphoses. La plupart de mes textes ont été publiés lorsque je n’ai plus eu l’envie de les corriger. Je ne vois pas de limites à la correction, cela peut se poursuivre jusqu’à l’épuisement, au-delà du simple besoin d’être satisfait. C’est aussi en ce sens qu’aucun de mes textes ne peut être achevé et que mon écriture est donc expérimentale. Mes textes sont toujours en devenir, ce sont des processus qui sont surtout liés à une pratique systématique du doute. J’hésite sur chaque mot que je m’apprête à écrire ou à prononcer. Alphabet n’invoque pas d’idéaux ou d’essences, il ne se réfère à aucun absolu. Si j’ai une méthode, elle consiste à essayer de me limiter à n’être rien d’autre que ce que je suis présentement en train de faire. J’essaie d’avoir une relation immédiate, instinctive, pulsionnelle avec des mots qui s’assemblent entre eux grâce au hasard et au chaos, qui est l’unique loi de mon écriture. Les phrases ainsi formées sont imprévisibles et, en retour, ce sont elles qui fabriquent ma pensée : je deviens alors aussi une création de mes textes. Alphabet tente de rendre possible l’impossible en s’appuyant sur des mesures, des limites à l’intérieur desquelles je n’ai aucun but : je ne sais pas où je vais car cela me semble être la meilleure façon d’avancer ; toujours aller de l’avant et, dans le même mouvement, tenter de s’élever. Je privilégie l’exercice, la pratique d’écrire sur mes réflexions ; mes idées, si j’en ai, viennent en écrivant et non pas en pensant. J’essaie d’automatiser mon activité au moyen d’un rythme qui doit venir à bout non pas seulement de la pensée discursive mais de la pensée tout court, du mental et, si possible, de la volonté. L’alphabet me permet de mettre en avant la matière de l’écriture. Cette intention est parfois exacerbée et peut prendre la forme d’une excroissance : représentation d’une disquette d’ordinateur (lettre M) ou d’un cédérom (lettre O).

Emmanuèle Jawad : Comment te situes-tu par rapport aux écritures expérimentales, à la poésie visuelle, à contraintes?

Philippe Jaffeux  : Je ne me sens pas relié à la poésie visuelle ou spatiale des années 60/70 de par mon travail avec l’ordinateur qui est à la fois le support et le thème d’Alphabet. L’emprise actuelle du numérique sur l’écriture favorise, à mon avis, un surgissement opportun des nombres. Mes textes tentent aussi de témoigner de cet état de fait. Je n’ai évidemment pas la prétention de faire quelque chose de nouveau mais j’essaye de porter un regard inédit sur des lettres antédiluviennes. L’intervention de l’ordinateur, l’utilisation des nombres comme une matière qui préexisterait aux lettres, me détache des traditions liées à la poésie graphique et peut-être même de la littérature… J’espère pouvoir façonner des octets avec l’alphabet comme un artiste qui travaillerait avec le support de sa peinture. Pour toutes ces raisons mon travail ne se réfère pas non plus à l’Oulipo, d’autant que mon rapport aux mesures n’est pas comparable à l’utilisation de contraintes. Ma poésie ou mon antipoésie est numérique car, selon cette technologie, les lettres se réduisent à être seulement des nombres. Je travaille avec, et non pas contre, des machines qui, par conséquent, particularisent mon activité. Le terme de post-poésie aurait peut-être un sens à condition qu’il soit associé à celui de post-humain, c’est à dire, en ce qui me concerne, à une écriture générée en partie par les ordinateurs. Mes textes essayent d’évoquer un entrelacement entre le langage de l’électricité et celui de l’alphabet. L’énergie de mon travail est d’abord électrique car elle émane des ordinateurs. Mes nerfs éprouvent aussi du plaisir à être mis en éveil par le flux électrique de ces machines. Toute la dynamique de mes textes est soutenue par un alphabet électrique qui aspire surtout à être l’incarnation d’un mouvement, d’un élan transcendant et libérateur. Si les réflexions de Nietzsche sur Pythagore m’ont conduit à attribuer une valeur divine aux nombres, j’utilise aussi ces derniers comme les pièces d’un jeu qui essaient de traduire le lyrisme de l’électricité. Mon activité peut être définie comme une tentative de numérisation poétique et impersonnelle de l’alphabet.

Emmanuèle Jawad : Alphabet se rapporte à la lettre, dans son entité, ainsi qu’à l’alphabet, dans son ordonnancement. Dans chaque séquence, ouvrant sur une des lettres de l’alphabet, se retrouve, d’une façon ou d’une autre, l’alphabet entier énuméré, dans sa suite ordonnée, comme une mise en abyme de l’alphabet. Quelle prédominance dans cet ensemble, lettre ou alphabet ?

Philippe Jaffeux  : Dans mes livres, l’alphabet fait écho à des lettres de vingt-six pages. Celui-ci est construit grâce à l’emboîtement d’un microcosme dans un macrocosme. La mise en abyme est aussi une ouverture sur un espace gigogne. D’une façon plus générale, c’est la lettre qui préexiste à tout. Comme dans le Zohar, les lettres précèdent la création de l’univers et induisent donc celle de l’homme et de la parole. Dans le même ordre d’idée, je pense que les lettres furent d’abord des traces, des dessins, des gestes qui précédèrent et déterminèrent l’apparition de la parole. Contrairement aux idéogrammes, aux hiéroglyphes, aux lettres arabes ou hébraïques, notre alphabet phonétique et utilitaire, domestiqué par nos paroles, a perdu toute relation avec le sacré. Mes efforts consistent souvent à me déporter dans les marges de l’écriture afin de révéler l’illisible et parfois l’inhumain. Dans un monde séparé du cosmos, mon écriture a besoin de basculer dans l’irrationnel et le divin. Le monstrueux et la démesure peuvent aussi contrecarrer cette carence. J’écoute la conscience de mon inconscient afin de venir à bout de la raison raisonnante, de la glose, des ratiocinations, de la pensée réflexive… Écrire Alphabet est aussi un moyen de révéler tout ce qui n’est pas lisible. Je dispose de quelques artifices pour me distancier de l’écriture : ponctuation, pagination, mise en page, mesures, poids des pages, couleurs, nombres d’octets, sens de la lecture… A ce sujet, le travail d’édition effectué par Christiane Tricoit (Passage d’encres) est exceptionnel. Mes quinze lettres sont des images qui étayent une construction visuelle. Si Alphabet est un travail d’inspiration formaliste, il ne succombe néanmoins pas à une esthétique de l’abstraction car la popularité des ordinateurs détermine aussi le sens de mon travail, celui d’un « écrivain-analphabète ». Grâce au numérique, les échanges entre le texte et l’image sont aujourd’hui florissants. C’est certainement pour cela que les 390 pages de Alphabet peuvent être lues et /ou vues. En ce sens, mes quinze lettres pourraient s’inscrire dans une éventuelle dimension mythologique car elles sont, précisément, aussi préhistoriques ! Par ailleurs, j’essaye de me concentrer sur des lettres qui dépassent l’écriture parce qu’elles sont, tout simplement, plus précises que les mots. L’alphabet me permet d’être transporté par l’esprit de la géométrie, de l’architecture et d’être émerveillé par un jeu de construction… Les lettres me servent essentiellement à créer et à vivre dans mon propre monde.

Emmanuèle Jawad : Quelle place la distorsion (je reprends ici l’un de tes termes), qu’elle soit lexicale ou graphique, visuelle,  occupe-t-elle dans cet espace d’écriture?

Philippe Jaffeux  : Les distorsions me permettent de me décaler par rapport à l’écriture. Je recherche toujours un déséquilibre qui me permettra d’avancer et de me lancer des défis. Chacune de ses déstabilisations, toujours constructives, est un moyen de savoir jusqu’où je peux aller, de définir des limites. Alphabet exprime un foisonnement de limites qui s’ouvrent sur autant de possibles et, espérons-le, de lectures différentes. Le fonctionnement de mes textes repose sur une construction précise, minutieuse, monomaniaque, sur le sens d’une multitude de détails. Alphabet rebondit systématiquement sur la dernière page de chacune de ses quinze lettres. Ces épilogues décident de l’ordonnancement et de l’animation de mon livre grâce à des récapitulatifs de mesures. Le potentiel de l’alphabet est inépuisable car il se régénère sans arrêt au contact d’un vide qui est support-même de création. Alphabet puise son énergie dans un vide roboratif et dans chaque proposition du hasart… que j’orthographie avec un t ! La pensée taoïste a certainement joué un rôle primordial dans ma relation avec ce vide créateur qui va à l’encontre de celui que l’on associe généralement au néant. J’éprouve moins de difficultés à me rapprocher du Taoïsme qu’à essayer de me rattacher à une tradition artistique. Outre les ouvrages des penseurs taoïstes – ceux de Jean François Billetter, de Jean Levy ou de Daniel Giraud, parmi d’autres – m’ont beaucoup aidé à affiner les notions de cette philosophie qui rejetait toutes formes d’études et d’enseignement oral. Malheureusement, mon ignorance de la langue chinoise limite mon exploration du Taoïsme. Quoiqu’il en soit, seul un engagement spirituel inflexible peut cautionner ma poésie expérimentale. Cette orientation me permet de me délester de mon ego, d’être donc inspiré par des forces cosmiques, d’accéder à une forme de simplicité, d’être traversé spontanément par les mots, de ressentir la force d’un mouvement qui transcende l’espace et le temps. C’est souvent à la suite d’un enroulement, d’une révolution autour de moi-même que je suis habité par le savoir d’une ignorance qui me permet d’écrire. Des permutations tentent, parfois, à l’image des illuminations taoïstes, d’exprimer l’opération d’un renversement (lettre K, par exemple) qui pourrait peut-être s’apparenter à la théologie négative, là où l’envers donne alors une nouvelle vie à toutes les choses et à chaque mot. La pensée taoïste reconnaît aussi la force de la spontanéité, de l’enfance, elle rejette l’art social et la culture à la manière, peut-être, si attentionnée, de Jean Dubuffet.

Emmanuèle Jawad : Tes références, en amont de ton travail, sont donc davantage d’ordre philosophique, spirituel et plastique que proprement littéraire…

Philippe Jaffeux  : Une multitude d’œuvres suscitent mon admiration, mais je ne m’inscris dans aucune filiation et mon travail ne fait référence ni à des artistes/écrivains, ni à aucun groupe. Dans le meilleur des cas, mon activité se situe à l’extérieur de la communication, des opinions ou des connivences. Je ne me sens pas concerné par ce qui peut relever de l’avant-garde, car on écrit toujours par rapport à quelque chose. A mon sens, les futuristes composent le premier et, par conséquent, le dernier mouvement d’avant-garde. Leur inclination prémonitoire pour les machines me semble très perspicace. D’autre part, j’ai lu beaucoup plus de romans que de poésie ou de philosophie. Lorsque je lisais des romans, toujours très longs, je ne cherchais pas vraiment à m’évader mais à me retrouver dans un état d’hypnose proche de l’extase ou de la torpeur. Mes séances de lecture étaient des performances qui devaient s’effectuer dans des limites de temps. Ce que je souhaite retrouver aujourd’hui, dans mon travail d’écriture, c’est l’état dans lequel j’étais lorsque je lisais des romans. Cette disposition d’esprit me permet aussi, grâce à l’alphabet, de percevoir la vie comme un rêve. Par ailleurs, L’Apprenti Sorcier me semble être la seule histoire qui pourrait illustrer une partie de mon activité. Je jette souvent des mots en l’air sans savoir où ils vont retomber. Lorsque l’enchantement opère, ces vocables s’entrechoquent et ils deviennent incontrôlables. Mon écriture alors s’emballe d’autant plus qu’elle est électrisée et toujours accompagnée par de la musique, le plus souvent, frénétique… parce que tout est question de rythme et de rien d’autre, à mon avis. Je suis ensuite entraîné par mon intuition, par mes pulsions et peut-être par une forme d’autosuggestion qui se combine à un déluge de corrections irrépressibles ; mes divagations, digressions, improvisations prennent dès lors toute leur envergure. Lorsque je n’ai plus aucun ascendant sur moi-même ni sur le monde, il me semble que j’écris enfin pour m’attacher à mes peurs et pour leur donner un sens.

Emmanuèle Jawad : L’intervention du dictaphone numérique qui s’est imposé à toi, tout d’abord, comme une nécessité pour poursuivre ton travail, t’a permis de développer de nouvelles formes d’expérimentations et marque la transition d’un travail ayant une forte dimension visuelle et graphique (Alphabet) vers un autre davantage porté vers l’oralité dans Courants blancs. Parallèlement, tu poursuis également l’écriture d’une pièce de théâtre expérimentale qui, par définition, tisse un lien avec l’oralité. Comment définirais-tu cette place de l’oralité de plus en plus prégnante dans ton travail ?

Philippe Jaffeux  : Aujourd’hui, il n’y a rien de plus important pour moi que la parole. Ce n’est donc pas un hasard si nous sommes actuellement en train de faire un entretien vocal, même si je le retravaillerai par la suite. La parole décide de tout, elle maîtrise ma vie de A à Z ! A ce propos, et contrairement à ce que j’ai dit plus haut, notre alphabet phonétique peut peut-être avoir un caractère divin ou magique parce que, justement, il est marié à la parole. Par ailleurs, je peux très bien admettre aujourd’hui que c’est la lettre qui a tué l’esprit c’est-à-dire la parole de l’enfant ou la véritable pensée ; celle de la spontanéité et du jeu. J’écris peut-être tout cela grâce à mes déficiences neurologiques, qui ne me permettent plus d’écrire à la main depuis quinze ans, ni avec un clavier depuis deux ans. Dans le même ordre d’idée, ce sont d’abord mes longues et indispensables séances de verticalisation dans mon fauteuil électrique qui m’ont permis d’écrire (avec un dictaphone et un logiciel de reconnaissance vocale) mes deux séries de 1820 courants. En ce sens, la maladie a certainement été utile à mon travail d’écriture.

Emmanuèle Jawad : Courants blancs met en place des propositions paradoxales dans des associations incongrues. Ton travail dans Alphabet et Courants blancs se caractérise par une rigueur mathématique, une tension logique, et en même temps il tisse un lien avec l’absurde…

Philippe Jaffeux  : Mes courants mettent des mots sous tension afin d’alimenter un vide paradoxal. Ce vide-plein évoque la résolution immédiate d’une contradiction à l’aide de polarités complémentaires. L’énergie d’un doute libérateur, d’une remise en question des mots, est à l’origine de chacune de ces phrases. Le terme de « pensées imaginatives », utilisé par F.Favretto (Atelier de l’Agneau) à propos de ces aphorismes me semble très judicieux. Un jeu entre le sens et le hasard préside à la construction binaire, bilatérale, de ces courants qui sont, paradoxalement, un moyen de venir à bout de la dualité, de l’intelligence séparatrice ; de cette défaillance qui nous contraint à séparer le malheur du bonheur, l’objet du sujet, la vie de la mort, etc. Mes deux séries de 1820 monostiques ont été écrites très lentement ; six par jour en moyenne. Des contorsions et des pulsions disciplinent la création d’un courant grâce à de nombreuses associations de mots qui finissent par donner un sens à une ligne, à une corde sur laquelle je me tiens en équilibre. Mon admiration pour Bach, m’a peut-être conduit à créer de nombreux courants selon la technique du contrepoint ; en superposant deux phrases pour en créer une troisième, cette méthode s’apparente aussi à une forme de destruction créatrice. J’ai peut-être eu recours à des hallucinations logiques pour écrire certains de ces courants mais je crois, en toute modestie, que j’ai été touché par un état de grâce qui se situe entre la volonté et la spontanéité : là, peut-être, où l’absurde prend un sens.

Emmanuèle Jawad : Peux-tu revenir sur la pièce de théâtre sur laquelle tu travailles actuellement et sur ce travail donc que tu poursuis, avec cette pièce, sur l’oralité…

Philippe Jaffeux : J’écris, avec Carole Carcillo Mesrobian, une longue pièce de théâtre radicale ; un dialogue sans début ni fin, entre deux personnages. Mes répliques existent enfin en dehors de l’écriture et elles me semblent spécifiquement théâtrales parce que je les dicte à un logiciel de reconnaissance vocale. Écrire un texte de théâtre avec mes paroles me donne l’impression d’être déjà dans la peau de celui qui pourrait le réciter ; l’alphabet est enfin court-circuité ! Mes répliques sont un décalque parfait de ma voix qui résonne dans un théâtre miraculeux… et inexistant ! Cette nouvelle expérience, détachée de l’écriture, m’apparaît être la conclusion, la résolution de toutes celles qui l’ont précédée. Tous mes textes étaient déjà théâtralisés avant même que je commence à écrire cette pièce. Une écriture théâtrale qui n’était pas destinée à la scène ? Depuis que je dicte ces répliques qui ne sont pas seulement destinées à être lues, je me focalise de plus en plus sur la question de la parole. Le mot « parole » ne se limite pas, pour moi, à désigner les mots que l’on prononce, mais ce vocable qualifie aussi ceux que j’utilise pour penser en silence, pour parler dans ma tête. Si je parle avec moi-même dans le but d’écrire, la pensée-parole silencieuse devient alors un remède ou au pire une manie. Cette pratique inaudible de la parole est déterminante pour la construction de mes phrases. Paradoxalement, grâce à la pensée, la parole devient aussi une observation du silence. J’enroule ma pensée dans ma parole, ou l’inverse, pour créer une phrase qui doit toujours exprimer un sens. Je ne perçois alors pas de différence entre la pensée et la parole. Dans ce nouveau texte, mes répliques essayent souvent de révéler le caractère tragi-comique de la parole. Le langage pourrait délimiter l’action de cette pièce qui en est complètement dénuée, car ce sont les mots qui jouent un rôle et qui essayent d’interpréter la parole. Je me rends maintenant compte que si j’ai opposé l’écriture à l’alphabet, c’était afin de rapprocher ce dernier de la liberté et de la spontanéité d’une parole qui, comme mes textes, est toujours susceptible d’être corrigée. Le personnage principal de cette pièce est le silence qui met au jour un drame de la parole. Le but de ce projet est de se soustraire au temps, c’est peut-être pour cela qu’il est interminable…

6 septembre 2014

[Chronique] Franck Doyen, Littoral et Champs de lutte, par Emmanuèle Jawad

Franck Doyen, Littoral, Atelier de l’Agneau, coll. "Architextes", automne 2013, 90 pages, 15 €, ISBN : 978-2-930440-69-9 ; Champs de lutte, peintures de Aaron Clarke, éditions Æncrages & Co, été 2014, 72 pages, 18 €, ISBN : 978-2-35-439-066-2.

 

Multipliant les pratiques d’écriture, Franck Doyen développe différentes formes dans ses deux derniers livres, en lien avec l’oralité (Littoral) et le travail d’une langue mise en espace avec des peintures d’Aaron Clarke (Champs de lutte).

 

Dans l’écart, entre la lecture et la performance, se situe sur un axe expérimental, la composition des pièces sonores de Franck Doyen (en collaboration avec Sandrine Gironde, improvisatrice vocale) dont Littoral marque l’entrée textuelle. S’attelant à un travail des écritures sous un mode pluriel, Littoral en appelle à la lecture performée, trouvant avec sa mise en espace et son aspect graphique, visuel, la forme d’un texte qui serait partition.

Si le motif du corps se retrouve dans l’articulation des deux livres (corps démantelé, morcelé dans Littoral, l’érosion des corps dans Champs de lutte) ainsi que, sur le plan formel, la mise en place d’un vouvoiement, également présent dans l’un et l’autre livre, les préoccupations d’écriture s’avèrent différentes d’un livre à l’autre.

 

Dans Littoral, l’avancée du texte procède par boucles, progressions lentes, dans des reprises et des retours de phrases, jusqu’au martèlement parfois des formes syntaxiques.

La réitération de certaines phrases, avec modifications uniquement dans leurs terminaisons, rythme le texte. La répétition peut être celle immédiate de mots, dans une accentuation du propos, ou celle différée de segments de phrases, à intervalles plus ou moins réguliers, dans le corps du texte. Dans un travail phonétique tendant vers l’oralité, plusieurs fragments d’une langue inventée circulent dans certaines sections du texte ainsi que dans les titres donnés aux différentes séquences.

 

Dans Littoral, la composition du texte s’opère en l’absence de ponctuation, trouvant dans la mise en place de traits horizontaux, de diverses longueurs, sinon les signes d’une ponctuation, les marques d’un blanc, dans l’absence de mots portés par endroits, trouant le texte. Les traits, dans leurs allongements ou resserrements, espacent différemment les fragments de phrases. La surface du texte ainsi lignée, pouvant s’apparenter, sur un plan sonore cette fois, à la mise en place d’une respiration plus ou moins longue. Ainsi, « _______à chacun de vos pas vous vous enfoncez un peu plus dans le blanc_______ ». Le texte se partage, trouvant à la moitié de son ensemble, une page entière de traits, ainsi striée et dénuée de mots. La réitération de cette page lignée se produit également, dans l’avancement du texte, à la suite d’une « distance ainsi parcourue l’est dans l’absence ». L’effacement, sous sa forme radicale, se produisant au sein d’une même séquence (maïnawa psss), sur une page blanche recto-verso.

 

Dans Littoral, « la chair comme la chose écrite résiste ». Le corps souvent morcelé ou perçu dans le développement de ses gestes et ses rituels, s’inscrit dans une temporalité de la quotidienneté (lever/ coucher, chaque matin/ chaque soir). Il participe à la description sombre d’un « paysage liquéfié », une fin du monde ou « du reste du monde » jusqu’à l’évocation d’un corps mort, criblé, victime. Dans « l’exténuement même », on assiste à la résistance d’un monde, sous les signes de l’écriture et d’un lieu reclus. On songe alors, dans cette nécessaire retraite, à Cabane d’hiver de Fred Griot.

 

Sur un autre axe d’écriture, Champs de lutte développe un travail sur des formes brèves où l’occupation de la page, partielle cette fois, resserre les bords d’une cinquantaine de poèmes, densifiant les énoncés. Si le corps peut être « révolutionnaire », il apparaît dans sa découpe, « chair-viande », et dans son érosion, sa décomposition. L’énumération de ses parties, « des langues des peaux des os » (prégnance des os dans l’ensemble du livre) s’inscrit, tout comme dans Littoral, dans les marques d’une temporalité (« chaque matin »). Le motif du corps s’articule à celui du langage perçu ainsi « matière-corps », la langue comme structure (« charpente »), rugueuse (« du gravier de la langue »). Ou encore fluide. La réitération de mots, dans un lexique relevant du corps et de la destruction, en prise alors avec une thématique du langage, dans les « épaves du signifiant ».

 

Quatre peintures abstraites d’Aaron Clarke – dont on pourra voir les notes d’atelier sur son site -, dans de superbes trouées vertes émergeant de masses sombres, rythment l’ensemble du texte de Franck Doyen. Deux d’entre elles marquent doublement l’ouverture de Champs de lutte, se laissant voir, pour la première, partielle tout d’abord, sur la couverture du livre, par le truchement d’une perforation ronde s’apparentant à un hublot, et que l’on découvre dans son ensemble, après avoir soulevé la couverture. Puis la seconde peinture, à l’introduction même du texte, entre la page de garde et le premier texte. Tâches lumineuses resserrées qui se développent ensuite en marge d’une surface noire, la bordant d’une coulée tranchante, vive, avant de se réduire à quelques îlots verts, dans les deux dernières peintures, trouant la surface craquelée qui pourrait être celle d’un sol.

2 septembre 2014

[Texte] Edith Msika, L’invention de LUM

Dans cet extrait inédit d’un livre prévu pour 2015, l’histoire n’est pas en marche mais en démarche… C’est le temps de la réversibilité, de la vie dans les fichiers… Toujours aussi remarquable, Edith Msika ! [De la même auteure sur LC, lire "tous ces trains tous ces rails"]

 

De quand date l’invention de LUM ?

Du moment où la réversibilité de toute chose a été constatée. C’est une invention qui a demandé beaucoup de préparation, de préalables, de recherche sur le fichier central. LUM s’en est chargé. Il a fallu chercher dans des cahiers, carnets et autres supports papier, puisque les faits étaient indiqués avant d’avoir été numérisés ; ou plutôt, ils n’avaient jamais été numérisés ; ou plutôt, le mot même n’existait pas.

Ça a été le début de la réversibilité, le moment où toute chose pouvait se conjuguer à l’envers : se passer, puis se dépasser, se penser, puis se dépenser, se faire, puis se défaire.

Alors il a cherché dans les petits détails, les petites différences, où se logeait le sens, où commençait l’histoire ; c’est son invention.

 

Tout d’abord il y a mars, un mois de mars, suivant février, précédant avril. Mars, les "m" de LUM, brouillon de travail, chants liturgiques, atmosphère monacale, précision : narration sur l’indifférence des personnages, ou leur manque d’épaisseur, ou autre chose les concernant. A la fois les identités sont fixées, LUM est très vite fixé là-dessus, mais une fois fixées, c’est comme si elles étaient fixes, comme plantées sur un socle, vissées.

Reprise. Kierkegaard. Ce qui peut exister en bleu. Picasso, son travail acharné, son bâclage de la fin, pris dans la vitesse. Détours. Henry James. Un saut en parachute, un saut proposé, non accepté, un saut comme un défi. LUM ne veut pas sauter, ni même se déplacer sur le lieu du saut. N’a rien à faire avec le parachute. Ne connaît pas le nom (le connaît mais voudrait faire comme s’il ne connaissait pas le mot).

 

La pratique liturgique. Ces voix d’homme portées par les cintres. La légère résonance de l’alleluia. Pluie. Pluie de toujours, pluie dehors. Le phénomène liturgique s’accommode de la pluie, le précède, l’enveloppe, l’aime. Le principe liturgique aime la pluie de l’adoration. Et la réversibilité commence aussi ici, dans le danger des contigüités, il faudra aussi l’expliquer. LUM l’expliquera, aussi longtemps que les alléluia résonneront sous le transept. Il y aura réparation. Toutes les réparations nécessaires auront lieu, en un temps vif, ou bien la ruine se saisira des lieux, et les ronces envahiront les voûtes, donnant au lieu un aspect propice aux rassemblements illicites.

 

Il est encore trop tôt pour définir vraiment la préparation de son œuvre, l’invention de LUM. Son rêve romantique de retraite provinciale n’est pas tout à fait au point. Perec. Il est conditionné par le fichier central, ce qu’il y trouvera, comment il l’abordera. Liturgie de Jérusalem, du 4e siècle, voix de bourdon, bourdon long, bourdon en sous-sol.

 

La réversibilité exclut la vérité, de cela, LUM est certain, comme les coquelicots ont recommencé à border les routes de campagne parce que les pesticides seraient moins employés, et même si c’est trop tard : ce sont des coquelicots différents des siens, de ceux qu’il a vus avec ses yeux il y a longtemps. Structures avec coquelicots. Souvenirs anciens de coquelicots à dessiner, de difficultés de coquelicots, de dessin raté, de dessin réussi, de dessin obligatoire : coquelicots ! – de coquelicot détaillé, de coquelicot au détail, en pétales -. Dessin regardé, obligé, regardé, scruté, défini. Ordre mauvais du dessin. Ordre de la reproduction. Ordre de la représentation. Ordre de la maladresse.

 

Reprise. Du début. Reprise, par le Narcisse du Caravaggio, par Picasso et la toile blanche, par la fiction qui fonctionne, la fonction qui fictionne, par le parachute qui frissonne et lentement à l’arrivée après la chute, se replie en se défaisant gracieusement. Reprise par les encres différentes et les largeurs des pointes qui tracent, hors des fichiers. Elles ont tracé On n’écrit pas avec des idées, avec son intelligence, mais avec son foie, ses yeux, etc. Elles ont tracé L’angoisse peut procéder de la poussière, dans la nausée d’un insu. Les pointes ont tracé avec des encres qui parfois, exagérément prenant le soleil, se sont transformées, de bleues devenues mauves absorbées, mauves conniventes comme un clin d’oeil.

 

 

*

 

 

Les neurosciences évacuent la chose psychique, c’est bien pratique. Lorsqu’il s’attaquera au fichier central, qu’il s’en approchera, LUM devra se souvenir de cela. Rien ne sera tangible, il le pressent. Perec parle sans retenue de sa gêne à écrire, et de sa gêne d’être gêné. Le problème serait d’arriver à la sincérité, dit-il. LUM observe soigneusement, bien que sans aucun ordre, l’ensemble des arguments, il y butine de quoi nourrir son invention, il est bien heureux d’avoir la possibilité de se livrer à une tâche aussi inutile.

Les pères de la littérature, les pères de la littérature européenne, des trois Europe, goethéenne, nietzschéenne, valéryenne, ceux qui sont cités, ceux qui font référence, LUM sait qu’ils vont l’aider dans sa tâche, ils vont amicalement l’aider.

 

LUM se perd parfois dans les indices et les pelures de fiction, mars perdure, avec la mémoire, qui se transforme dès qu’écrite. Il ne cherche plus, se relaxe, se balance dans une chaise à bascule, laisse venir l’anamnèse,

 

[A.− LITURG. PrieÌ€re qui, dans la messe, suit la consécration et rappelle le souvenir de la Rédemption.

Rem. Attesté ds Lar. 20e, Marcel 1938, Lar. encyclop., Quillet 1965.
B.− MÉD. (psychol., psychanal.). Reconstitution de l’histoire pathologique d’un malade, au moyen de ses souvenirs et de ceux de son entourage, en vue d’orienter le diagnostic ; les données de cette reconstitution. Synon. anamnestiques :
Elle [la psychanalyse] a vu la nécessité de relier l’explication aÌ€ l’histoire et aux significations accumulées dans le sujet individuel : l’
anamneÌ€se recherche dans le cours tumultueux des effets les theÌ€mes directeurs et, derrieÌ€re les theÌ€mes, les événements individuels qui, chaque fois, ouvrent le sens d’une situation psychologique donnée. E. Mounier, Traité du caracteÌ€re,1946, p. 45.

 

les idées de poètes américains, il refuse désormais de séparer tous ses cerveaux. Les neurosciences n’auront pas sa peau, ni son corps ni son esprit. Il doit accélérer un peu pour le fichier central, mais les choses avancent. N’a pas encore statué sur l’ordonnancement de l’œuvre, les éventuels intertitres, les grands basculements inhérents, inévitables, pressentis, requis, interrogés, les questions subsidiaires et l’immense honneur de l’adoubement.

 

LUM a décidé de s’occuper tranquillement des travaux intermédiaires, ceux qui lui font plaisir, de manger le dessert avant le plat principal, ce qu’il n’a jamais au grand jamais fait, c’était interdit par le code de l’éducation. Il s’est arraché aux préoccupations ordinaires, à l’attrait maléfique des coquetteries citadines, et s’est, en mars, penché sur ce qui ne fut jamais pensé.

Il s’est d’abord beaucoup fourvoyé ; les erreurs sont nombreuses lorsqu’il s’agit d’une invention, tout le monde sait cela, cela donne lieu à d’ineffables légendes et de juteux profits dans le monde capitaliste des produits. Aujourd’hui que les rayons sont désertés et les produits en déshérence vendus par lots bradés, on commence à y voir plus clair dans l’essentiel, dans le reste. Écrire sur le reste sera son invention, son occupation viagère, debout, sur une table de Trochin, tachant de faire le vide dans les éléments bas de l’environnement, tachant de n’en demeurer qu’à l’espoir, l’élévation, la petite rumeur cristalline de la trace mince.

Pluie. Clarinette, hautbois, clavecin. Invention de Bach.

[c) MUS. Courte pièce polyphonique caractérisée par des effets curieux et nouveaux. Les Inventions de J.S. Bach ; les six inventions du dernier acte de Wozzeck de A. Berg. (Ds Mus. 1976).]

 

Réinscrire la trace inlassablement, dans le silence qu’elle manifeste. La réinscrire lentement, avec son bruit, son propre bruit caractéristique, chaque trace produisant un bruit spécial. La réinscrire comme preuve de son vivant, sans questions. La réinscrire avec sa main : le bruit de la pointe crissant sur le papier (les lignes du papier, le traçage horizontal, la séparation des mots).

Comme objet physique, montagne d’immondices, obstacle, le débarras de l’écriture. Reprendre à zéro. Rien d’autre : le corps est dans la langue.

Répétition, principe de la variation, Bach, Mozart.

 

 

LUM ne réfléchit pas. Par exemple : une curiosité indécise. Charles Juliet. Des pointes plus sèches. Des blancs, bien sûr, sans les blancs, la trace ne se saisit pas, mais aussi des blancs comme suspensions, comme souffle suspendu, balançoire, caprice du temps. Des qualités de blancs différents, comme des phrases suspendues lorsque l’interlocuteur veut laisser en suspens le dialogue. A ne pas souligner.

 

L’invention de LUM comporte de nombreux dialogues, mais il doit les orchestrer depuis l’extérieur ; sans entrer dans le fichier central ; sans toucher au cœur nucléaire ni aux sentiments ; sans voir très précisément les visages, c’est à dire les expressions, sans que les expressions l’influencent, pour qu’il ne sache pas. LUM se crée de nouvelles contraintes, sans cesse, pour que son invention soit valable, reste crédible, tienne la route, s’impose. L’invention de LUM, c’est la grande affaire des cerveaux multiples et de la résistance aux neurosciences. LUM y joue sa survie de mars, avril et mai. Autant dire l’éternité.

 

LUM observe que dès qu’il tente d’entrer dans le fichier central, rien ne va plus, c’est l’ère glaciaire, l’ennui mortel, il devra user de subterfuges, ça lui répugne. En face de lui, la ceinture de l’imper mastic bien ajustée, passée dans les passants, chapeauté, chaussé de marronnes confortablement moches à semelle plastique moulée comme tout ce qui dorénavant avilit, un vieux lui sourit en retour. Ses joues sont aspirées de l’intérieur par l’absence de dentier, son teint, jaune. Il tient un sac en plastique, l’autre marqueur indélébile de l’avilissement contemporain, empli de choses non identifiables, le tient serré contre lui, et quand il rend son sourire, semble deviner celui que LUM a du laisser échapper.

Bruits durables. Bruits ferroviaires. Rails conjugués. Hoquètement des wagons. Freins puissants.

 

Dans l’ordre de la réminiscence et à propos d’une femme qu’il avait connue, femme d’un écrivain ni majeur ni mineur, ni même écrivain, femme qui, suite à sa séparation, aux subsides conjugaux disparus, avait dû s’adonner à des travaux d’analyse subalternes, tentatives de description, comptes rendus pour que des firmes assoient mieux encore leur pouvoir sur les corps, LUM pense que le milieu l’avait récupérée, elle avec d’autres, que le milieu n’aime rien tant que les esprits décalés pour les absorber, les déglutir, les caresser de l’intérieur de leurs organes, les nourrir puis les digérer et les expulser enfin.

 

Mais LUM ne veut pas entendre parler de la sociologie, pas plus que des activités touristiques en expansion. Il veut arriver directement au centre des choses, arriver au vide plein. Seul le vide plein pourra permettre la réinitialisation correcte du fichier central, avec ses accidents, ses aspérités, ses manques, ses trous, bref, son absence définitive de régularité et de symétrie.

Le travail de LUM prend une ampleur qu’il essaye de juguler avec un intérêt pour les variations de la météorologie, intérêt largement partagé depuis le constat de la réversibilité. Il ne peut pas faire comme si ça n’existait pas, comme si l’histoire était toujours en marche, alors qu’elle est en démarche, en oscillation privée de cardinalité.

Il prend appui sur la théorie du changement brusque chez Virginia Woolf : brusquement s’interrompre pour écrire autre chose – et la transpose, s’occuper d’un fichier annexe, mineur, une broutille -.

Dans Molloy, il trouve ce qu’il ne cherche pas, la preuve de la réversibilité naissante, en 1947 : Il est minuit. La pluie fouette les vitres. Il n’était pas minuit. Il ne pleuvait pas. 

 

LUM s’entraîne dans la giration infinie, profitable, productive, effective, efficace et, dans sa giration, suit avec Mallarmé, ce jeu insensé d’écrire, s’arroger, en vertu d’un doute – la goutte d’encre apparentée à la nuit sublime – quelque devoir de tout recréer, avec des réminiscences, pour avérer qu’on est bien là où l’on doit être.

 

LUM se sent distrait, et rêveur. Il voit le printemps arriver sans qu’il arrive, les choses n’arrivent plus, chaque jour apporte son lot bradé de choses qui devraient arriver et n’arrivent plus. Les choses ne tiennent plus, le soleil par exemple, ne tient plus, il faut que des nuages arrivent. Ce qui doit arriver n’arrive pas et vice-versa. Rien de stable dans ce monde. Aujourd’hui au sommet ; demain au bas de la roue. De mauvaises circonstances nous mènent ; et nous mènent fort mal. Le Neveu de Rameau, au Palais-Royal.

 

Dans les nuages, LUM cherche les fichiers adjacents. Il sait que le fichier central ne va pas du tout le détendre, va le tendre, il sera tendu, et ne pourra plus répondre que par monosyllabes, comme ça : mm, ou d’autres du même acabit, des monosyllabes excédées.

Pourtant, le délai se rapproche, mars-avril-mai, c’est vite passé.

Oui, alors, le dialogue de tous temps rêvé, chacun sur ses positions :

  • A quoi rêvez-vous ?

  • Vous ne m’écoutez pas…

  • Que faites-vous ?

  • Rien.

 

Il manque une pièce. L’invention de LUM peut-elle négliger les ensembles ? Le vide plein, le malentendu, sont des voies d’entrée dans le fichier central, il en est sûr. Pour le reste, la nouvelle donne de la réversibilité appuie en continu sur le Messer Gaster, donne l’impulsion, couvre les initiatives, car si nous venions à nous expliquer, il pourrait arriver que vous appelassiez vice ce que j’appelle vertu et vertu ce que j’appelle vice. Diderot, la réversibilité ? Déjà ?

 

L’invention de LUM peut continuer. Il doit y aller à petits pas, il le sait, un peu comme on sirote un très bon alcool. Il y a des procédures qui ne suffisent pas, et d’autres qui sont nécessaires. Il se rassure dans sa manière d’aborder le fichier central.

Se déploient les timidités ; il se souviendra plus tard. Plus tard ne veut pas dire jamais, ni même plus tard, il y a plusieurs sortes de plus tard ; il découvre l’art de la nuance, le temps n’a plus de prise, longtemps il l’a mesuré, compté, décompté, appréhendé, estimé, soupesé, comme s’il pouvait avoir un poids, peser. Oui, il pèse, mais pas dans l’invention.

 

C’est à l’invention que LUM doit son changement, par elle que les dimensions se répondent, par elle que les réponses peuvent advenir. La nécessité des réponses comme nécessité vitale, au sens des faits divers, dans le sens que les faits-divers nourrissent les réponses supposément appropriées, permettent au socius de s’ajuster, en permanence, dans l’oscillation infinie des morales provisoires, de réguler les enfermements, de pratiquer l’événement comme les multiples matières sont barattées dans le temps, puis inscrites,

à la manière de, et

de manière à.

Il rêve encore. Satire sociale. Petits principes. Grandes figures.

Pas forcément la bonne voie. Mais remonte le courant.

 

LUM ne se souvient pas. De rien. Sa mémoire le trahit au moment où il veut mettre la main sur le regard, l’expression de la bouche, le détail d’un angle. Mais le véritable inventeur de la mémoire n’a pas besoin d’ajouter de corde à la lyre, ni de lettre à l’alphabet : c’est chacun de nous à l’instant où il retrouve, avec le souvenir qui revient comme un cadavre abandonné, la solitude et l’avarice d’un enfant capable de compter pendant des heures ses gains au jeu, les pages des livres lus, et même les jours qui le séparent de la mort. Gérard Macé, L’invention de la mémoire.

Ne cherche pas, rebrousse chemin. Fin du découpage à l’aveugle. Temps perdu.

Je me tassais déjà dans ma stase de chiffon. Molloy.

 

LUM ne s’attendrit pas, il tente de relever quelque chose qui l’intrigue : la nature-paysage. Comme si toutes les photographies prises du monde ne pourront jamais rien faire à ce qui s’est perdu, définitivement perdu, mais dont la perte, si pleine, reste si présente au paysage comme une grosse fleur rouge gorgée de son orgueil floral : la nature profuse, pratiquement en excès d’odeurs, pratiquement contiguë au corps, pratiquement sonorisée par les crincrins d’oiseaux, et terminée par le trait de la ligne d’horizon, que l’œil saisirait en plusieurs courbes superposées dans la tension du regard porté au lointain.

Mémoire, de Rimbaud :

des enfants lisant dans la verdure fleurie

leur livre de maroquin rouge

 

 

L’invention de LUM tiendrait compte des circonstances extérieures, des empêchements, des voix, des bruits, des chants d’oiseaux, des cris d’animaux. Revenir en arrière aussi, pourquoi pas ? Réentendre des bruits récurrents, ressentir des émotions esthétiques sans leurs supports, des prix de beauté, des automatisations, des figurations, des louvoiements, des cadrages, des regards, certains regards particuliers.

 

Tout prend tellement de temps pour l’invention de LUM. Il n’est pas question d’abréger. La tâche doit être menée jusqu’au bout, concernant le fichier central. Ton de la note de service, de la recommandation insistante. La voix, quelle que soit son empreinte, distribue sa cadence à partir de faits anciens, de faits qui ont presque tous eu lieu dans les siècles précédents. Et les suppressions, les coupures, les interruptions, ne changeront rien aux reliquats de la nuit : il faudra les traiter. Lorsque nous rencontrons quelqu’un, c’est toujours au milieu de son existence ; c’est plus tard qu’on aura des renseignements sur lui. Balzac cité par Butor.

 

Les hommages à l’impossible vie se succèdent : la vie elle-même est interrogée, elle se serait réfugiée dans les fichiers. LUM devra vérifier. Viendra-t-il ce temps de la réalité ? Écrits de Laure. Bibliothèques avec pianos, enfants, notes.

Il y a un peu partout des simulacres organisés pour que les gens se croient encore dans la vie, des reconstitutions, des remises de prix, de distinctions, de rosettes, beaucoup d’efforts pour distinguer ce qui devient indistinct. Et des appels de plus en plus poignants aux siècles passés.

Détournements. Influences plus ou moins reconnues, avec efforts de datation. Influences croisées. Influences limitées à la chronologie.

 

A condition de tenir n’importe quel objet pour réel en tant qu’il est dans le langage, tout est possible, et l’invention de LUM et ses cerveaux multiples, légitimée. Avec toujours le plus grand sérieux. La science et son allégeance.

Quelle belle chose, se dit-il, que la science ! voilà que le professeur Selmi de Bologne, découvre dans la putréfaction des cadavres, un alcaloïde, la ptomaïne, qui se présente à l’état d’huile incolore et répand une lente mais tenace odeur d’aubépine, de musc, de seringat, de fleur d’oranger ou de rose.

Ce sont les seules senteurs qu’on ait pu trouver jusqu’ici dans ces jus d’une économie en pourriture (…). 

Neurosciences. LUM se repose dans Huysmans.

 

L’expérience de la discontinuité n’a pas à être surmontée, dépassée : elle en serait appauvrie, asséchée, alors que l’invention de LUM réclame des angles vifs, des matières intraitables, des paroles ciselées.

LUM est soulagé, les neurosciences peuvent aller se rhabiller, sauf à appuyer leur masse doctrinale sur les cerveaux pour exécuter l’espèce humaine. But évident, même pas celé.

 

Finalement, la découverte de l’écart entre l’homme et l’œuvre, rien de lisible, une intégrale de la banalité, un étonnement toujours plus enfantin, une question suspendue aux lèvres des visiteurs, ah bon ?

L’homme et l’œuvre : une perfidie devant consister, faire de l’unique. Tenir le petit marteau droit pour taper sur le clou étroit, voilà l’enjeu. Et c’est rare, extrêmement rare.

Cherchant des citations pour étayer son invention, passablement excité, démultiplié, LUM prend des notes à toute berzingue comme un ancien petit scribe accroupi soucieux, consciencieux.

 

Goethe, Aux Etats-Unis :

 

Tu as plus de chances, Amérique,

Que n’en a le vieux continent,

Tu n’as ni châteaux en ruines

Ni roches basaltiques.

Tu n’es pas gênée en toi-même

Pour vivre la vie de l’époque,

Par des souvenirs inutiles

Et des querelles superflues.

 

 

Puis dans Humain trop humain, il copie les erreurs de Goethe :

Goethe est dans l’histoire des Allemands un intermède sans suite. (…)

Sans les détours de l’erreur, il ne serait pas devenu Goethe, c’est à dire le seul artiste allemand de l’écriture qui n’ait pas encore vieilli aujourd’hui, – parce qu’il ne voulut justement être ni écrivain ni Allemand de métier.

 

Pour son invention, LUM prend trop de notes, il doit se prémunir contre l’excessive prise de notes sur trop d’auteurs, trop de livres, il ne devait pas se laisser aller à prendre autant de notes, sur autant de livres, et de façon aussi désordonnée, dans les siècles, dans les nations, dans les paysages, dans les langues, avec les verbes, les noms, les citations.

LUM cherche des citations de LUM, pour son invention. Il prend toutes ces notes sur des auteurs parce qu’il pense se croiser au détour des livres, dont il extrait des fragments pour les noter. Il le pense sincèrement, il l’hallucine : un jour il tombera sur un livre de lui et copiera une citation de lui, LUM. En attendant, il farfouille dans les siècles, il cherche aussi ceux qui se citent eux-mêmes.

 

Il n’y a pas plus d’ailleurs que d’achèvement. L’invention de LUM se garde de la fébrilité. Plus précisément, l’achèvement, l’inachèvement, le non-achèvement se font d’amicaux saluts au lever du jour, au chant des oiseaux, aux cris braillards des dindons ; le tour que prennent les jours les inachève nécessairement. Quelle que soit la solution, il faut une installation, c’est sur ce constat que s’achève le non-achèvement de l’inachèvement.

A jamais inachevées : une collusion des matières, une collection de fixités, une humilité aussi, une humilité profitable, non coercitive.

 

Dans l’invention de LUM, la question du temps est centrale, mais fuit à peine approchée. Il y faut davantage de patience.

Finalement, grâce à l’oubli, à la patience, au fait de ne plus rien vouloir d’autre qu’être là, à l’apaisante disparition de son corps, l’invention de LUM se faufile dans un réseau serré de contraintes et d’obstacles, un entrelacs de fils et de câbles, un miroitement infini de fichiers, d’appels aux sources de la connaissance, de lectures cannibalisantes, d’images qui hantent, de poussières de souvenirs, d’ententes suraiguës.

Vers avril.

21 août 2014

[Livre – chronique] Philippe Jaffeux, Alphabet de A à M, par Jean-Paul Gavard-Perret

Ça ressemble à une thèse, mais ça n’est pas une thèse… un grimoire, un Verbier… LE Livre ? /FT/

Philippe Jaffeux, Alphabet de A à M, Passage d’encres / Trace(s), été 2014, 30 €, ISBN : 978-2-35855-103-8.

 

Aux mots Jaffeux préfère les lettres. A cela une raison d’évidence : nul besoin pour les seconds de respecter leur orthographe… Mais il y a plus : la lettre se rapproche du cri et du silence qu’à sa manière l’ordinateur revigore. Bref, la lettre est le premier bond, celui d’avant le verbe – juste avant.  D’une lettre à l’autre se mesure selon Jaffeux la distance du vide à l’enfance et de l’homme à la bête. Là où tout ne semble pas encore énoncé le signe ne fait pas encore le singe comme Prigent avant l’auteur l’avait déjà souligné. Et l’auteur de souligner que « le silence précéda la parole afin que les lettres puissent aussi être vues sans être lues » (p. 52) – ce qui dans sa tête n’est pas qu’une argutie.

Philippe Jaffeux propose ici pour la première fois la compilation de son « désastre très langue + très langue + très langue + très langue » qui demeure une des plus grandes entreprises littéraires du temps avec à la fois tous les  effacements possibles du simple logos pour une autre dignité du verbe. Les mots avancent ou sont en retard par effet d’alphabet. Non seulement « l’alfa bée » mais la syntaxe se démultiplie en coupures, comptines pour – sous prétexte de classements – désorganiser avec gourmandise et goinfrerie le monde et ses ordres. Face à la cupidité libérale, la littérature offre un retour  d’ombre en prouvant combien tout logos peut s’enrayer lorsque les cotes du non-sens montent inopinément.

 

Une nouvelle énergie alimente ce qui devient le théâtre d’une nouvelle poétique. Jaffeux la découpe en lames et carrés pour faire de son alphabet une « Terre Sentinelle »  gouvernée non seulement par de simples sentiments ou désirs mais par une voix et une déconstruction matérielle du texte par ordinateur. La poésie touche à la matière même de l’écriture dont le rapport secret emprunte le moins possible aux accidents du biographique. Elle est autant une science de la nature que l’expérimentation du langage  qui prend une signification non seulement conceptuelle mais perceptuelle aiguë. La page devient une table de dissection. Les objets (les mots) n’y sont jamais obscurs et inertes. Le langage agit dans sa graphie, ses polices, sa couleur, il joue de ses charades, de ses syntaxes et sémantiques, de ses fables, et entraîne le sens vers une extase matérielle. Loin de l’ordre discursif, Jaffeux offre par une démarche libre la capacité d’atteindre la tendre indifférence du monde. Elle secoue ce dernier jusqu’à se demander qui de lui ou de l’être inventa l’autre. Mais avec l’espoir secret d’assurer l’avenir des deux.

19 octobre 2013

[Livre] Eric Houser, Hello Ernest, par Emmanuèle Jawad

On lira avec intérêt cet impressionnant recueil de textes divers.

Eric Houser, Hello Ernest, éditions Les petits matins, coll. « Les grands soirs », octobre 2013, 253 pages, 12 €, ISBN : 978-2-36383-6.

 

Hello Ernest d’Eric Houser rassemble différentes publications, un choix de ses travaux – parus entre 2000 et 2012 – répartis dans le livre en trois sections permettant une approche transversale et éminemment riche de son travail d’écriture et ce, dans le domaine poétique mais également critique (articles à teneur psychanalytique notamment).

Cet ensemble s’apparente à une mise en lumière de la diversité de ses écrits en même temps qu’il décline, décompose scrupuleusement par l’importance des textes collectés, les différents modes d’écriture poétique.

 

Le travail d’écriture d’Eric Houser multiplie les expériences sur la langue et la composition graphique introduisant à chacun des textes un nouveau traitement, de nouvelles formes (blocs de textes, récits, quatrains, suites de propositions, courts énoncés…). Les propositions s’effectuent par glissements de mots répercutés d’une phrase sur l’autre, réitérés, en boucle, dans une abondance de signes graphiques (soulignements usage de crochets, guillemets, tirets, signes mathématiques, =, +, différentes polices, caractère gras), propositions avec glissements des significations et glissements homophoniques introduisant de légers décalages, suite d’arguments, listes et travail de recherche dans l’élaboration de la liste (liste d’objets, de couleurs, de notions, mots-clés dont la première lettre suit l’ordre alphabétique, mots barrés, jeux sur les sons). Les douze petits récits qui occupent une importante séquence du livre agencent des petits blocs de texte souvent non liés marquant des effets de ruptures (sémantiques et formelles), des amorces de récits, segments de phrases, extraits, avec interjections, composant ainsi un assemblage hybride d’éléments introduisant ce qui semble parfois des coupes de dialogues, bribes de récits, sursauts de l’actualité et de l’histoire pouvant à l’occasion emprunter un vocabulaire juridique (le roi Ptolémée, la vache folle, un réquisitoire…). Dans un saisissant et superbe texte Patch !, les phrases dans une apparente discontinuité (avec intrusion d’une lettre en capitale à la fin de certains mots) convergent vers la thématique de la langue, du récit, de l’écriture elle-même et de la poésie. Le travail de montage usant de l’imbrication des différents temps de conjugaison, déploie ainsi des structures d’expérimentation agencées sur l’espace de la page, réduction des énoncés jusqu’à l’occupation seule de l’espace inférieur et supérieur de la page avec condensation des fragments ou strophes, blocs textuels occupant largement l’espace maintenant un dialogue avec des œuvres littéraires (références à Anne Portugal, Stacy Dories…). Des textes en version bilingue complètent l’ensemble proposé. Un choix d’articles sur l’art contemporain et sous l’angle de la psychanalyse lacanienne clôture cet ensemble dense mettant en évidence, dans d’autres approches, le traitement du corps et le rapport à la langue.

17 janvier 2013

[Dossier – 2] Espitallier : Libr-Java

Tandis que son dernier opus, L’Invention de la course à pied (Al dante), vient tout juste de paraître en librairie, dans ce deuxième volet du work in progress qui lui est consacré tout au long de cette année 2013, faisons le point avec Jacques Sivan sur l’ "attitude Espitallier", avant de nous pencher sur le parcours de l’écrivain atypique.

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2 novembre 2011

[News-revue] DOC(K)S, 4e série, numéro 13/14/15/16 : spécial Joël Hubaut

DOC(K)S, édition AKENATON, 4e série, numéro 13/14/15/16, 432 pages + DVD, 50 € le volume ; 80 € l’abonnement (4 numéros).

â–º Offre spéciale aux lecteurs de LIBR-CRITIQUE = 48 € + frais de port gratuits pour toute commande avant la fin de l’année à l’adresse suivante : DOC(K)S, édition AKENATON, 7 rue Campbell 20 000 Ajaccio (akenaton.docks2A@gmail.com).

Il y aura de cela bientôt un siècle – dans l’entre-deux guerres, donc –, Jean Prévost n’était pas le seul à estimer que le nombre de lettrés en France ne dépassait pas cinq cents… Et aujourd’hui, en matière d’écriture expérimentale, combien d’amateurs éclairés ? de vrais passionnés ? – au point, par exemple, de faire une petite folie en s’abonnant à une revue qui, soucieuse de son indépendance, ne prétend pas exister uniquement grâce à des subventions ; ou en acquérant un dernier numéro qui, centré sur la figure haute en couleurs de Joël HUBAUT, est évidemment à rattacher à notre dossier sur la subversion…

Revue de chantier, avant entretien avec Philippe Castellin…

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31 octobre 2011

[Dossier Al dante – 4/6] Sylvain Courtoux, Stillnox, par Isabelle Grell

Sylvain Courtoux, Stillnox, automne 2011, 304 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-852-5.

Ce n’est sûrement pas le fait du hasard que Stillnox ne prend pas fin là où le lecteur pressé s’arrête, ayant quand même déjà lu les 295 pages officiellement paginées. Il sait maintenant que le narrateur/auteur est un drogué, il se fera tout seul son avis sur la véracité du jugement autoproclamé d’être « un poète de merde » et le plus con le rangera sur une pile en disant « Il est foutu, c’mec ». En pensant tout bas « Tant mieux, bien fait pour lui ».

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