Libr-critique

22 décembre 2019

[News] News du dimanche

Et si la trêve des confiseurs était celle des Libr-lecteurs ? Découvrez donc une nouvelle sélection de livres reçus parus en cette fin d’année ou qui vont être publiés début 2020… Et pour bien commencer 2020, des premiers RV hauts en couleur !

Libr-10

► Jacques ANCET, Amnésie du présent, éditions Publie.net, automne 2019, 210 pages, 19 €.

► Paul de BRANCION, Tu veux savoir comment je m’appelle ? suivi de 0.1.0 désorientation, Lanskine, automne 2019, 48 pages, 10 €.

► Pierre CHOPINAUD, Enfant de perdition, P.O.L, à paraître le 3 janvier 2020, 576 pages, 24,90 €.

► Johan GRZELCZYK, Données du réel, éditions Ni fait ni à faire, automne 2019, 110 pages, 10 €.

► Douin de LAVESNE, Trubert, un fabliau de la fin du XIIIe siècle, éditions Lurlure, Caen, 200 pages, 19 €.

► Jacques JOUET, Dos, pensée (poème), revenant, P.O.L, décembre 2019, 480 pages, 24,90 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, Bordeaux, à paraître le 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €.

► Fabrizia RAMONDINO, Retours, trad. de l’italien par Emanuela Schiano di Pepe, éditions Publie.net, novembre 2019, 152 pages, 14 €.

► Ritournelles : 20 ans de création littéraire transversale, Le Bleu du ciel, Libourne, automne 2019, 200 pages, 20 €.

► Senna Hoy, revue de poésie en anglais et en français, publiée par Luc Bénazet et Jackqueline Frost, n° 1, décembre 2019, 4 €.

Libr-événements

â–º

► Le vendredi 17 janvier 2020, retrouvez Béatrice BRÉROT à La Balançoire :

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29 juillet 2018

[Libr-relecture] Pierre Le Pillouër, Ça et pas ça, par Christophe Stolowicki

Pierre Le Pillouër, Ça et pas ça, Le Bleu du ciel, 2015, 128 pages, 15 €, ISBN : 978-2-915232-96-7. On pourra lire la chronique de Tristan Hordé lors de la parution de ce superbe recueil.

Écrit aux deux temps de l’image et de son commentaire en écho décalé, déboîté, non sa légende, loin s’en faut, seule la vision, la visualisation apposant son emblème ; au deux registres du ça et du pas ça, le sursoi qui sursoit, de fulgurance en lambeau halluciné, de mystère en énigme, à leur élucidation ; du sas imagé et de sa fermeture exfiltrant des îlots de phrases en phase avec l’innommé ; aux deux modes d’apnée de la vision en romaines et de ce qu’en regard ou en ballon crevé « LA VOIX DIT » en italiques ; en séquences de films au doublage longtemps déficient, défaillant, rétabli sur la fin ; de poème en poème d’articulation franche, vers de prose longs dédaignant le rejet ou l’enjambement, seule la poésie apte à dire et décrire d’un même allant le rêve ou l’hallucination, seul le vers à vers disruptif rendant le fragmentaire onirique – un livre singulier dont le courage, l’audace, le travail sous-jacent d’une vie professionnelle, l’éthique évoquent Socrate dans Le Banquet vu comme un Silène déguisant ses vertus, son savoir.

Ça et pas ça ou le journal, tenu sur près d’un an, de ses hallucinations normales, légères, impondérables, celles que chacun laisse filer dans le sommeil, tenu par un diariste qui a soumis son endormissement à l’épreuve de happer ces images, la gageure de capter ces paroles – à contrecourant. Images filantes en floraison hypnagogique stellaire, feux follets dont chacun, la nuit venue, mais de préférence la sieste pour ne pas trop contrarier leur fonction, peut faire l’expérience – non des voix, imperceptibles comme le fond de rumeur de notre microcosme sinon aux dits psychotiques, héros méconnus appelés, sinon à sauver le royaume de France, à Domrémy fa sol et pic et pic et colégram rouler dans les limbes dont nous nous gardons.

Pierre Le Pillouër n’a pas frayé son chemin de poésie sur l’autoroute de l’enseignement universitaire des lettres ou d’une philosophie de peu de sagesse ni de folie, mais dans la rocaille de corniche, le surplomb d’une vie d’hôpital, à l’écoute infertile féconde dont s’est bien gardé André Breton, plus grand lecteur que poète, des fous qui pis que nous qui cogitons ergo sommes sommes sommes (dit Gide), ont décroché, dévissé dans l’à-pic. À cette expérience plus proprement surréaliste que l’amuse-bouche d’un cadavre exquis, il se livre relativement sur le tard, culture acquise, notamment picturale, fortune faite, celle de César ou des tarots sous l’égide de son étoile dans une nuit d’été riche en comètes.

Tout cela pour dire comment ces voix, lui peut les entendre, et a pu écrire son livre dans la tension, le jeu, les monologues amébées, et vers la fin surtout, quelques moments de suivi des deux registres. Curieusement, alors que d’intensité les voix sont très en retrait des images, toute la dramaturgie, la rythmique, le beat reposent sur la réitération anaphorique structurelle dans chaque poème des « ET LA VOIX DIT », ou « LA VOIX DIT », ou une fois « LA VOIX », cette fois en decrescendo de distiques, ou encore « LA VOIX DIT » suivi de parenthèses vides. Non la grosse caisse d’un Jacques a dit mais le porte-à-faux de baguettes sur les parois du vide, l’éclair des élancements de rapides de la démence côtoyée, parfois réparée.

« Deux lourdes portes genre hôpital […] elles n’ouvrent sur rien que / l’une contre l’autre », « Main droite dont tous les doigts sont des moignons / sur un paquet de bonbons », « Du ventre d’une vache aux taches blanches et marron / tombent de la chair et du mou par paquets rouges et rose vif », « Pâte malade pour malade / sans rebords suivis » : récurrents les détails hospitaliers. À l’écoute préservant des « Monstrueuses mâchoires de glace / stalactites et stalagmites cernées de chair rose / et prêtes à broyer ». Comme à contrepente réparatrice, dans les visions l’accent mis sur les habits des personnages aux couleurs vives : « Très belle jeune femme vêtue de vêtements blancs scintillants » ; « Batman costumé bleu ciel / son masque s’arrête au front et on pourrait voir ses yeux / s’il en avait » ; « Une religieuse toute vêtue de violet sauf la cornette / descend de cheval » ; « Bras gauche nu de femme pendant le long de sa robe / moirée pourpre » ; ou sur la couleur pure, intérieure, allitérée : « Plante verte aux boutons verts enfermant du vert / elle rampe ventre à terre ».

« Une énorme langue sort d’un vieux poêle / en proie aux flammes » : vision fulgurante qui dispense de tout commentaire – « ET LA VOIX SE TAIT », Lacan ne risquerait pas un jeu de mots. Dès la première strophe elle dit « il lira il lira il lira », lettrée révolutionnaire. « Une croix en or scintillant au pied d’un haut sommet neigeux / ET LA VOIX DIT / Orgival », d’orgie verbale longtemps réfrénée. La voix voit, dévoie – défie un siècle saturé d’audiovisuel où de bruissant s’est perdu le silence. Des premières visions légendées à faux dont on attend du plan suivant comme de rêve à rêve l’explication dont image et voix épaississent la dérobade, imperceptiblement, à la vigilance têtue, à l’affût permanent, au mirador intérieur à même l’immatière des matières – une chapelle Sixtine s’éclaire en phase paradoxale ; les piécettes d’hallucination tapissant le fond du bassin comme des « confettis d’or fin », les emblèmes nets, tableaux imparfaits, les voix de somnambule sur fil d’aragne tendu entre deux déserts évoluent vers des bribes de cure analytique : « LA VOIX DIT / J’ai tout de même des oreilles » ; « Immense cathédrale […] / LA VOIX DIT / Quelques transferts de bénédiction » ; « les anecdotes qu’il a respirées » ; « Elle a fait tout le boulot qu’il fallait pour nettoyer la dynamique du dieu » ; tandis que les couleurs gagnent en nuance : « rose stabilo », « une sculpture abstraite couleur pierre à savon ». « Boudins blancs grillent sur un barbecue / Bien qu’à l’envers ils ne tombent pas », le surréel réduit à son plus magrittéen simplisme. Quand une dernière « VOIX DIT / On voit ce qui se noue », le prénom du poète thérapeute répond à l’appel.

Sur la double page de couverture courent à strates des tracés d’encéphalogrammes à ressauts, rehauts, d’une neurologie des limbes tournée tableau, poème.

5 avril 2018

[Chronique] Olivier Domerg, Treize jours à New York, voyage compris, par Guillaume Basquin

Olivier Domerg, Treize jours à New York, voyage compris, avec treize photographies de Brigitte Palaggi, Le Bleu du ciel, Libourne, 2003 ; rééd. hiver 2017-2018, 164 pages, 15 €, ISBN : 978-2-915232-04-0.

Ce livre, qui est une réédition (première édition en 2003), est présentée comme un « événement éditorial » par son éditeur ; voyons ça.

Ayant écouté une émission de radio avec l’auteur sur France Culture à l’occasion de la sortie aux éditions de l’Arpenteur de Portrait de Manse en Sainte-Victoire molle, en juin 2011 (Ça rime à quoi, avec Sophie Nauleau), j’ai tout de suite senti (si j’avais lu ce livre, j’aurais écrit « retrouvé ») l’arpenteur chez Olivier Domerg. Arpenteur de la Montagne Sainte-Victoire ici, arpenteur des rues de New York là-bas. « Arpenteur » : Agent dont la tâche est de mesurer et d’arpenter les terres, de faire des relevés de terrain au moyen de certains instruments de mesure et d’optique, dit le dictionnaire. Dès les premières pages, l’auteur arpente l’aéroport de départ de son voyage vers New York, Marseille Marignane (c’est ainsi que l’on doit comprendre son sous-titre, « voyage compris »). Son instrument n’est pas optique (nulle caméra ici) ; mais c’est tout comme : sa plume en a la précision sans pathos, quasi documentaire : tout est décrit avec une précision extrême, au plus près du corps de l’écrivant (« Quelques détails travaillés très près du corps », nous dit l’un des sous-titres (extrêmement importants dans ce recueil, qui n’est « pas un journal de voyage », mais un relevé d’apprenti)). Ainsi, durant le survol du Groenland, durant la 2e étape du voyage, de Munich à New York : « l’aérodynamique n’est plus ce joli néologisme mais le point de résistance (point d’échauffement, point critique), de frappe, de brûlure (coefficient de pénétration dans le réel) […] plus tard, au-dessus du groenland, sensation de glace sur les ailes… » Tout est enregistré avec l’indifférence objective d’une caméra : « je reviens sur les moments qui suivent le décollage […] / très vite […], la baie de marseille et les îles du frioul (cailloux posés à plat, sur les eaux étales), plates, sans relief, l’estaque, la joliette, l’étagement de la ville […]. puis, dans un éclair, la barre rocheuse de la sainte-victoire rutilante au soleil. » Petites touches posées à plat. Comme LE peintre de ladite montagne, Cézanne. Peinture en aplats. Sans profondeur. Petits coups de plume-couteau pour forer le réel. Termes techniques, très précis, sans fioritures. On est loin, loin des « descriptions mièvres ou kitsch » que la littérature a produites à foison quant aux voyages aériens (si grandiloquentes, souvent) ; ainsi, « atterrir, c’est passer séance tenante du mythe à la réalité ». Et la réalité première du sol américain, c’est l’argent, la « monnaie locale » : « mise en garde sur les taxes (à ajouter mentalement pour connaître le prix exact) […] commencer par là, l’élément le plus prosaïque. en faire quelque chose : une phrase. » (Cette phrase.) « premier dépaysement : la monnaie. payons pour voir. » (Le livre coûte 15 euros, c’est « rien ».)

Les premières impressions de l’écrivain à New York sont les bonnes : la ville est une grille ; Domerg rejoint ainsi, sans le savoir (mais peut-être le sait-il ?), les théories du plus fameux théoricien de l’urbanisme de la Big Apple, Rem Koolhas : « Manhattan is a Grid […] and it turns into a dry archipelago of blocks » (Delirious New York, The Monacelli Press, 1978). Mais il y a plus : Koolhas écrivait de son livre qu’il était un « simulacre de la Grille de Manhattan » : « a collection of blocks whose proximity and juxtaposition reinfore their separate meanings ». Ainsi, le livre de Domerg : chaque « action (ou poème) » renforce l’architecture de la ville en archipels : « blocs des blocs des blocs brique des blocs de brique / chaque pâté d’immeuble s délimité par une rue chaque rue coupée par une avenue perpendiculaire à elle chaque avenue elle-même parallèle […] à d’autres avenues coupant elles aussi d’autres rues (parfois les mêmes) des rues elles-mêmes constituées d’une succession de pâtés d’immeubles lesquels (on l’aura compris) sont formés de blocs de briques rouges etc. » ; quand ce n’est pas la forme même du livre qui devient une métaphore de la grille new-yorkaise : ainsi, pages 28 à 31, le texte s’insérant dans des carrés ou damiers ; ou bien, pages 69 et 70, le texte devenant vertical tel un gratte-ciel, et zébré de « Z » rappelant les escaliers de secours des iron buildings de SoHo.

Treize jours à New York devient une tentative d’épuisement documentaire d’un lieu ; cela semble impossible de « rendre » la ville (« Faudrait être en mesure de restituer la multitude des lieux rues altitudes architectures ; la bigarrure des populations ; l’étendue saturée, le gigantisme de la ville »), ou alors « sur un mode mineur », par une succession de petites touches plates alla Cézanne, travaillées (« très près du corps ») comme un synopsis de film, en séquences (« séquence A – Le montreur de serpent » ; « séquence F – Le dormeur de la promenade ») ; et pourtant, Domerg, faisant œuvre anthropologique, comme autrefois Raymond Depardon dans Correspondance new-yorkaise (éd. de l’Étoile, avec un texte d’Alain Bergala), y arrive malgré tout : il nous fait très bien sentir que « le pouvoir (la puissance) s’[y] mesure à l’aune de l’altitude atteinte et de la montagne de dollars engloutis » ; il a vu que la « devise en vigueur » dans la ville est le calcul : « on calcule tout, car tout peut être calculé […] tenez, même pour circuler, on comptera en “rues” et en “avenues” ! » La différence entre le livre de Depardon et celui de Domerg, c’est que dans le livre de Depardon, il y avait un équilibre entre les images et le texte, l’un complétant l’autre, dialoguant ; là, chez Domerg, le texte a tout phagocyté, puisqu’il est déjà comme un film (documentaire), avec ses poses dans des squares, loin du bruit et de la pulsation de la ville, sa « traque du ciel entre les tours » ; et c’est alors que les photographies de Brigitte Palaggi semblent impuissantes à rajouter au texte, devenant de simples faire-valoir (au nombre de treize, comme le titre, c’est à noter). Le topographe fau(x)tographe, avec sa suite de prises et re-prises (comme dans son sous-chapitre « (ré)action (ou remake) n°7 ») comme autant de relevés topographiques, a éclipsé la photographe (de toute façon, « la répétition de l’image [de New York en particulier] annihile sa teneur ») ; sa méthode « PerecPonge » (« s’exercer à / noter le “déroulé banal” / de ce qui arrive et de ce qui est ») a rendu l’image superfétatoire : les « formes sensations matières » sont écrites : « pavés de lignes, morceaux de prose ramassée, phrasées en tas, vers disséminés ou coulés dans la masse, lambeaux de fresque ; du fragmenté palpable […], inachevé, et sans doute, inachevable. » Comme ce texte, qu’il me faut pourtant décider de couper ici.

18 juin 2015

[Chronique] Pierre Le Pillouër, Ça et pas ça, par Tristan Hordé

Pierre Le Pillouër, Ça et pas ça, éditions Le Bleu du ciel, printemps 2015, 128 pages, 15 €, ISBN : 978-2-915232-96-7.

 

On se souvient de Michel Leiris écrivant ses rêves et l’on sait que Virgile Novarina consacre une partie de son œuvre à garder la trace de mots et de figures qui surgissent pendant son sommeil. Les « visions » et « auditions » réunies par Pierre Le Pillouër sont d’un autre ordre, ce qui est explicité en quatrième de couverture : elles sont « issues de l’état de semi-conscience qui se dissipe vite dans le sommeil ou dans le retour à la norme. » Leur notation prend deux formes distinguées par la typographie ; une image (ou une série d’images) est présentée en caractères romains et, précédés de « la voix dit » (ou « la voix se tait »), sont notés en italique quelques mots qui n’ont que très rarement une relation avec l’image. On lira des variantes : seulement des images ou des transcriptions de mots entendus ; on lira aussi, page 114, la source du titre : « la voix dit / C’est pas ça mais c’est souvent ça ».

La partie relative à ce temps indécis qui précède l’endormissement ou le réveil, très brève dans le temps, est peuplée ici de personnages et d’objets qui appartiennent pour une bonne partie d’entre eux à l’ordre policé, plus ou moins lisse de notre quotidien, mais ils apparaissent dans des contextes ou sous des formes tels qu’ils perdent souvent leur aspect habituel. Ils deviennent parfois acteurs dans un univers qui serait complètement déréglé, avec une apparence défiant toute logique. Souvent, le décalage d’avec la réalité repose sur un détail : soit « un filet de pêcheurs / constitué uniquement / de sang ». On ferait aisément le relevé de ces altérations de la réalité, parfois très mineures ; par exemple, les visages sont dissimulés ou déformés, les masques abondent, notamment ceux des clowns ; etc.

Est-ce à dire que les visions évoquent toujours un univers plus ou moins proche de certains dessins de Max Ernst, où choses et personnes perdent, partiellement, leur assise ? Les visions, dont on ignore pendant combien de temps elles ont été notées, sont très variées et certaines semblent d’autant plus étranges qu’elles renvoient à quelque chose qui pourrait être observé : une parmi bien d’autres, « Une vieille femme passe son index sur son cou ». Il y a régulièrement dans ce qui s’impose quelque chose à la fois « inconnu et familier » que le lecteur rapproche de ce qui est inconnu et étrange, et c’est la proximité de ces énoncés différents qui construit l’harmonie dans le désordre.

La plupart des énoncés attribués à "la voix", fragments de discours sans contexte, même lorsqu’ils sont complets peuvent être paraphrasés de bien des manières, comme « Tu donnes ton mec s’il te plaît », et, de là, être rattachés à certaines images. On relève dans cet exemple le décalage entre les niveaux de langue (pour reprendre la formule du bon usage…), et une majorité appartient à ce registre dit familier, transcription toujours approximative de l’oral. Ce qui importe, c’est que certains fragments ont un statut analogue à celui des images, renvoyant à des règles autres dans l’univers, ainsi : « …pour que tu n’embryonnes plus ta boîte… ».

Isoler et classer les "visions" aboutirait à esquisser un portrait de l’auteur, qui ne pourrait être que partiel puisqu’on oublierait que ces visions sont données en bloc. Les images sont rarement prises en charge, parfois par un "on" (« On dirait… », « On ne voit rien… »), et le pronom "je" n’est pas totalement absent ; la description d’une femme penchée à la fenêtre suscite le commentaire « je crois la reconnaître », et le prénom "Pierre" apparaît — ce n’est pas un hasard — à la dernière page : « Pierre ça suffit les prénoms hein ». Mais les relevés, quoi qu’on ajoute, n’aboutiraient qu’à une esquisse éloignée de ce qu’est l’auteur.

Il faut lire dans chaque page l’ensemble du texte — visions et auditions —, exploration de moments très fugitifs et que nous gommons, pour apprécier pleinement les bouleversements, légers ou violents, apportés à nos manières de voir et d’entendre — parce que c’est ainsi qu’ « On voit c’qui se noue » pour citer ce que "la voix dit" pour clore le livre.

25 novembre 2010

[Chronique] Aurélie Pétrel et Philippe Adam, Les Légumes verts

Aurélie Pétrel et Philippe Adam, Les Légumes verts, Le Bleu du ciel éditions, automne 2010, 80 pages non numérotées, 20 €, ISBN : 978-2-915232-67-7.

Figure du manque, le titre renvoie à un monde dans lequel, la diversité n’étant plus que visuelle et virtuelle, les "légumes verts" deviennent l’emblème du reste humaniste… C’est dire que ce dispositif répétitif critique établit l’inventaire de notre société depuis l’univers post-humain.

 

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16 septembre 2010

[News] Libr-brèves de mi-septembre…

Avant même les prochaines NEWS du dimanche, vu la densité actuelle de l’actualité, voici quelques Libr-brèves à propos de Luc BOLTANSKI sur Mediapart, du comité de soutien à la poète Anne-Lise Blanchard, de Fred GRIOT sur Websynradio, de la manifestation bordelaise consacrée à L’Ange mal garé de Didier Arnaudet (eaux-fortes de Carmelo Zagari), de la lecture-conférence de Bernard DESPORTES à Paris et de la dixième édition du festival nantais MidiMinuitPoésie.

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27 décembre 2009

[News] Libr-fêtes : coup d’oeil dans le rétro…

Au terme de cette quatrième année qui a totalisé plus de deux cents entrées (962 depuis la création du site) et attiré un bon millier de libr-lecteurs uniques par jour, nous tenons à vous remercier de votre attention et de votre réactivité – et renouvelons notre appel pour démarrer au mieux 2010 : sont les bienvenus vos commentaires, suggestions, informations et contributions diverses (chroniques, créations, articles de recherche, etc.). N’oubliez pas, une seule adresse : libr.critik@yahoo.fr. Au reste, vous trouverez ci-après un rappel : "Libr-critique, mode d’emploi".

Avant de franchir le cap vers la première décade du XXIe siècle, depuis le dimanche 29 novembre, en quatre livraisons, nous avons entamé une rubrique permettant de faire le point sur les œuvres qui nous ont marqués depuis 2007, et par là même de vous aider à ne pas passer à côté d’expériences inoubliables. Aux vingt-deux déjà recommandées (de Desportes, Ernaux, Franco ; Bouvet & Ladoire, Buraud, Doppelt, Jourde, Prigent, Raharimanana ; ouvrages sur les bibliothèques, le futurisme, Mathias Pérez ; Brosseau, Dickow, Dupuy, Favre), ajoutons-en dix autres, en plus de huit revues et maisons d’édition que vous gagnerez à fréquenter et soutiendrez par la même occasion.

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6 décembre 2009

[News] News du dimanche

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , , — rédaction @ 21:15

Moins de trois semaines avant Noël, on trouvera notre deuxième sélection de titres qui ont marqué ces dernières années [LIBR-FÊTES] : à partager et goûter sans modération… Mais auparavant, des notes de lecture sur Xavier PERSON, Extravague et Julien D’ABRIGEON, Le Zaroff ; deux événements à noter (rencontre avec Julien d’Abrigeon le 15/12 et projet RADart).

Cette semaine, nous publierons la suite de No more reality d’Emmanuel Adely, un article  sur Suzanne Doppelt, et mettrons en ligne deux extraits de la soirée d’inauguration du centre de Littérature et d’arts numériques Databaz (Angoulême) – dont trame-ouest, l’association qui supporte Libr-critique, est responsable.

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3 juillet 2009

[News-chronique] Prigent : Prix Charles Cros pour Naufrage du litanic

Filed under: chroniques,News — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 9:47

Christian Prigent vient de recevoir le Prix de l’Académie Charles Cros pour l’enregistrement de cinq lectures tirées de Voilà les sexes (1981) et titrées Naufrage du litanic. À cette occasion, nous tenons également à rendre hommage au travail de l’éditeur et à saluer la collection "sonore". Et, dans le même temps que vous allez (re)découvrir ce tonique CD-audio, nous vous proposons de (re)lire l’essentiel de la chronique publiée le 2 décembre dernier.

Christian Prigent, Naufrage du litanic, Le Bleu du ciel, 2008, 1 CD-audio 40 mn, livret 24 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-915232-54-7.

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2 décembre 2008

[CD-livre + chronique] Christian Prigent, Naufrage du litanic

Christian Prigent, Naufrage du litanic, Le Bleu du ciel, 2008, 1 CD-audio 40 mn, livret 24 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-915232-54-7.

Après Presque tout (P.O.L, 2002), les rééditions de Peep-show (Le Bleu du ciel, 2006) et de La Langue et ses monstres (Cadex, 2008), et par ailleurs la mise en ligne par l’équipe du Terrier (L.L. De Mars, François Lacire, …) de la collection TXT – enrichie par divers textes et enregistrements -, avec cette livraison que l’on doit aux éditions Le Bleu du ciel, voici de quoi poursuivre le (ré)inventaire de l’œuvre.

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