Libr-critique

30 septembre 2020

[Chronique] Fabienne Radi, Email diamant, par Jean-Paul Gavard-Perret

Fabienne Radi, Émail diamant, Art&fiction, Lausanne, coll. « SushLarry », en librairie ce vendredi 2 octobre 2020, 156 pages, 14 €, ISBN : 978-2-940570-94-2.

 

Fidèle à son genre d’élection Fabienne Radi poursuit l’écriture d’essais très particuliers et programmatifs à la fois spécifiques et spéculaires où celle qui écrit s’interroge sur ce qu’il faut écrire et d’ailleurs s’il faut vraiment écrire eu égard à son attrait pour les images qui deviennent pré-textes et péri-textes.

Ces livres sont des tentatives de détournements et un moyen d’être créatrice à part entière par des voies détournées. Se sentant quasiment « choisie » par des oeuvres, des images et certains cas d’espèce elle propose un champ particulier à la culture comme à l’aventure humaine.

En conséquence, lorsque qu’elle ressort avec une mâchoire paralysée – ce qui est tout de même assez fréquent – de chez son dentiste, puisque, « enfant, je n’ai pas eu droit au fluor dans le sel de table » dit-elle – l’auteure ne manque jamais, à peine la porte du cabinet refermée, de lire à plus ou moins haute voix les textes qui apparaissent alors dans son champ de vision : « OTICH ASCHENCHEUR, PHARMACHIE DE CHERVICHE ou encore DÉFENCHE DE CHTACHIONNER, en produisant un filet de bave par la même occasion ».

Fabienne Radi y trouve un certain plaisir, voire un plaisir certain qu’elle chérit en oubliant sa souffrance : « tout en me confortant dans l’idée que j’ai bien fait de ne pas essayer de me lancer dans la performance » ajoute-t-elle. Et ce en allusion à une de ceux et celles qu’elle évoque dans ce livre et à laquelle elle pense à chaque visite chez le dentiste : Hayley Newman dont elle a perdu la trace mais qui n’eut jamais peu d’aller au charbon.

Mais ne s’arrêtant pas en si bon chemin, et depuis les bords du Léman, elle convoque outre la performeuse anglaise et son dentiste vaudois, une nonne belge, l’Homme des glaces, Shelley Duvall, Peter Pan et Harry Dean Stanton, pour traiter d’une partie singulière du corps mieux qu’en dentiste pour les vivants ou si l’on est mort, pour les servir « aux inspecteurs de police et aux archéologues en indiquant l’âge approximatif du corps. » Adepte des détails quasi documentaires, la créatrice mêle le réel et l’imaginaire pour dénoncer les ombres de la petite histoire et les mythologies de notre époque de manière plus ironique que fractale. S’en suivent des réflexions multiples. Fabienne Radi s’interroge sur le sourire à la fois de la Joconde « sans que l’on sache comment étaient ses dents, ni même si elle en avait vraiment » et sur celui de Julia Roberts qui semble avoir dans la bouche plus de dents que le commun des mortels.

Chez elle, l’évolution des formes peut donc dépendre de la forme des dents et de leur couleur. Elle y découvre une racine métaphysique au monde. Il y aura donc désormais un blanc « Ã©mail diamant » dans l’univers des signes tel que Fabienne Radi le médiatise en des morceaux de bravoure faussement abracadabrants. Ils décrivent un grand bain de bouche individuel et collectif qui ne fait que prolonger ses préoccupations et ses obsessions antérieures.

31 mai 2020

[News] News du dimanche

Tandis que les forces du désordre raciste ont chargé hier dans plusieurs villes made in USA…
que les forces du désordre néolibéral ont lancé leur offensive restauratrice…
que les librairies réelles viennent de rouvrir avec des destinées plus ou moins tragiques…

On trouvera ci-dessous une Libr-sélection de 12 livres à ravir (Libr-Printemps), des Libr-brèves pour les curieux… et la dernière grille de cette première série de mots-croisés insolubles (Marcel Navas) !

Libr-brèves

â–º On méditera grâce au récent article de Sébastien Ecorce et Thomas Branthöme (Diacritik, 29 mai), « De l’idée de reconstruire un état »

► Découvrez sur YouTube les émissions au regard libr&critique de notre contributeur Ahmed Slama : Littéralutte, tout un programme !

â–º Écouter le 2e ciné-poème de Christophe Manon, « Poèmes pour les temps présents #2 » / Ciclic.

 

Libr-12 (printemps 2020)

â–º Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Purgatoire irlandé d’Artaud, dessins de Jean-François Demeure, éditions Au coin de la rue de l’Enfer, Saint-Etienne-les-Orgues (04), 68 pages, 13 €.

â–º Julien BLAINE, Introd@ction à la performance, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 84 pages, 9 €.

► Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, 248 pages, 18,90 €.

► Éric CHEVILLARD, Monotobio, Minuit, 176 pages, 17 €.

► Dominique FOURCADE, Magdaléniennement, P.O.L, 192 pages, 21 €.

► Andrea INGLESE, Mes adieux à Andromède, Art&Fiction, Lausanne, 88 pages, 12 €.

â–º Isidore ISOU, Antonin Artaud torturé par les psychiatres, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 144 pages, 13 €.

► Petr KRÁL, Déploiement, éditions Lurlure, Caen, 80 pages, 15 €.

â–º Arnaud LABELLE-ROJOUX, Récits de la vie de Michelangelo Merisi, dit « Le Caravage », Les Presses du réel, coll. « Al dante », 72 pages, 8 €.

â–º Clemente PADÍN, Horizons ouverts, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 96 pages, 10 €.

â–º Jean-Claude PINSON, Sur Pierre Michon. Trois chemins dans l’Å“uvre, Fario éditeur, 108 pages, 14 €.

â–º Poesiue, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 64 pages, 8 €.

 

Mots-croisés insolubles de Marcel Navas
Problème n° 6

Horizontalement

  1. Si seulement elles avaient dit la vérité ! – II. Innocent qui n’a pas que les mains pleines. Il a fait une belle chute mais c’est d’un accident qu’il est mort. – III. Complications qui surgissent quand Dieu se met à faire le malin. – IV. Il a réussi à s’enfuir comme un dératé. Assistance respiratoire. Jamais à sa place. – V. Il n’y a rien de profond chez lui, surtout pas le sommeil. En poudre ou en granulés. – VI. Un moment de distraction qui dure longtemps. Machine à fabriquer des trucs en série. – VII. À force de fréquenter tout le monde et n’importe qui, voilà le résultat ! – VIII. Elle a perdu sa table. Fleurit quand les autres fanent. On a vu pire. – IX. Victimes de blagues désopilantes. Visibles derrière des écrans de fumée. – X. Introuvable pour cause de pénurie. Quand on l’a pris on ne peut plus le rendre, et on risque un châtiment. Il a la vocation du sacrifice et en abuse. – XI. Ce n’est pas un mauvais cheval mais il est incapable de faire les courses. – XII. Plus on leur crache dessus plus ils se croient indispensables.

Verticalement

  1. S’il est généreux, c’est bien pour se faire plaisir. – 2. Toile de fond dont on n’a pas fini d’explorer les motifs. Figure de rhétorique assez fumeuse. – 3. Décision généralement suivie d’effets malheureux. Dans le plus pur style néogothique. – 4. Difficile de lui couper l’appétit, mais après tout s’il a faim ! Porté en triomphe. – 5. Attentat à la pudeur. Pour faire trempette et pour faire signe. – 6. Ce n’est pas à la poubelle qu’on les jette. À la baguette ! Il n’a jamais raison, ni jamais tort. – 7. Elles n’ont pas la moindre idée, encore moins d’idées fixes. – 8. Parfois elles n’attendent rien dans la salle d’attente, elles sont simplement là. Surpris en plein vol. – 9. Les éponges y font bon ménage. Complète sans rien ajouter. Il n’a plus assez de dents pour mâcher ses mots. – 10. Enveloppe sans timbre. D’autant plus facile à découvrir qu’il est le seul immobile du crime. – 11. Moteur qui produit des bananes à plein régime. La moitié d’un âne, et même un peu plus. – 12. Il a d’autant plus besoin de gardes du corps que son esprit se dédouble à son insu.

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