Libr-critique

31 mai 2020

[News] News du dimanche

Tandis que les forces du désordre raciste ont chargé hier dans plusieurs villes made in USA…
que les forces du désordre néolibéral ont lancé leur offensive restauratrice…
que les librairies réelles viennent de rouvrir avec des destinées plus ou moins tragiques…

On trouvera ci-dessous une Libr-sélection de 12 livres à ravir (Libr-Printemps), des Libr-brèves pour les curieux… et la dernière grille de cette première série de mots-croisés insolubles (Marcel Navas) !

Libr-brèves

â–º On méditera grâce au récent article de Sébastien Ecorce et Thomas Branthöme (Diacritik, 29 mai), « De l’idée de reconstruire un état »

► Découvrez sur YouTube les émissions au regard libr&critique de notre contributeur Ahmed Slama : Littéralutte, tout un programme !

â–º Écouter le 2e ciné-poème de Christophe Manon, « Poèmes pour les temps présents #2 » / Ciclic.

 

Libr-12 (printemps 2020)

â–º Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Purgatoire irlandé d’Artaud, dessins de Jean-François Demeure, éditions Au coin de la rue de l’Enfer, Saint-Etienne-les-Orgues (04), 68 pages, 13 €.

â–º Julien BLAINE, Introd@ction à la performance, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 84 pages, 9 €.

► Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, 248 pages, 18,90 €.

► Éric CHEVILLARD, Monotobio, Minuit, 176 pages, 17 €.

► Dominique FOURCADE, Magdaléniennement, P.O.L, 192 pages, 21 €.

► Andrea INGLESE, Mes adieux à Andromède, Art&Fiction, Lausanne, 88 pages, 12 €.

â–º Isidore ISOU, Antonin Artaud torturé par les psychiatres, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 144 pages, 13 €.

► Petr KRÁL, Déploiement, éditions Lurlure, Caen, 80 pages, 15 €.

â–º Arnaud LABELLE-ROJOUX, Récits de la vie de Michelangelo Merisi, dit « Le Caravage », Les Presses du réel, coll. « Al dante », 72 pages, 8 €.

â–º Clemente PADÍN, Horizons ouverts, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 96 pages, 10 €.

â–º Jean-Claude PINSON, Sur Pierre Michon. Trois chemins dans l’Å“uvre, Fario éditeur, 108 pages, 14 €.

â–º Poesiue, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 64 pages, 8 €.

 

Mots-croisés insolubles de Marcel Navas
Problème n° 6

Horizontalement

  1. Si seulement elles avaient dit la vérité ! – II. Innocent qui n’a pas que les mains pleines. Il a fait une belle chute mais c’est d’un accident qu’il est mort. – III. Complications qui surgissent quand Dieu se met à faire le malin. – IV. Il a réussi à s’enfuir comme un dératé. Assistance respiratoire. Jamais à sa place. – V. Il n’y a rien de profond chez lui, surtout pas le sommeil. En poudre ou en granulés. – VI. Un moment de distraction qui dure longtemps. Machine à fabriquer des trucs en série. – VII. À force de fréquenter tout le monde et n’importe qui, voilà le résultat ! – VIII. Elle a perdu sa table. Fleurit quand les autres fanent. On a vu pire. – IX. Victimes de blagues désopilantes. Visibles derrière des écrans de fumée. – X. Introuvable pour cause de pénurie. Quand on l’a pris on ne peut plus le rendre, et on risque un châtiment. Il a la vocation du sacrifice et en abuse. – XI. Ce n’est pas un mauvais cheval mais il est incapable de faire les courses. – XII. Plus on leur crache dessus plus ils se croient indispensables.

Verticalement

  1. S’il est généreux, c’est bien pour se faire plaisir. – 2. Toile de fond dont on n’a pas fini d’explorer les motifs. Figure de rhétorique assez fumeuse. – 3. Décision généralement suivie d’effets malheureux. Dans le plus pur style néogothique. – 4. Difficile de lui couper l’appétit, mais après tout s’il a faim ! Porté en triomphe. – 5. Attentat à la pudeur. Pour faire trempette et pour faire signe. – 6. Ce n’est pas à la poubelle qu’on les jette. À la baguette ! Il n’a jamais raison, ni jamais tort. – 7. Elles n’ont pas la moindre idée, encore moins d’idées fixes. – 8. Parfois elles n’attendent rien dans la salle d’attente, elles sont simplement là. Surpris en plein vol. – 9. Les éponges y font bon ménage. Complète sans rien ajouter. Il n’a plus assez de dents pour mâcher ses mots. – 10. Enveloppe sans timbre. D’autant plus facile à découvrir qu’il est le seul immobile du crime. – 11. Moteur qui produit des bananes à plein régime. La moitié d’un âne, et même un peu plus. – 12. Il a d’autant plus besoin de gardes du corps que son esprit se dédouble à son insu.

27 novembre 2019

[Libr-relecture] Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah, par Matthieu Gosztola

Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah, Les éditions de Minuit, 2018, 192 pages, 15 €.

 

L’amour avec un homme : une tempête. […] Il arrive à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, il retire sa veste de cuir bleu nuit, il se déshabille, il se jette dans mon lit tout de suite, il me dévore. […] Il me réveille avec ses doigts au plus profond de moi […]. L’intensité entre nous est trop forte, des orages éclatent. Il devient mauvais, il crie à en faire trembler les murs […]. Un mot de trop et il se met à crier à nouveau, à dire c’est plus possible c’est plus possible, à claquer les portes. Il se laisse rattraper in extremis […]. Il veut faire l’amour tout le temps, absolument tout le temps. Il ne me laisse dormir que lorsque je suis malade. […] Il [est] le loup, voilà, c’est ça, il finira par me dévorer. […] Il me dévore. Il a tout le temps envie de faire l’amour. Il provoque des disputes, de plus en plus violentes. Il me mord. […] Le lendemain, il provoque une dispute au petit déjeuner. Il hurle, il vocifère tout contre mon visage. Il me fait peur. Il m’arrache la peau du bras avec ses ongles en cherchant à me retenir lorsque je saute dans un taxi, pour en finir. Il ne sait pas que je saigne, et que je ne veux plus jamais le revoir. […] Parfois, il devient fou. Fou de rage […]. Il se met à hurler, il se jette sur moi, me griffe le visage avec, sur le sien, un air monstrueux. Il est pire qu’un ogre de conte. Il m’en veut, de tout, de lui voler son temps, de lui voler sa jeunesse […]. Il a l’apparence d’une bête, d’une bête furieuse, il rugit […]. Il ne sait pas que je pleure dans ma douche chaque matin, que j’ai mal au ventre chaque soir, que je ne dors plus sans somnifères. […] Il me frappe et ma joue garde longtemps la trace rouge de ses doigts étalés sur ma peau blanche. […] Il ne supporte plus rien, il déteste que je sois fatiguée, que je veuille dormir tôt le soir, il veut qu’on parle toute la nuit, qu’on fasse l’amour sans relâche. […] Il s’énerve contre moi, il frappe ma poitrine avec ses poings serrés […]. Il m’insulte dans un RER bondé […]. Il veut arrêter cette histoire, cette fois-ci il ne plaisante pas, c’est pour de bon. Il dit je ne veux plus avoir de tes nouvelles. Il dit je ne te donnerai plus des miennes. […] Il me regarde pleurer, l’air sévère, les bras croisés.

S’il est vrai que la narratrice de Ça raconte Sarah pourrait reprendre à son compte, illusoirement, ces mots de L’invention de Morel : « la joie de contempler [mon amour] sera l’élément où je vivrai pour l’éternité », est-ce là, ainsi que l’écrit Estelle Lenartowics dans L’Express (22 août 2018), « l’histoire d’un amour », du « grand amour, toujours premier, toujours unique » ? Est-ce là l’histoire « de l’absolu amoureux » ?

Est-ce là, ainsi que l’écrit Bernard Pivot dans le Journal du dimanche (16 septembre 2018), la description de « l’amour fou » ? Sont-ce là les « élans du cœur, le feu des corps, l’exaltation des esprits » ?

Est-ce là, ainsi que l’écrit Emmanuelle Rodrigues dans Le Matricule des anges (n° 196, septembre 2018), l’histoire d’un « amour qui brûle jusqu’à l’incandescence » ?

Oh mais pardon ! Nous avons mal recopié. Soyons plus concentré, recopions soigneusement. Consciencieusement. L’amour avec une femme : une tempête. […] Elle arrive à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, elle retire sa veste de cuir bleu nuit, elle se déshabille, elle se jette dans mon lit tout de suite, elle me dévore. […] Elle me réveille avec ses doigts au plus profond de moi […]. L’intensité entre nous est trop forte, des orages éclatent. Elle devient mauvaise, elle crie à en faire trembler les murs […]. Un mot de trop et elle se met à crier à nouveau, à dire c’est plus possible c’est plus possible, à claquer les portes. Elle se laisse rattraper in extremis […]. [E]lle veut faire l’amour tout le temps, absolument tout le temps. Elle ne me laisse dormir que lorsque je suis malade. […] [E]lle [est] le loup, voilà, c’est ça, elle finira par me dévorer. […] Elle me dévore. Elle a tout le temps envie de faire l’amour. Elle provoque des disputes, de plus en plus violentes. Elle me mord. […] Le lendemain, elle provoque une dispute au petit déjeuner. Elle hurle, elle vocifère tout contre mon visage. Elle me fait peur. Elle m’arrache la peau du bras avec ses ongles en cherchant à me retenir lorsque je saute dans un taxi, pour en finir. Elle ne sait pas que je saigne, et que je ne veux plus jamais la revoir. […] Parfois, elle devient folle. Folle de rage […]. Elle se met à hurler, elle se jette sur moi, me griffe le visage avec, sur le sien, un air monstrueux. Elle est pire qu’une sorcière de conte. Elle m’en veut, de tout, de lui voler son temps, de lui voler sa jeunesse […]. Elle a l’apparence d’une bête, d’une bête furieuse, elle rugit […]. Elle ne sait pas que je pleure dans ma douche chaque matin, que j’ai mal au ventre chaque soir, que je ne dors plus sans somnifères. […] Elle me frappe et ma joue garde longtemps la trace rouge de ses doigts étalés sur ma peau blanche. […] Elle ne supporte plus rien, elle déteste que je sois fatiguée, que je veuille dormir tôt le soir, elle veut qu’on parle toute la nuit, qu’on fasse l’amour sans relâche. […] Elle s’énerve contre moi, elle frappe ma poitrine avec ses poings serrés […]. Elle m’insulte dans un RER bondé […]. Elle veut arrêter cette histoire, cette fois-ci elle ne plaisante pas, c’est pour de bon. Elle dit je ne veux plus avoir de tes nouvelles. Elle dit je ne te donnerai plus des miennes. […] Elle me regarde pleurer, l’air sévère, les bras croisés.

Cela change-t-il quelque chose ? Je vous le demande. Est-ce là bien différent ? Du reste, changer les pronoms ne contrevient pas le projet littéraire de l’auteure, puisque celle-ci a confessé à Sophie Joubert (dans L’Humanité, le 31 août 2018) qu’elle ne voulait pas « qu’on lise cette histoire […] comme un manifeste lesbien. C’est plus politique de montrer ce qu’est une passion, au-delà du sexe des protagonistes ».

L’auteure, dans la façon qu’elle a, par le roman, de défendre la passion vécue jusqu’à son point de rupture, jusqu’à la rupture et à l’expérience de « désorientation existentielle » qui en est le cœur battant, l’auteure semble s’être inspirée de cet aveu de Frédéric Boyer qui, dans la présentation qu’il a donnée de sa traduction (du sanscrit) du Kâmasûtra (P.O.L, 2015), écrivait : « Il n’y a pas longtemps, au restaurant, un ami me parlait de la nécessité de s’extraire en vieillissant des liaisons folles et dévoreuses, de l’obsession pour une personne […]. Je l’écoutais poliment en le trouvant soudain triste et pâle, presque malade. Je buvais mon verre de vin sans oser lui répondre que je pensais très exactement le contraire. À vouloir fuir ce qu’on identifie, comme un enfant peureux passé la cinquantaine, à la destruction, on ne voit pas que la destruction, les puissances de la mort et de la déchéance, trouvent précisément refuge dans cette sorte de retenue, de respect de soi, de non-folie ou de sagesse, cette illusion d’indépendance, qui nous fait errer comme des zombies à l’intérieur de nos petites existences vides, propres et apparemment rangées. J’aurais pu lui répondre, mais je ne l’ai pas fait, qu’il fallait au contraire se préparer à tout ce dont on ne pouvait pas se sauver. »

Ainsi, en réalité, n’en déplaise à Estelle Lenartowics, n’en déplaise à Bernard Pivot, n’en déplaise à Emmanuelle Rodrigues, l’auteure ne parle pas de l’amour* ; elle parle de la passion, elle parle de cette façon que peut avoir la vie, presque à son corps défendant (il faut interroger la pulsion de mort dans toute pulsion de vie), d’irrésistiblement s’approprier ces paroles de Monelle (cf. Marcel Schwob, Le Livre de Monelle) : « Sois semblable aux roses : offre tes feuilles à l’arrachement des voluptés, aux piétinements des douleurs. Ne te dirige pas vers des permanences ; elles ne sont ni sur terre ni au ciel. »

Encore s’agit-il d’une certaine forme de passion (d’une certaine forme que prend la passion), c’est-à-dire d’une passion modulée comme délire d’appropriation et de reconnaissance, dé-lire qui tient, peut-on penser, davantage de la psychopathologie que d’un irrésistible-élan-vers, lequel se révélerait, par essence, liant, ou pont délicat (fait pour deux corps), mouvement en tout cas (inlassable) ajoutant une vie à une vie, sans rien ôter, dans ce mouvement qui offre l’une à l’autre, à leurs singularités respectives…

Un corps face à un autre corps. Des paroles face à d’autres paroles. Des silences face à d’autres silences. Non-dits ou vrais silences ? Une vie face à une autre vie. Et le désir. Foudroyant (suivant la terminologie des romans de gare). L’auteure exalte, dans Ça raconte Sarah, la lutte – nous l’avons vu, nous l’avons senti – entre ces deux corps, entre ces deux vies. Dans le lieu sans frontières (pense-t-on, mais l’on se trompe) des relations humaines, seraient-elles en prise avec l’intensité nue, ineffable, du désir, il est une autre puissance, bien plus puissante encore : la douceur. « La douceur est d’abord une intelligence, écrit la psychanalyste Anne Dufourmantelle dans Puissance de la douceur, de celle qui porte la vie, et la sauve et l’accroît. Parce qu’elle fait preuve d’un rapport au monde qui sublime l’étonnement, la violence possible, la captation, la peur en pur acquiescement, elle peut modifier toute chose et tout être. Elle est une appréhension de la relation à l’autre dont la tendresse est la quintessence. […] Si elle peut […] être belle, […] entrer dans une danse sacrée avec le corps de l’autre, désiré, elle n’est pas sans secret. C’est-à-dire sans liberté jusqu’au dernier instant. »

La douceur ne reconduit pas – poliment – à la porte la fougue, bien au contraire. Comme en témoignent, par exemple, ces fragments arrachés à l’œuvre de Stéphane Bouquet : Nous faisons très profondément l’amour dans la pièce où des ouvriers à côté changent des fenêtres. La pluie qui cogne le zinc produit un crépitement de douceur. […] Chaque baiser profondément pensé. […] Même l’intérieur de la bouche que je lui ai appris qu’on pouvait caresser. Même l’arrière caverne protégée des dents avec la limace douce de la langue. On se bavait littéralement dessus.

La douceur, passons. C’est démodé ? Reprenons. Dans Ça raconte Sarah, l’auteure décrit, entre un « je » et un « elle », l’agôn (la lutte, l’effort). Irait-on ? Irait-on jusqu’à conseiller à Pauline Delabroy-Allard (qui avoue à mi-mot, au détour d’interviews, pratiquer l’autofiction) l’épicurisme ?

Comme l’a rappelé Claude Romano, l’épicurisme fait appel non à l’effort, mais à la détente. Non à la contention du vouloir, mais à la limitation du désir. La sagesse que préconise l’épicurisme est d’abord un renoncement à la soif chimérique d’un infini de satisfactions. Est d’abord un renoncement à la crainte de ce que nous ne pouvons éviter (la mort). Est d’abord un recentrement de l’âme sur les plaisirs, présents et passés. N’est pas Hercule triomphant de toutes ses épreuves le héros épicurien, mais le sage qui se retire dans son jardin, laissant de côté l’ambition, l’affairement, la politique. Est atteinte sans combat la sagesse ; il s’agit d’éliminer les vaines attentes, et de reconnaître « les limites de la vie » : « Celui qui connaît les limites de la vie sait qu’il est facile de se procurer de quoi retrancher la sensation de douleur liée à un manque, et de faire de la vie tout entière une vie des plus accomplies ; de sorte qu’il n’a nul besoin, en plus, des choses qui comportent la lutte » (Maximes capitales, XXI, trad. D. Delattre, in Dir. Daniel Delattre et Jackie Pigeaud, Les Épicuriens, Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade, 2010). L’épicurisme, vieux jeu ?

* Et il est de l’amour jusque dans la fraternité, comme le montre magnifiquement La grande illusion de Jean Renoir (1937).

7 novembre 2019

[Chronique] Le noir pour tout montrer – Samuel Beckett, par Jean-Paul Gavard-Perret

Samuel Beckett, Film, accompagné d’un film-essai (Not Film) de Ross Lipman, Editions Carlotta, DVD, octobre 2019. Texte de Film, Editions de Minuit, 1972.

Pour son seul film – dit expérimental mais qui est tout simplement un film génial et hors norme – , Beckett avait choisi Buster Keaton pour incarner le personnage central « O ». Cela dépasse le simple hommage que le créateur veut rendre à un acteur qu’il appréciait particulièrement. Il voit en lui comme en Chaplin d’ailleurs, deux clowns – et l’on sait la valeur que ce mot pour l’auteur – suprêmes et qu’il admire. Toutefois cette admiration ne semble pas partagée par Buster Keaton. Les relations entre le réalisateur et l’acteur restèrent de pure convenance et ce dernier estima que le script, non seulement n’était pas clair mais qu’il n’était pas drôle.

Néanmoins Keaton demeure, en dépit de ses incompréhensions, l’acteur de la situation. Il est choisi pour son silence, pour son corps acrobatique et increvable, pour son incroyable endurance et sa capacité à détruire les choses. De plus, ce corps « codé » par son passé cinématographique, exclut toutes références psychologiques. Elles sont éliminées au profit d’une « mécanique plaquée sur du vivant » (Bergson) qui va être utilisée par Beckett afin de visualiser l’effacement de la présence, l’impossibilité de la présence.

Stan Douglas souligne d’ailleurs, avec justesse que la lettre « O », qui désigne le personnage incarné par Keaton, est la première lettre du mot « objet ». « O », plus qu’un personnage, au sens classique du terme, n’est, en effet, rien d’autre qu’un objet, parmi les autres, si ce n’est qu’il demeure, avant la scène finale, actif, face à la caméra. Celle-ci devient, elle-même, non seulement l’élément d’enregistrement, mais un objet à part entière. Quoiqu’invisible, elle demeure dans le jeu, elle devient même l’élément essentiel susceptible de piéger « O », avant de l’abandonner dans le noir.

Le choix de la distribution, l’appel à Keaton pour un rôle à la fois « en emploi » mais aussi à contre-emploi n’a pas pour simple objet de faire simplement et arbitrairement entrer « Film » dans un genre, dans le registre du cinéma comique et muet traditionnel. Le choix du muet revient à réinventer, à inventer en quelque sorte ce genre. Beckett n’hésite pas d’ailleurs à faire une entorse au principe du cinéma muet en incluant, de manière ironique, un seul mot qui renvoie au silence : « le « chut » de la première partie.

Non seulement, par ce clin d’oeil ironique, Beckett crée une fêlure dans le genre tel qu’il était conçu pour des raisons techniques, mais il rappelle que le personnage n’est pas un muet au sens clinique du terme. Il échappe à un statut cher au cinéma qui l’utilise souvent pour incarner, à travers sa « mutilation », un pouvoir hypertrophié. Comme l’écrit Michel Chion :« au cinéma, le muet est supposé tout savoir : il est présumé savoir le dernier mot dont on poursuit la quête mais qu’il ne peut, ou veut nous livrer ». Avec Beckett, au contraire, le « faux » muet, ne sait rien, il n’est que le propre témoin de son ignorance, prisonnier d’une peur dérisoire et tragique, comique et terrible qu’il transmet au spectateur.

23 octobre 2019

[Chronique] Jean-Philippe Toussaint, La Clé USB, par Ahmed Slama

Jean-Philippe Toussaint, La Clé USB, éditions de Minuit, septembre 2019, 192 pages, 17 €, ISBN : 978-2-7073-4559-2.

L’écriture de Jean-Philippe Toussaint, on la connaît sobre et sans effets de manche ; dans La Clé USB, on y perçoit un véritable effet Manchette, Jean-Patrick Manchette. Jouer et se jouer des codes du polar, pousser plus loin la mécanique du polar pour mieux la subvertir ; véritable tradition du côté des éditions de Minuit et qui se perpétue donc avec La Clé USB. Puisqu’il s’agit d’un polar, il me faudrait gloser au sujet de l’intrigue, vous en faire à vous lecteurs le récit, sans en divulguer la clé (USB ?).

Le réel numérique

Ce qui m’a frappé pourtant, ce ne sont pas tant les rebondissements et les énigmes – rondement ficelés –, mais cette singulière métaphore filée qui traverse l’ensemble du roman et qui mêle le pan numérique ou digital de nos existences à celui que je nommerais physique ou palpable. Entremêlement qui survient dès la première page par ce truisme :

« N’est-on pas censé tout connaître de notre propre vie ? Ne doit-on pas être tout le temps joignable, par téléphone, par mail, par Messenger ? N’est-on pas tenu maintenant d’être localisable en permanence ? »

Truisme qui ne cessera d’être affiné, développé, dans l’écriture de Toussaint et par la langue du narrateur, Jean Detrez, employé à la commission européenne qui, approché par quelque éminence grise représentant un lobby obscur, va se trouver « en quelque sorte (…) hameçonné ».

Arrêtons-nous sur ce « hameçonné » qui, nous le savons, au figuré désigne « une apparence trompeuse [un] artifice destiné à attirer et à séduire quelqu’un ». Aujourd’hui, le verbe dans l’usage (et selon les générations, certes) désigne cette technique utilisée dans le domaine informatique ayant pour but d’obtenir des renseignements personnels en vue de perpétrer une usurpation d’identité. Le contexte dans lequel a été utilisé ce terme recouvre, à quelques nuances près, l’acception informatique de « hameçonner ».

Nous voici donc en présence d’une métaphore des plus stimulantes, manière de reporter le sens d’un terme spécifique à l’informatique et de l’appliquer, dans son sens le plus strict, à la langue usuelle. Confondant en acte et par la langue ce que l’on nommait, il y a encore peu, monde réel et monde virtuel.

Loin d’être une occurrence isolée, cette métaphore se prolonge, et permet de réfléchir au sujet d’une langue spécifique, de ces mots qui progressivement investissent la langue courante.

«… je réfléchissais au sens du mot « backdoor », qui voulait dire littéralement « porte de derrière », mais qu’on traduisait parfois en français (quand on n’utilisait pas tout simplement, en français, le mot backdoor) par « porte dérobée ». J’aimais beaucoup cette métaphore d’une porte dérobée, qui évoquait une scène galante (…) Mais, alors que l’expression « porte dérobée » pouvait avoir des connotations poétiques et gracieuses, la réalité qu’elle recouvrait aujourd’hui, en sécurité informatique, était beaucoup plus vénéneuse, qui définissait la backdoor comme un moyen d’accès non autorisé. »

Mot, backdoor, qui donnera à l’une des scènes les plus fascinantes du roman lors de laquelle backdoor, le mot agira dans le réel. Reflet, véritable réflexion du champ numérique sur le champ palpable. La simple formulation du mot permettant de déclencher un élément majeur de l’histoire.

Le numérique politique

Cette métaphore filée qui donc traverse les pages va jusqu’à englober l’ensemble de l’histoire. Ainsi, et c’est là peut-être une interprétation audacieuse, il s’agirait d’une réflexion politique qui se dessinerait dans et par la réflexion d’une langue spécifique informatique sur la langue usuelle. Et pour creuser cela, il nous faut dire quelques mots au sujet du narrateur, spécialisé dans la prospective stratégique, et qui définit son travail de la manière qui suit :

« Nous ne cherchons pas à prédire l’avenir, simplement à le préparer, ce qui nous amène à considérer le futur non pas comme un territoire à explorer, mais comme un territoire à construire. »

Avenir qui dans l’habitus du narrateur est inextricablement lié à la question numérique et ses usages. La clé de cet avenir étant une réappropriation de ce numérique dans et par nos usages face aux pouvoirs en place, qu’il s’agisse de ceux de la Chine, des États-Unis ou encore de l’Europe dont le modèle supposé humaniste se délite.

20 octobre 2019

[News] News du dimanche

Avant vos Lib-événements de fin octobre/début novembre (Cécile Portier, Charles Pennequin, Michel Deguy, Éric Chevillard…), une recette particulière avec le duo satirique Cuhel/Heirman… Puis votre Libr-8 suivi de la rubrique « En lisant, en zigzaguant »…

UNE satirique :
La recette de la semaine : une blanquer-de-veau (CUHEL/HEIRMAN)

N’en déplaise aux blanquer-dévots, voici la recette de la blanquer-de-veau…

Dans un saladier de technopicrate, verser

  • une pincée d’épices
  • une cuillerée de malice
  • une poignée d’injustice
  • une louche d’économie(s)
  • une charretée d’avanies
  • une volée de n’importe quoi
  • une overdose de mauvaise foi
  • un mix / une mixture de neuronique et de numérique…

Et le (vilain) tour est joué !

Libr-événements

► Cécile Portier, dont on connaît l’admirable site Petite Racine, sera en résidence à Marseille du 21 au 25 octobre 2019 dans le cadre des micro-résidences d’Alphabetville.

« Mais je ne parlerai pas de politique. Non. Non. Non. Je parlerai de ce qui nous échappe. De ce qui fait que nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, et que nous glissons inexorablement le long de la réalité. C’est une réalité qu’on ne peut appréhender avec les méthodes ordinaires » (extrait de « Faux plat, cartographie par la fiction de nos espaces politiques », AOC, 2018).

♦ Le jeudi 24 octobre à 18h30, Faits divers avec Cécile Portier, café-librairie la Salle des machines, Friche la Belle de Mai (41 rue Jobin 13003 Marseille).

Dans le cadre de sa résidence, Cécile Portier présentera « Plusieurs », un texte inédit, publié spécialement dans la revue La première chose que je peux vous dire aux éditions de La Marelle, en partenariat avec Alphabetville. Lecture et échange autour du texte. Entrée libre. Revue : 2 €.

► Jusqu’au 30 octobre

► Vendredi 25 octobre à 20H, Poètes en Résonances (75018) :

► À la Maison de la poésie Paris :

Libr-8 (septembre-octobre 2019)

► Jean-Michel CORNU DE LENCLOS, L’Abysinienne de Rimbaud, Caen, éditions Lurlure, 296 pages, 22 €.

► Sylvain COURTOUX, L’Avant-garde, Tête brûlée, Pavillon noir, Les Presses du réel / Al dante, livre de 362 pages + CD, 27 €.

► Alexandre DESRAMEAUX, Saut fixe, Atelier de l’Agneau (33), coll. « Architectes », 78 pages, 16 €.

► Ariane JOUSSE, La Fabrique du rouge, éditions de l’Ogre, 128 pages, 14 €.

► Julien LADEGAILLERIE, Lacrymogenèse, Les Presses du réel, coll. « PLI », 72 pages, 10 €.

► Daniel POZNER, Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française, ibid.

► Sébastien RONGIER, Alma a adoré. Psychose en héritage, Marest éditeur, à paraître le 22 novembre, 176 pages, 19 €.

► Jean-Philippe TOUSSAINT, La Clé USB, Les Éditions de Minuit, 192 pages, 17 €.

En lisant, en zigzaguant…

► « Il faudrait pour connaître la vie et se connaître soi-même être toujours en train d’écrire un récit parallèle (pour disloquer l’ordonnance & et arracher cette pseudo-transparence, la dépouiller – cette opacité qui sonne et trébuche dans le fin fond du moindre mot / chaque mot est une tour pleine de combattants) • de ratures qui laissent lire ce qui peut les oblitérer (un texte qui est à la fois très ressemblant, un texte qui est à la fois tout autre (pratique + événement du ré-agencement – ce jeu qui introduit du possible dans l’impossible) • et tout ceci renvoie, répercute, cite, propage son rythme sans mesure » (Sylvain Courtoux, L’Avant-garde, Tête brûlée, Pavillon noir).

► « Psycho ne produit pas seulement un effet cinéma dans le monde du cinéma. Les bouleversements sont profonds pour de nombreux artistes contemporains qui réfléchissent à la production des images à partir de leur expérience de spectateur. L’enjeu de la notion de « cinématière », développée dans un précédent essai, est de penser le cinématographique comme un matériau qui serait passage et déplacement, une tension qui déborde le champ cinématographique » (Sébastien Rongier, Alma a adoré, en librairie le 22 novembre, p. 137).

► « Des génies, au portail ? Derrière, sérail toi ! La faim, bander. La mort : gargantuesque. Hé oh ! Marcello ! stronzo ! bello !, braguette, ta plaie, pédale, tais, sexe !, mais mort, moteur, marrant, devant ? Démarre ! Démarre ! En tigre, blanchi de glace, rugis, bondis : pile mort, et face : tes non ; et vit, de neige, de nuit, d’été,
Ne plus, baiseras, jamais, tu plus ! » (Alexandre Desrameaux, Saut fixe, p. 15).

26 octobre 2017

[Chronique] Jean-Philippe Toussaint : HummmmmmMMMM ou les amours de Marie, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Philippe Toussaint, M.M.M.M., coffret, éditions de Minuit, octobre 2017, 704 pages, 29 €, ISBN : 978-2-70734-388-8.

Après avoir quitté provisoirement le roman pour le cinéma et son journal de bord, avec Made in China, récit apparemment anecdotique sur le tournage en Chine du film The Honey Dress ("La robe de miel"), Jean-Philippe Toussaint crée de fait ce qui devient à la fois la prolongation et aussi l’ouverture à la version réunie des quatre tomes du "Cycle sur Marie". En effet ce film reprend une scène du prologue de Nue où sa Marie créait une robe qui attirait les abeilles. Mais le livre dépasse l’objectif premier en devenant une sorte de roman et un essai sur la littérature.

Quant au cycle, il retrouve ici toute sa puissance narrative autour de la question de désir commencé avec  Faire l’amour (2002). Marie y portait un manteau de cuir noir et pleurait copieusement de Paris à Tokyo. On la retrouve en 2005  dans Fuir. Malgré sa réussite sociale et les apparences, elle ne paraissait guère plus reluisante. Dans le troisième temps (La vérité sur Marie), elle traversait encore l’orage, le vent, la pluie, les éclairs, la nuit, le sexe et la mort. Tout commençait  sur une ambiguïté : « Plus tard  en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l’amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble ». Ce doute n’est pas forcément levé dans l’ultime retour de Marie : Nue (mais il faut se méfier du titre). Cette retrouvaille entraîne chez le lecteur une double question : est-ce une libération ou un regret ? Toussaint va-t-il enfin revenir à ses fondamentaux ou demeurer dans un fond de commerce sentimental ?

Implicitement la question restera sans réponse : manière au romancier de laisser son œuvre majeure ouverte. Lus trop vite ces quatre tomes peuvent sembler une suite de digressions sommaires  sur les affres et finalités supposées de l’amour. Mais les suites de tableaux et de situations  volcaniques ou larvées, silencieuses ou voluptueuses, chaudes ou platoniques sont insidieuses. Rassemblées dans un ensemble à tous les sens du terme « emboîté », les pièces de la saga multiplient et exacerbent des situations déchaînées ou placides là où la structure romanesque tient de la construction et de la déconstruction. C’est un peu du Claude Simon mais selon une maestria et une dynamique bien différentes. La narration, comme la simonienne, demeure capable d’une violence sourde. Toussaint sait monter la tension dans des scènes parfois tragiques mais parfois d’une mièvrerie assumée et ironique.

Pour Toussaint comme pour Simon, l’événement d’un livre, quel qu’en soit l’objet, est sa langue et la façon dont l’auteur la sculpte. L’auteur de M.M.M.M.  crée un rapport synesthésique et charnel avec le mot pour toucher autant la sensation que l’esprit. Il traque le langage par celle qui en a été d’une certaine manière spoliée au sein de ses dérives et ses exils au milieu de divers pays et langues sans peut-être trouver la sienne et jusqu’à cheminer dans une forme de rêve inconscient : celui d’enfin pourvoir parler. Marie à sa manière devient la métaphore d’une œuvre où l’image colle au langage et où celui-ci s’en décolle.

21 janvier 2016

[Chronique] Jean Echenoz, Envoyée spéciale, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean Echenoz, Envoyée spéciale, éditions de Minuit, janvier 2016, 320 pages, 18,50 €, ISBN : 978-2-7073-2922-6.

 

Le roman d’espionnage et policier n’est plus ce qu’il était. D’ailleurs le fut-il un jour aux Editions de Minuit et ce depuis Robbe Grillet ou Butor (lorsqu’il était romancier). Jean Echenoz a habitué à ces détournements des genres cultivés pour les « déforêster » avec précision et humour, pour viser plus haut que leurs codes. L’auteur leur donne une visée transversale à travers une héroïne dont le qualificatif est spécieux (puisqu’elle n’y est pour rien)  et quelque peu érotique.

Depuis Le Méridien de Greenwich, l’auteur reste dans les miasmes de l’humour et du « moi » détourné de son socle. Tout tenait déjà dans le rythme, la scansion qui  au fil de temps s’est dans l’œuvre à la fois enrichie et « réformée ».

D’un genre mineur l’auteur fait un vrai faux roman d’espionnage qu’il avait déjà exploré. Jean Echenoz se fait lui-même agent-secret et imposteur dans un florilège de détours qui néanmoins donne le rythme au roman. Quittant l’histoire immédiate ou contemporaine Echenoz revient à un roman « de forme ». Cette approche  crée une distance entre le genre et l’époque. Il n’empêche que la distance et le biais font le jeu de la vérité, même si le narrateur rappelle sans cesse qu’il s’agit là d’un mensonge.

Néanmoins, le narrateur est lui aussi un personnage romanesque, l’auteur s’amuse avec lui comme avec son héroïne Constance dans un « Grand Jeu » à la Daumal – dont Echenoz donne une dimension qui lui est venue de Dickens. Mais ici l’envoyée spéciale passe du fin fond de Paris et de la province française jusqu’à la Corée : les endroits deviennent non seulement des décors romanesques mais la matière du roman et son aspect cinématographique – où la crédulité est mise en suspension.

Le mystère est toujours là mais de manière drôle ; l’imaginaire joue des « rubans de la justice » coréennes, qui est une information fausse et absurde que l’auteur tord à son tour. Sans réputation d’être un auteur comique, l’auteur cultive un humour particulier aménagé avec subtilité : il s’agit plus de sourire que de rire. Le roman reste avant tout un objet de plaisir qui n’a de nécessité que celui-ci. La digression reste malgré tout contrôlée et génère bien des surprises dans la (dés)organisation  romanesque programmée en une sorte d’a-logisme à l’état liquide ou gazeux qui est hommage et parodie (ou hommage)  du genre de l’espionnage.

3 mars 2015

[Livres] Les héros sont fatigués (sur Eugène Savitzkaya), par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret vous donne envie de lire les deux livres que Savitzkaya vient de publier aux éditions de Minuit. Et d’abord, pour vous donner l’eau à la bouche, ces deux phrases extraites des quatrièmes de couverture : "sans la cyprine, point de bonheur en ce monde, ni d’appétit" ; "voici l’histoire romancée d’un garçon fraudant la vie comme on fraude l’État, la douane, le fisc, l’église ou la couronne"…

Eugène Savitzkaya, À la cyprine, Editions de Minuit, poèmes, février 2015, 104 p., 11,50 € ; Fraudeur, roman, Editions de Minuit, février 2015, 168 p., 14,5 €.

 

Savitzkaya sait qu’il existe une béatitude immense à n’être rien, à être tout. Mais ce n’est pas si simple. Si tout ne peut que commencer qu’à l’approche du néant  chacun  ignore ce que peut être le rien qui est forcément quelque chose.  Penser, en supprimant la négation, invalider le langage est une vue de l’esprit. C’est pourquoi, plutôt que de miser sur l’improbable et la spéculation philosophique, Savitzkaya « parie » sur la tendre indifférence du monde et des ordres (non humains) qui le peuplent : « Que l’eau sourde noire du fleuve / gagne la blondeur des sables / qu’elle abreuve de vase et de pierres /que pullulent protozoaires / dans l’humide et fourmis / dans le sec gâteau de terre ». Et qu’importe si la source « ne dit mot / du secret et la citerne ». L’essentiel est déjà dit. Et qu’importe si comme son fraudeur il faut tricher afin d’affronter sa propre existence. Peu d’écrivains ont le courage de le dire. La vie n’est pourtant qu’une suite de compromis avec soi-même.

Savitzkaya ose ce que les autres nient. Cela fonde son langage, et la précaire assurance de ce qui nous habite mais qui ne va qu’à sa fin. Cela implique l’exclusion de toute logorrhée. Exit aussi le lyrique. Il fait retrouver un alphabet  et une poésie primitifs. Il s’agit comme toujours chez le Belge de toucher à l’extase des sens et rester sur face à la faune et à la flore. L’une et l’autre donnent  la valeur la plus haute à la vie comme aux mots. Ils nous font signes. Et nul besoin de les maîtriser forcément. La leçon (si leçon il y a) est rare dans la littérature qui préfère huiler la mécanique humaine sans se préoccuper du reste.

16 janvier 2015

[Chronique] Les couleurs noir sur blanc (à propos de F. Toudoire, Colorado), par Jean-Paul Gavard-Perret

Avec le dernier essai de Frédérique Toudoire-Surlapierre, que l’on peut trouver dès aujourd’hui en librairie, Jean-Paul Gavard-Perret va vous en faire voir de toutes les couleurs…

Frédérique Toudoire-Surlapierre, Colorado, Minuit, coll. "Paradoxe", janvier 2015, 176 pages, 18 €, ISBN : 978-2-70732-301-9.

La littérature – à l’inverse de l’art –  peut faire usage de toutes les couleurs. Elle n’a pas à supporter le poids et l’emprise de contraintes techniques. Son mouvement abstractif lui permet de s’approprier divers « topiques », comparaisons et métaphores : blanc comme neige, en voir de toutes les couleurs, voir rouge, rire jaune, etc. La couleur s’incruste ainsi dans le langage  en fonctionnant non seulement comme formes, pans ou valeurs symboliques même si des titres tels que : Le Petit Chaperon rouge ; Blanche-Neige, Barbe-bleue, Boucle d’or peuvent les induire. Néanmoins, à travers  cette fonction de symbolisation liée à  une fonction de mémorisation visuelle, un nouvel empire de représentation se met en place et déplace la couleur elle-même. Elle provoque sa mentalisation pour attirer le lecteur vers la spiritualité ou titiller des images plus troubles. Par exemple, si le bleu est  la nostalgie du Pur et de l’ultime suprasensible (tel que Kandinsky le définit), il arrive qu’il quitte les expériences mystiques dans un « bleu de ciel » à la Bataille où il devient à portée de la main experte d’une Madame Edwarda.

C’est pourquoi Frédérique Toudoire-Surlapierre a choisi pour son essai un titre qui peut paraître énigmatique. Il propose de fait un déplacement du géographique au symbolique que l’auteur précise d’emblée : « colored signifie « homme de couleur » et  le Colorado est un État des Etats-Unis : la proximité entre coloré et Colorado permettant le jeu de mots ». Mais ce nom ne se limite pas à  remotiver la couleur à travers lui. Le titre impose la manière dont la tonalité visuelle s’inscrit dans la littérature bien au-delà du simple « principe mimétique des couleurs comme modalité de représentation ». La coloration intervient comme agent-clé, comme rhétorique de l’écriture et de ses re-créations. Elle n’est donc pas une simple adjectivation ornementale. Derrière la contrainte descriptive du réel, elle fait beaucoup plus. L’écrivain, à travers les notations de teintes, réinvente à la fois le monde et les couleurs par le noir sur blanc de l’écriture.

Le coloris devient le médiateur capable de transformer « ce qu’on voit en ce qu’on lit » par une activité non seulement de représentation mais de sollicitation de l’imaginaire. Afin de le prouver, l’auteure reprend le vers célèbre d’Eluard  : « la terre est bleue comme une orange ». Avec cette formulation, le poète ne dénie en rien l’idée que la couleur n’est pas au service de la littérature. Mais ignorant volontairement la possibilité mimétique de la couleur, il en fait  ce que l’essayiste nomme «  un désapprentissage de nos automatismes colorés ». Ce que Rimbaud sur un autre plan avait annoncé avec  « Voyelles ». Et c’est là toute la source du langage, quelle qu’en soit la nature.

Le livre n’est donc en rien un guide touristique sur le Colorado. Il propose un voyage inédit et incisif dans les mots et couleurs. Certes, il sera question de l’état américain. Mais au-delà la couleur permet de montrer comment en art comme en littérature  « la couleur permet à chacun de sentir les vertus sociales, ethniques mais aussi artistiques de la diversité. » Le coloris « mot-ivé» révèle une autre manière d’émettre les relations au monde, aux autres et à nous-mêmes. Plus que de renforcer « nos fantasmes esthétiques les plus tenaces : la possibilité d’un mimétisme parfait de l’art », la couleur révèle – noir sur blanc – bien des ambivalences et des abîmes perceptives et imaginatives.

« Parler de la couleur n’est jamais seulement métaphorique », écrit l’essayiste. Preuve que le coloris, à travers l’abstraction scripturale, efface bien des frontières entre le réel et l’imaginaire où se réinvente des façons de voir, des « manières d’y croire » selon  divers types de rapport et d’entropies. La couleur du Colorado fait ainsi rougir l’Amérique, comme elle peut devenir, dans certains livres – religieux ou non – une mystique, mais parfois aussi une mystification subtile. L’exemple est donné par « Les yeux bleus, cheveux noirs » de Duras où la romancière surjoue l’effet de cliché. Ce que l’héroïne de son texte précise : « ça avait l’air de vous plaire, alors j’ai mis les mêmes couleurs »…

21 mars 2014

[Chronique] Eric Chevillard ou le désordre autobiographique

Le diptyque d’Eric Chevillard sème le désordre en territoire autobiographique…

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres, L’Arbre vengeur, janvier 2014, 234 pages, 15 €, ISBN : 979-10-91504-10-2.

 Eric CHEVILLARD, Le Désordre AZERTY, Minuit, janvier 2014, 202 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-7073-2336-1.

 

« Que changerais-je à ma vie, si je pouvais la recommencer ? Les idées me vinrent par dizaines, et je me lançai confiant dans la rédaction de mon autobiographie. » C’est sur ces mots que s’achève le sixième tome d’un journal singulier qu’il nomme Autofictif, histoire de souligner qu’il importe moins de raconter sa vie que de la réinventer : toute autobiographie, en somme, ne serait qu’une autofiction. Et l’auteur de rejoindre ces piliers de l’écriture de soi contemporaine que sont Serge Doubrovsky et Alain Robbe-Grillet.

Seulement, ce serait oublier qu’Éric Chevillard s’attaque à « l’hystérique impudeur de l’autofiction » dont Christine Angot est le parangon (L’Autofictif, 2009, p. 214). Mais comment échapper à ce genre honni de l’autofiction ? Par l’excellente tenue de la réflexion, qui nous vaut ce genre d’analyse littéraire : « Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise » (p. 14).
Par la tenue d’une véritable revue satirique de notre temps. Dans L’Autofictif en vie sous les décombres, sont visés la vanité de l’écrivain, les clichés et topos journalistiques ou littéraires… Dans Le Désordre Azerty, l’anthropocentrisme littéraire : « L’ennui de ces pages où jamais ça ne rugit ni ne hennit ni ne barrit ni ne cacarde – où ça ne fait au contraire que déblatérer » (21) ; la pantinisation de l’écrivain actuel et le ridicule phénomène de la rentrée littéraire : « Les écrivains sont rentrés. Dans le rang »…
Par une fictionnalisation de soi qui débouche sur l’autodérision ou l’inattendu. L’autodérision fait partie intégrante de la démarche chevillardienne : « Voici donc la deux millième page de L’Autofictif. La formule est aujourd’hui un peu usée et j’ai résolu de lui substituer dès la rentrée trois motets quotidiens dédiés à la Vierge Marie » (p. 216)… Inutile, donc, d’essayer de le prendre en flagrant délit d’auto-aveuglement : « L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans » (p. 85). Au reste, dans Le Désordre Azerty, on trouve ce paradoxal autoportrait en humoriste : « L’humoriste n’est pas un joyeux drille. […] L’humoriste n’est pas très sensible non plus à la poésie burlesque du clown. […] L’humoriste a pris son corps dans la langue. […] l’humoriste est un rabat-joie » (119-120). Quant à l’inattendu… Un fait incongru : « J’introduisis le rhinocéros dans la pièce où j’exposais ma collection de toiles d’araignées en prenant bien garde à ne pas laisser entrer la mouche » (33). Une déclaration loufoque : « Je suis la réincarnation de Jules Laforgue, mais personne ne veut le croire » (88)…

En fait, si Eric Chevillard se met en scène dans la plupart de ses écrits, c’est pour subvertir l’actuelle spectacularisation de l’écrivain. Et quand enfin on croit qu’il va se livrer, c’est sous la forme d’un carnet pseudo-autobiographique qui doit son nom à sa méthode de composition : Le Désordre Azerty (2014) est un texte réflexif qui s’ordonne selon la logique du clavier. Ainsi, AZERTY comme : « Aspe », « Zoo », « Ennemi », « Rentrée », « Théorie », « Yeux ». Ensuite, de « Utilité » à « Nuit Neige Noël », en passant par « Quinquagénaire », « Style », « Genre », « Humour », « Journal », « Littérature », ou encore « Chevillard », zigzague le cheminement scriptural. Qu’il retrace son demi-siècle ou le récit arbitrairement journalier qu’il rédige depuis 2007, l’auteur suit la même logique paradoxale : refusant tout principe chrono-logique, toute hiérarchie, il procède au télescopage de micro-événements plus ou moins insignifiants, le court-circuitage des signifiés comme des signifiants confinant à l’incongruité et générant « des effets de surprise ou de reprise, de coïncidence ou de dissonance » (p. 127). Le décousu et l’incongru comme principes d’écriture autobiographique.
On terminera en soulignant que cet autoportrait oblique aborde avec humour la cruciale question du portement du nom. A considérer l’étymologie de son patronyme, rien d’étonnant à ce que l’on se torde souvent la cheville dans son univers… Et quand on songe qu’est un « chevillard » celui qui maîtrise l’art de planter à la cheville, le voici « rendu au sol »… « Paysan ! » (174). D’où la nécessité pour lui de se faire un nom, et pour cela, de se démarquer du label Minuit ; ce qui explique sa charge contre l’écriture blanche : chevillé au style, il fustige cette « littérature de miroitier bègue à l’usage des singes et des perroquets » (92).

26 janvier 2014

[News] News du dimanche]

Tandis que se poursuit le débat lancé par Sylvain Courtoux à partir du livre de Jérôme Bertin, au programme des NEWS de ce soir : le diptyque chevillardien (L’Autofictif en vie sous les décombres et Le Désordre AZERTY) ; nos Libr-événements (conférences de Philippe Boisnard, enjeux littéraires contemporains organisés par la MEL, festival Tandem de Nevers, rencontre avec Esther Tellermann et Pierre Chappuis).

UNE /FT/

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres, L’Arbre vengeur, janvier 2014, 234 pages, 15 €, ISBN : 979-10-91504-10-2.

L’autodérision fait partie intégrante de la démarche chevillardienne : "Voici donc la deux millième page de L’Autofictif. La formule est aujourd’hui un peu usée et j’ai résolu de lui substituer dès la rentrée trois motets quotidiens dédiés à la Vierge Marie" (p. 216)… Inutile, donc, d’essayer de le prendre en flagrant délit d’auto-aveuglement : "L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans" (p. 85). Cette lucidité nous vaut également de belles analyses littéraires : "Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise" (p. 14).

Et s’il fait concurrence à l’état-civil, c’est uniquement pour se démarquer de ses homonymes sur le plancher des vaches : la boucherie et le village du même nom. Mais pour le reste, ne distinguant pas l’écriture autobiographique de l’écriture d’invention, place à l’inattendu… Une nouvelle en trois lignes à la façon de Félix Fénéon : "Il songea soudain qu’il était parvenu au mitan de son existence et la commotion que lui causa cette pensée fut si forte qu’il tomba raide mort" (32). Un fait incongru : "J’introduisis le rhinocéros dans la pièce où j’exposais ma collection de toiles d’araignées en prenant bien garde à ne pas laisser entrer la mouche" (33). Une déclaration loufoque : "Je suis la réincarnation de Jules Laforgue, mais personne ne veut le croire" (88)…

â–º Eric CHEVILLARD, Le Désordre AZERTY, Minuit, janvier 2014, 202 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-7073-2336-1.

Fait écho à ce sixième tome de L’Autofictif le carnet pseudo-autobiographique qui doit son nom à sa méthode de composition : non pas un abécédaire de plus, mais un texte réflexif qui s’ordonne selon la logique du clavier. Ainsi, AZERTY comme : "Aspe", "Zoo", "Ennemi", "Rentrée", "Théorie", "Yeux". Ensuite, de "Utilité" à "Nuit Neige Noël", en passant par "Quinquagénaire", "Style", "Genre", "Humour", "Journal", "Littérature", ou encore "Chevillard", zigzague le cheminement scriptural.

Qu’il retrace son demi-siècle ou le récit arbitrairement journalier qu’il rédige depuis 2007, l’auteur suit la même logique paradoxal : refusant tout principe chrono-logique, toute hiérarchie, il procède au télescopage de micro-événements plus ou moins insignifiants, le court-circuitage des signifiés comme des signifiants confinant à l’incongruité et générant "des effets de surprise ou de reprise, de coïncidence ou de dissonance" (p. 127).

La logique paradoxale régit encore son autoportrait en humoriste : "L’humoriste n’est pas un joyeux drille. […] L’humoriste n’est pas très sensible non plus à la poésie burlesque du clown. […] L’humoriste a pris son corps dans la langue. […] l’humoriste est un rabat-joie" (119-120). Et de l’humour, il n’en manque pas pour évoquer le portement du nom. A considérer l’étymologie de son patronyme, rien d’étonnant à ce que l’on se torde souvent la cheville dans son univers… Et quand on songe qu’est un "chevillard" celui qui maîtrise l’art de planter à la cheville, le voici "rendu au sol"… "Paysan !" (174). D’où la nécessité pour lui de se faire un nom, et pour cela, de se démarquer du label Minuit ; ce qui explique sa charge contre l’écriture blanche : chevillé au style, il fustige cette "littérature de miroitier bègue à l’usage des singes et des perroquets" (92).

Libr-événements

â–º Mardi 28 janvier 2014, deux interventions de Philippe Boisnard : 9H-9H30, Conférence au Département Philosophie de l’Université de Tours, dans le cadre des journées sur Internet et le pouvoir (sur la question des paradigmes de l’art contemporain et de la mode internet comme processus de réduction des champs possibles de la création ; les objets d’analyse seront la littérature sur support numérique et le net-art).

Le soir, à Paris, dans le cadre des Voeux de l’internet (réservation via le lien)
http://www.weezevent.com/voeux-de-linternet-2014
réflexion sur la question des Fablab, notamment à partir de la promotion Européenne et Nationale qui en est faite : "Le point commun des initiatives « fablab » est constitué de l’énergie, de l’enthousiasme et de la certitude que leur implantation faciliteraient la relocalisation des unités de production. Derrière leur image liée au milieu associatif, à l’open source et à l’éthique du hacker, les forces industrielles dans leur finalité pourraient contredire la logique de naissance des fablab. Chimère ou révolution industrielle de demain ?"

â–º Du mercredi 29 janvier au dimanche 2 février, Littérature, enjeux contemporains VII : le mercredi 29 à la Bpi ; le jeudi 30 à la Maison des cultures du monde ; les vendredi 30, samedi 1er et dimanche 2 février à l’auditorium du Petit Palais.

Comment les écrivains voient ce qu’ils voient et comment ils le donnent à voir ? Ces livres, ces oeuvres qui séduisent et sidèrent, quelle forme donnent-ils au regard ? Pour la 7e édition de son festival annuel, la Mel a choisi pour thème la notion de « point de vue » qu’interrogeront écrivains, artistes, théoriciens et réalisateurs, aux confins des textes et des images. Car la littérature, et les arts qu’elle nourrit, ne cesse d’éduquer le regard, de montrer autrement, faces étranges et zones obscures. Elle révèle et dévoile, tout à la fois observatrice, contemplative ou hallucinatoire : nous allons voir ce que nous allons voir.

Avec Nils Ahl, Laura Alcoba, Marianne Alphant, Wolfgang Asholt, Damien Aubel, Emmanuelle Bayamack-Tam, Gisèle Berkman, Pierre Bergounioux, Eduardo Berti, Didier Blonde, Robert Bober, Stéphane Bouquet, Nicole Caligaris, Marcel Cohen, Jean-Max Colard, Jean-Louis Comolli, Joseph Danan, Luc Dardenne, Laurent Demanze, Daniel de Roulet, Georges Didi-Huberman, Randal Douc, Éric Dussert, Christophe Fourvel, Sylvie Germain, Thierry Girard, Eugène Green, Otar Iosseliani, William Irigoyen, Francesca Isidori, Laurent Jenny, Sophie Joubert, Pascal Jourdana, Jean Kaempfer, Patrick Kéchichian, Pauline Klein, Alban Lefranc, Philippe Lefait, Roberto Maggiori, Valerio Magrelli, Wajdi Mouawad, Pierre Michon, Christine Montalbetti, Marie-José Mondzain, Jacques Munier, Alain Nicolas, Carlo Ossola, Antoine Perraud, Eric Pessan, Ollivier Pourriol, Philippe Rahmy, Sinziana Ravini, Mathieu Riboulet, Sophie Ristelhueber, Olivia Rosenthal, Jean- Jacques Salgon, Tiphaine Samoyault, Pierre Schoentjes, Pierre Senges, Peter Szendy, Dominique Viart, Tanguy Viel, Cécile Wajsbrot, Frédéric Werst, Pierre Zaoui.

Programme complet du festival des Enjeux VII , à télécharger ici : http://www.m-e-l.fr/,re,377
t. 01 55 74 60 91 – 01 55 74 60 98
Entrée libre et gratuite.

â–º Festival littéraire de Nevers, TANDEM, les 6 et 7 février 2014, avec notamment : Jean-Michel Espitallier, Olivier Mellano, Valérie Rouzeau, Olivia Rosenthal… Le programme complet : ici.

â–º Tschann Libraire, les éditions Unes, Canopée et les éditions Corti vous invitent à une lecture de Esther Tellermann (Le Troisième, éditions Unes) & Pierre Chappuis (Entailles, éditions Corti) en présence de l’artiste Gilles du Bouchet, le jeudi 13 février 2014 à 19h30. Présentation par les éditeurs François Heusbourg (Unes) et Thierry Le Saëc (Canopée). [Tschann Libraire, 125 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris / tél.: 01 43 35 42 05 librairie@tschann.fr]

 

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