Le 1er février 2016, Nadine Agostini recevait La Doll.
Le 3 février 2016, Marie-Laure Dagoit lui adressait un mail qui annonçait la fermeture des Editions Derrière la Salle de bains et " les fichiers seront détruits et les livres ne seront plus qu’un beau souvenir".
Nadine Agostini présume donc que La Doll est le dernier ouvrage publié.
Quelques exemplaires sont disponibles auprès de l’auteur (6,00 € + 1,60 € de port).
Contact : nadine.ladoll@laposte.net
Nadine Agostini, La Doll, éditions Derrière la salle de bains, 2016.
Marie-Laure Dagoit ferme sa "salle de bains". Derrière la porte il reste bien des pépites de l’art et de la poésie underground pré- ou -post War. En témoigne, en guise de preuve ultime, La Doll : ce livre jusque dans son titre évoque ce que la maison d’édition n’a cessé de mettre en exergue.
La femme de Nadine Agostini n’a rien d’une poupée de brisée chère à Bellmer – même si la poétesse n’est pas éloignée de l’artiste, comme de Gombrowicz et surtout de Silvia Plath et de Virginia Woolf. Mais en plus ludique, enjouée et forcément postmoderne. Sous couverture de poupée passive la femme reste imprévisible et perverse tout comme le désir. Elle est moins de celluloïd que de chair riche d’infini au delà de la connaissance du mâle qui prétend la mesurer.
La Doll demeure aussi l’histoire de l’inconnue, puisque surgit en elle le non prévisible seul porteur d’une relation dynamique. Ange démoniaque de l’histoire qui voudrait la déborder, l’héroïne mène de fait la danse. Un tel texte offre la subversion des images et des idées. Nadine Agostini impose par ce biais la nécessaire jouissance qui se joue dans l’extériorité du monde au sein même d’un lieu clos. Est ouverte à l’attention intellectuelle l’ascension du corps ici même ici bas, mais de manière biaisée et hors de l’idéalisme et l’idolâtrie qu’on lui accorde.
Si l’amour demeure, il n’est plus décliné sous le registre du romantisme. Le livre lui échappe à jamais, puisqu’il n’est pas dans le repli mais l’ouverture absolue par l’entreprise de cette poupée qui semble dire « oui ». Nadine Agostini montre à ses lectrices d’où repartir enfin : de là où les souffleurs de mort revendiquent pour la femme l’oubli afin de dissimuler leur passé et préparer leur futur. Dès lors, là où mes mâles n’en finissent pas de descendre les volets sur la mémoire, La Doll impose le sillage de son corps non sans humour.
S’instruit un étrange dialogue « amoureux » longtemps mutique dans lequel la distance joue son rôle et arrache la poésie au barbouillage psychologique au profit du décryptage. Il monte du poème non seulement vers un apprentissage particulier, mais une déconstruction de ce qu’on nomme histoire d’amour ou de dépendance. Preuve que la poétesse écrit pour les vivantes de demain, son écriture ne s’imprime pas aujourd’hui ; aujourd’hui, c’est déjà trop tard. C’est pourtant dans ce résidu du temps que feint de se couler La Doll. Fiction monde, science fiction du corps le texte est résolument sexuel, mais sans la moindre condescendance au gore ou à la pornographie.
de Ghérasim illustrés par Jacques Hérold, ceux de Jean-Pierre Duprey, Camille Bryen illustrés par Jean Arp. Il édite aussi et sans dépôt légal (pour éviter la censure) la Justine de D.A.F. de Sade préfacée par Georges Bataille avec une gravure de Hans Bellmer. Il publiera au total 156 livres sous la référence « Soleil noir »
L’éditrice lui rend hommage en publiant les entretiens du créateur avec Philippe di Folco. S’y découvre la face cachée et renouvelée du Surréalisme. On voit comment, bien au-delà d’Eluard et de Breton, « l’école » tant en France qu’aux Etats-Unis, eut dans les années 60-70 plus que de beaux restes. Dans ce livre la trace, l’écho du Soleil Noir s’agrandit et monte. Du métal premier de la fournaise surréaliste
passage d’un amant. Mais elle n’en fait pas la collection. Sa vie ne rentre pas dans des cartons. Rien n’y est fait pour être empilé. Tout est disponible. Et ses vêtements seront portés par d’autres. Elle garde un sac, des crayons, du papier et de quoi se changer avec brosse à dents, et savon. Elle rend facilement les clés, prend un billet de train. Elle n’est pas de ces filles qui prônent des orgies de vermillon dans leur chevelure de blé noir. Mais dans la sienne s’entend le chant des moineaux plus que celui des Horace et des Curiace. Leur guerre ne démobilise pas son sommeil de paix.
Le lecteur baisse les yeux devant tant de limpidité comme devant les seins des femmes. Ses vers si rapides deviennent des coquillages hantés d’imaginaire
début les règles fusent et infusent : « Vis-à-vis de la clientèle, l’esthéticienne doit être correcte, propre et digne. Correcte. Elle doit porter des vêtements entretenus, des chaussures nettes, du linge non douteux. ». Adepte des désordres amoureux mais tout autant d’un ordre professionnel plus que procédurier, l’auteure rappelle l’art de rendre impeccable la peau en évitant de s’en vider le ventre. Sans miséricorde superfétatoire envers ses apprenties, elle les pousse habilement à éradiquer ce qui traîne entre les jambes afin de rendre au pubis son velouté. De clientes les femmes sont métamorphosées en idoles et odalisques pour que leur(s) messie(s) hennisse(nt) en titubant de désir. A celles qui se mêlent de mettre à mal le chasse-amour des pilosités superflues – l’objectif restant de rendre le pubis aussi imberbe qu’un œuf dur – l’éthique est de mise. Tout se pratique si possible dans le silence même si une revêche se révèle fort mal éduquée. En sa sagesse primesautière Marie-Laure Dagoit rappelle combien est méticuleux le travail qui redonne à toute petite chatte un sourire plus lumineux que celui du chat de Cheshire chère à Alice de Lewis Carroll . Avouons-le, c’est un plaisir. Même à celles ou ceux qui ne rêvent pas de caresser (dans le sens du poil) la technique épilatoire. L’auteur rappelle comment le diamant brille lorsqu’il est dépeuplé de la forêt qui en sépare l’œil – qui avidement le regarde avant d’en faire son théâtre intime et vertical.
matricielle, d’une reproduction in-vitro sont plus faits pour soulever les cœurs des bonnes consciences qu’afin d’imaginer un lycée homophile et misogyne. Il a au besoin souligné que si le mal était toujours possible, il fallait donc en profiter. Une telle « leçon » ne pouvait pas passer. L’épisode de la mort de sa femme fut là pour l’achever. Pourtant son souci n’était pas de nuire, mais du fait de son « accidentelle fatigue »
dadaïste (d’où sa présence dans ce coffret), il devint très vite, passant au Surréalisme, un intellectuel professionnel qui voulut se faire passer pour un agent provocateur. On ne fit guère mieux dans le genre hypocrite et sacristain. Captant l’héritage de Dada, celui qui se voulut monarque ne fut jamais avare de coup de pieds en vache envers ses anciens amis allemands et suisses. Il ne fut d’ailleurs pas plus tendre envers ces disciples surréalistes :
beaux draps mais pas ceux de satin qu’il espérait. L’artiste reste à ce titre le hussard des images voluptueusement pieuses, d’érotiquement gymniques. Et s’il présente son arme photographique aux amazones les plus impénétrables comme aux maîtresses femmes en goguette, celles-ci se tordent devant elle afin de faire prendre l’ombre pour la proie. Saisi par la peur de leurs tendresses ou de leurs mirages, il ne peut ruisseler en leurs oubliettes. L’œil dans la nuit regarde l’apparence de l’apparence dans le rappel d’une mémoire éblouie. Elle neige au souvenir d’une corolle légère ou salace. Mais seul l’esprit y coulisse sans heurts, avant de rentrer en lui-même déçu de ses attentes non satisfaites.
Pour cette dernière livraison de l’année avant une relative pause hivernale, deux curiosités que nous devons à des maisons d’édition qui méritent attention et soutien :