Libr-critique

10 février 2013

[News] News du dimanche

Ce soir, non seulement vous pouvez suivre une ligne poétique de Bruno FERN, mais encore vous avez rendez-vous avec Daniel FOUCARD pour NUDISM (Inculte) et avec Sylvain LAZARUS pour L’Intelligence politique (Al dante).

Mais auparavant, nous lançons un appel pour soutenir un éditeur en difficulté : si comme nous vous avez à cœur de militer pour le développement et la survie d’éditeurs vraiment créatifs, n’hésitez pas à consulter l’extraordinaire catalogue des éditions è®e et à commander. /FT/

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2 janvier 2011

[News] Libr-Kaléidoscope 2010-2011… (4)

En cette année que l’on voudrait nouvelle – que l’on s’évertuera à rendre nouvelle ?! –, il ne s’agira toujours pas de s’incliner devant l’autel de la Positivité… Bien au contraire, LIBR-CRITIQUE lancera dans les semaines à venir un work in progress sur la "subversion"… Dans l’immédiat, après le clin d’œil du caricaturiste Joël Heirman (son blog), on découvrira les événements et les livres attendus en ce début 2011 (à vos agendas !) : Annie ERNAUX, DATABAZ, 10e anniversaire de Remue.net ; Jean-Paul CURNIER, Jean-Michel ESPITALLIER, TINA n° 7, Stewart HOME, Anselm JAPPE, Pierandrea AMATO, Valère NOVARINA, Marc AUGÉ… (more…)

1 octobre 2010

[Chronique] De la « rentrée littéraire »…

Une exposition suivie de la publication d’un livre, fruit de la collaboration entre le photographe Ulf ANDERSEN et l’écrivain-critique Pierre JOURDE, ainsi que les 20 posts de la revue TINA sur la "Rentrée 2010", sont l’occasion de revenir sur ce phénomène typiquement français qu’est le rituel de la "Rentrée littéraire".

â–º 40 ans de rentrée littéraire, photographies d’Ulf ANDERSEN et textes de Pierre JOURDE, éditions Anabet, parution prévue mi-octobre 2010, 192 pages, 29 €, ISBN : 978-2-35266-076-7. Exposition à la Galerie Basia Embiricos (14, rue des Jardins Saint-Paul 75004), du 26 octobre au 14 novembre 2010 (vernissage le 26 à partir de 18H).

â–º "La Rentré littéraire par TINA", éditions è®e, 20 posts.

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20 avril 2009

[News-article] Mort de J.G Ballard

Filed under: chroniques,News — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 7:46

  Alors que j’apprends ce matin la mort de J.G Ballard à l’âge de 78 ans, je reviens avec ce texte, sur un article dont j’avais le projet et que je n’avais pas encore fini. Si Ballard a une grande importance au niveau littéraire, ce n’est pas tant par son écriture, son style, que par sa mise en question de l’ère contemporaine à partir de la description quasi-clinique des processus psychologiques humains. S’il est rangé dans le genre SF, ou bien anticipation, genre dévalorisé, toutefois, c’est bien dans le creuset de ce genre, en tant qu’il permet de libérer l’imagination du principe de réalité, que peuvent être interrogés certains devenirs de notre humaine condition. Il a fait partie avec Philip K. Dick, de ces auteurs qui ont ouvert avec insistance la réflexion littéraire au monde contemporain : interrogation aussi bien sur les logiques de devenir technologique que sur les variations psychologiques des hommes dans des univers aliénant.

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18 décembre 2007

[DVD] Le 17 à 17 H de Olivier Bosson

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 12:44

Olivier Bosson, Le 17 à 17H, DVD, éditions Vidéoformes, [durée 20 mn]. Avec Les Spécimens : Jean-Jacques Dellus, Jean-Marc Lugné, Florence Masure, Emmanuelle Pireyre, Marie Rousset.//  Prix : 15 € // [site de l’éditeur] + [site de l’auteur]

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5 novembre 2007

[Livre + chronique] La nuit je suis Buffy Summers de Chloé Delaume

  Chloé Delaume, La nuit je suis Buffy Summers, éditions è®e, 121 p.
ISBN : 978-2-915453-39-3 // Prix : 13 €.
[site des éditions è®e]

[4ème de couverture]
L’hôpital psychiatrique dans lequel vous séjournez est en proie à l’agitation. Vos voisins de cellule sont fébriles, le personnel soignant tendu; les rumeurs se répandent, les incidents se multiplient. Vous ne voyez pas le rapport entre le trafic d’organes orchestré par l’infirmière et la dénommée Buffy Summers aka la Tueuse, héroïne de série télévisée. Pourtant vous allez devoir enquêter, survivre, et peut-être même sauver le monde. Enfin si vous êtes prêt à jouer.
Après Corpus Simsi et Certainement pas, Chloé Delaume poursuit son exploration du jeu en littérature. S’inspirant des traditionnels livres dont vous êtes le héros, La nuit je suis Buffy Summers est un roman interactif où humour, fantastique et détournements littéraires proposent au lecteur de singulières pérégrinations en terre d’amnésie.
Chloé Delaume est née en 1973. La nuit je suis Buffy Summers, est son 13ème livre.

[Notes de lectures]
Tel que l’énonce la 4ème de couverture, Chloé Delaume par ce nouveau livre, poursuit une mise en question du jeu en litérature. Mais cette mise en question, comme je vais le montrer ne tient pas seulement à la simple référence aux principes ludiques, ou à l’implémentation de certaines formes, mais est le lieu de mise en relation de la littérature et de certains enjeux politiques et sociaux contemporains et ceci à travers de la multiplication d’horizons référentiels. La nuit je suis Buffy Summers est ainsi non pas seulement une reprise du livre dont on est le héros, mais un ensemble stratifié de mises en jeu qui ouvre des niveaux d’analyses distincts.

Implémentation de formes et stratégies d’impact :
Les livres dont on est le héros ont un fonctionnement particulier que l’on retrouve, aussi entre autre dans les jeux vidéos, mais qui d’une certaine façon était déjà présent dans la littérature policière à suspens qui est aparue avec la fin du XIXème siècle, même si le lecteur est simplement passif face à une linéarité vis-à-vis de laquelle il ne peut inter-agir. Ce fonctionnement est celui d’un schéma narratif classique, mais qui va être incarné par le lecteur : 1/ tout commence par un commencement problématique (mise en en situation, contextualisation), 2/ ensuite le récit se compose en moments qui sont les étapes de résolution du problème initial (ces étapes elles-mêmes peuvent être réfléchies en des séquences spécifiques qui permettent des rebondissements, tel que l’analyse dans son schéma narratif Jean-Michel Adam), 3/ Il y a une résolution qui vient achever le récit. Mais dans le cas de schémas non-liénaires, la résolution peut être multiple, peut aussi intervenir à des moments du schéma général différent. Par exemple ici avec le livre de Chloé Delaume, on peut mourir d’emblée.
Cette logique d’enchaînement narratif, par séquences, par situations, dont il faut résoudre les énigmes ou bien les difficultés implique une forme d’attention exacerbée de la part du joueur. Ce qui fait la force des jeux par étapes, c’est que chaque étape se donne comme une situation d’enjeu pour la conscience. Celle-ci est prise par la circonstance, car elle cherche à passer à l’étape suivante. Le livre de Chloé Delaume joue de ce ressort.
Toutefois, ce jeu elle l’interroge : comment se construit le sujet qui joue à travers cette mise en jeu par étape ? Dans le didacticiel, elle donne des pistes de lecture : nous ne sommes pas dans une auto-fiction, mais une forme "d’auto-fiction collective". Ce qui se joue, plus que d’être dans un hopital psychiatrique, c’est bien une forme d’inter-action avec le magma collectif du monde qui nous entoure, de la réalité dans laquelle nous sommes en tant que sujet se prêtant à un jeu. C’est pour cela qu’elle explicite le fait que ce jeu, ce n’est pas tant avec sérieux qu’il faut y jouer que dans une forme consciente de ce qu’il est possible de voir dans le jeu : "l’image du jeu est sans doute la moins mauvaise pour évoquer les choses sociales".

Un décor psychique : le labyrinthe référentiel :
Dans le didacticiel, Chloé Delaume explique que nous faisons face à une forme labyrinthique. Cela pourrait paraître surprenant, tant l’aventure est mince, peu densifiée, par rapport à nombre de livres dont on est le héros. En quoi alors s’agirait-il d’un labyrinthe ? Celui-ci n’est pas constitué de l’aventure, en tant que narration des actions que le narrateur a accaomplir, mais ce labyrinthe est construit sur les références. En effet, la véritable aventure du narrateur, n’est pas dans cet hôpital, mais dans les multiples références qui ponctuent, emplissent. Quel est le sens de ces références ? 
On pourrait les classer en trois types : celles qui renvoient à des oeuvres de fictions, celles qui renvoient à la réalité, notamment politiques et celles liées à des théories philosophiques ou psychiatrique. Trois types de liaisons référentielles donc. [1] Les premières concernent les fictions : la série des nombres qui sont la clé de Lost, la femme à la bûche de Eraserhead Brazilt de David Lynch (part. 15), Soleil vert de Richard Fleisher (part. 29), Buffy Summers elle-même, dont on peut retrouver une lettre cachée dans un plancher part. 13) ce qui renvoie à la série Heroes, mais aussi en définitive, de Terry Gillian (part.59). [2] Au niveau des références à la réalité : ce qui domine est une critique de la société de la spectacularisation, au sens où la réalité politique est elle-même pensée dans cette fiction, sur le même plan que la fiction. Les références choisies ne le sont pas au hasard : que cela soit l’élection de Schwarzenegger en tant que gouverneur de la Californie, ou bien que cela soit le discours de Sarkozy sur la délinquance sexuelle liée à un problème génétiquen"J’inclineras pour ma part à penser que l’on naît pédophile et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie […] Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense" ou encore ce qu’elle avait déjà mis en perspective dans J’habite la télévision : la déclaration de Patrick Le lay sur la part de cerveau disponibleOn retrouve cette mention à plusieurs reprises dans l’aventure, notamment dans un épique combat, plein d’humour (part.45) où nous devons parer les trois combos des Néantisseurs
Combo 1 : BHL – sa femme – sa revue.
Combo 2 : le point de regard d’un candidat de la Star Académy – le temps de cerveau disponible d’un électeur de la star académy – l’avènement du groupe endemol à l’échelle planétaire.
combo 3 : le ressenti d’un corps féminin exposé à un écran publicitaire de six minutes trente secondes en période pré-estivale, attendu que ce dernier s’achève sur un spot consacré à des protèges-slips fraîcheur
. La troisième dimension, permet de ressaisir dans une sorte de dialectique les deux premières en les posant dans une dimension problématique. Cette dimension référentielle est textuelle. Le stratagème de Chloé Delaume est d’amener le personnage à faire des recherches dans une bibliothèque.Mais ce qui domine, comme figure tutélaire philosophique n’est autre que Nietzsche, notamment à travers le rappel de sa crise de folie (part. 37).
L’aventure qui redouble celle du personage est alors celle de notre conscience face aux références. Chloé Delaume ici encore fait preuve d’intelligences dans l’entrelacs des pistes qu’elle sème tout au long des pages. Si certaine sréférences sont immédiatement visibles, d’autres se cachent, son seulement esquissées. La demeure psychique de ce livre dont st le héros n’est plus alors cet hôpital psychiatrique, mais notre culture et des différents niveaux de réalité.

Enjeu ultime : la défictionnalisation de la conscience
Ce n’est sans doute pas pour rien qu’Éric Arlix, le directeur des éditions è®e a publié ce titre : l’axe de recherche de ce travail de Chloé Delaume croise, en un certain sens, ce qu’il avait tenté notamment avec Et Hop ! publié aux éditions al dante. S’il y a bien une logique post-situationniste comme préalable, cependant le jeu que nous amène à expérimenter Chloé Delaume, est celui de la déspectacularisation de la réalité. Ainsi, venir incarner un personnage doit conduire à percevoir, en quel sens notre réalité est peuplée de personnages de fictions, et que c’est bien ce peuplement qui cause la difficulté de perception des hommes face à ce qu’ils rencontrent : "À trop faire de passerelles entre le monde réel et son autre côté, ça a créé des failles dans le dispositif". C’est pourquoi, peut-être que ce que tente d’exprimer Chloé Delaume, c’est que nous ne pouvons nous construire qu’à partir de nous-même, nous somme seul pour affronter notre "béance intérieure",  et que si nous souhaitons nous-même nous incarner comme personnage de fiction, sorte de fantôme de série, nous serons alors les otages de la représentation tenue par autrui, parce que "personnage de fiction, c’est la mémoire des hommes qui nous maintient en vie au-delà de nos aventures".

Ce nouveau livre des éditions è®e est à découvrir tant par l’originalité de sa forme qu epar rapport aux multiples niveaux de jeux qui opèrent dans le texte. Seule critique : le style, parfois ampoulé, un peu maniéré de Chloé Delaume pourra paraître un peu rebutant au début, mais dès que l’on entre dans l’aventure, on oublie ces multiples maladresses pour se laisser entraîner dans le sens même du texte.

[FAQ de La nuit je suis Buffy Summers]
[Article de Dominiq Jenvrey sur remue.net]

12 septembre 2007

[Entretien écrit] Eric Arlix à propos des éditions è®e

Filed under: entretiens,UNE — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 7:20

arlix.gif Eric Arlix est écrivainil a publié [Et Hop] en 2002 et [Mise à jour] en 2003 aux éditions aldante et [le monde jou]en 2005 aux éditions verticales , il dirige les éditions è®e qu’il a créées et la collection Et hop aux éditions IMHO.

[HG] De quoi est né ton désir d’édition, ton désir d’éditeur ? Quelle envie, quel impératif, quelle nécessité t’a poussé à te lancer dans cette aventure ?
[EA] C’est juste contextuel, une sorte d’occasion, une envie et un désir aussi évidemment de voir en librairie les bons livres et pas que les mauvais. Je n’ai pas une vision professionnelle et carriéristes du métier d’auteur ou d’éditeur que j’exerce en ce moment, je suis avant tout artiste, un chercheur qui utilise des outils d’agencements de symboles pour lire, critiquer, découvrir le monde.

[HG] Qu’entends-tu par ce tire ère ? une réflexion sur l’époque, une manière de positionner dans le contemporain et en même temps dans un temps long ?
[EA] Oui c’est ça.

[HG] Le r entouré, est-ce une façon de créer non seulement un titre, mais un label, une marque ? Mais c’est aussi une façon de souligner l‘importance de la question économique, en faisant un clin d’œil à la logique marchande qui est censée fonder toute entreprise commerciale, et éditoriale ?
[EA] Trouver un titre ce n’est pas simple, oui c’est une marque, un label, une entité intellectuelle et commerciale, une manière d’assumer l’aspect commercial mais avec une certaine éthique.

[HG] Comment envisages-tu ce rapport entre l’économie et le littéraire dans le contexte actuel de l’édition, mais aussi de façon plus générale ? Il me semble que tu as trouvé une formule intéressante au niveau des supports de publication, à la fois papier et numérique, à la fois sur CD et DVD, mais aussi sur le net, avec bientôt des podcasts et des mp3 à télécharger sur le site, que représente pour toi ce rapport à l’économie matérielle de la création et des supports de diffusion ?
[EA] La marchandisation de la culture entamée au début des années 1980 est maintenant totalement opérationnelle. Seule l’activité hyper rentable et commerciale est tolérée dans l’édition aujourd’hui. Les gros éditeurs ne font de « l’expé » ou de la « littérature contemporaine critique » que s’ils ont des financements du CNL ou si ces livres ne dépassent pas 1% de leur catalogue. Pour internet ou d’autres supports (matériels ou immatériels) l’édition française est carrément moyen-âgeuse et totalement réactionnaire, les grands éditeurs ne peuvent tolérer plus de 3 lignes d’extraits de leurs livres sur leur site alors des fichiers numériques gratuits ça les faits bondir. Un grand éditeur de « gauche » (d’une certaine gauche) me disait récemment qu’un papier dans Elle est un pur bonheur pour un éditeur, ça en dit long sur le niveau de désenchantement d’une profession qui est passé d’Intellectuel à Épicier. S’intéresser à l’art c’est forcément partager des idées, d’une manière ou d’une autre, et le « payant » et le « gratuit » ne s’oppose pas, ils sont hyper complémentaires, peu de personnes le comprennent actuellement, qu’elles soient grosses ou petites, les communautés artistiques restent sectaires, corporatistes et prétentieuses.

[HG] La question du numérique semble en effet incontournable, quelles en sont les implications, les enjeux à la fois économiques, littéraires et politiques ?
[EA] Sans même parler des enjeux économiques, littéraires et politiques, je dirais qu’il s’agit juste de bon sens, d’une cascade d’évidences, partager des données quoi de plus évident ?

[HG] Comment pourrais-tu définir la ligne éditoriale de è®e ? Tu publies à la fois des écrivains, des universitaires, des chercheurs, des artistes… croiser, confronter des disciplines, des horizons de réflexions hétérogènes, c’est pour toi une façon de s’attaquer au réel par tous ses côtés ?
[EA] Oui. La ligne éditoriale est généraliste mais chaque projet est sélectionné pour son aspect critique ou inattendu ou décalé. Nous nous intéressons par exemple aux révoltes ouvrières mais il n’y avait aucun intérêt à publier le 48eme livre sur les Canuts, par contre il n’existait aucun livre en français sur les Luddites il semblait donc indispensable d’en publier un. Oui è®e à pour ambition d’être un outil au croisement de plusieurs disciplines, d’horizons de réflexions hétérogènes. Outil parce que nous attendons des auteurs qui travaillent avec nous qu’il s’appuie sur è®e pour travailler et non qu’ils attendent de nous une simple commercialisation de leurs projets. C’est pour cela que certaines collaborations s’arrêtent vite alors que d’autres continuent.

[HG] Mais c’est aussi une façon de décloisonner la pensée, et de créer un espace de réflexion ouvert, qui ne se situe pas dans les arènes officielles, médiatiques, universitaires, etc… ?
[EA] Oui.

[HG] Tu as crée une collection « chercheurs d’ère » de recherche en philosophie et en sciences sociales, animée par Vincent BOURDEAU, François JARRIGE et Julien VINCENT, que signifie pour toi le fait de s’emparer de ce champ, ou de pénétrer dans ce champ de la recherche, bien trop confinée à des spécialistes, à des cénacles ? Pourrais-tu nous présenter ces trois animateurs ?
[EA] Des milliers de livres passionnant en sciences humaines et sociales sont publiés chaque année à travers le monde et la France est un pays totalement à la ramasse incapable de traduire ce flux, juste les quelques stars incontournables. Ces trois jeunes chercheurs (histoire et philosophie politique) lisent ces livres, voyagent, collaborent et vont « profiter de l’outil è®e » pour publier de 2 à 4 livres par an et une bulletin numérique assurant un travail de veille en sciences humaines et sociales.

[HG] Les genres et les formats sont variés, fictions, essais, narration collective, revue, projets multimédias, et cinématographiques, DVD, créations sonores, è®e est à la fois dans une dynamique transdisciplinaire, tout en étant très pointue dans ses choix, comment parviens-tu à être dans cette ouverture en même temps que dans cette exigence ? Comment sélectionnes-tu les travaux ? Qu’est-ce qui fait le lien pour toi entre tous les créateurs, penseurs, écrivains que tu soutiens ?
[EA] Il n’y a pas de « casting » ou de plan précis mais une situation générale de la marchandisation de la culture qui exclue les projets les plus critiques ou atypiques des circuits de diffusion et de commercialisation. Dans ce contexte improbable et « totalitaire » ou les « marques » dictent leurs lois mieux vaut savoir ce que l’on fait vraiment. Pour è®e il n’y a pas pour l’instant de « manifeste », de lignes clairement définies, juste l’envie de maintenir un outil critique en état de marche au milieu des ruines (de l’art, du monde). Un outil qui se perfectionne et dont les utilisateurs amènent de nouveaux schémas à redéployer.

[HG] Une œuvre d’art, un texte littéraire, un texte philosophique ou de sciences humaines sont tous au même titre des vecteurs d’investigation du réel qu’il faut rassembler, confronter pour pouvoir être vraiment en prise avec l’époque ?
[EA] Oui

4 avril 2007

[livre] Contre l’art global, pour un art sans identité, de Jean-Claude Moineau

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 7:35

arton140.jpgContre l’art global, pour un art sans identité, de Jean-Claude Moineau. Editions è®e. mars 2007. 192 pages. 16 euros. ISBN : 978-2-915453-36-2.
site des éditions
4ème de couverture : « L’art global n’est pas tant un art intégral qu’un art intégralement intégré, ayant -après l’échec de ce qu’il pouvait encore y avoir de velléité critique dans le postmodernisme et le constat que toute visée critique se trouve inexorablement absorbée par ceci même dont elle entend faire la critique- abandonné toute dimension critique qui supposerait un ailleurs, s’appliquant sans relâche à faire passer dorénavant toute ambition critique pour réactive.

Tout au plus, quitte à se confiner dans un rôle d’animation culturelle, d’entertainment, et à se diluer dans l’industrie du spectacle, l’art global, comme avant lui l’art total, aimerait-il pouvoir illusoirement réenchanter un monde désenchanté, un monde que l’actuelle globalisation -dont il est partie constituante- désenchante pourtant toujours davantage. »

Jean-Claude Moineau a développé, dans les années 1960, de nombreuses activités artistiques et « méta-artistiques » tournées notamment vers l’art processuel, le livre d’artiste, la poésie visuelle, l’event, la performance, le mail art, « l’art au-delà de l’art ». Puis, comme tant d’autres, dans le contexte post-soixante-huit, il a interrompu toute activité artistique.

Contrairement, cependant, à beaucoup d’autres qui n’ont pas tardé à reprendre le chemin d’activité arttistiques, J.C. Moineau s’est toujours, depuis, refusé à reprendre, comme si de rien n’était, son activité artistique antérieure. Ce qui ne l’a toutefois pas empêché de continuer à être attentif à l’actualité de l’art et aux apories dans lesquelles celui-ci se débattait. Ce en quoi la démarche de J.C. Moineau est restée, malgré tout, « méta-artistique », au sens de « ce qui traite (de façon critique) de l’art ».

Depuis 1969, il enseigne la théorie de l’art à l’Université de Paris 8 tout en adoptant une « attitude » au sens au Michel Foucault parle d' »attitude de modernité ») à la fois prospective et critique sur l’art en train de se faire.

1ères impressions : Aprés L’art dans l’indifférence de l’art aux éditions PPT, (lire la note), J.C. Moineau poursuit dans cet essai dense et précis sa réflexion sur l’effacement de l’art et de ses critères de déterminations à l’ère de la globalisation, et sur les implications esthétiques et politiques de ces transformations liée à la post-modernité. Dans une perspective critique, il croise la sociologie, la philosophie, l’esthétique, pour interroger, dans une succession d’articles, les questions du réseau et du marché de l’art, du statut de l’auteur, du don, des usages sociaux et politiques de l’art et pour donner des propositions en faveur d’une réinvention de l’art qui en passerait par le développement d’un « art sans identité ».

7 septembre 2006

[Livre] L’EXP. TOT. de Dominiq Jenvrey

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 20:27

Dominiq Jenvrey L’EXP. TOT, éditions è®e, ISBN : 2-915453-32-2, 89 p. 11 € [éditions è®e]

4ème de couverture :
L’EXP. TOT (contraction de L’EXPÉRIENCE TOTALE) est une fiction théorique où s’expérimente une écriture du monde. Dominiq Jenvrey y explore les notions de volonté collective et de logique d’ensemble, impliquant à chaque ligne le lecteur, l’amenant à s’interroger sur la notion même d’action. C’est une dissection du monde, littéraire, poétique et ontologique qui se joue ici, passée au scalpel d’une langue singulière, radicale, tranchante jusqu’à la syntaxe. Il faut « bégayer son verbe » pour que la pensée se libère. Parce que l’expérience est totale, on croisera dan ce livre des extra-terrestres, la voix et le corps de Pierre Guyotat, mais aussi une méthode pour prendre le pouvoir et anéantir le capitalisme.
« C’est une pensée de l’action, de la volonté, matérialiste, qui cherche à modifier les actions, à contraindre par la pensée l’action. Pour cela il faut nuire aux représentations dominantes, avec la langue, la langue qui est compromise dans ces représentations auxquelles il faut nuire, la langue va être un enjeu alors. L’expérience est totale parce que tout s’implique, qu’il n’y a pas d’enjeux autonomes, que la langue est politique parce qu’elle est engagée dans le fonctionnement du monde. Et puisque la langue est un enjeu, ce dernier ne peut être porté que par la littérature » D. J

Premières impressions :
Éric Arlix, et les éditions è®e poursuivent leur exploration des formes radicales de la critique sociale et politique. Ainsi après l’excellente publication de Les Luddites/Bris de machines, économie politique et histoire, de Vincent Bourdeau, François Jarrige et Julien Vincent, qui a permis de revenir sur la question de la désinflation relationnelle à la technique et ouvert le débat par exemple dans un très bon dossier de Chronicart, la publication du texte de Jenvrey poursuit cette exploration des possibles formes critiques. Ceci n’est pas surprenant quand on connaît un peu le travail de Arlix et ses propres recherches menées, tout d’abord dans Mise à jour et Et hop aux éditions Al dante, puis Le monde jou aux éditions verticales.
Le texte de Dominiq Jenvrey développe le rapport de polémos — et ceci au coeur d’une langue travaillée par la modernité — entre la raison et l’exp. tot qui se signifie selon l’excroissance psychologique de la logiq d’ensemble. La raison, comme le souligne ce texte est l’abstraction d’éléments qui dès lors sont disjoints et posés en séparation. Tout au contraire, l’action, pour être, ne peut se détacher de la logiq d’ensemble, à savoir de la totalité Dumonde, au sens où « l’être n’existe pas indépendamment Dumonde« . L’action, si elle est celle de corps dans l’espace et le temps, se donne alors pour Dominiq Jenvrey, et en cela il croise Progénitures de Guyotat, dans la littérature, qui est exp. tot Dumonde en tant qu’une « langue fabrique Unmonde« .
Avec cette publication, les éditions è®e montre en quel sens, il est possible de se tenir encore dans l’ouverture de l’horizon moderne de la critique, sans retomber dans les attraits parfois usés justement de certaines formes de formulations qui prétendent à la révolution. PB

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