Libr-critique

21 février 2021

[NEWS] News du dimanche

D’abord, vu l’état d’un petit état nommé fRANCE, on lira l’ÉDITO libr&critique signé CUHEL, avec les dessins extraordinaires de Joël HEIRMAN et Bernard THOMAS-ROUDEIX ; retrouvez ensuite vos « nouvelles aventures d’Ovaine » (Tristan Felix) et vos Livres reçus… Et préparez cet événement des Enjeux littéraires contemporains 13

 

ÉDITO : En Marche Hunique…
/CUHEL, Heirman et Thomas-Roudeix/

© Bernard Thomas-Roudeix

Il faut être réaliste, la vraie Liberté est illibérale,
puisqu’elle permet de mener la Vraie-Politique sans aucune entrave :
peut-il y avoir une Opposition quand la difféRANCE a trouvé son incarnation ?

Une voie libre est une voie dégagée : déblayons nos avenues
et nos universités de ceux qui ont peur de la difféRANCE et de l’adversité !
Tous les obstacles seront déclarés nuls et non avenus.
Une fois la route bien damée, les fausses routes bien damnées,
vive la Voix hunique, celle de la Raison néolibérale –
de l’immondyalisation du monde par hunification !  

À bas la culture de l’Excuse !
Il faut être réaliste : il y a les dominants et il y a les dominés.
Et quelle excuse pourraient avoir ces derniers de trahir leur condition ?
Tous ceux qui contestent la Raison illibérale sont INTOLÉRANTS.
Pourquoi ceux qui ne suivent pas la Vraie-Voie auraient-ils voix au chapitre ?

En régime Hunique, un seul Salut :
Travaillobéissez et consommobéissez !

© Bernard Thomas-Roudeix

Après avoir mis hors d’état de nuire toutes les pièces à gauche de l’échiquier français et contrôlé celles de droite, il reste aux forces ultralibérales une dernière manœuvre pour faire triompher la difféRANCE : l’annexion de l’espace extrémo-droitiste.

Et pour faire une OPA sur cet espace extrémo-droitiste, quoi de mieux, en CA (Comité pour l’Annexion), que l’adoption des mesures prophylactiques adéquates ? Une bonne campagne de désinfection islamo-gauchiste ! Par temps de disette, la chasse aux sorcières c’est comme la chasse aux loups, ça marche à tous les coups !

Tel est le dernier avatar du karmapitralisme*, l’autoritaro-libéralisme. Sa dernière carte : libérer et intensifier la toute-puissance des Bienfouteurs de l’Homonculité pour assurer l’avènement… de la fin des temps.

© Joël Heirman

* KARMAPITRALISME. Religion innoculée par la secte Çaprofite selon laquelle le Capital est l’opium du peuple.

Virus caméléonesque qui, depuis deux siècles, s’est développé, adapté, transformé et renforcé pour devenir invincible.

Il faut être réaliste, le Karmapitralisme est l’avenir de l’Hommoderne, c’est notre destin.

 

DKANALOGUE

  1. Enfin le monde se fit Un.
  2. Enfin le monde se fit Un.
  3. Enfin le monde se fit Un.
  4. Enfin le monde se fit Un.
  5. Enfin le monde se fit Un.
  6. Enfin le monde se fit Un.
  7. Enfin le monde se fit Un.
  8. Enfin le monde se fit Un.
  9. Enfin le monde se fit Un.
  10. Enfin le monde se fit Un.

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Félix/

â—Š Ovaine, en réinsertion, vient de postuler pour un poste d’intégration au compost.

Constellée de pustules, elle rampe parmi les lombrics et numérise l’humus.

Un long ver en sueur, le visage décomposé, l’accoste mollement :

– Je suis à bout, ma mie,  la terre est basse et je suis bien trop long pour mon âge.

Ovaine  en un clin d’oeil le numérise, l’exhume délicatement puis, compatissante, le relève  de ses fonctions.

Dès lors le ver, de toute sa hauteur s’élève au-dessus de la terre rejoindre les âmes seules.

 

♦ Tout au bord des trottoirs, accrochés dans les cheveux, tombés  d’un  cabas, d’une poche ou même des nues, errent des mots en peine, oubliés.

Ovaine les stoque dans un sac : capsule, Acapulco, criquet, polenta, grutier, rat… Il y en a pour tout l’égout.

Elle installe son stand à la sauvette en pleine rue, au pied d’un hospice en ruine.

Viocs et djeuns queutent jusqu’à très loin pour retrouver le bon mot, récupérer le monde.

Les affaires d’Ovaine vont si bon train qu’elle est obligée d’en inventer dans l’urgence, certifiés faux : clapute, alpagure, corlique,  polpita, agruti, rostamalek…

On se les arrache. On prend commande. La maladie d’Elsemeur devient un labo de souvenirs et d’envies merveilleuses.

Libr-événement

Survivez avec l’un des rares événements importants en ce premier trimestre 2021 :

Enjeux 13 « Survivre« , initialement prévu du 2 au 5 décembre 2020 a été reporté du 4 au 6 mars 2021 au Théâtre du Vieux-Colombier Comédie-Française.

Avec Santiago Amigorena, Paul Audi, Jean-Christophe Bailly, Yoann Barbereau, Ugo Bienvenu, Luc Boltanski, Johann Chapoutot, Emanuele Coccia, Eric Dussert, Jean-Michel Espitallier, Claire Fercak, Hélène Giannecchini, Sylvie Germain, Hélène Gaudy, Guka Han, Rémy Jannin, Laurent Jenny, Frédéric Joly, Nathalie Quintane, Charif Majdalani, Sandra Moussempès, Marie-José Mondzain, Baptiste Morizot, Valérie Mréjen, Jean-Luc Nancy, Anne Pauly, Lionel Ruffel, Antoinette Rychner, Emmanuelle Salasc (Pagano), Leïla Sebbar, Vanessa Springora, Barbara Stiegler, François Sureau, Pierre Vinclair, Antoine Volodine.

Et les auteurs des Extensions : Marianne Alphant, Bruno Bonhoure, Jean-Paul Demoule, Sylviane Dupuis, Jean-Pierre Ferrini, Hélène Frappat, Alain Jaubert, Vincent Message, Laurent Olivier, Carlo Ossola, Emmanuel Ruben, Esther Tellermann, Camille de Toledo.

TELECHARGER LE PROGRAMME DE l’EDITION EN LIGNE DU 4 AU 6 MARS 2021.

Libr-6


â–º Le Magasin du XIXe siècle, n° 10 : « Réseaux », éditions Champ Vallon, hiver 2020-2021, 308 pages, 25 €. [Christian PRIGENT a accordé un entretien à cette revue publiée par la Société des Études Romantiques et dix-neuviémistes : « Langagement » – où il est question de Hugo, Rimbaud et Jarry… et aussi du réseau revuiste…

► Christophe ESNAULT, Lettre au recours chimique, éditions Æthalidès, à paraître en mars 2021, 112 pages, 16 €.

► A. C. HELLO, Koma Kapital, Les Presses du réel, coll. « Al dante », à paraître, 112 pages, 12 €.

â–º Samira NEGROUCHE, Traces, Fidel Anthelme X, coll. « La Motesta », Marseille, février 2021, 46 pages, 7 €. [commander : Librairie TRANSIT 45 boulevard de la Libération 13001 Marseille]

â–º Marius Loris RODIONOFF, Procès-verbaux, Les Presses du réel, coll. « Al dante », à paraître, 104 pages, 12 €.

► Ahmed SLAMA, Marche-frontière, éditions Publie.net, février 2021, 130 pages, 13 €.

13 octobre 2020

[Chronique] Jean-Marc Baillieu, Nichane tout droit, par François Huglo

Jean-Marc Baillieu, Nichane tout droit, avec un dessin de Frédérique Guétat-Liviani et une postface à la trilogie maghrébine, Fidel Anthelme X, Marseille, septembre 2020, 44 pages, 7 €.

  

Valse, jazz, blues, dialectique, dissertation, donnent au ternaire une dynamique, une ouverture, qui dialoguent et dansent aussi dans les neuf petits livres, empreintes bien terriennes d’une démarche très aérienne, qui composent les trois trilogies de Jean-Marc Baillieu : Humanité (L’éparpillement des sites, 2000, L’inconstance, 2008, Dévoilement, 2012), À contre-pied (Arras ou la rectification du Pas-de-Calais, 1999, La Bienséance, 2006, L’Oublie, 2012), Trilogie maghrébine (Trik chemin, avec CD, bilingue arabe, 2014, Abrid chemin, bilingue berbère, 2018, Nichane tout droit 2020). La première phrase de la postface à la troisième trilogie rejoint les trois thèmes de la première : l’un, l’autre, la nature, qui peut-être recoupent la deuxième topique de Freud : ça, moi, surmoi – en lacanien : réel, imaginaire, symbolique. « L’un, l’autre et la nature, soit la définition de l’humanité selon Antonio Gramsci. Voilà les trois thèmes qui se retrouvent dans ce que j’ai écrit ». La genèse d’un internationalisme discret, sans pesanteur discursive, d’autant plus authentique et actif, se donne à lire en cette postface, texte précieux : à la fois « comment j’ai écrit certains de mes livres » et « la vie mode d’emploi ».

L’aventure, le voyage, l’ouverture à l’autre, sont d’abord linguistiques : l’allemand un peu parlé par le grand-père qui l’a appris en captivité, puis étudié au collège avec l’anglais et le latin, l’anglais pop rock parlé par un correspondant, l’espagnol des vacances estivales. Non linguistiques mais culturels : l’attrait pour le Japon au lycée, puis pour « l’Extrême-Orient (idéogrammes, modes de penser et d’être) », les essais sur le Japon, la Chine, la Corée, et de nombreux ouvrages d’auteurs étrangers, parfois des films. Une année passée par le père en Algérie, alors occupée, puis un séjour au Maroc, le mariage d’une cousine avec un Kabyle rencontré lors d’un festival international de chant choral, ont donné le goût du Maghreb. Celui du Moyen-Orient remontait au catéchisme (vie de Jésus). Franchissant – d’un pied léger, toujours – les clôtures et hostilités identitaires, chaque « communauté » se sentant persécutée par toutes les autres, un universalisme concret ose encore s’improviser : « humains, nous sommes toutes et tous habitants d’une même Terre, au-delà de notre diversité, de nos particularités, et les livres, via ou pas les traductions, ont permis l’échange, les échanges, depuis longtemps. (…) Je ne fais qu’entr’ouvrir des fenêtres (…). Je ne suis qu’un (petit) passeur inter-culturel ».

Le Maghreb est une trilogie : Tunisie (opuscule avec CD), Algérie (« en privilégiant la partie berbère », avec des échantillons de la langue et de l’écriture amazigh), Maroc. Ne craignons pas l’altérité, semble dire Abdellatif Laâbi cité en exergue : « Il n’y a pas de nuit / qu’on ne puisse affronter / Il n’y a pas de ténèbres / sans ligne d’horizon ». Ce poète revient dans les pages intitulées Agdal-Toubkal : « Le lieu / si tant est qu’on puisse / le désigner ainsi / atteste une présence ». Confrontée au titre du recueil dont elle est extraite, L’habitacle du vide, cette citation impose un paradoxe genre théologie négative, celui d’une présence du vide. Le nomadisme prend une forme ludique : « Déplacer des cailloux de cupule en cupule, un jeu de bergers, ou des crottes de chèvres pour l’un et des cailloux pour l’autre, ce qui différencie les joueurs ». Ce qui ressemble à des jets de dés dans le vide inscrit aussi une formulation oraculaire, « année à venir sèche ou humide par exemple ». Écriture géographique : des « bornes gravées » en « écriture libyque » signalent les « voies de transhumance ». Le mot agdal désigne la régulation du pâturage commun. Il signifie aussi : « interdit, sacré ».

La géographie est à la fois physique et humaine : les précipitations modifient les zones de pâturages et les mouvements des campements. Déplier la couverture en trois volets permet de lire une carte. Les trois fragments imprimés en vert sont aisément lisibles. Sur le reste, les noms sont écrits à la main et inversés, comme dans un miroir ou à l’envers d’un calque. Les cartes tracent la géographie (reliefs, cours d’eau) et l’histoire (frontières, légendes). De Tanger à Fez, Rabat, Casablanca, Volubilis, Marrakech, Meknès, le poète nomade goûte mets et mots, sans oublier de saluer les nombreuses espèces chassées : « Notre dite « oeuvre » de pacification ».

30 janvier 2020

[Chronique] Les ritournelles de Daniel Pozner, par Christophe Stolowicki

Daniel Pozner, Chuchoté au petit matin, Fidel Anthelme X, « La Motesta », octobre 2019, 42 pages, 7 €, ISBN : 978-2-490300-06-8.

Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française, Les presses du réel, coll. « Pli », 4e trimestre 2019, 72 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-110-7.

 

Taire en flammes les départs de feu et leur cent de fumées. Garder arable le champ de vision, ne s’approprier rien. Des chuchotées au petit matin phrases de réveil, reste imprégné leur mouvement, ce qu’elles ont entrelacé, délaissé de sens.

« Les parallèles se / rejoignent de loin en loin » – en double page grand ouverte sur le fini. De circulaire, répétitif horizon.

Saisis où ils prospèrent de ne pas se démonétiser, les mots : ceux, même épluchures, que d’impatience une neuve défense et illustration de la langue française imprime sur vélin. Les émet, les émiette une poésie verticale, en bribes, éclats, du disparate non de l’éclaté, en loques non du disloqué, ni avant-scène ni fond de rumeur – swing peut-être, chorus non choral, je reconnais plutôt Sonny Rollins que Coltrane, l’improvisation s’appesantit railleuse plutôt que ne se démène se démantèle. D’apophatique dérobade, mots en retrait telle une citation courent la prétentaine.

En plaquette qui énumère ce que l’autre ajoure, énuclée.

De page en page du chuchoté, des pans de phrases ont sauté, le sas du petit matin ajoure la provende de nuit. Par exception un quatrain, un quintil ne rimant qu’à moitié, au final la mise en abyme d’un sonnet, d’envoi central tel un trou noir (« Qu’avons-nous fait des années ? / Qu’avons-nous fait aux années ?) – comme remplis de couturière réépaississent ce qui se trame se démaille en une généreuse débauche de pages presque blanches,  jaunies par les années. À « pizzicati aigres » les violons.

Où « coup de force » répond à « cure de désintox ».

On a monté le son. Des informations en rafale, à mitraille, à grands sauts de registres,  n’émanent pas toutes, arrière toute, d’un même organe. « Dispute émaillée de horions »,  « La reproduction servile ou quasi servile », en avant ce peu, rompent la litanie, le brouillamini des « En marge du protocole », « Un souffle inouï il suffit de ». Introduit le coin d’une Renaissance dans la masse d’ordures et d’épluchures de l’actualité, le recul d’un demi-millénaire coupe court de souffle long à notre impatience, réitère dans son plus grand besoin, le sabir franglais plus dissolvant que le latin, à la langue française une défense, illustration.

Fragmenté et touffu. Épandu blanc de blancs. Le rarissime et le surabondant composent un « gratte-ciel horizontal ».

De courtes à longues tout en iambes trochaïques et jeu de jambes sur le ring des rings, la poésie. Au beat des beats, quand pour recharge deux vers consécutifs ont syntaxique partie liée. Que cymbales se dévoient la balle. À blanc au bal du réel. « Tac au tac / Tac / Tac » mais « Lentement les foirades et l’incompréhension ». Quand les media sont le latin d’église. À lire vite et se suspendre en chemin sur ce que de l’autre plaquette il émane très lentement. Le vers t’y cale.

Frangées d’écume des jours, les vaguelettes happées déferlent pour un précis de dégagement.

24 novembre 2019

[NEWS] News du dimanche

En ce dernier dimanche de novembre, les RV de Christian Prigent puis avec Sandra Moussempès, avant notre LIBR-10 (nouvelle sélection des livres reçus) et une spéciale sur le Festival BIFURCATIONS #5

Agenda de Christian Prigent

Christian Prigent à Saint-Brieuc. Le samedi 30 novembre 2019, à 15 h 30. A la Maison Louis Guilloux, 13 rue Lavoisier, Saint-Brieuc. A propos de Point d’appui (éditions P.O.L), lecture et discussion. Contact : 06 77 68 56 72
 
Christian Prigent à Saint-Brieuc. Le samedi 07 décembre 2019, de 17 h 30 à 19 h. A la librairie « Le Pain des rêves », 13 rue Saint-François, Saint-Brieuc. A propos de Point d’appui (éditions P.O.L), lecture (avec Vanda Benes), discussion, dédicace. Contact : 02 96 61 36 55 ; www.lepaindesreves.fr
 
Christian Prigent à Rennes. Le jeudi 16 janvier 2020, à 19 h. A l’auditorium MIR, 7 Quai Chateaubriand, Rennes. Avec la revue TXT. Lecture. Contact : Maison de la Poésie de Rennes, 02 99 51 33 32 ; contact@maisondelapoesie-rennes.org
 
Christian Prigent à Lyon. Le mercredi 29 janvier 2020, à la « Scène poétique » de l’Ecole Normale supérieure, 15 parvis René Descartes, 69342 Lyon (04 72 72 80 00). Lecture et discussion. Contact : Patrick Dubost  09 50 25 23 21 – 06 80 06 13 19.
 
Actualité de Sandra MOUSSEMPÈS
Vox Museum de Sandra Moussempès : Album fichiers wav + mp3, 5 euros, durée 36 min., octobre 2019.
Par chèque : ordre Association JOU (60 rue Édouard Vaillant 94140 Alfortville)

Sandra Moussempès invente un langage vocal, hors mots, lié aux perturbations amoureuses et aux phénomènes paranormaux. Sa voix chantée, tour à tour éthérée, lyrique, chamanique ou bruitée se matérialise en fragments envoûtés.

Vox Museum
(Sculptures vocales)
1 Contusion of love
2 Ghost elevation (Black Sifichi Mix)
3 Esprits phonographiés
4 Contusion of love  (Black Sifichi Remix )
5 Perturbation lyrique
6 Sweetie’s diary (Black Sifichi Remix)
7 Vocal expectation
8 Vox Museum
9 Sweetie’s diary

Chants, voix, compositions & conception sonore : Sandra Moussempès
Clavier & composition sur « Contusion of love » : Virgile Carballo Moussempès
Conception sonore sur Ghost elevation & tous les Remixs : Black Sifichi

Libr-10 (novembre-décembre 2019)

Sereine BERLOTTIER, Ciels, visage, Lanskine, 88 pages, 14 €.

Marc CHOLODENKO, Sarabandes, Passacailles, naïades en bikini, P.O.L, en librairie le 5 décembre, 70 pages, 13 €.

Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, en librairie le 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €.

Liliane GIRAUDON, Le Travail de la viande, P.O.L, en librairie le 5 décembre, 160 pages, 16 €.

Virginie POITRASSON, Une position qui est une position qui en est une autre, Lanskine, 80 pages, 14 €.

Daniel POZNER, Chuchoté au petit matin, éditions Fidel Anthelme X, 44 pages, 7 €.

Christian PRIGENT, Point d’appui 2012-2018, P.O.L, 464 pages, 22,90 €.

Nathalie QUINTANE, Les Enfants vont bien, P.O.L, 240 pages, 18 €.

Nicolas RICHARD, Peloton, éditions Supernova, coll. « Dans le vif », 70 pages, 10 €.

Lucien SUEL & William BROWN, Ourson les neiges d’antan ?, éditions Pierre Mainard, 90 pages, 20 €.

Festival BIFURCATIONS #5, du 28/11 au 1er décembre

 

15 octobre 2016

[Libr-retour] Claude Ber et Adrienne Arth, Paysages de cerveau, par Matthieu Gosztola

Claude Ber et Adrienne Arth, Paysages de cerveau, Fidel Anthelme X, collection « La Motesta », 2015.

 

« Le propre du regard, écrit Starobinski dans sa préface à L’œil vivant, c’est de n’être jamais saturé. Il ne l’est jamais par la contemplation d’une œuvre particulière ni par l’inépuisable variété des mondes picturaux existants ». Et Starobinski ajoute : « Voir offre tout l’espace au désir, mais voir ne suffit pas au désir. » « C’est que le regard n’est pas seulement désir de voir, commente Laurent Jenny, désir déjà insaturable en soi, il est aussi désir de retenir, de fixer dans une parole, ce qui ne va pas sans renoncement à la pure visibilité ». Car le regard n’est pas seulement vision. Starobinski nous rappelle que son étymologie le situe d’abord « du côté de l’attente, du souci, de l’égard et de la sauvegarde ».

C’est ce à quoi s’emploient Claude Ber et Adrienne Arth dans Paysages de cerveau.

chaque minute égrène son mantra de gestes quotidiens
– leur feuilleté de pages pliées –
et la surface blanche du lait uniformément blanc
d’une beauté mystérieuse
Mondrian dans la tasse

à travers les murs les volets clos les saules devinés
la cabane du bout du pré sous la hauteur exagérée du cèdre
et une perspective arrière indéfinie
nourrie de halètements légers et d’obscurité
les yeux fixent au fond de leurs globes
un paysage de cerveau

substance neigeuse elle aussi
confuse déroutante
qu’on ne peut ni vraiment voir ni vraiment oublier
que j’entends battre aux mots
avec le jour
à la porte

Ni le piqué précis d’un rafale sur le pont d’un porte avion ni le trait tremblé prouvant qu’il s’agit d’un relevé de tension, d’une topographie d’avant que les mots, ne cernent la sensation, mais ils ont en commun une définition du réel analogue, dont je sens l’aiguille sur ma peau.
C’est cette écriture entêtante tatouant de son piqueté toute chose et mon propre corps que j’écoute exister

surprenant le cœur battre les narines respirer […]

Comme le dit Starobinski à propos du peintre Ostovani, « l’attraction visuelle est doublée d’une attention motrice ». Claude Ber et Adrienne Arth ont, dans la lignée de Starobinski, fait leurs « les propositions de Merleau-Ponty pour qui le spectateur d’un tableau le voit d’abord "avec son corps" et l’éprouve posturalement en une forme de précompréhension. Car il s’agit déjà d’un acheminement vers la signification ». En effet, à plusieurs reprises, Starobinski se réfère, pour justifier ses intuitions critiques, « à la notion d’"aperception mythique" » qu’il emprunte à Ernst Cassirer, rappelant que « c’est là "l’activité première de la conscience […] pour qui le monde immédiatement perçu est une physionomie, une face chargée d’expression". Et il ajoute : "Le sens expressif adhère à la perception même, dans laquelle il se trouve saisi et "éprouvé" immédiatement  » (Laurent Jenny).
Claude Ber et Adrienne Arth font résonner singulièrement ce sens expressif.

Et si les photographies ― par exemple ― de l’ouvrage Méditerranée : d’une terre l’autre (Éditions de l’Amandier, collection Photo-Graphie, 2007) sont des photographies de circonstance (elles ont été prises lors des tournées du spectacle « Méditerranées », créé, joué et chanté par Adrienne Arth sous le nom de scène Frédérique Wolf-Michaux de 2000 à 2005), « il faut prendre ici le mot "circonstance" dans son acception la moins convenue, la plus vive et la plus provocante » (nous empruntons cette formulation à Laurent Jenny). « Chaque fois, il s’est agi, dans l’actualité d’une rencontre, de répondre à la sommation d’un événement, à une convocation impérieuse du regard par la force d’une œuvre […]. »
En définitive, c’est l’art de voir que conjugue bellement Adrienne Arth. Et cet art de voir, pour être parfaitement compris, peut être rapproché de celui du cinéaste Antonioni, tel qu’analysé par Alain Bonfand dans Le cinéma saturé, Essai sur les relations de la peinture et des images en mouvement  : « L’art de voir ne procède pas de la maîtrise, fût-elle absolue, d’une technique ou d’un savoir-faire, mais d’un perpétuel apprentissage de la vision qui, lorsqu’elle est sidérée par ce qu’elle voit, sait le viser et l’atteindre à son tour pour le rendre visible. Quand Antonioni dit que faire un film est pour lui vivre, il propose et s’impose cet état de vigilance, d’attention et de veille où le visible, tout le visible, "parce qu’il chante", est une proie. »

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