COVID-19, UNE SYNDÉMIE : CE QUE LA PANDÉMIE FAIT À LA DÉMOCRATIE
(Ã propos de deux tracts parus chez Gallimard)
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L’UNIVERSITÉ EN PREMIÈRE LIGNE, à l’heure de la dictature numérique
Philippe Forest, Tracts-Gallimard n°18, 62 pages, 3,90€.
& DE LA DÉMOCRATIE EN PANDÉMIE – Santé, recherche, éducation
Barbara Stiegler, Tracts-Gallimard n°23, 62 pages, 3,90€.
Élégante, cette nouvelle collection « pauvre », « Tracts », chez Gallimard : 62 pages agrafées à prix très modique (3,90 €), mais néanmoins imprimée sur papier bouffant et composée en caractères Tungsten et Caslon (je tiens à préciser cela, car c’est devenu de plus en plus rare qu’un éditeur « s’embête » à donner ces détails techniques qui font pourtant tout le bonheur des bibliophiles et autres éditeurs curieux…).
Ce « tract » de Philipe Forest en est le 18e volume, et dès la 4e de couverture, il attaque très fort : « Un système de surveillance généralisée et d’une nature nouvelle est en train d’être mis en place. Et c’est à ce système que le passage au “distanciel†va soumettre l’Université. » Les plus avancés des philosophes (Gilles Deleuze et Michel Foucault) et des écrivains (George Orwell, William Burroughs, Alain Damasio) l’avaient senti venir, cette venue progressive d’une société de surveillance généralisée… et voici que la crise totale de la Covid-19 en permet l’advenue soudainement imposée comme « définitive » (du moins, certains en rêvent…) et non-opposable : pour des raisons sanitaires, vous comprendrez bien que… Les étudiants, devenus agents de contamination potentielle, doivent être séparés les uns des autres ; tel semble être le nouveau mot d’ordre de la société spectaculaire covidiste. « La séparation est l’alpha et l’oméga du spectacle », écrivait Guy Debord dans La Société du spectacle ; à quoi il ajoutait : « Avec la séparation généralisée du travailleur et de son produit, se perdent tout point de vue unitaire sur l’activité accomplie, toute communication personnelle directe entre les producteurs. » Remplacez travailleur par étudiant, et produit par professeur, et vous avez le tableau (non)-vivant de l’Université du futur rêvée par le politique post-covidiste…
Philippe Forest appuie son exposé sur les premiers textes philosophiques conséquents à être parus dès le début de la crise, ceux
du philosophe italien Giorgio Agamben : « Les professeurs qui acceptent – comme ils le font en masse – de se soumettre à la nouvelle dictature télématique et de donner leurs cours seulement on line sont le parfait équivalent des enseignants universitaires qui, en 1931, jurèrent fidélité au régime fasciste. Comme il advint alors, il est probable que seuls quinze sur mille s’y refuseront, mais assurément leurs noms resteront en mémoire à côté de ceux des quinze enseignants qui ne jurèrent pas » (Requiem pour les étudiants, in lundimatin). Mais Forest va plus loin : « Le fascisme prend, selon les périodes, toutes sortes de formes. Celles qu’il emprunte aujourd’hui ne ressemblent jamais à celles qu’il prenait hier. Sinon, le reconnaître serait très facile. » Puis il précise son attaque : « Afin de se donner bonne conscience, on part en guerre contre les fantômes d’autrefois dès lors que, disparus, ils ne menacent plus personne. » En effet, chaque année, combien de livres sur tel ou tel épisode du nazisme, de la Shoah, etc. ? « Et l’on préfère ne rien voir des formes nouvelles que, revenant sinistrement à la vie, ces mêmes fantômes revêtent et auxquelles il serait plus compliqué, plus périlleux mais plus urgent, de s’opposer. » Forest, lui, voit ; et s’oppose : c’est la guerre (a dit notre Président de la « République »), ce qui oblige chacun à choisir son camp : pour ou contre la Terreur ? Pour on contre l’abandon de la tradition de la vie étudiante en Europe ? là où « une certaine idée de la liberté » s’inventa.
Le Diable, c’est celui qui divise, qui désunit, comme le montre son étymologie latine, diabolus, et grecque, διάβολος, diábolos. Le préfixe dia vient du grec ancien διά, qui signifie : « en divisant ». On peut être sûr que le Pouvoir a pris goût à ce qui était encore impensable il y a un an en Occident : confiner toute une population aveuglément, et la masquer. Séparés les uns des autres, et ainsi que l’écrivait Noam Chomsky en 1993 (« Toute l’histoire du contrôle sur le peuple se résume à cela : isoler les gens les uns des autres, parce que si on peut les maintenir isolés assez longtemps, on peut leur faire croire n’importe quoi »), les occidentaux ont tout accepté, depuis mars, ou presque… L’université en ligne n’est qu’un des aboutissements logiques de cette idéologie du « sans contact ».
Forest insiste et fore son sujet : « Pour dire les choses de la manière la plus brutale qui soit, le passage au “distanciel†reviendra tout simplement et très concrètement à fermer les Universités, à convertir l’enseignement qu’elles proposent en un autre qui n’en aura plus que l’apparence et dont le soin de l’assurer sera abandonné – c’est-à -dire : délibérément délégué – à cette “dictature numérique†dont l’anarchie apparente, en réalité, se trouve au service de la mise en Å“uvre très cohérente et très opératoire du programme que cette dernière entend imposer » : en clair, l’idéologie des GAFAM dans l’Université : autonomie des étudiants, interactivité, bref ubérisation de tout un chacun, séparé des autres derrière son écran (quand ce n’est pas derrière une plaque de plexiglass, voire un masque facial). Guy Debord : « Le système économique fondé sur l’isolement est une production circulaire de l’isolement. » Le système universitaire fondé sur le « distanciel » sera une production circulaire de la séparation : séparés entre eux par la perte générale de toute émotion réellement vécue, perte qui leur interdira le moindre dialogue, les étudiants seront même séparés de leurs professeurs et de leurs camarades. Toute contagion, même amoureuse, sera rendue impossible ! « La question qui se pose à chacun d’entre nous consiste bel et bien à savoir si nous collaborerons avec ce fascisme nouveau ou si nous lui résisterons » : Forest a choisi son camp.
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La philosophe Barbara Stiegler est la digne fille de Bernard Stiegler, récemment disparu ; elle prolonge, pour notre plus grand plaisir, son travail philosophique de compréhension du réel et d’appréhension de ce qui arrive : la disruption de notre civilisation, sous les coups de butoir à la fois du néo-libéralisme et de l’idéologie numérique qui l’accompagne. Pour la sortie de son « tract » chez Gallimard, elle a été invitée sur France Culture par Olivia Gesbert dans son émission « La grande table idées » ; en voici le lien d’écoute : Comment s’engager en pandémie ?
Que nous dit la philosophe dans ce tract ? Elle a lu l’éditorial extrêmement important (et novateur) du rédacteur en chef du Lancet, Richard Horton, Covid-19 is not a Pandemic, et en a retiré « ceci » : l’épidémie de SARS-CoV-2 est plus une syndémie qu’une pandémie, à savoir une synthèse de problèmes préexistants et aggravants : de santé (ce sont les pays où l’espérance de vie
avait déjà commencé à baisser, pour cause de mauvaise hygiène de vie globale et de sur-sédentarité, que le nombre de victimes est le plus élevé (USA, Angleterre, Mexique)), d’écologie, d’inégalités sociales (par exemple, d’accès aux soins), etc. « En parlant de “pandémieâ€, on a sidéré les esprits, on est passés dans un régime d’exception et on a accepté des choses inacceptables. » Pour lutter contre un virus, « on » a « accepté » (tout du moins avons-nous dû obéir à cette injonction) de renoncer (temporairement ; temporairement, vraiment ?) à la démocratie, c’est-à -dire au pouvoir du demos, le peuple (on sait que tout actuellement se décide en Conseil de défense à huit personnes, dans le bunker antiatomique sous l’Élysée, dit-on, sans vote de l’Assemblée nationale…) ; cette voie « chinoise » a même été encouragée par un virologue-de-plateau-de-télévision, Axel Kahn : « Face à une épidémie, c’est un inconvénient d’être dans une démocratie ; et c’est encore plus un inconvénient d’être dans une démocratie contestataire » (c’est moi qui souligne). Et si le Pouvoir avait trouvé des effets d’aubaines dans cette crise ? Et si on avait « utilisé le moment actuel pour faire passer en force toute une série de lois liberticides » (comme la Réforme des retraites, la Loi sécurité globale, le Fichage politique des citoyens, etc.) ? Barbara Stiegler dénonce ainsi une  “Manufacture du consentementâ€, expression qu’elle emprunte à Walter Lippmann : Chacun se doit de se sacrifier, d’immoler sa et ses libertés, pour le Bien commun… Plus que « vivre une pandémie, nous vivons “en Pandémieâ€Â », écrit-elle – « dans un nouveau continent mental parti d’Asie pour s’étendre à toute la planète, avec de nouvelles habitudes de vie et une nouvelle culture », dont la restriction souhaitée en haut-lieu (par l’oligarchie mondiale et globaliste, voire transhumaniste) de nos démocraties : « Il va falloir renoncer à la démocratie, parce que la démocratie c’est la contestation. » On croit rêver ; mais non… On a bien entendu « cela » sur les chaînes publiques, c’est-à -dire payées par nos impôts !…
Le constat est sévère : « Au lieu de favoriser une libre circulation du savoir », « on » a « contribué à l’édification d’un monde binaire opposant les “populistes†[ou “rassuristesâ€], accusés de nier le virus, et les progressistes, soucieux “quoi qu’il en coûte†de la vie et de la santé. » Le problème, avec ce type de « raisonnement » simpliste opposant deux camps, c’est qu’on a banni « toute forme de nuance et de discussion critique sur les mesures prises », étouffant « la pluralité des voix du monde savant ». La toute récente censure, par YouTube, d’un nouvel entretien avec la brillantissime Alexandra Henrion-Caude, n’en est que le dernier avatar… Ce faisant, on a interdit toute dialectique, et toute saine contradiction, seuls moyens de faire progresser les savoirs. Le « péché originel des gouvernants » aura été de faire « le choix de la répression des citoyens, plutôt que celui de l’éducation et de la prévention [comme en Suède] ». Aïe, la démocratie !
C’est arrivé « là  » que Barbara Stiegler en appelle à un sursaut démocratique, pour éviter « L’étrange défaite » (Marc Bloch), via des micro-résistances politiques : « ne pas rester seul » ; « imaginer autre chose » ; « réfléchir de manière critique aux injonctions » ; « proposer des demi-groupes de travail en présentiel », plutôt que de se contenter de Zoom, etc. Il faut absolument « re-politiser les lieux de travail ». Telle sera « notre mission historique ». Cette réappropriation du « pouvoir du peuple » ne pourra « se faire qu’au prix de mobilisations sociales et politiques de très grande ampleur ». À bon entendeur…




























monde social : dans les faits – têtus et concrets -, le corps que heurte tel ou tel train n’est à proprement parler celui de personne, sans identité fixée ; le suicide devient « accident » et la personne humaine rien, un corps d’abord anonyme, un individu quelconque – un néant social, un Nul. Et cet individu insignifiant peut suffire à vous gâcher le réveillon : « ce réveillon est nul : sont tous venus déguisés en suicidés & je me tape encore les bouchons dans les transports à cause d’eux » (112)…
; rééd. L’Arbre à paroles, Amay (Belgique), dessin de couverture par Valère Novarina, décembre 2018, 100 pages, 12 €, ISBN : 978-2-87406678-8.
C’est LÀ, en Loire-Atlantique, qu’a vécu et vit le poète et philosophe Jean-Claude Pinson : cette somme egogéographique rassemble souvenirs personnels et familiaux, des évocations de la Loire et des villes qui l’ont marqué, des retours sur l’oeuvre (comme « Habiter la couleur »)…
dernier roman.
Philippe Sollers appelle toujours à une « nouvelle » raison qui est aussi un nouvel amour qu’appelait Rimbaud afin qu’il envahisse l’espace et le temps de ses vœux. Et le Girondin Sollers ramène par ce biais à la « crête de la lucidité » qu’incarne pour lui Sade le divin marquis et son « principe de délicatesse ». L’auteur rappelle combien le « monstre » s’éleva contre la guillotine (entre autres) en écrivant des « abominations » dont Sollers est fier de les avoir fait publier sur le papier « bible » de La Pléiade.
je me sentais grandir sur ma selle, jusqu’à devenir l’égal de la vaste plaine, de la neige, et du ciel au-dessus de moi. En fin d’après-midi nous atteignîmes une gare […]. Au fond de la pièce principale se trouvait une porte, je l’ouvris d’un coup de pied, elle donnait sur une galerie vide que je traversai en défaisant mon manteau et mon ceinturon, au bout il y avait une autre porte, […] rapidement je me défis […] de mes vêtements, ne gardant que le survêtement et enfilant les baskets que j’avais gardées en poche, la porte était ouverte et dès que j’eus franchi le seuil je me mis à courir. […] J’étais désorienté et je me cognai aux murs à plusieurs reprises avant de trouver un semblant d’équilibre qui me permette d’avancer d’une manière régulière, respirant avec aise, au rythme de ma course. Mais le couloir s’incurvait, je ne parvenais pas à rester au centre et de nouveau mon épaule heurta une paroi, je croyais distinguer des taches encore plus foncées, peut-être des bifurcations ou juste une dépression, et j’aurais pu me jeter dans une de ces ouvertures, obliquer ou changer ainsi de corridor, peut-être cela aurait-il servi à quelque chose, mais je me sentais envahi par un vaste sentiment de futilité, peut-être, me disais-je, si j’avais aperçu quelqu’un d’autre, une figure humaine, j’aurais pu la rejoindre, nous aurions cheminé ensemble et cela aurait peut-être un peu allégé nos pas, car même si nous ne nous étions pas parlé, si nous n’avions pas échangé une seule parole, nous aurions entendu nos souffles respectifs et le son de nos foulées, une présence, donc, elle aurait été là à côté de moi et moi à côté d’elle, cela aurait eu quelque chose de vaguement réconfortant, mais il n’y avait rien, même pas une ombre, et ainsi je continuai droit, car de toute façon tourner ou tenter un nouveau passage, dans l’état des choses, n’aurait servi à rien, j’évitai ces ouvertures […] ».
cigarettes, vidé, inerte, perdu dans un autre espace. J’aurais pu lui relever les jambes et l’enfiler à mon tour, mais je préférai rester là à le regarder gémir doucement, replié en lui-même et parti très loin, je l’enviais et aurais bien aimé être à sa place, mais il semblait que je ne devais pas maîtriser les règles obscures de ce lieu car nul ne voulait de moi. »
Goodbye, Columbus (1959), l’extraordinaire recueil de nouvelles qu’il publie à vingt-six ans, et bien plus encore la très iconoclaste Plainte de Portnoy (Portnoy et son complexe, 1969) ont fait scandale, l’un au sein de la communauté juive, que les décapants récits de Roth se soucient peu de flatter, l’autre bien au-delà : la chronique familiale, psychologique et sociale dessinée au vitriol par Portnoy va de pair avec un langage où rivalisent le loufoque, la gouaille et une outrancière crudité.
(aléatoire) résistance au sexe qui sans cesse en "dépasse" en dépit ou à cause des religions et des cultures. Sur ce plan elles restent des barrages de paille sur un océan plus atlantique que pacifique en ses vagues de pulsion.
Roth a donc renouvelé la comédie humaine là où elle gratte le plus. Il prouve que contrairement à ce que pensait Valéry le plus profond dans l’homme n’est pas sa peau mais ce qui est en dedans. Pour en témoigner, l’auteur aux termes convenus préfère une métrique en chamade et drôle. Lorsque le corps bascule dans les bains du stupre et de la fornication il devient moins bois flotté qu’épave qui prend l’eau.
Dans une époque qui se disait (ou se croyait) libérée mais qui était corsetée de théories fumeuses, Tournier 
Partant de la définition sociologique de l’avant-garde comme positionnement de rupture afin d’imposer à un champ conflictuel ses valeurs d’"originalité", de "jeunesse", d’"indépendance" et de "rejet du public", Béatrice Joyeux-Prunel – qui a également participé au volume collectif sur la vie intellectuelle en France (cf. ci-dessous) – montre comment cette tendance moderniste s’est émancipée du champ politique pour gagner en visibilité et triompher dans l’ensemble de l’espace social. L’intérêt de cette somme est de combiner les perspectives diachronique et synchronique, synthétique et analytique, pour rendre compte à l’échelle internationale des avatars d’une mouvance polymorphe. En particulier, l’auteure excelle dans l’analyse des crises (celles du post-impressionnisme, de la Belle-Époque, ou encore liée à la montée des nationalismes) et des stratégies (par exemple, Odilon Redon conquiert sa notoriété par un double excentrement, international et littéraire – grâce à ses illustrations de nombreux livres).
Vous prendrez bien des nouvelles des Terriens, des pauvres humains ? Ces "acteurs du Sordide", qui vivent dans un monde où "Internet est un formidable amplificateur de la bêtise humaine", vont être purifiés grâce/à cause de Particules Baryoniques, atomes dispersés devenus pensants… Ce roman critique qui ressortit aussi bien à l’apologue plein d’humour qu’au roman SF nous fait franchir cette barrière théorique qui nous sépare de l’originel : le mur de Planck… Suite en janvier prochain, qui verra la parution du tome II !
À quoi ressemble Annie jeune fille ? Sûrement pas à la Brigitte, jeune fille, héroïne vertueuse qui ouvre la série moralisatrice que publia Berthe Bernage de 1928 à sa mort en 1972 : jeune fille volage et aliénée, frigide et fragile, perdue et désespérée… Celle qui n’est jamais sortie de son trou a besoin de trou(v)er son être : il n’y a pour elle de transcendance que dans l’extase, c’est-à-dire dans l’évidement de soi. Cette expérience de dépossession de soi qui oscille entre Eros et Thanatos est tellement intense que sa mise au jour par l’écriture a pris plus de vingt ans (on en trouve des traces dans les manuscrits dès la fin 1993) : "C’est le texte toujours manquant. Toujours remis. Le trou inqualifiable" (p. 17).


l’eau, habitats de pilotis, décharges-montagnes ; rats, chiens, rapaces diurnes et nocturnes, singes, serpents, fauves.
« clandestins » de l’être. On peut le prendre comme un animal et le regarder comme un aliéné. Les sujets essentiels sortent du logos admis, et l’auteur de s’emporter contre ce beau gars d’égout qui veut le quitter « pour la femelle (…) …une si jolie fraîche à seins que ça sent (…) le petit con frais palpite que tu descends ta lourde braguette y toucher la toison. »