Libr-critique

23 décembre 2016

[Texte] Daniel Pozner, Ponts et quais (extrait de Paris-Manuel 2/2)

Voici un second extrait de Paris-Manuel (lire le premier), peu après la parution de Variable aléatoire (Gros Textes, printemps 2016), sa fabrique foutraque de poésie dont un extrait a paru sur Libr-critique. La fantaisie et la p’tite musique de Daniel Pozner nous sont décidément précieuses. /FT/

Généalogie. Comme tout gosse,

Paris n’eut d’abord que deux ponts.

Entre deux ponts ne passe qu’une droite ? Oh,

tous les fleuves ce matin

y passent. Seine pas seule.

 

Puis,

 

, , , , , , , , , et puis

s’emplit s’assèche j’abandonne le troupeau des virgules

(disait-il). L’eau le lait tournent. Alcools. Piles. Pavés. Réverbères. Bouées.

Des ponts nouveaux. Au hasard.

Le temps l’on nage sous les arches.

Et grimaces là-haut.

Cheminées mobiles.

Langues.

Foule.

 

Ici la Seine se divise en deux bras.

Tu vas où ?

Simplement un graffiti. Il est aujourd’hui

inutile et va disparaître.

Dater les inscriptions les phrases qui s’écoulent.

J’aimerais ! Vous y voir !

Une élégie sous le Pont-Neuf saoule presque assoupie dans un sac de couchage.

Et les filles perdues.

 

Il paraît que j’ai bonne mine. Ce matin.

Je n’en peux plus je repars le long du quai.

 

 

(Longtemps centre du mouvement parisien, le Pont-Neuf posséda le théâtre de Mondor et de Tabarin, Brioché et ses marionnettes, l’arracheur de dents Thomas, les racoleurs, les mendiants, les tire-laine, les bohémiens et les filles perdues.)

29 mai 2016

[News] News du dimanche

Pour passer le cap de juin, RV sur la radio de Sylvain Courtoux ; à Paris (Librairie Texture), Clermont-Ferrand (2e Salon des Voix mortes), Nice (expo Supports/Surfaces)…

 

â–º À écouter, par Sylvain Courtoux : La poésie/Vestiaires #3 – Les filles de la poésie : https://soundcloud.com/sylvain-courtoux/les-poetesvestiaires-3-les-filles-de-la-poesie-emission-du-13-mai-2016

â–º Jeudi 2 juin à 19h30, lecture à Texture (Librairie Texture, 94 boulevard Jean Jaurès Paris 19e), avec notamment Pierre Drogi (Anémomachia, ed.Lanskine) et Emmanuèle Jawad (Faire le mur, ed.Lanskine).

â–º 2e Salon des Voix mortes à Clermont-Ferrand (Raymond Bar : 1, rue du Pré la Reine), 3 et 4 juin 2016.

La littérature FNAC-Cultura-Télérama vous emmerde ? Nous aussi !
Venez découvrir de vrais auteurs qui écrivent de vrais bouquins, publiés par de vrais éditeurs.
Stands, Lectures, Concerts, Bouffe & Picole sur place.


AU PROGRAMME :

VENDREDI 3 JUIN

21h15 – Luna Baruta, Louise Pothier et Astrid Toulon du collectif Dans la bouche d’une fille
22h – Henri Clerc & Luna Baruta
22h45 – Marlene Tissot
23h30 – Baptiste Brunello
00h15 – Cougar Discipline

SAMEDI 4 JUIN

21h15 – Christophe Siébert + Horse Gives Birth to Fly
22h – Sylvain Courtoux
22h45 – Bibi Konspire (alias Charles Pennequin et son big band)
23h45 – Boris-Crack
00h30 – Mathias Richard + Antoine Herran

+ Vidéos, rencontres, etc.

EDITEURS PRESENTS :

Gros Textes
Caméras Animales
Al Dante
Trash
Lunatique
La Belle Epoque

EXPOSANTS :

MARC BRUNIER MESTAS
http://print-temps.over-blog.com/
ANNE VAN DER LINDEN
http://www.annevanderlinden.net/
TOM DE PEKIN
http://tomdepekin.tumblr.com/
CLOTHILDE SOURDEVAL
http://clothilde-sourdeval.tumblr.com/
SUPER DETERGENT
http://superdetergent.tumblr.com/
LILAS
http://lalilas.over-blog.com/
THIERRY TOTH
http://thierry-toth.tumblr.com/
JOEL HUBAUT
http://joelhubaut.jujuart.com/
MAVADO CHARON
http://mavadocharon.blogspot.fr/
FANNY HO
https://deuxrien.wordpress.com/
TOM RECK

â–º S U P P O R T S / S U R F A C E S / Exposition dans le cadre de la Carte Blanche à Ben. Vernissage le vendredi 10 juin 2016 à partir de 18h.
André Pierre Arnal  – Vincent Bioulès – Louis Cane – Marc Devade – Daniel Dezeuze  – Noël Dolla –Toni Grand – Bernard Pagès – Jean-Pierre Pincemin – Patrick Saytour – André Valensi – Claude Viallat

Pincemin
Jean-Pierre Pincemin, « Sans titre », 1969, 250 X 206 cm, Technique mixte

Le mouvement Supports / Surfaces, fondé officiellement en France en 1971, met en avant l’idée que ce n’est plus seulement le sujet mais également les éléments constitutifs de la peinture (supports, méthodes et techniques de réalisation) qui ont une importance dans la réalisation artistique. Le but est ainsi de tenter de faire de la peinture autrement en utilisant de nouveaux moyens picturaux.
La Galerie Eva Vautier souhaite, à travers cette exposition, rendre hommage à ce groupe d’artistes qui a contribué à de nouvelles approches artistiques que les générations suivantes continuent d’explorer.

L’exposition présentera plusieurs oeuvres de l’époque ainsi que des documents historiques.

Galerie Eva vautier
2 rue vernier
06000 Nice
France
Du mardi au samedi de 14h à 19h
 et sur rendez-vous
contact: galerie@eva-vautier.com
tel: 09.80.84.96.73
www.eva-vautier.com

8 septembre 2013

[News] News du dimanche

En cette Libr-reprise, l’actualité est des plus denses : parmi les œuvres reçues, Benfodil (Le Point de vue de la mort), Sébastien Lespinasse (Fougax et Barrineuf vont en bateau et "Pneuma-R") et Pierre Jourde (La Première Pierre). Libr-événements : rencontre avec Tatiana Arfel, exposition de Roland Dauxois (cf. reproduction en arrière-plan) et centenaire de Charlotte Delbo.

Œuvres reçus

â–º Mustapha Benfodil, Le Point de vue de la mort, Al dante, été 2013, 136 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84761-787-0.

"Quelle vie sociale quand tu n’as pour compagnie que des cadavres réfrigérés et un ventilo ronronnant" ? "Que deviennent les morts sur Facebook ?" "Et toi, si tu devais faire cette autopsie inversée, quelle serait d’après toi la cause de ta vie ?" Telles sont quelques-unes des questions que se pose Moussa dans cette pièce dont le personnage principal est le silence. Le point de vue adopté n’est pas tant celui de l’être-pour-la-mort que celui depuis la morgue, celle de BalBala, "ville de merde" régie par des cyber-illettrés, "bourgade maudite macérant dans l’ennui et la poussière" aux confins du désert… BalBala, ville improbable dans laquelle l’espérance de vie n’est que de 45 ans… De quoi faire méditer Moussa, "nécroloque en chef", ethnographe du Néant qui, accroché à son dictaphone, fustige la corruption ("L’argent est un lubrifiant miraculeux"), dénigre l’autobiographique, fait le point sur la sanglante Histoire de l’Algérie : "Faisons le compte, Monsieur le Thanatopracteur : 1 million et demi de martyrs + les 3000 morts de la crise de l’été 62 + les 1000 morts du coup d’État manqué (et réprimé dans le sang) de Tahar Zbiri + les 200 morts du Printemps Berbère d’avril 1980 […]"…

Humour noir, satire et poésie caractérisent ce texte inventif dont, pour terminer ce bref aperçu, on laissera le lecteur apprécier cet énoncé métaphorique: "J’ai allumé mon corps pour le regarder vivre" (titre de la seconde partie)… /FT/

â–º Sébastien Lespinasse, Fougax et Barrineuf vont en bateau, de. Gros Textes, 2013, 115 pages, ISBN : 978-2-35082-228-0.

â–º Sébastien Lespinasse, "Pneuma-R", CD-audio, Trace-label.

â–º Pierre Jourde, La Première Pierre, Gallimard, septembre 2013, 192 pages, 17,90 €, ISBN : 978-2-07-014215-6.

"Tu prends la mesure, petit bonhomme, de la déflagration produite par les quelques dizaines de pages publiées par un écrivain obscur chez un petit éditeur. Ce n’est pas seulement ta vie qui s’en trouve changée, mais c’est, définitivement, celle de tout le village, et d’une bonne partie de ceux qui le fréquentent. Toi qui ironisais volontiers sur ceux qui débitaient de grands discours sur le pouvoir de la littérature…"

Pour n’avoir pu prendre suffisamment de distance par rapport aux histoires locales, ou s’être perdu dans les fictions villageoises, il est arrivé à Pierre Jourde dans son pays auvergnat ce que n’a pas connu Richard Millet en limousin : en ce pays des pierres et des taiseux, pays perdu dans ses légendes, l’écrivain a failli se faire lapider un an après la parution de Pays perdu (L’Esprit des péninsules, 2003), qu’il était loin de considérer comme une offense à son (mi)lieu originel : "Le livre ne se voulait pas réaliste, parce que la réalité n’est pas réaliste. Ou plutôt parce que le réalisme est impuissant à délivrer toute la charge d’imaginaire qui bonde le réel. Le livre était une élégie pour une jeune fille morte, une tragédie se déroulant en un même lieu en un seul jour, une épopée, un conte mythologique" (p. 135). C’est alors que le péquenot rattrape l’intello

La Première Pierre est un dialogue avec le premier Pierre – le "péquenot" -, son habitus primaire de paysan conservateur ; un récit écrit par un "tu" – celui du "petit bonhomme", du dépositaire – pour dire le "je" du père qui s’est toujours tu – et à jamais depuis la tombe. Rien d’étonnant à ce que ce récit sobre et émouvant de la dualité interne soit dynamisé par toute une série de couples antinomiques : secret/révélation, étrangeté/familiarité, rêve/réalité, honte/honneur, propre/sale, ombre/lumière, merde/poésie, régional/universel, absence/présence… /FT/

Libr-événements

â–º Rencontre avec Tatiana Arfel – l’auteure de L’Attente du soir et de Des clous – pour son dernier roman La Deuxième vie d’Aurélien Moreau (Corti, 2013, 320 pages), récit de repossession de soi : Librairie José Corti (11, rue de Médicis 75006 Paris), vendredi 13 septembre 2013 à 18H30.

â–º Exposition des oeuvres du peintre Roland Dauxois, à la clinique du Parc, 155 boulevard Stalingrad, Lyon 6éme. Du 13 septembre au 8 novembre 2013.

Poète et peintre lyonnais, Roland Dauxois a exercé différents métiers dans l’industrie des arts graphiques. Il édite son premier recueil en 1997. Elève de l’atelier du peintre Jean Dulac à Lyon, il se lie d’amitié avec l’artiste belge Jean Raine disparu en 1986. Expositions personnelles dans des lieux publics, nombreuses expositions collectives (Salon d’automne, membre du jury du salon Regain). Il expose plus de trente peintures et encres récentes à la clinique du Parc (Lyon) à partir de vendredi prochain.

â–º Centenaire de Charlotte Delbo, femme de lettres et résistante (1913-1985) : manifestations à la Fonderie les 14 et 15 septembre 2013 (23, rue de Neuilly à Fontenay-sous-Bois).

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