Libr-critique

11 novembre 2019

[Livres] Pour des livres irréguliers

Suite à l’Appel lancé hier matin par Guillaume Basquin, directeur des éditions Tinbad, et en ce jour où se termine le Salon de l’Autre Livre 2019 – qui regroupe de nombreux éditeurs indépendants -, il importe de réaffirmer la nécessité de circuits autres pour publier des livre irréguliers. Depuis 2006, LIBR-CRITIQUE les défend : vous en trouverez trois ci-dessous, parmi ceux reçus récemment (Profession de foi de J. CAUDA, Sablonchka de F. DOYEN et un diptyque du MINOT TIERS)…

► Jacques CAUDA, Profession de foi, Tinbad, septembre 2019, 144 pages, 18 €, ISBN : 979-10-96415-23-6.

« Moi cauda du latin cauda « la queue » car malsain de corps et d’esprit et malsain de queue dit cauda dit aussi le vénéneux moi qui ne crois qu’au mal car malsain de queue au bout d’un corps qui ne croit en rien ni au nom du père ni au sain d’esprit moi au nom du fiste je dis ici en toute innocence que je suis comme la flèche du Parthe décochée à cheval sur la queue du cheval c’est-à-dire en cauda forcément venenum » (p. 55)…

Cet extrait du Journal de l’auteur en date du 9 juillet 1988 fait du nom la métaphore de l’Å“uvre : celle-ci donne ainsi corps au patronyme, le fait parler en propre. D’où une écriture (é)jaculatoire, un phrasé du tonnerre-de-zeus, pour rendre compte d’un rapport sans queue ni tête au monde qu’il s’agit de peindrécrire : âpre, excessif, sexuel/sensoriel, souvent carnavalesque… Ça fait péter la bibliothèque comme les souvenirs, sortir la langue de ses gonds… De fil en poupée et en « ipomée », vive la métafisix !

► Franck DOYEN, Sablonchka, Le Nouvel Attila, en librairie le 15 novembre 2019, 110 pages, 12 €, ISBN : 978-2-37100-084-1.

Les symboles reproduits ci-dessus introduisent les lignes de force qui vont structurer cette dystopie originale : ici, les mutants ne sont pas les humains mais les animaux et les végétaux. Sans aucune virgule, essentiellement écrit à la deuxième personne du pluriel – histoire de nous interpeller -, le texte nous plonge dans un univers exotique jusqu’à l’étrange où nous découvrons les calquois, gloomkovs, carmignas, wombas, ou encore arglometchàs, entres autres espèces animales, et, pour les végétales, les juomlas, netarus, achaxars, ipecuamas, etc.

Nous sommes à la fin du XXIIIe siècle, en pleine post-humanité, « Ã  l’heure où les détenteurs du pouvoir richissimes entrepreneurs fanatiques réussissent ce tour de force de s’immiscer au plus près et au plus intime des vies et de contrôler de la naissance à la mort le moindre désir le moindre choix dans une apparence de totale liberté travestie en propriété et en consommation » (p. 65)… Demain, en somme.

► Le MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes, La Ligne d’erre, Orthez, printemps 2019, 200 pages, 13 € ; L’Oncle de Vanessa, La Ligne d’erre, Orthez, août 2019, 208 pages, 13 €.

À quoi avons-nous affaire ?

À l’histoire d’un écrivain – ce « meurtrier en puissance à qui l’on accorde le droit de vie et de mort sur ses sujets » (OV, 147) – qui est « pris au piège de [sa] propre fiction », torturé par sa propre créature (cf. OV, p. 11)…

À un récit métaleptique et métaphorique (cf. DMDA, p. 194), suivi d’un autre roman ludique, c’est-à-dire un autre miroir aux alouettes…
Récit métaleptique (hommage à Gérard Genette) : « Le narrateur est un chat, qui navigue de maisons en maisons, d’époques en époques, d’univers en univers et raconte ce qu’il voit » (DMDA, 122).
Récit métaphorique : « Son récit, métaphorique, illustre cette réalité d’un monde dont on ne connaît en fait qu’une partie, la plus visible. Éclairer ce qu’on ne voit pas, éclairer la nuit, voilà qui fait œuvre de romancier » (DMDA, 171).

Une narration tellement réflexive que le lecteur s’y perd comme dans un palais de glaces… Avec sa plus grande complaisance, et pour sa plus grande jouissance !

1 septembre 2019

[News] News du dimanche

« ABOLITION DE LA RENTRÉE LITTÉRAIRE », proclame d’emblée le dernier numéro de TXT… Donc, intéressons-nous à l’autre face de ce mois de septembre, moins visible mais plus inventive : l’agenda de Christian Prigent ; le tonitruant programme des prochaines parutions Al dante/Presses du réel ; les RV du mardi à Marseille ; « En lisant, en zigzaguant » ; et notre sélection Libr-10

Agenda de Christian Prigent

♦ Christian Prigent à Paris. Lecture dans le cadre de l’exposition « De proche en proche » du photographe Marc Pataut. Le mardi 10 septembre 2019, à 18 h 30. Au Musée du Jeu de Paume, 1, Place de la Concorde, Paris 8ème. Contact : martaponsa@jeudepaume.org. T. : 06 75 91 34 41.

♦ Christian Prigent à Paris. Lecture pour le BACON BOOK CLUB, dans le cadre de l’exposition Bacon en toutes lettres au Centre Georges Pompidou. Le jeudi 12 septembre 2019, à 19 h, dans l’exposition Francis Bacon. Contact : dorothee.mireux@centrepompidou.fr. T. : 01 44 78 46 60.

Al Dante aux Presses du réel, parutions à venir :

Septembre :
– Sylvain Courtoux : L’AVANT-GARDE, TÊTE BRÛLÉE, PAVILLON NOIR («c’est à vous de décider de votre niveau d’engagement»), Livre + CD, 21x30cm, 360 pages, 27 euros.
– Jacques Sivan : NOTRE MISSION («Vous aller accomplir ici avec moi la mission la plus important de ma vie»), 14x19cm, 408 pages, 27 euros.
– Louis Roquin : JOURNAUX DE SONS («Image et partition se métamorphosent en un lieu d’entente»), 14x21cm, 544 pages, 30 euros.

Octobre :
– Julien Ladegaillerie : LACRYMOGENÈSE («Nous subissons le sens des coups sans comprendre»), collection « PLI », 12x17cm, 72 pages, 10 euros.
– Daniel Pozner : DÉFENSE, ILLUSTRATION, IMPATIENCE ET ÉPLUCHURE DE LA LANGUE FRANÇAISE («Avis de tempête / Condition humaine / Cheese-cake»), collection « PLI », 12x17cm, 72 pages, 10 euros.

Dits du Mardi (Marseille) : programme

Les dits du Mardi (19H), coorganisé par Philippe Allio et Julien Blaine au café littéraire (25 de la rue de la République à Marseille)

Les principaux auteurs et poètes du 13 et des départements limitrophe + quelques invités plus lointains… présentent leur dernier livre ou le dernier numéro de leur revue ou toute autre manifest’a©tion de leur choix (2 poètes à partir de 19 heures).

03.IX : Mathieu Farizier & Adriano Spatola présenté par Bianca Maria Bonazzi & Julien Blaine.
10.IX : Antoine Simon & Patrick Sirot
17.IX : Véronique Vassiliou & Florence Pazzottu
24.IX : André Robèr & Hélène Sanguinetti
01.X : Nathalie Quintane & Jean-Marie Gleize
08.X : Colette Tron & Pierre Tilman
15.X : Cédric Lerible & Dominique Cerf
22.X : Christian Tarting & Danielle Robert
29.X : Claude Ber & Frédérique Wolf-Michaux
05.XI : Claudie Lenzi & Julien Blaine
12.XI : Adrien Bardi & Marius Loris
19.XI : Nadine Agostini & François Bladier
26.XI : Liliane Giraudon, Frédérique Guétat-Liviani
03.XII : Laura Vazquez & Maxime H. Pascal
10.XII : Stéphane Nowak Papantoniou & Michaël Batalla
17.XII : Carmen Diez Salvatierra et Vaninnna Maestri.

En lisant, en zigzaguant…

♦ « On peut tout répéter, sauf la naissance. […] c’est ce qui fait la valeur des « premières fois » : elles sont comme des naissances, impossible à répéter » (Didier ARNAUDET, Les Jambes sans sommeil, Le Bleu du ciel, Libourne, printemps 2019, p. 52).

♦ Perdons-nous dans ce tourniquet qui, orchestré par divers procédés redoutables (anadiplose, symploque = anaphore + épiphore…), dévoile l’infernale mécanique qui régit notre monde :
« les algorithmes suivent les règles
les règles des algorithmes suivent une séquence d’opérations
les opérations suivent des instructions sommaires
les instructions sommaires suivent les règles
les employés du Ministère ne doivent pas enfreindre les règles
les employés de tous les Ministères ne contrarient pas les règles
les colonies de fourmis n’échappent pas aux règles
le calcul des chemins des colonies de fourmis entre dans la catégorie des algorithmes « 

(Maxime Hortense Pascal, L’Usage de l’imparfait,
Plaine page,  Barjols, été 2019, p. 62).

Libr-10

♦ Collectifs aux Classiques Garnier : Andrea Del Lungo et Pierre Glaudes dir., Balzac, l’invention de la sociologie, 2019, 352 pages, 39 €.
– Aurélie Adler et Anne Coudreuse dir., Romanesques, n° 11 : « Romanesques et écrits personnels : attraction, hybridation, résistance (XVIIe-XXIe siècles) », été 2019, 292 pages, 42 € pour deux numéros annuels.

♦ Théo CASCIANI, Rétine, P.O.L, août 2019, 284 pages, 19,90 €.

♦ Christian DÉSAGLIER, Leçon d’algèbre dans la bergerie, éditions Terracol, coll. « Toute la lire », Mézidon (14), printemps 2019, 848 pages, 25 €.

♦ Le MINOT TIERS, L’Oncle de Vanessa, La Ligne d’erre, Orthez, août 2019, 208 pages, 13 €.

♦ Florian PENNANECH, Poétique de la critique littéraire, Seuil, coll. « Poétique », 620 pages, 34 €.

♦ Emmanuel PINGET, Tulipe blues, Louise Bottu, Mugron (40), 194 pages, 14 €.

♦ Nicolas TARDY, Monde de seconde main, éditions de l’Attente, 112 pages, 13 €.

TXT, éditions Nous, Caen, n° 33, août 2019, 144 pages, 15 €.

♦ Daniel ZIV, Ce n’est rien, Z4 éditions, 200 pages, 14 €.

12 mai 2019

[News] News du dimanche

Après une UNE PRIGENT / TXTet une nouvelle sélection de parutions Libr-10, un tour du côté de Frank Smith et nos Libr-événements

UNE : PRIGENT / TXT, par Fabrice Thumerel

► PRIGENT Christian, Poésie sur place, Les Presses du réel/al dante, 112 pages + CD, 15 €.

« Lire des textes en public n’est pas déclamer la poésie mais l’effectuer sur place. »

.Le poète consacré fait le point sur sa poétique de la lecture dans un volume/CD qui regroupe quatorze créations datées de 1977 à 2018 – dont trois inédites. Il nous appartient donc de lire en écoutant ou d’écouter en lisant ces « partitions composées pour des lectures-performances » : « La Leçon de chinois » (1977), « Litanies » (1981), « Pnigos » (1985), « Liste des langues que je parle » (1997), « Mon trésor » (1985), « Je ne suis pas un monstre » (1985), « Ex-fan des seventies » (1981 et 2016), « Marche pour les sans-papier » (inédit, 2014), « Clélie avec Sade » (inédit, 1984), « Le Rhétoricien malade » (inédit, 1985), « NCIS » (2010), « 11 x 11 » (2009), « 104 slogans » (2008), « Zoorthographe d’usage » (2018).
Dans sa postface, Christian Prigent a raison de rappeler en ce temps du Tout-scénique que la lecture poétique ne va pas de soi : c’est une tension entre symbolique (l’espace des significations) et sémiotique (le matériau sonore). À nous d' »Ã©couter comment, respiré, scandé et sonorisé, le mouvement articulé des significations jouit d’être habité par une motilité sémiotique qui le défait pour le refaire sans cesse autrement. »

► Jeudi 16 mai 2019, 19h, Christian Prigent à Lyon. Lecture et discussion. Avec la revue LIGNES. A la librairie Le Bal des Ardents, 17, rue Neuve, Lyon 69001. Contact : 04 72 98 83 36.
Christian Prigent, « Cochonnerie d’écriture », dans Lignes, n° 57 : « Puritanismes : Le néo-féminisme et la domination », automne 2018, pp. 9-18.

En cette époque qui préfère les draineurs aux dragueurs, fuyant les malsaines moiteurs pour privilégier le lisse, l’inodore et l’insipide, celui qui incarne haut et fort la modernité avant-gardiste ne pouvait que réagir au mouvement #balanceton porc et fustiger une névrose puritaine qui n’est que la face moralisatrice de l’immoral capitalisme.
Tout d’abord, en guise de préliminaire, cet irrésistible avertissement ironique :
« Prudence, petit homme : tu es coupable, forcément coupable. Pas violeur, certes. Harceleur ? Non plus. Mais à l’occasion séducteur sur fond d’autorité professorale ou de prestige littéraire. Suborneur, alors ? sans doute (retenu, mais foncier). Aimant du sexe l’inavouable, l’excessif, le complice avec l’abjection. Mesurant au jour le jour la différence entre l’expansion inextinguible du fantasme et la petite misère sexuelle courante. Emberlificoté par conséquent dans les fils de névrose noués par cette mesure. Pervers à proportion de cette névrose. Balançable, donc, pour peu que tu mettes un bout de nez ou de sexe dehors. »
Cependant, grand amateur des aspérités et impuretés en tous genres propres à toute véritable expérience – fût-elle scripturale -, ce « petit homme » ne fait pas dans la prudente retenue : contre l’hygiénisation de notre relation au corps comme au sexe, contre la naturalisation homogénéisante de la langue comme de son usage poétique, l’horrible trouvailleur (Le Pillouër) en appelle à l’ordure et… à Artaud ! Que sont ces néo-puritains ? « Des chiens, qui pensent immédiatement avec la terre ».
Quant à la grotesque régression nommée « Ã©criture inclusive » – qui en fait occulte les causes sociopolitiques des différences sexuées -, elle fait l’objet d’un traitement comique dans « Zoorthographe d’usage », cette « sotie pour deux voix » que l’on retrouve dans Poésie sur place.

► Jeudi 30 mai 2019, 20 h, Christian Prigent à Amsterdam. Lecture. A la fondation PERDU, Kloveniersburgwal, 86, Amsterdam. Tel. : 0031-20 422 05 42.

â–º Après la reprise de TXT (n° 32), le numéro 33 va paraître en septembre : on peut d’ores et déjà y souscrire au prix de 13 € l’exemplaire au lieu de 15 (régler par chèque à Typhaine Garnier : 21, allée des saules 14200 Hérouville-Saint-Clair).

Libr-10 (printemps 2019) /FT/

► Attaques, #2, Les Presses du réel/al dante, 544 pages, 27 €.

► Julien BLAINE, Le Livre, Les Presses du réel/al dante, 196 pages, 17 €.

â–º Le MINOT TIERS, Des miroirs et des alouettes, La Ligne d’erre, Orthez, 200 pages, 13 €.

â–º Clemente PADIN, De la représentation à l’action, Les Presses du réel/al dante, postface de Julien Blaine, 112 pages, 13 €.

► Jacques PRÉVERT, détonations poétiques, sous la direction de Carole Aurouet et de Marianne Simon-Oikawa, Actes du colloque international de Cerisy, Garnier, 356 pages, 35 €.

► Marie de QUATREBARBES, Voguer, P.O.L, 96 pages, 13 €.

â–º Angel QUINTANA, Lorca et le cinéma, Nouvelles éditions Place, coll. « Le Cinéma des poètes », 112 pages, 10 €.

► Patrice ROBIN, Mon histoire avec Robert, P.O.L, 128 pages, 13 €.

â–º Marianne SIMON-OIKAWA, Les Poètes spatialistes et le cinéma, Nouvelles éditions Place, coll. « Le Cinéma des poètes », 112 pages, 10 €.

► Poésie néerlandaise contemporaine, anthologie réalisée et préfacée par Victor Schiferli, Le Castor Astral, 334 pages, 20 €.

Du côté de Frank Smith…

Libr-événements

â–º Mercredi 15 mai, 19H au Monte-en-l’Air (71, rue de Ménilmontant 75020 Paris), lancement du n° 9 de la revue La Moitié du Fourbi.

â–º Jeudi 16 mai à partir de 18H30 à L’Atelier Chalopin (3, rue Chalopin 69007 Lyon), Catherine Grangier et Béatrice Brérot vous attendent pour fêter la sortie de deux livres en un : on pourra écouter les textes qui seront lus et découvrir de nouvelles sérigraphies de Catherine Grangier.

► Du 16 au 22 mai à Toulon, 11e Festival Les Eaudivives : programme complet.

► Samedi 18 mai à 16H :

â–º Les 18 et 19 MAI, de 14h à 20h, les éditions de l’Atelier de l’Agneau seront “dans la rue” (stands) de l’école polytechnique, pour “quartier du livre du 5° » ; et au marché de la poésie du 5 au 9 juin stand 615 avec plein de dédicaces + lectures/présentations des nouveaux livres et de la revue L’Intranquille (de 18h à 20h au café de la Mairie Place St Sulpice le samedi 8 juin).

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