Libr-critique

28 mars 2021

[News] News du dimanche

On se plongera d’emblée dans un objet poétique inventif : Éclectiques Cités de Laure Gauthier… On découvrira ensuite une sélection de 8 livres essentiellement parus en mars… avant de goûter un épisode loufoque comme on les aime des « nouvelles aventures d’Ovaine »…

UNE : Laure Gauthier, Éclectiques cités

► Laure Gauthier, Éclectiques Cités, un album transpoétique, Livre (140 x 200) de 92 pages + CD + Livret de 24 pages, Acédie58, mars 2021, 19 € TTC (commander), ISBN : 978-2-492760-00-6.

« Les textes que j’écris articulent les attaques menées par la société capitaliste tardive
contre l’individu, son corps, sa langue, sa pensée,  donc sa singularité
et sa capacité à déjouer les assignations » (p. 17).

Entre la performance, le document et la poésie sonore, voici un objet poétique singulier, Éclectiques Cités. Sur Libr-critique, on lira/écoutera/regardera : Transpoèmes 1/2 ; Transpoèmes 2/2 ; « Rodez blues, 1/2 : De la relativité du silence » ; « Rodez blues, 2/2 : Ceci n’est pas un voyage autour de ma chambre ».

Éclectiques cités : Porto, Naples, Paris, Pompéi. Lieux : paysages naturels divers ; musées ; maisons… On reviendra bientôt sur l’architecture subtile du livre ainsi que sur l’invention d’un tel objet multipolaire.

26.03.21 Transpoèmes sur Radio Canut

Baptiste Caruana programme plusieurs transpoèmes sortis de l’album transpoétique Eclectiques Cités (Acédie58, 2021) dans l’émission POEZZ E CHRONIK sur Radio Canut. Ecouter : https://radiocanut.org/emissions/poezz-e-chronik/

♦ Rencontre radiophonique avec Laure Gauthier et l’équipe éditoriale d’Acédie 58 présentée par La Bibliothèque des Grands Moulins de l’Université de Paris en direct sur DUUU Radio de 17h à 18h30 le vendredi 2 avril entre les lignes / les mots / les signes / chaque matière…

Comment l’écriture devient-elle un vecteur de de métamorphoses, où chaque lieu traversé donne lieu à un glissement de sens ? Comment lire et interpréter ces transformations ? Quelle entaille creuse l’environnement dans le poème et que nous dit cet écart entre la voix de la situation et celle du texte. Quelles questions nouvelles émergent alors ?

Avec Laure Gauthier, poète et artiste transdisciplinaire, qui écrivait déjà « entre les mots de villon » (je neige (entre les mots de villon), LansKine, 2018), seront abordées ces questions à travers sa pratique de poète et ses recherches universitaires en se concentrant particulièrement sur son nouveau recueil et album transpoétiques Eclectiques Cités qui vient de paraître chez Acédie 58.

Comme Gauthier souligne dans la préface de Eclectiques Cités, « J’appelle transpoèmes des poèmes transgenres qui mutent et migrent. Passent d’une rive poétique à l’autre. Ce sont des segments que je prélève de mes textes publiés ou en cours d’écriture et que j’enregistre à l’aide d’un zoom audio ou de mon smartphone dans différentes situations et différents lieux.
Parler de transpoésie est bien sûr un clin d’œil en sympathie adressé aux travaux sur le genre. Les nouvelles avancées scientifiques et militantes sur le genre nous montrent la plasticité de celui-ci. Les transpoèmes entendent plaider pour la plasticité du genre poétique. Ni poésie sonore ni poésie écrite ni même poésie mixte mais une poésie dont le genre se modifie en fonction des situations. Hors sol, hors livre, ils prennent alors un autre sens…La voix est le carrefour béant entre le sens du texte et le corps du poète qui a fait l’épreuve secrète de ce texte en l’écrivant…Le transpoème est un carrefour naturel : l’écart entre la voix sous le texte et la voix sonore y est vivant et imprévisible. »

Lire entre l’auteur·trice et son texte, entre son corps et ses mots, entre le sens, le son et ses trajectoires…

Libr-8 (reçus et quasiment tous parus en mars 2021)

â–º Des écrivains à la bibliothèque de la Sorbonne – 3 : Hubert Haddad, Line Amselem, Christian Prigent, Mona Ozouf, Laure Murat, éditions de la Sorbonne, automne 2020, 196 pages, 5 €.

► Élisabeth ROUDINESCO, Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires, Seuil, coll. « La Couleur des idées », mars 2021, 288 pages, 17,90 €.

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► Aurélia DECLERCQ, RIKIKI, préface de Pierre Alferi, éditions de l’Attente, mars 2021, 92 pages, 12 €.

► Lionel FONDEVILLE, La Péremption, éditions Tinbad, mars 2021, 162 pages, 18 €.

► Typhaine GARNIER, Configures, éditions Lurlure, mars 2021, 96 pages, 15 €.

► Laure GAUTHIER, Éclectiques Cités, un album transpoétique, Livre (140 x 200) de 92 pages + CD + Livret de 24 pages, Acédie58, mars 2021, 19 € TTC (commander).

► Ryoko SEKIGUCHI, 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent), P.O.L, avril 2021, 256 pages, 19 €.

► Florence TROCMÉ, P’tit Bonhomme de chemin, Lanskine éditions, mars 2021, 56 pages, 14 €.

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/

Alertée par la présence énigmatique de son loup, Ovaine, depuis très peu, s’est affectée au comptage des absents.

Les disparus, 37%, les pas là, 14%, les pas là non plus, 29 %, les invisibles, 17%, les morts, 6%, les décédés, 10%, les exfiltrés, 22%, les enlevés, 32%, les ôtés 11%, les suicidés, 13%, les morts-nés, 9%, les en voie d’extinction, 0,1%, les exclus du comptage, – 0,1%, les non voyants, +0%…

… Ce qui fait tout de même 200 absents sur 100 personnes non présentes au compteur.

Il urge de retrouver les 100 manquant à l’appel.

Après enquête sur une île déserte auprès des suspects, Ovaine remet son rapport : « Une population inquiétante d’absents prolifère en toute impunité. »

Décision est prise à l’unanimité de sonner l’heure de la dispersion.

6 décembre 2020

[Livres] Libr-kaléidoscope (1), par Fabrice Thumerel

Annus horribilis / annus libris… Si la lecture ne sauve rien ni personne (sic !), du moins elle maintient l’esprit en éveil : en cette fin d’année, LIBR-CRITIQUE vous propose un RV hebdomadaire, non pas sur les Beaux-Livres, mais sur les vrais livres – ceux qui rendent libr&critiques… Afin de franchir au mieux le passage de 2020 à 2021, on pourra découvrir les publications reçues très récemment ou une sélection de celles qu’on n’a pas encore pu évoquer…

 

► TXT, n° 34 : « Travelangue », éditions Lurlure, Caen, 27/11/2020, 200 pages, 19 €, ISBN : 979-10-95997-30-6. [n° 32 ; n° 33]
[N° 32, par Fabrice Thumerel dans La Revue des revues]

Présentation éditoriale. Avec ce numéro « Travelangue », TXT propose un périple à travers langues donnant une large place aux auteurs étrangers.
On y rencontre un jeune poète russe, Egor Zaïtsev, le brésilien Ricardo Domeneck, accompagné d’Augusto dos Anjos (1884-1914), ainsi que des pièces inédites en français de Raymond Federman.
On croisera aussi quelques « anciens » de TXT comme Christian Prigent, Philippe Boutibonnes ou le très rare Onuma Nemon.
On y découvrira des auteurs plus jeunes d’horizons divers, mais que rassemble une même exigence formelle, comme Stéphane Batsal, Jean-Paul Honoré ou Marine Forestier.
Le thème du voyage structure l’ensemble du numéro, ponctué de rubriques farcesques écrites à plusieurs mains : proverbes et dictons, circuits touristiques, stages poétiques, coutumes locales,  « craductions » utiles, etc.
Le voyage, aussi, comme métaphore d’une écriture exploratrice qui ne se contente pas du prêt-à-parler ambiant…

Les auteurs
Augusto do Anjos, Stéphane Batsal, Antoine Boute, Philippe Boutibonnes, Sonia Chiambretto, Ricardo Domeneck, Raymond Federman, Bruno Fern, Marine Forestier, Typhaine Garnier, Jean-Paul Honoré, Christian Jalma, Philippe Labaune, Ettore Labbate, Adrien Lafille, Pierre Le Pillouër, Jean-Claude Mattrat, Paul Morris, Onuma Nemon, Patrick Quérillacq, Christian Prigent, Yoann Thommerel, Thierry Weyd, Egor Zaytsev.

En bref. Ce qui ressort de cette livraison stimulante et jouissive, c’est une traversée des langues en droite ligne du « langagement » des années 70-80 – à commencer par celles de la domination.
La bonne nouvelle, donc, TXT renouvelle son engagement, il-faut-vivre-avec-son-temps, n’est-ce pas, se mettant au diapason du discours écolo en vogue – mais pas sûr que les Bellez’âmes apprécient : « Interroger, ausculter, diagnostiquer, comprendre les mutations climatiques, TXT s’y emploie en publiant des poèmes labellisés « Ã‰co ». Résolument pédagogos, ils permettent à un lectorat élargi de s’immerger jusqu’au cou dans les grands enjeux poétiques et climatiques d’aujourd’hui : glouglou. »
Vous en reprendrez bien un p’tit dernier pour la route :

« STAGE POÉSIE, NATURE & TRADITIONS

Partez à la découverte de vous-même
explorez votre rapport intime à la Nature

volcans enneigés, lacs turquoises, steppes à perte de vue, laissez-vous envoûter par la richesse de cette terre grandiose et repartez avec votre poème laqué en papier mâché (A4 ou miniature selon taille bagage) dans la pure tradition locale. »

 

► Michèle MÉTAIL, Mono-multi-logues, hors-textes & publications orales (1973-2019), Les Presses du réel/Al dante, novembre 2020, 312 pages, ISBN : 978-2-37896-163-3.

Présentation éditoriale. Ce livre rassemble les textes (inédits ou aujourd’hui introuvables) conçus comme partitions des publications orales de Michèle Métail depuis 1973.

Michèle Métail (née en 1950 à Paris) est poètesse, figure essentielle de la poésie expérimentale et sonore. Elle diffuse, depuis 1973, ses textes au cours de « publications orales », la projection du mot dans l’espace représentant le « stade ultime de l’écriture », son travail étant avant tout celui d’une « présence dans la langue ». Diapositives et bande-son accompagnent parfois ses lectures (plus de 500, en France et à l’étranger), entre oralité et visuel, où elle travaille l’allitération et l’assonance comme un parasitage, un brouillage du sens.
Auteure d’une thèse de doctorat sur les formes poétiques de la Chine ancienne, elle traduit des poètes chinois et allemands contemporains (Ursula Krechel, Christiane Schulz, Thomas Kling, Walter Thümler…), ainsi que de nombreux poètes chinois anciens.
Entrée à l’OuLiPo en 1975, Michèle Métail a pris ses distances vis-à-vis du groupe. Elle a notamment fondé en 1979 l’association « Dixit » avec Bernard Heidsieck, puis, en 1995, avec le compositeur Louis Roquin, l’association « Les arts contigus », qui a organisé plusieurs manifestations inter-disciplinaires.
Michèle Métail a reçu le Prix littéraire Bernard Heidsieck – Centre Pompidou (prix d’honneur) en 2018.

En bref. Désormais, nous pouvons disposer des textes-partitions de Michèle Métail (pièces microphoniques, listes, ready-made, etc.), inédits ou introuvables. Dont le gigantexte n° 3 que, dans la somme qu’elle a dirigée en 2019 – La Poésie en trois dimensions -, Anne-Christine Royère décrit ainsi : « Matière d’images (1996) active quant à lui […] l’histoire des supports de l’écrit, en s’inscrivant dans la lignée du travail typographique des avant-gardes futuristes et dadaïstes. […] Ces feuilles sont autant d’affiches réalisées à l’aide d’un « pochoir industriel » […]. Le texte, consacré à la typographie, utilise celle-ci de manière expressive, joue sur la taille et la couleur de la police comme sur la linéarisation/délinéarisation des mots » (p. 170).

 

► Stéphane VIGNY, PLAIRE, entretien de Stéphane Vigny avec Éva Prouteau, textes de Jean-Michel Espitallier et de Charles Pennequin [français / anglais], Les Presses du réel, novembre 2020, 160 pages, 25 €, ISBN : 978-2-9535809-5-2.

Présentation éditoriale. Première édition monographique de Stéphane Vigny, pensée comme un objet à plusieurs entrées de lecture (la musique, l’architecture, le design, le cinéma ou encore l’érotisme), tout comme le sont les sculptures de l’artiste.
L’ouvrage réunit d’une part un ensemble représentatif de reproductions d’Å“uvres, d’images de références comme outils de travail de l’artiste. Ce vaste ensemble documente vingt années de pratique permettant de parcourir son évolution à travers différents contextes de présentation. Mais cette monographie est aussi pensée comme un espace à investir telle une exposition où des pièces, encore inédites, viennent s’immiscer discrètement. Le lecteur est invité à une promenade indisciplinée à travers un parcours oscillant entre des Å“uvres passées, des Å“uvres inédites, des vues d’expositons, des images d’archive ponctuées de textes de Jean-Michel Espitallier, Charles Pennequin et d’un entretien entre Éva Prouteau et Stéphane Vigny.
À travers un usage répété du prélèvement et du réemploi, Stéphane Vigny (né en 1977, vit et travaille à Paris) développe une pratique sculpturale de l’assemblage. Par association de formes préexistantes, cette manière de faire de la sculpture se fonde sur l’idée que toute matière préformée, quel que soit son lieu d’extraction, est potentiellement utilisable. Jouant tantôt de la surdimension tantôt de la sousdimension, il associe des gestes, des techniques, des matériaux et des savoir-faire en mettant l’accent sur l’usage fertile mais aussi dissonant de la collision hétéroclite des motifs et des formes ainsi que sur l’assimilation d’objets issus d’autres champs que celui de l’art. La curiosité de Stéphane Vigny pour l’hétérogénéité lui offre un champ d’expérimentations et de découvertes infinies qu’il aime explorer sans cesse.

En bref. Ce volume, enrichi de nombreuses illustrations (on en trouvera 151 sur le site de l’artiste), arrive à point nommé pour présenter une œuvre singulière : « L’art de Stéphane Vigny renouvelle en permanence ses rapports à l’objet, et aux actions de réemploi, d’appropriation et de mixage directement rattachées à la pratique de l’assemblage » (E. Prouteau). Stéphane Vigny, drôle de zigue s’il en est, si l’on en croit Charles Pennequin : « Il voulait rester en bons termes avec lui-même, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il avait décidé d’être deux »… Ce patronyme de Vigny, Jean-Michel Espitallier le fait parler en propre : « le rythme, c’est la transe, hypnose et ivresse »…

 

► Séverine DAUCOURT, Noire substance, éditions Lanskine, automne 2020, 36 pages, 13 €, ISBN : 978-2-35963-035-0.

Présentation éditoriale. La maladie de Parkinson est caractérisée par la disparition de neurones dans une zone particulière du cerveau appelée « substance noire » ou « Locus Niger » . Noire substance est un texte, le résidu d’une expérience intime : la mort programmée du père de l’autrice, touché par cette pathologie. Il tente de relater cet étrange voyage au cours duquel le moi se délite et où le corps seul finit par compter et imposer sa façon de parler.
Même s’il intègre à la narration les détails des conséquences de la dégénérescence, ce récit n’est que la vérité de celle qui l’a écrit en cherchant, comme dans ses précédents livres, à ne jamais mentir, à saisir l’abrupt de la vie pour y débusquer aussi l’improbable douceur.

En bref. Ce huis clos dramatique est scandé par un compte à rebours tragique : de « Onze » (« Il se croit mort depuis trois ans ») jusque « Un » (« Au funérarium, le défunt n’appartient plus aux siens »)… Entre ces deux bornes, un récit distancié qui n’omet rien de ce qu’endurent des figures génériques : « le vieux », « l’épouse », « la fille »…

14 juin 2020

[News] News du dimanche

Ouf ! Peu avant l’été, la vie littéraire dans sa dimension sociale semble se rêveiller pour de bon : les livres débarquent, les événements reviennent… On commencera par découvrir une sélection de 7 livres remarquables (Libr-7), puis nos Libr-évenements

 

Libr-7 (printemps 2020)

► Philippe CHAUCHÉ, En avant la chronique !, éditions Louise Bottu, 174 pages, 16 €.

â–º Jérôme GAME, Album photo, éditions de l’Attente, 144 pages, 13 €.

â–º Jean GILBERT, XX.com, éditions Questions théoriques, coll. « Forbidden beach », 264 pages, 20 €.

► Natacha GUILLER, Mocassin, je me prépare et autres récifs en cours, Nouvelles éditions Place, 80 pages, 10 €.

â–º Manuel JOSEPH, Aubépine, hiatus, Kremlin, Netflix & Aqmi ou les Baisetioles, éditions Questions théoriques, coll. « Forbidden beach », 112 pages, 13 €.

► Mathieu LARNAUDIE, Blockhaus, éditions Inculte, 112 pages, 13,90 €.

â–º Vincent THOLOMÉ, Mon épopée, éditions Lanskine, coll. « Poéfilm », 132 pages, 15 €.

 

Libr-événements

â–º Retrouvez Le Grand Dépotoir de Julien BLAINE à La Belle de Mai à Marseille : l’exposition reprend ce mercredi 17 juin jusqu’au dimanche 9 août.

â–º Chaque lundi jusqu’au 17 août à la Kunsthalle de Mulhouse : Eddie Ladoire, Anna Byskov, Chourouk Hriech, Lena Eriksson, Marianne Marić, Pusha Petrov, Elise Alloin, Katrin Ströbel, Guillaume Barborini, Jan Kopp, Stine Marie Jacobsen, Youssef Tabti.
Le Petit Programme réunit 12 artistes familiers du centre d’art. Ce sont des partenaires fidèles de la programmation de La Kunsthalle. Ce projet inédit et inhabituel leur consacre tour à tour une semaine de carte blanche pendant laquelle ils proposeront chacun un ensemble de trois Å“uvres.

Le Petit Programme de chaque artiste sera visible en ligne, pendant une semaine, sur les réseaux sociaux et le site internet du centre d’art. En parallèle, l’espace de La Kunsthalle sera un lieu de consultation dans lequel les Å“uvres s’accumuleront au fur et à mesure de l’été. Le public pourra se rendre dans l’espace d’exposition pour des visites pas tout à fait ordinaires mais résolument sécurisées.
En reprenant dans ses codes et ses formats les contraintes dictées par la crise sanitaire et ses répercussions sociales, en s’inscrivant dans un temps suspendu et propice à la réflexion, l’équipe de La Kunsthalle espère participer à un vaste débat consacré au monde d’après.

Programme en cours de construction… à suivre en ligne :
> http://kunsthallemulhouse.com/evenement/petit-programme/
> https://www.facebook.com/La.Kunsthalle.Mulhouse/
> https://www.instagram.com/la_kunsthalle_mulhouse
> https://twitter.com/la_kunsthalle

A La Kunsthalle Mulhouse, centre d’art contemporain, les Å“uvres seront diffusées au fur et à mesure des semaines pour composer un ensemble complet à la fin du mois d’août !
En entrée libre du jeudi au dimanche > 15:00 à 18:00 (fermé le 15 août) – sous réserve de réouverture prochaine.

► Du 27 juin au 5 juillet, Festival des écritures bougées à Alfortville (94).

Cette édition du festival des écritures bougées propose à une vingtaine d’artistes, écrivain-es, sculpteur-es, performeurs-ses, chorégraphes, vidéastes, de présenter une vidéo-action, une lecture-vidéo, des images-mots, une lecture-action enregistrée ou en direct visible en ligne samedi 27, dimanche 28 juin, samedi 4 et dimanche 5 juillet 2020 à 18h sur Zoom et en collaboration avec le Centre d’art contemporain La Traverse.

Six titres de films emblématiques rencontrent une chanson qui parle de cinéma et un titre de roman aux allures très cinématographiques, À l’ombre des jeune filles en fleurs, image de la fugacité du désir et de la recherche infinie de l’amour. Toutes ces œuvres parlent d’amour, de tous les amours possibles. À partir de ces titres une infinité de combinaisons se dessinent, huit sont proposés comme autant de films à imaginer.

Décomposés, recomposés, ces titres deviennent des poèmes, des mots isolés les uns des autres, déclencheurs de désir. Parce que les œuvres auxquelles ils font référence viennent d’époques et d’esthétiques différentes, ces titres présentent la vie comme un feu d’artifice sensuel et amoureux. Les mots ici agissent comme des ouvroirs d’images ou de films potentiels. Ils sont à la fois une idée, une lumière, un décor, le personnage central et les figurants.

Film à venir, lecture sans précédent, film impossible, film sans mot, film avec corps qui bougent, lecture à demi-mot, film sonore, images de mots qui bougent, lecture-action nocturne, film typographique, film sans personne, image muettes, lecture chuchotées, film de désir, lecture-marche, film sans image, images météorologiques, images vidées, lecture-démarche, films noirs, images-mots…

Cette année le Festival des écritures bougées aura lieu du fait de ce contexte particulier en ligne, tout en conservant cette même envie de bouger l’écriture. L’évènement à cette occasion sera centré sur le désir et l’amour sous toutes ses formes, la thématique reste ouverte et permet toutes les libertés !
Le festival se déroulera à 18h samedi 27 & dimanche 28 juin 2020 ainsi que samedi 4 & dimanche 5 juillet 2020.
Chaque vidéo ou intervention (lecture, lecture-action) en temps réel sera comprise entre 2 et 10 minutes et accessible en direct sur Zoom.
Les soirées dureront environ 40 minutes chacune, entre quatre et six artistes y participeront selon le temps d’intervention de chacun.

PROGRAMME

Samedi 27 juin 2020 — 18h00

À l’ombre de mes nuits blanches : Yoann Thommerel (Caen), Caroline Kervern (Bruxelles), Mathilde Ganancia (Paris).

À bout du désir : Céline Ahond (Montreuil), Sarah Klingemann (Paris), de Charme, Morgan Azaroff, Alisson Schmitt (Rennes), Bettie Nin (Alfortville).

Dimanche 28 juin 2020 — 18h00

La fille moi non plus : Charlie Jeffery (Paris), Corentin Malvoisin (Paris), Hilary Galbreaith (Rennes).

L’inconnu du botaniste : Elsa Pallarès Hugon (Olot, Espagne), Claire Finch (Paris), Cécile Bicler (Paris).

Samedi 4 juillet 2020 — 18h00

Les ailes de souffle : Adrien Lamm (Paris), Laure Mathieu (Paris), Yaïr Barelli (Paris).

La pleine lune du lac: Barthélemy Bette (Paris), Loris Humeau (Paris), Cécile Paris (Paris).

Dimanche 5 juillet 2020 — 18h00

Sur l’écran noir des jeunes filles en fleurs : Fabrice Michel (Paris), Arnaud Labelle-Rojoux (Paris), Yves-Noël Genod (Paris).

Je t’aime Les nuits : Aziyadé Baudouin-Talec (Paris) , David Evrard (Bruxelles), Lubovda, Valentina Traïanova & Antoine Dufeu (Paris).

15 avril 2020

[Chronique] Jean-Philippe Cazier, Europe Odyssée, par Fabrice Thumerel

Jean-Philippe Cazier, Europe Odyssée, éditions Lanskine, 2020, 48 pages, 13 €, ISBN : 978-2-35963-021-3. [Commander]

« devons-nous mourir ?
devons-nous être tués ?
est-ce cela que dit votre langage ? » (p. 24).

Dans les pays occidentaux, l’heure est au confinement – et non au reniement, hélas, de nos dévoiements. Or, respirer un air confiné nous fait oublier que le confinement est un luxe de propriétaire auquel n’ont pas droit tous les sans-… De quoi nous remuer les sangs si nous avions encore quelque humanité !
Et parmi ces sans- figurent ceux-là mêmes qui jusqu’à présent faisaient l’actualité de nos pays secturitaires, les migrants, ces figurants des pays riches, ces invisibles traités comme des nuisibles, ces fantômes qu’on ne saurait voir car venant de l’enfer, ces silhouettes qui font de l’ombre au tableau de nos divertissements consuméristes…

Ces ombres – innommées en raison de leur situation innommable – font ici chorus pour crier leur détresse et notre scélératesse : le seul traitement qui leur est réservé n’est pas d’ordre humaniste ou médical, mais policier : là-bas, bruit & fureur ; « ici, il faut fuir la police » (44)… Au reste, leur traitement linguistique est révélateur :

« il y a une frontière militaire entre votre langage et notre langage
nous vivons ailleurs que dans votre langage
avec vos mots vous construisez des camps
vous construisons des maisons où vous vivez
comme des soldats en guerre
les mots qui sont les vôtres
signifient pour nous la mort » (23).

Dans nos démocraties européennes, ces mots qui tuent peuvent revêtir les atours de l’abstraction juridique : « le gouvernement français nous traite / comme si nous étions un problème / nous ne sommes pas un problème, nous avons des problèmes » (21). Ou de l’image humiliante : parler de « jungle » pour leur campement revient bel et bien à les assimiler à des animaux sauvages.
Ce nous communautaire et solidaire – que nous avons perdu – se dresse contre un vous oppresseur ; nulle place pour un moi propre, cet autre luxe : « je suis seul je n’ai plus de nom / mon nom est celui d’autres milliers de noms » (42)… Ce je anonyme et choral laisse parfois place aux « je » et « tu » singuliers, mais pour des histoires tragiques, comme celle de cette femme démunie, sans rien d’autre qu’un portable sur lequel, après sa noyade, on a pu lire ce sms qui n’a pu partir faute de crédit :

« mon amour
nous arriverons bientôt en Italie
le voyage a été très dur mais maintenant je suis presque arrivée
c’est le plus important
sois encore un peu patient et prends soin de nos enfants
nous serons bientôt enfin réunis
et ce sera une nouvelle vie pour nous
je t’appellerai dès que je serai arrivée
vous me manquez tellement
tu me manques tellement
je t’aime » (35).

Nulle échappatoire pour ceux qui subissent et « la violence politique » et « la violence économique » (37) : l’odyssée de ces aventuriers s’achève tragiquement en Europe. Depuis un demi-siècle, cette puissance néo-coloniale achète du reste des travailleurs pauvres, qui constituent « les bidonvilles de l’Empire européen » (27). L’Europe-des-Droits-de-l’Homme et de l’Hymne-à-la-Joie est devenue « une zone policière / pour préserver son système abusif » (24).

Typographiquement centré, le texte flue au gré d’une figure phonique régie par un mouvement de contraction/dilatation, comme un chÅ“ur vivant qui se fait écho d’âge en âge. (On songe au chÅ“ur tragique des Aveugles de Maeterlinck, à ceci près qu’ici les « aveugles » c’est nous !). L’agencement répétitif tragique que met en place Jean-Philippe Cazier (ART) traduit parfaitement l’éternel retour des figures de l’Exil/Errance/Exclusion : de 1962 à aujourd’hui, c’est la même Misère en marche, celle des esclaves du Marché.

8 mars 2020

[News] News du dimanche

Riche mois de mars : UNE sur Julien BLAINE ; notre Libr-sélection de livres reçus ; nos Libr-brèves par monts et par vaux…

UNE : pas de Fin pour un grand artiste… Julien BLAINE

Du 14 mars au 10 mai 2020 à La Tour-Panorama, 3e étage, VERNISSAGE LE 13 MARS 2020 : Le Grand Dépotoir de Julien Blaine.

INFOS PRATIQUES

Bon débarras / Fin d’un artiste. Après toute une carrière passée à contre-courant du marché de l’art, Julien Blaine, poète, performeur et l’un des créateurs de la poésie-action, a décidé de liquider sa vie d’artiste. Tout doit disparaître ! « Le public pourra venir choisir les Å“uvres qu’il désire emporter gratuitement. »

 » Évidemment ce serait plus pertinent, plus exemplaire, si j’étais Christofer Wool, Peter Doig,
Damien Hirst, Richard Prince, Anselm Kiefer, Adrian Ghenie, Marc Grotjhan, Rudolf Stingel, Zeng Fanzhi, Yoshitomo Nara, Jeff Koons, Ai Weiwei…

Si j’étais un artiste issu de l’impérialisme américain made in United State of America ou asiatique made in République Populaire de Chine !

Je ne suis que Blaine, Julien Blaine, et je ne suis pas dans le marché de l’art à part quelques rares collections italiennes, suisses, floridiennes et françaises que je puis compter sur les doigts de mes 2 pieds.

Le but de cette exposition Le Grand Dépotoir est donc le suivant : montrer tout ce qui me reste dans mes ateliers : absolument tout ! Les choses seront déposées dans les pièces et sur les cimaises de l’expo de-ci, de-là à l’emporte-pièce (le mot composé est doublement juste).
L’exposition durera un mois, durant ce mois le public pourra venir choisir les Å“uvres qu’il désire emporter gratuitement. Et à la fin, le mois étant écoulé, ce qui reste de l’expo composera un beau feu de joie à moins que tel musée les récupère dans ses réserves… !
Et je ne produirai plus que du texte dans des livres ou des revues.
Plus aucune toile, dessin, sculpture, installation, plus rien pour les collectionneurs, les galeries et les musées. Et pas loin de passer au stade octogénaire, je cesserai aussi de me produire en chair et en os et en public.  » /Julien Blaine/

BON À SAVOIR

Le Grand Dépotoir est un drame en trois actes :
– Acte I • Bon débarras / du 14 mars au 12 avril
– Acte II • Tout doit disparaître / du 17 avril au 9 mai
– Acte III • Liquidation avant fermeture / le 10 mai

Pendant toute la durée de l’exposition, le public est invité à choisir et garder l’Å“uvre de son choix.
> À chaque début de nouvel acte (les 13 mars, 17 avril et 10 mai), possibilité de repartir tout de suite avec !
> Le reste du temps, possibilité de réserver l’Å“uvre de son choix et de venir la récupérer aux dates de retrait :
Réservation d’Å“uvre du 14 mars au 12 avril – retrait les 11 & 12 avril
Réservation d’Å“uvre du 18 avril au 9 mai – retrait les 8 & 9 mai

Trois entractes performés ponctuent l’exposition :
24 avril : Charles Pennequin et Will Guthrie, batteur
3 mai : Edith Azam et Eric Ségovia, guitariste
10 mai : Julien Blaine et Richard Léandre, contrebassiste

HORAIRES

Vernissage le 13 mars à partir de 18h – Performance de Julien Blaine à 19h dans l’espace d’exposition

Exposition ouverte du mercredi au vendredi de 14h à 19h
Samedi et dimanche de 13h à 19h

Attention, fermé les lundis et mardis

Libr-10 (notre sélection de livres reçus en février/mars 2020)

► Pierre ALFERI, Divers chaos, P.O.L, 270 pages, 18 €.

► Julien BLAINE, Le Grand Dépotoir, Al dante/Presses du réel, 224 pages, 25 €.

► Julien BLAINE, 2019. Albumanach bisannuel, ibid., 248 pages, 30 €.

► Jean-Philippe CAZIER, Europe Odyssée, éditions Lanskine, 48 pages, 13 €.

â–º Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, 248 pages, 18,90 €.

► Éric CLÉMENS, TeXTes 1970-2019, anthologie composée par Dominique Costermans et Christian Prigent, illustrations de Philippe Boutibonnes, Marcinelle (Belgique), éditions du CEP, 144 pages, 15 €.

► Christophe ESNAULT, Ville ou jouir et autres textes navrants, Mugron (Landes), éditions Louise Bottu, 164 pages, 14 €.

â–º Christophe GROSSI, La Ville soûle, Publie.net, coll. « Temps réel », 232 pages, 18 €.

â–º A.C. HELLO, Animal fièvre (2 CD), Trace Label : commander. La Peau de l’eau, Pariah, 16 pages, 5 €.

► Jean-Claude PINSON, Pastoral. De la poésie comme écologie, Ceyzérieu (Ain), Champ Vallon, 180 pages, 18 €.

Libr-brèves

► Découvrez l’envoûtant premier ciné-poème de Christophe Manon, « Ce sont des boutons imbéciles ceux qui commandent aux bombes ».

► Lecture de Michael Heller, Sara Larsen et Sandra Moussempès le jeudi 12 mars à 19h : Atelier Michael Woolworth (2 rue de la Roquette, cour Février 75011 Paris).

► OBLIQUE STRATEGIES / PART 2 Proposé par VOIX OFF : 7 mars-18 avril 2020
Samedi 14 mars 2020 à 18h : Lecture par Pierre Alferi, Jean-Christophe Bailly, Frédéric Boyer, Suzanne Doppelt, Abigail Lang et Dominique Pasqualini. Martine aboucaya : 5 rue sainte anastase 75003 paris (tel +331 4276 9275)

► Jeudi 19 mars à 19H, Le Bal des Ardents (17, rue Neuve 69001 Lyon) : Rencontre avec Philippe Thireau, Gilbert Bourson et Guillaume Basquin (éditions Tinbad).

► À l’occasion de la sortie française de Ce qui n’existe plus, Krishna Monteiro sera présent le 26 mars 2020 de 19 h à 21 h à la Librairie portugaise et brésilienne, 21 rue des Fossés Saint-Jacques 75005 Paris.

4 mars 2020

[Chronique] Virginie Poitrasson, Une position qui est une position qui en est une autre, par Christophe Stolowicki

Filed under: Non classé — Étiquettes : , , , — rédaction @ 20:45

Virginie Poitrasson, Une position qui est une position qui en est une autre, dessin de couverture de Florence Manlik, Lanskine, automne 2019, 80 pages, 14 €, ISBN : 978-2-35963-006-0.

 

Deux siècles et demi séparent l’Éthique de Spinoza du Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein dont les angles aigus malmènent la rondeur de l’opticien poète. Le siècle qu’y rajoute Virginie Poitrasson, à hoquets conceptuels résolutoires (Une position qui est une position qui en est une autre), ouvre large des perspectives autotéliques, totologiques, aporétiques où abstrait d’abstrait le suprématisme pique en vrille – installe une soutenable légèreté de l’être sur les margelles de la nuit, à fleur de rêve ou de trottoir. Entre corollaires et scolies, les propositions se passent de démonstration quand l’autrice, entre « répartition autre », « unité autre » et « temps autre », décline le « Désir » aux trois temps du syllogisme et que les protagonistes a priori d’une Critique de la raison pure « s’éclatent » en tessons de lemme, « positions » came à soutras, tempête transcendentale.

« Le parcours aller-retour oscille du boisé ténébreux à l’ombre flottante jusqu’aux rayons lumineux et inversement »  – au « bout du chemin, l’accroche au bitume […] fait signe et désigne. Les cailloux ne sont que des présages. » Autre rêve : « Avec agilité, elle s’est entourée du peu de silence nécessaire […] installe sa sauvagerie […] restée lovée bien profondément en moi, jusqu’à se rendre invisible et être oubliée pendant longtemps. Elle est de ces colères formées par un choc sourd et imprévisible […] Une sorte d’arrêt sur image, tranchant, et l’énigmatique en guise d’arrivée. » Décrits avec une sobre méticulosité des limbes, articulés avec justesse au plus labile, nets de tout onirisme. Laissant aux oubliettes ceux d’André Breton.

Des calligrammes se tête-bêchent à angle droit, à qui perd pend. Un col y maçonne deux decrescendos. Soit « un éclaircissement rond entouré / si gigantesques, les rayons / du soleil illuminant le sol à / s’asseoir dans la lumière / barre chocolatée encore / une fois comment / chaque seconde / je sentais / le chemin / du soleil ». Une intensité s’y devine. Une, intense, y tait si devine. Le sens s’y perd, la forme un peu.

Poésie opérative, implacablement désubstantiée en « protocole[s] ». Immersion en poésie américaine, dont Virginie Poitrasson est traductrice. Dada a pris un coup dans l’aile, ne crie plus, ne profère plus, émet. « Être tout contre » : à bout touchant, de tir à blanc. Modes d’emploi, évacué Georges Perec. Une nouvelle ère glaciaire succède au réchauffement climatique. Toutefois « On peut choisir d’emprunter (alias Dürer) la voie sans issue de la mélancolie. Une mélancolie qui prend la forme la plus élevée de gourmandise. » On respire à l’ébauche de canular. « Le fragmentaire domine », voire le vermiculé. Mais « C’est là à venir. Là. Encore un peu plus là. Au plus près. De plus en plus prêt. Ça s’apprête. Alors je m’apprête. Ce n’est pas le moment que ça s’arrête. Tout net. » Ça se précipite et l’on respire enfin l’air conditionné à pleins poumons.

« À regret presque le déroulement de l’histoire / et ses décors peints ».

Où l’on sait « s’adonner à la collection de scrupules. Comme on collectionne des scarabées » jusqu’à ce qu’Ernst Jünger y reconnaisse son travail ; quand « Sans démangeaison, les indices sont bons à jeter » ; où, quand « la matière à s’étonner se fait sans nous » – tout en « diversions emmaillotée » désencalaminant le poétiquement correct, abondant, se rétractant toujours un cran en deçà, au-delà, à son dévers, Virginie Poitrasson fraye dans le paysage de la poésie contemporaine, d’Alphaville en continent perdu, une uchronique voie de crêtes.

18 janvier 2020

[Libr-relecture] Michaël Glück, … commence une phrase, par Christophe Stolowicki

Michaël Glück, …commence une phrase, Lanskine, 2019, 64 pages, 13 €, ISBN : 979-10-90491-98-4.

 

Quand « commence une phrase arrachée / à l’encre du sommeil », une phrase de réveil dont « quelques points de réticence / sont reliques de la nuit » – bientôt de vif-argent, d’esprit alerte –, ce qui vous prend au plexus est une voix profonde, grave, creusant son sillon de nuit dans l’ajour, de jour en jour faisant remonter de l’âme, celle qui a avantageusement remplacé le psychisme.

En résidence à la Maison de la Poésie de Rennes, Michaël Glück a vue de sa chambre sur « le canal », le canal Saint-Martin appelant la Vilaine qui coule non loin de là et rappelle la Seine, « autant qu’il m’en souvienne » dit-il. D’autres refrains s’y emmêlent, au bon Guillaume « Nezval / Vitězslav qui ne fut Gérard », poète tchèque surréaliste, donne la réplique, il s’en compose « un air unique […] une complainte / dont je n’ai jamais su l’auteur […] un air que me chantait ma mère […] un air aux doigts de pluie / un air de verres de cristal […] // qui tient à distance / la litanie des morts et les noms des absents / dont les lèvres jamais / n’ont effleuré mon front ». Ne disent « le bon jour […] dobrý den / ni rives du Saint-Laurent / ni bord du canal Saint-Martin / […] dobrý den good morning / guten tag buon giorno », son gosier de métis parle toutes les langues.

Quand « le jour ne s’est pas levé / la nuit ne s’est pas / enroulée dans le store // quelles écritures / dorment encore / dans la torah de la lumière » : à même le paysage de nuit urbaine étirant des « lignes de réverbères », l’identité juive émerge de ses siècles obscurs, quelques bribes restées accrochées aux buissons nocturnes, aux frissons de l’urne. À corbeaux accords beaux qui lèvent un pan de nuit, une poésie éminemment masculine – sobre, peu d’enjambements, ni majuscules ni autre ponctuation que celle de la poésie – de proche en proche rapproche le dissemblable pour que commence une phrase. Omniprésente l’Histoire récente où culminent les gammées « rouelles de Saint-Louis », et quand derechef « une croix à l’endroit / une croix à l’envers / la parole tricote / […] l’évangile des reniements ». Oui, « l’Histoire la grande histoire / peuple mes nuits […] on ne sait quel corbeau / a dépeuplé la nuit » sur la plaine quand s’élève le chant des partisans. 

Résidence d’écriture vaut mieux que villégiature où « le cèdre des derniers jours / n’a pas laissé sur les paupières / son tatouage d’aiguilles bleues », où « dans la chambre d’hôtel / sur l’oreiller / des questions sont restées sans réponse », où « derrière les rideaux / la vue est arrêtée », où barré le regard intérieur, d’isthme en isthme rien ne desserre ne dénoue le lancinant tourisme.

Remonte ce quelque chose de viscéralement juif athée, d’un athéisme où le vers a la rigueur de la prose, que je ne saurais nommer : judaïsme trop religieux, juiverie péjoratif, c’est peut-être ce sans nom oblitéré par les siècles qui s’exprime ici.

Ici « (…) // les mots du rêve sont buée / salive sans sel sur les lèvres / du dormeur qui s’éveille ». Un doux rêveur ? Non, un fort, lucide, inspiré rêveur. Dans un monde où l’action est bien la sœur du rêve.

28 décembre 2019

[Chronique] Philippe Jaffeux, Mots, par Guillaume Basquin (Dossier 2/2)

Philippe Jaffeux, Mots, Lanskine, mai 2019, 176 pages, 20 €, ISBN : 979-10-90491-99-1. [Pour découvrir le travail de Philippe Jaffeux, lire cet entretien fondamental]

Comme tous les livres de Philippe Jaffeux (sauf Deux, aux éditions Tinbad ?), le sommaire (ou la forme, dans d’autres volumes) de Mots tourne autour du chiffre 26 (comme les 26 lettres de l’alphabet). Ce sont 26 mots qui donnent autant de titres à 26 chapitres. Citons les plus significatifs dans la « philosophie » (sagesse ?) de l’auteur : Hasart (avec un « t »), Nombres, Alphabet, Silence, Corps, Expérimental, Musique, Chaos, Jeu, Vide, etc. Le poète expérimentateur s’assagit ici sur la forme de son ouvrage, pour en donner autant d’explications que de chapitres (un peu comme le bien-nommé Explications de Pierre Guyotat, si vous voulez) ; et il se pourrait bien qu’il ait fourni là la meilleure exégèse de son œuvre déjà publiée. Cela a mauvaise presse, mais les écrivains sont souvent les mieux placés pour parler de leur œuvre (ainsi, certains admirateurs de Céline pensent que la meilleure critique du Voyage au bout de la nuit reste la fameuse lettre d’introduction qu’il envoya à Gaston Gallimard le 14 avril 1932) ; comment et pourquoi parler de ce livre, après ça ? Words are words are words are words… Essayons tout de même, et après Christophe Stolowicki ici même.

Tout le livre tourne autour de deux axes, il me semble : le jeu des permutations (tel qu’en le Yi King, ou Livre des permutations, grande référence chinoise du poète), et l’alphabet (titre de son grand chef-d’œuvre aux éditions Passage d’encres, rappelons-le ici). Jaffeux joue, et jouant il perturbe nos plus vieilles habitudes : « Les propositions des situationnistes s’actualisent-elles lorsque l’alphabet détourne l’écriture à l’aide d’un jeu irréductible à une culture du spectacle ? » (Est-ce pour cette raison même que les « grands » journaux n’ont jamais parlé de son œuvre ? Les bonnes vieilles habitudes du spectacle médiatique seraient-elle par trop bousculées ici ? On sait qu’un journal comme Libération n’a admis Guy Debord qu’après sa mort…). On apprend ici à mieux connaître les goûts de Jaffeux : le jazz (« L’écriture aléatoire met le sérieux de notre langue en jeu ; elle me permet, pour le mieux, de jouer avec les mots comme un jazzman joue, dans le temps présent, de son instrument »), le cinéma (« Les films procurent un plaisir visuel plutôt qu’intellectuel ; ils mobilisent l’esprit et la forme stupéfiante de l’enfance »). Le poète avoue ici passer plus de temps à regarder des films qu’à lire, et même, pour d’évidentes raisons pour ceux qui le connaissent, qu’à regarder le monde extérieur et « réel » ; cet intérêt pour « l’enfance de l’art » n’est pas sans faire écho à son désir, écrivant, d’être comme privé de savoir : enfant, du latin infans, « non fans », « celui qui ne sait pas encore parler ». Jaffeux donne d’ailleurs ce mot à son premier chapitre (et ce n’est certainement pas un hasart !…) : « L’acte d’écrire accompagne, dans le meilleur des cas, l’état d’un enfant qui s’abandonne et s’ouvre au temps présent » (incipit du livre). On sait que le cinéaste expérimental Stan Brakhage, dont Jaffeux pourrait être un équivalent acceptable en poésie littérature, voulait filmer ce qu’un enfant verrait pour la première fois avec un œil non éduqué ; tel est bien l’état rêvé de notre poète : « Comment écrire en vue de percevoir les vibrations de l’enfance ? »

On sait que la structure mathématique du Yi King impressionna Leibniz qui y aurait vu la première formulation de l’arithmétique binaire ; cela n’a pas échappé à Jaffeux : « Le Yi King s’apparente aussi à un manuel d’écriture abstraite ; toutes les combinaisons de trigrammes sont des signes graphiques qui vident notre alphabet grâce à un appel inespéré des nombres. » Cette creative method faisant largement appel au hasard (ou hasart) est un réservoir infini de potentialités poétiques : « L’alphabet s’articule avec le hasart pour ouvrir un texte sur tous les possibles » ; ainsi Courants blancs, Autres courants, Alphabet, Entre, Deux et Glissements…

On ne sera pas surpris d’apprendre, dans le chapitre « Cinéma », que Jaffeux, projetant ses tapuscrits (qu’il dicte, pour des raisons physiologiques) sur grand écran chez lui, soit tenté par une écriture plastique (voir Entre et Glissements, surtout) : « Chaque page se transforme en une image projetée sur un écran ; celui-ci agite des mots qui sont sous l’emprise de la fantaisie et d’un risque. » Elle est retrouvée ! quoi ? la grande abstraction ! c’est l’image allée avec le texte : « Des lettres ou des phrases, comprises comme des idéogrammes, indépendants des sons, se rapprochent des nombres ; elles peuvent aussi se confondre avec le dessin ou avec des taches. »

Pour finir, je suis d’accord avec Stolowicki : Mots est bien un grand cru de plus de Philippe Jaffeux !

27 décembre 2019

[Chronique] Silvia Marzocchi, Scènes d’intérieur, par Christophe Stolowicki

Silvia Marzocchi, Scènes d’intérieur, Lanskine, novembre 2019, 48 pages, 13 €, ISBN : 979-10-90491-95-3.

 

Binaires comme on pèse nerfs, à deux temps mais toute une architecture intérieure de mouvements divers, divergents comme les rayons d’un disque stellaire vers des planètes inconnues – ces scènes d’intérieur, d’extérieur nuit pour un tournage à tâtons lestés, étagent, alternent serré, étirent deux formats de caractères, un corps puce et le corpus d’une vie. Silvia Marzocchi, dont celui-ci est le premier livre, composé en français, est une traductrice connue d’auteurs gallicans dans sa langue ultramontaine. Pourquoi n’écris-tu pas en italien ? – Je ne peux pas. Seul le français lève l’interdit.

Il y a aussi des capitales, de doublure lumière plutôt que de la douleur, des vers en anglais, « it was a very clear full night / I had a terrible dream », des apartés dans un corps intermédiaire, à fonction d’italiques peut-être, à mi-chemin de l’intériorité, pour d’un soupçon de rythme ternaire développer, lever l’inter-dit, qui ne vaut rien s’il ne swingue, ainsi que l’illustrent Duke Ellington, Thelonious Monk. Ou le Modern Jazz Quartet, je me passe Pyramid, à deux solistes dont un discret, que ponctuent aux moments décisifs (de Sisyphe) des soubresauts de batterie. Ceux d’un amour qui en bribes, tessons se démantèle, se réajuste au gré d’une rythmique rédemptrice,  quand « un frisson choyant me déchagrine à fleur de peau ».

« Scènes d’intérieur 1 » à « 15 », moteur, on tourne, intitulent les séquences sans les coiffer, l’intertitre en corps ordinaire, sans rien d’italique ni de gras. Filmiques comme on aime la vie que seule la démêle la poésie.

Mais « où donc // près d’un lac rubis // la couleur femme / effusive / débordante /// où donc / la tornade / a vrillé / sur elle / plumes couleur de la nuit ». Sa poésie plus abrupte, plus verticale encore d’être horizontale hachée, la dispense que poigne autre interrogation que celle de « la couleur femme ».

Silvia, « à contre-jour habitée ». Son roman de jeune épouse (« un jour de janvier / comme on passe un tricot / pour se réchauffer // il / les épaules larges / cherchait tête à son creux // elle / en rêvait / se la poser douce ») tourne à vinaigre, surmonte les obstacles. En façade une vie de couple – diptyque arboré cachant la forêt, l’immense forêt de la langue natale à deux mains (et une arborescence de moignons) tenue en réserve, en lisière. D’un couple les scènes de ménage, infidélités et réconciliations (« après l’orage / ils s’étaient / pardonné /// l’étreinte nomade qu’elle s’était octroyée » – par revanche), le savoir-faire et le savoir aimer (« futur, je te reste fidèle). La ménagerie du grand fauve bichonné comme « l’enfant douillet / dans sa chambre / endormi de rêveries ». La complaisance  conjugale. Les détails de sensualité que seul le corps puce – et le retrait dans ses limbes de la langue première – autorisent.

Quelques minuscules énormes fautives approximations d’accord ou d’orthographe les seuls clins d’accent.

Scènes de famille où père & mère, et frère & sœurs. Une réversibilité syntaxique (je vous aime belle marquise), métaphore du temps retrouvé, « tandis qu’elle coupe ces pommes à cuire », remonte en corps menu un calligramme encadrant aux parois d’un gouffre « l’écorce de citron cet effluve de maman en soi la lacune / cet effluve //// cette écorce/ de maman //// de maman / en soi //// en soi /  la lacune cet effluve de maman à l’écorce de citron ». La rythmique d’import secret éclaircit le passé.

22 décembre 2019

[News] News du dimanche

Et si la trêve des confiseurs était celle des Libr-lecteurs ? Découvrez donc une nouvelle sélection de livres reçus parus en cette fin d’année ou qui vont être publiés début 2020… Et pour bien commencer 2020, des premiers RV hauts en couleur !

Libr-10

► Jacques ANCET, Amnésie du présent, éditions Publie.net, automne 2019, 210 pages, 19 €.

► Paul de BRANCION, Tu veux savoir comment je m’appelle ? suivi de 0.1.0 désorientation, Lanskine, automne 2019, 48 pages, 10 €.

► Pierre CHOPINAUD, Enfant de perdition, P.O.L, à paraître le 3 janvier 2020, 576 pages, 24,90 €.

► Johan GRZELCZYK, Données du réel, éditions Ni fait ni à faire, automne 2019, 110 pages, 10 €.

► Douin de LAVESNE, Trubert, un fabliau de la fin du XIIIe siècle, éditions Lurlure, Caen, 200 pages, 19 €.

► Jacques JOUET, Dos, pensée (poème), revenant, P.O.L, décembre 2019, 480 pages, 24,90 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, Bordeaux, à paraître le 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €.

► Fabrizia RAMONDINO, Retours, trad. de l’italien par Emanuela Schiano di Pepe, éditions Publie.net, novembre 2019, 152 pages, 14 €.

► Ritournelles : 20 ans de création littéraire transversale, Le Bleu du ciel, Libourne, automne 2019, 200 pages, 20 €.

► Senna Hoy, revue de poésie en anglais et en français, publiée par Luc Bénazet et Jackqueline Frost, n° 1, décembre 2019, 4 €.

Libr-événements

â–º

► Le vendredi 17 janvier 2020, retrouvez Béatrice BRÉROT à La Balançoire :

► 

8 décembre 2019

[News] News du dimanche

Vos RV pour terminer 2019 comme il se doit : découvrez un aperçu du dernier JOUET ; vos RV à Paris, Angoulême ou Apt…

En lisant, en zigzagant…

« Les migrations d’argent comptant
avec un billet de retour ne ressemblent pas
aux allers simples de ceux qui fuient
leurs attaches, leurs racines, leurs montagnes et pauvretés.

Ananoana rêvait-elle de la sauvagerie parisienne ou bretonne
dont elle avait, chaque nuit, sur sa couche
un héros plein d’étrangetés ? »

(Jacques Jouet, Dos, pensée (poème), revenant, P.O.L, paru le 5 décembre 2019, 480 pages, 24,90 € ; cf. p. 123).

Libr-événements

► 

 

► Jeudi 12 décembre à 18H30 : Les 20 ans de Frictions. Une rencontre pour comprendre la place et le rôle des revues dans la création théâtrale contemporaine, animée par Karim Haouadeg (Europe et Ubu), avec Jean-Pierre Han, directeur & rédacteur en chef de Frictions, Sidonie Han, metteur en scène et scénographe & Michel Simonot, écrivain, metteur et scène et sociologue.

Hugo Pradelle, ENT’REVUES : 4, avenue Marceau 75008 Paris. Téléphone : 01 53 34 23 25.

â–º Jeudi 12 décembre à 19H, L’Autre Librairie à Angoulême (rue de Beaulieu) : Lecture d’Alban Lefranc pour son dernier roman L’Homme qui brûle (éditions Rivages) ; rencontre organisée par L’horizon des événements.

« Nous ne vivons plus dans une époque, mais dans un délai. »

Luc Jardie voudrait réunir dans un seul livre toutes ses obsessions : Thomas Münzer, révolutionnaire et théologien, Alain Delon, le porno californien, l’apocalypse et sa mère. Mais le monde autour de lui glisse dans le chaos, et la figure de la mère, terrifiante et comique, menace d’absorber toutes les autres…
Dans cette fable romanesque à l’humour incisif et au style incandescent, Alban Lefranc retrace les efforts désespérés d’un homme pour s’affranchir du poids du passé et survivre à l’enfer du monde contemporain.

Alban Lefranc est l’auteur notamment de Fassbinder, la mort en fanfare (Rivages, 2012), Le Ring invisible (Verticales, 2013), et Si les bouches se ferment (Verticales, 2014). Ses livres ont été traduits dans plusieurs langues. Il écrit aussi pour la radio et le théâtre.

► Vendredi 13 décembre à 20H30, Vélo Théâtre à Apt (route de Buoux) : 30 èmes Cris poétiques, avec Séverine Daucourt et Yves Boudier : 2 poètes sur la scène du Vélo Théâtre
Une soirée Les Cris poétiques organisée en complicité avec Alt(r)a Voce

Séverine Daucourt écrit, chante et traduit (de l’islandais). Elle publie récits et poèmes, conduit des ateliers d’écriture en divers lieux (prisons, centres d’accueil, hôpitaux…) et organise depuis 2016 à la Maison de la Poésie de Paris un cycle de rencontres poésie/chanson. Elle est aussi membre du comité de lecture de la Comédie Française. Son dernier livre, Transparaître aux éditions Lanskine, a fait partie de la sélection finale du Prix Apollinaire 2019.
Yves Boudier a fait paraître une douzaine de livres, poèmes et récits chez différents éditeurs et a souvent collaboré avec des peintres et des musiciens. Il a été professeur de Lettres, administrateur de la Biennale Internationale des Poètes, Président de la Maison des Ecrivains et de la Littérature et membre des comités de rédaction des revues Action Poétique et Passage d’Encres. Il est l’actuel Président de l’association c/i/r/c/é Marché de la poésie. Il publie cet automne Silentiaire (éditions La Lettre Volée), préfacé par Pierre-Yves Soucy.

Tarif unique : 5 euros
Réservations : Vélo Théâtre – reservation@velotheatre.com – 04 90 04 85 25

â–º Dimanche 15 décembre à 16H : dans le cadre de sa résidence à L’Anachronique (42, rue du Mont Cenis 75018 Paris), Laure Gauthier reçoit le poète François Bordes.

24 novembre 2019

[NEWS] News du dimanche

En ce dernier dimanche de novembre, les RV de Christian Prigent puis avec Sandra Moussempès, avant notre LIBR-10 (nouvelle sélection des livres reçus) et une spéciale sur le Festival BIFURCATIONS #5

Agenda de Christian Prigent

Christian Prigent à Saint-Brieuc. Le samedi 30 novembre 2019, à 15 h 30. A la Maison Louis Guilloux, 13 rue Lavoisier, Saint-Brieuc. A propos de Point d’appui (éditions P.O.L), lecture et discussion. Contact : 06 77 68 56 72
 
Christian Prigent à Saint-Brieuc. Le samedi 07 décembre 2019, de 17 h 30 à 19 h. A la librairie « Le Pain des rêves », 13 rue Saint-François, Saint-Brieuc. A propos de Point d’appui (éditions P.O.L), lecture (avec Vanda Benes), discussion, dédicace. Contact : 02 96 61 36 55 ; www.lepaindesreves.fr
 
Christian Prigent à Rennes. Le jeudi 16 janvier 2020, à 19 h. A l’auditorium MIR, 7 Quai Chateaubriand, Rennes. Avec la revue TXT. Lecture. Contact : Maison de la Poésie de Rennes, 02 99 51 33 32 ; contact@maisondelapoesie-rennes.org
 
Christian Prigent à Lyon. Le mercredi 29 janvier 2020, à la « Scène poétique » de l’Ecole Normale supérieure, 15 parvis René Descartes, 69342 Lyon (04 72 72 80 00). Lecture et discussion. Contact : Patrick Dubost  09 50 25 23 21 – 06 80 06 13 19.
 
Actualité de Sandra MOUSSEMPÈS
Vox Museum de Sandra Moussempès : Album fichiers wav + mp3, 5 euros, durée 36 min., octobre 2019.
Par chèque : ordre Association JOU (60 rue Édouard Vaillant 94140 Alfortville)

Sandra Moussempès invente un langage vocal, hors mots, lié aux perturbations amoureuses et aux phénomènes paranormaux. Sa voix chantée, tour à tour éthérée, lyrique, chamanique ou bruitée se matérialise en fragments envoûtés.

Vox Museum
(Sculptures vocales)
1 Contusion of love
2 Ghost elevation (Black Sifichi Mix)
3 Esprits phonographiés
4 Contusion of love  (Black Sifichi Remix )
5 Perturbation lyrique
6 Sweetie’s diary (Black Sifichi Remix)
7 Vocal expectation
8 Vox Museum
9 Sweetie’s diary

Chants, voix, compositions & conception sonore : Sandra Moussempès
Clavier & composition sur « Contusion of love » : Virgile Carballo Moussempès
Conception sonore sur Ghost elevation & tous les Remixs : Black Sifichi

Libr-10 (novembre-décembre 2019)

Sereine BERLOTTIER, Ciels, visage, Lanskine, 88 pages, 14 €.

Marc CHOLODENKO, Sarabandes, Passacailles, naïades en bikini, P.O.L, en librairie le 5 décembre, 70 pages, 13 €.

Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, en librairie le 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €.

Liliane GIRAUDON, Le Travail de la viande, P.O.L, en librairie le 5 décembre, 160 pages, 16 €.

Virginie POITRASSON, Une position qui est une position qui en est une autre, Lanskine, 80 pages, 14 €.

Daniel POZNER, Chuchoté au petit matin, éditions Fidel Anthelme X, 44 pages, 7 €.

Christian PRIGENT, Point d’appui 2012-2018, P.O.L, 464 pages, 22,90 €.

Nathalie QUINTANE, Les Enfants vont bien, P.O.L, 240 pages, 18 €.

Nicolas RICHARD, Peloton, éditions Supernova, coll. « Dans le vif », 70 pages, 10 €.

Lucien SUEL & William BROWN, Ourson les neiges d’antan ?, éditions Pierre Mainard, 90 pages, 20 €.

Festival BIFURCATIONS #5, du 28/11 au 1er décembre

 

14 novembre 2019

[Chronique] Vanda Miksic et Jean de Breyne, Des transports, par Christophe Stolowicki

Vanda Mikšić et Jean de Breyne, Des transports, Lanskine, été 2019, 88 pages, 14 €, ISBN : 978-2-35963-018-3.

À deux fois deux mains qui ne font jamais quatre, une exquise politesse transfrontalière : celle de Vanda Mikšić qui a pris la peine d’écrire dans la langue de l’autre ; celle de Jean, découverte dans Rien n’est jamais éteint de feux allumés (2017), de laisser un temps à l’interlocuteur avant de répondre pour le cas où il aimerait rajouter un brin, redécouverte peu après dans Les Cosaques de Tolstoï chez un rude guerrier tatar – ici réclamant à Vanda un second poème avant de reprendre la main ; celle de l’éditeur qui (im)perceptiblement distingue les deux auteurs, d’un trait à peine plus gras la poète croate, contrairement à l’usage confusionnel en vigueur.

Contrainte, une seule, écrire lors d’un voyage, en train, avion, autobus, auto mobile ou à l’arrêt ; l’envoi le plus souvent électronique, décollant dans le subliminal ; sur deux ans (2014-2016).

Dès le premier échange, au jeu à la chute de Vanda sur le passage (« vous rentrez ? / ou avez-vous simplement obligé d’autres passagers / à faire des détours / à prendre des raccourcis ? ») répond de Jean la faute d’orthographe magistrale : « Sur la voix ralentissent le train / Pas des hommes – des animaux […] / Pas des terroristes ce matin ». À ses rejets de scansion serrée, verticale, répondent, amplifiés encore d’une syntaxe poétique lacunaire, les enjambements de Jean – à l’approche de la chute ponctués de tirets. Chute : « Subvertir le feutré ». Chutes : envois, à princes de mots.

Du transport collectif où les congénères abondent sans qu’on ne rencontre jamais personne – le (dé)creusement de l’intériorité, plus visionneuse que voyeuriste, miniaturise, épand le transport verbal. Ce qui saute à l’entendement dans ces poèmes amébées qui avec les mois gagneront en correspondance est le grand écart initial : à Vanda le concret, le cocasse, l’anecdotique : « cons signes de sécurité […] vos / papiers s.v.p. je n’en ai pas mais j’ai / pris des livres et des fromages enlevez / vos chaussures aujourd’hui elles / sonnent […] l’officier gravement con fut » ; à Jean les interrogations consubstantielles sur le voyage : « Retour // Qu’est-ce un retour ? // (Pourquoi retour ? Pourquoi pas aller ? / Qu’est-ce qui fait retour ?) ». À Jean – qui prend beaucoup l’avion –  les jeux abstraits (« Traverser l’aire dans l’air » ; à Vanda un peu d’abstrait aussi mais abrupt (« perfect match / de l’intérieur et de l’extérieur »). Elle voyage sans recul à fleur de paysage, quoique traductrice n’appartenant pas comme lui à la catégorie des « humains en / train / nés » (l’entraînement cité est de lui). Jean : « Qu’il n’y ait que trajet ! », se détachant de tout territoire ; « Je traverse une grande part / de mon histoire », voyageur de l’espace-temps dont la tautologie (« Là où on va on y sera / C’est dit avec mélancolie ») est un marqueur d’éternel retour.

Bientôt révélée la différence d’âge quand la jeune mère évoque le carnet de poèmes où son fils « presque à chaque page [a griffonné] un demi-chien / un ours à cinq pattes / un être faufilé entre les lignes », nous devient sensible sa joyeuse déférence. En deux ans c’est elle (« comment lui dire / on ne parle pas la même langue / la sienne est l’horizon / qui ouvre des possibilités // le monde de toute façon /n’est qu’une pomme », 2014) qui fait vers lui le chemin – d’abstraction : « peut-on en conclure / que tout arrive / au bon moment ? // un jeu / une décision / un voyage / une mise à nu / un oubli / un renoncement […] Kairos [en grec ancien le moment favorable] n’est qu’une machine / à questions », 2016.

De Jean (« J’avance le dos à la marche / Cependant à Grande Vitesse / Sans accident sans trébucher » ou « Lieux-dits comme petits cailloux / Et moi le Petit Poucet / J’en ai semé tant / Tu verras Toi aussi », Jean à qui les noms de lieu dans leur « accumulation » ne sont pas des toponymes anonymes, Jean à saute-flocons sur une marelle dont des cases ont été supprimées, est passée à Vanda une épaisseur profondeur de champ, Vanda condensant l’anaphore en reprise cloutée, Vanda jaillie du « tunnel rayé de lumière / accélérateur de particules / interrogatives ».

Sur une route enneigée en descente de sapinière, aux phares yeux répondent, l’une barrant la page, deux distinctes traînées de brouillard. Pour qui le connaît la photographie de couverture n’a pas besoin d’être signée Jean de Breyne.

3 novembre 2019

[News] News du dimanche

En cette première quinzaine de novembre, vos Libr-événements à Nantes (Le Lieu Unique) et Paris (avec notamment le Salon de l’Autre Livre)… Mais auparavant, tous vos RV du séminaire sur « les pratiques d’évaluation dans l’art et par l’art »…

DÉSINVISIBILISER LES PRATIQUES D’ÉVALUATION DANS L’ART ET PAR L’ART », NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2019

Séminaire ouvert au public (Nancy Murzilli)

Master ArTec (également ouvert au Master 2 PCAI, Master 2 Création littéraire et Masters associés)

Séances du 5 novembre au 10 décembre 2019. Le séminaire sera clôturé par une journée d’études le 19 décembre au Centre Pompidou.

ARGUMENTAIRE

Ce séminaire/atelier de recherche-création s’inscrit dans le cadre du projet de recherche-création soutenu par l’EUR ArTeC « Évaluation générale. L’Agence de notation comme dispositif artistique » (https://evalge.hypotheses.org).

Sous l’effet du néolibéralisme et de la révolution numérique, les activités d’évaluation s’emballent, se généralisent deviennent frénétiques et paradoxales. Ce séminaire a pour but d’explorer et de comprendre les problèmes publics spécifiques que soulève la généralisation de l’évaluation. Son objectif n’est pas de faire simplement communiquer les produits de la recherche théorique et de la pratique artistique, mais de faire en sorte que leurs processus s’interpénètrent dans une pratique expérimentale qui les met en acte. Pour ce faire, seront analysés et mis en place des dispositifs artistiques et d’enquête appelés à intervenir en situations institutionnelles réelles afin de désinvisibiliser non seulement ce qu’est l’activité d’évaluation-notation mais aussi ses effets concrets immédiats.

Il s’agira, avec l’intervention de poètes et d’artistes  (Christophe Hanna, Franck Leibovici, Eva Barto, Antoine Dufeu et Natacha Guiller), de se munir d’outils d’évaluation alternatifs à ceux que nous offrent les modèles institutionnels et économiques dominants.

Des activités d’évaluation non orthodoxes seront proposées à toutes les étapes du séminaire.

Le séminaire se conclura par une journée d’études au Centre Pompidou intitulée « Évaluer l’art : commissions, subventionnements, mécénats », qui mettra en perspective les réflexions menées dans les ateliers, où artistes, chercheurs et acteurs du domaine s’interrogeront sur la façon dont sont évalués les œuvres et les projets artistiques dans le cadre des politiques de financement de l’art, sur la pertinence des méthodes de sélection, et sur les alternatives à une évaluation de l’art soumise aux logiques du marché.

PROGRAMME

Séance 1 – mardi 5 novembre, 14h-18h

« Agence de notation »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h.

Intervenant : Christophe Hanna

Contenu : « Tous évalués ! », c’est à cette injonction, qui nous vise (presque) tous aujourd’hui, que se propose de répondre Agence de notation. Cette agence de notation alternative conçue par Christophe Hanna, se déploie dans le projet de recherche-création « Évaluation générale » dirigé par Nancy Murzilli. Son action consiste à investir des espaces protégés de l’évaluation où n’existe encore aucune forme d’expertise instituée, et de les soumettre à une évaluation d’un autre genre, de façon spectaculaire, sous la forme de performances en public, avec des évaluateurs libres de toute influence et jouant cartes sur table. Durant cet atelier introductif, seront explorées les relations entre écriture et institution à travers l’exemple de l’Agence de notation, dont Christophe Hanna racontera l’histoire. On réfléchira aussi en direct sur ce que peut signifier la notion d’écriture évaluative.

Christophe Hanna est enseignant de littérature et écrivain. Au sein du groupe informel « La Rédaction », il rédige des « rapports » informatifs en inventant des formes procédurielles. Il les publie dans diverses revues (Nioques, Musica falsa, Axolotl, Éc/arts…) ou sous la forme de livres (Valérie par Valérie, Al Dante, 2008 ; Les Berthier. Portraits statistiques, Questions Théoriques, 2012). Christophe Hanna dirige par ailleurs la collection de théorie littéraire « Forbidden Beach » aux éditions Questions théoriques.

Séance 2 – mardi 12 novembre, 14h-18h

« L’addition, s’il vous plaît? »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h.

Intervenant : Antoine Dufeu

Contenu : Derrière une question aussi triviale, l’entité économique qui émet l’addition est légalement tenue de rendre des comptes, essentiellement un compte de résultat et un bilan. En s’intéressant aux grandes masses qui les déterminent, on se demandera comment il serait possible de les faire évoluer.

Ancien contrôleur de gestion et journaliste auto, Antoine Dufeu est poète, écrivain et dramaturge, professeur, éditeur et revuiste. Depuis 2009, il collabore régulièrement avec Valentina Traïanova sous l’entité Lubovda. Il a fondé la plateforme de recherche Lic en 2012. Il a fondé en 2015 et dirige avec Frank Smith la revue RIP. Il est membre du comité rédactionnel de la revue Multitudes depuis 2015. Il a co-fondé et co-dirigé IKKO (2002-2009) et la revue MIR (deux numéros en 2007 et en 2009). Il est responsable du pôle « écrit » et de l’édition de l’école de design Strate. Avec Fabien Vallos, il a co-dirigé les éditions Mix de 2015 à 2018.

Séance 3 – mardi 19 novembre, 14h-18h

« Art without property,(un)valued art? »

Rendez-vous : au DOC ! dans l’atelier d’Eva Barto (26/26bis rue du docteur Potain 75019 Paris), 14h-18h.

Intervenant : Eva Barto

Contenu : “(…) avoiding description, our character deals with ambivalences stemming from property issues, such as broad definitions of what owning could mean (a legal loophole mastery, a misleading language apparatus, an ambiguous philanthropist posture), on what authorship could reclaim (see plagiarism studies), on how power can leak and decrease (unmanaged time, undisplayed images, unexpected downturns) (…)”

Langue de l’intervention : français

Eva Barto remet en cause les enjeux qu’impliquent la propriété en déstabilisant le statut de l’auteur ainsi que l’économie de production et de diffusion des œuvres. Elle constitue des environnements ambigus, des contextes de négociations apparemment dénués de particularités dans lesquels il est difficile de saisir ce qu’il faut considérer ou laisser pour compte. Les objets qu’elle conçoit sont des emprunts au réel qu’elle copie ou modifie pour leur donner une valeur d’imposture. Le pouvoir revient ici aux parieurs, aux falsificateurs et aux coupables de plagiat. Son travail à fait l’objet de plusieurs expositions personnelles à l’IFAL (Mexico,2013), à La BF15 (Lyon,2014), à Primo Piano (Paris, 2015) et plus récemment à la galerie gb agency (Paris, 2016), au Centre d’Art de la Villa Arson (Nice 2016), au Kunstverein Freiburg (2019) et prochainement au Kunstverein Nuremberg, au LVH Pavillion (Berlin) ainsi qu’à la Galerie Max Mayer (Düsseldorf). Depuis 2018 elle mène une série de réflexions et actions sur le milieu de l’art en tant que monde du travail au sein du groupe La Buse ainsi qu’avec Estelle Nabeyrat sous le format de l’émission ForTune, diffusée par la radio Duuu*.

Séance 4 – mardi 26 novembre, 14h-18h

« « J’ai été sous-diagnostiquée ». Révision chronique des protocoles d’examen clinique »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h.

Intervenant : Natacha Guiller

Contenu :  Il sera proposé aux participant-es de revisiter et de détourner des formes de récit et de notation, ainsi que des dispositifs d’évaluation procédant du monde de la santé, dans un souci de recyclage, de réappropriation et d’exploitation poétique, publique et immodérée de données personnelles et intimes, sur l’exemple de multiples formes de hacking exercées sur mon propre dossier patient.

Artiste, poète, performeuse, Natacha Guiller (SNG) explore le monde et l’existence à travers des dispositifs artistiques et de communication protéiformes, autobiographiques et parallèles qui génèrent la rencontre, la transmission et une création-témoignage arborescente basée sur le recyclage, la collecte d’archives, le détournement et la transformation des matériaux, l’hybridation d’univers a priori incompatibles ou paradoxaux et la culture du mélange des genres.

Séance 5 – mardi 3 décembre, 14h-18h

« un dessin pour mieux voir »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h.

Intervenant : Franck Leibovici

Contenu : l’évaluation ne peut être réduite à un effet du néo-libéralisme, de la révolution digitale, ou du contrôle institutionnel. elle est une activité partagée, et routinisée dans nos activités quotidiennes. ainsi, face à une œuvre d’art, pour rendre compte et partager l’œuvre en question avec des amis, nous produisons bien souvent une évaluation en lieu et place d’une description littérale : “j’aime / je n’aime pas”, “cela m’intéresse, cela m’ennuie”. ces moments comptent alors parmi les propriétés de l’œuvre, et sont constitutifs de sa présence au monde, au même titre que ses dimensions, son medium, ou son année de création. rendre visible cette propriété, c’est alors non plus partir des intentions de l’artiste, ni du “projet artistique”, mais des usages réels des œuvres. mais comment la rendre visible ?

franck leibovici est poète et artiste. il a tenté de rendre compte des conflits dits «de basse intensité», sous la forme d’expositions, de performances et de publications, à l’aide de partitions graphiques et de systèmes de notation issus de la musique expérimentale, de la danse, de la linguistique – un mini-opéra pour non musiciens (mf, 2018). il a également publié des correspondances de spams et des discours de 70 heures (lettres de jérusalem, 2012 ; filibuster, jeu de paume, 2013). son travail sur les écologies de l’œuvre d’art a pu prendre la forme d’albums panini, de transcriptions de conversations ordinaires comme de dessins de visualisation – des récits ordinaires (les presses du réel / villa arson, 2014, avec grégory castéra et yaël kreplak) – ou d’installations – the training, an artwork for later and after, biennale de venise, 2017. depuis 2014, franck leibovici travaille avec julien seroussi, à un cycle d’expositions intitulé «law intensity conflicts» et de publications (bogoro, questions théoriques, 2016) autour de l’invention de la justice internationale contemporaine et du premier procès de la cour pénale internationale (cpi) de la haye.

Séance 6 – lundi 9 décembre 17h

« De la finance algorithmique aux circuits opaques de la finance offshore »

séance commune avec le séminaire ARTS & CRISE. L’ÉCONOMIE À L’ŒUVRE. Production, représentation et réception de l’économie dans les arts, PCAI, animé par Martial Poirson.

Rendez-vous : INHA, salle Walter Benjamin, à partir de 17h

Intervenants : Collectif RYBN, rencontre animée par Marie Lecher (Gaîté Lyrique)

Séance 7 – mardi 10 décembre, 14h-18h

« Rendu public des ateliers »

Rendez-vous : Université Paris 8 Maison de la Recherche salle A2 202, 14h-18h

Séance consacrée au rendu public des ateliers au moyen d’une création personnelle ou de groupe  (performance, lecture, présentation d’une création plastique, d’une mini-exposition, etc) qui sera filmée et mise en ligne sur le site (https://evalge.hypotheses.org)

Journée d’études – jeudi 19 décembre, 13h30-19h

« Évaluer l’art : commissions, subventionnements, mécénats »

Rendez-vous : Centre Pompidou Petite salle (13h30-19h00)

Présentation : https://evalge.hypotheses.org/1546

Responsable  :  Nancy MURZILLI, Université Paris 8 : nancy.murzilli@univ-paris8.fr

Libr-événements

► Agenda de Jean-Michel Espitallier : 

• Jeudi 7/11 – 21 h. Iris Purple (tribute to John Giorno). Anne-James Chaton : électronique + texte. Jean-Michel Espitallier : batterie. Avec la voix de Thurston Moore. La MECA, Bordeaux.

• Mardi 19/11, 19h. Le Grand R – scène nationale. Medley Spit (lecture-performance), La Roche-sur-Yon.

• Samedi 23/11, 14h30. World Is A Blues. Avec Kristoff K.Roll. Halle des Douves, Bordeaux.

• Mercredi 27/11, 18h30. À propos de Tourner en rond: de l’art d’aborder les ronds-points (PUF, 2016). ENSCI, 48, rue Saint-Sabin – 75011.

Vendredi 29/11, 20h. World Is A Blues. Avec Kristoff K.Roll. Festival « Et + si affinités ». Le Vent des Signes, Toulouse.

► Du 8 au 11 novembre, Salon de l’Autre livre à Paris :

Avec notamment les éditions Lanskine :

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â–º Le dimanche 17 novembre, 16H à L’Anachronique (42, rue du Mont Cenis 75018 Paris), Laure Gauthier invitera la poète Séverine Daucourt à présenter Transparaître (LansKine, 2019) et à dialoguer avec elle et le public.

► Le mercredi 20 novembre à 19H30, Le Lieu Unique (2, Quai Ferdinand Favre à Nantes), Lecture-concert de Christophe Manon & Frédéric D. Oberland (guitare), suivi d’un entretien animé par Guénaël Boutouillet.

16 octobre 2019

[Libr-relecture] Brigitte Gyr, Incertitude de la note juste, par Christophe Stolowicki

Brigitte Gyr, Incertitude de la note juste, Lanskine, 2014, 72 pages, 12 €, 979-10-90491-11-3.

Prise la langue par les cheveux d’ange non de comète – un écho du vécu, au plus juste. Quand le chagrin se suspend – à l’incertitude de la note juste. Le recul, la mesure, une maîtrise du deuil, comme s’il était la langue d’entrée de langue, parlée depuis toujours.

Requiem.

À la faveur de l’hommage au père musicien disparu, remontent des souvenirs posés, circonscrits dans l’élan, dans l’écran – de sillage prosaïque que le poème, de sa ponctuation minimale, passant passé de blanc en blanc à petits blancs et décalages, rend mieux que prose. M’en imprégner à loisir, me déprendre moi aussi. Avant de capter d’autres notes écouter, de « musique de / en chambre / secrète / baignée de ciel / [sinon] SchubertSchumann / BachDebussy / RavelMozart », le Piano Quartet opus 44 de Schumann.

« ensevelissement / festif / latino / erreurs de prière / dérapages légers // pas d’apocalypse // hier éternel / casals et kreisler [violonistes connus] qui t’avaient fait […] tu habites à présent / une terre brûlée / semée de grands arbres / un nocturne de Fauré / te tient compagnie / et elle qui le jouait […] un jour / elle t’a rejoint / piano violon piano violon piano viol… ». Le deuil de mère, associé en retrait.

« j’avais été / un bébé rond / un filet à papillons / et / un chien en peluche / me faisaient office de frères / pour le reste / j’imaginais / un avenir / de sucres d’orge » Souvenirs d’enfance heureuse, en bord de lac plus suisse que français, en contrebas des monts. La Suisse innommée, un espace-temps fui, non perdu.

Fui de ville en ville – cependant un deuil heureux, accompli, de juste longitude s’élève diatonique sur sa portée de sols, qui ne se dérobent pas. Un compagnonnage avec le mort, les morts, père et mère, souvenirs de grands-parents, la mort incorporée, ruisselante de vie. Espace-temps plutôt omniprésent que retrouvé, en regard duquel l’actualité (« centrales nucléaires / météo / finances / politique ») grimace : « la magnitude / du désespoir / est désormais sans limite » – s’épand tectonique. La musique d’un temps proustien (Fauré), concerté de symphonie, entre à flots par les croisées : « innocence / d’un supplément / d’âme ».

La nostalgie, par vagues précises et par vaguelettes, dessine ici ce qui échappe à sa lame de fond, à son blues : le déroulé des années glorieuses, trente ou davantage, où « les marges du fleuve / s’écartent / on est / dans l’ouverture / du corps de l’eau […] commander des billets d’avion / par milliers / des billets de train / user la voiture / l’espace / la distance / réhabilités / augmenter / notre stock de villes / Paris / New York / Berlin / Stockholm / Dresde… // une vie insoupçonnée / nous happe / jusqu’au prochain hiver ». Du parent perdu, de son aimance large émane une amplitude de vivre, une promesse tenue, la chaîne d’or de soi.

29 août 2019

[Livres] Libr-vacance 4

Pour terminer en beauté cet été 2019,  une dernière invitation à méditer-rêver-pester de façon libr&critique à partir de sept livres publiés en 2018-19 et signés Bobillot, Brérot, Chaton, Mézenc, Nowak-Papantoniou, Taïeb et Vipaldo… L’occasion de présenter l’essentiel de ces Å“uvres remarquables dont nous n’avions guère pu parler encore. [Libr-vacance 3]

â–º Jean-Pierre BOBILLOT, Prose des rats. Textes pour la lecture/aXion, Atelier de l’Agneau, St Quentin-de-Caplong, 2e édition revue & augmentée, coll. « Architextes », 96 pages, 17 €, ISBN : 978-2-374280-22-6.

Le [Ra] dans tous ses états… Quel Rat-fût ! C’est « comm’ le Réel sans les fiXions »…

Le texte est un accélérateur de particules lexicales sur l’axe paradigmatique afin de créer des calembours tous azimuts : « Mot-rat… toire / Mot-rat… tomique / Mot-rat… via / Mot-rat… Venise / Mot-rat… vagine… Mot-rat… crédit / Mot-rat… lité »… Ce poètàraz-du-rat est par ailleurs grand amateur de litanies – ah lITANIE ! (Cf. « Poème trop long » : « C’est comm’… »).

Avec ces bobillards, vive l’oRATlité poétique !

â–º Béatrice BRÉROT, La Suite infinie du monde est dans le colimaçon, Barjols (83), éditions Plaine page, coll. « Calepins », 2018, 98 pages, 12 €, ISBN : 979-10-96646-16-6.

mais la po.é.sie
elle vit
putain
la po.é.sie
elle vit
ailleurs que dans les salons
la po.é.sie
elle explose la langue
les sons
la respiration
la poésie
c’est un corps
la poésie
c’est un corps caverneux
surgi du chaos
elle branle l’univers (p. 91).

Pour celle qui écrit « dans le beat / de notre génération » (90) et qui allie poésie & musique, la suite infinie du monde est dans le colimaçon poétique qui en inventorie les éléments par télescopages de blocs compacts, nuages de mots ou litanies. Nous sommes transportés sur le bord du vivant par une vision cosmologique du corps et du monde humain.

« ce corps / où tu manges / où tu bois / où tu marches / où tu nages / ce corps / où tu glisses / où tu lâches / où tu parles /où tu froid / ce corps / ton corps / tu y tiens » (49).

Dans ce monde aliénant, par la poésie réinventons nos « cartographies intérieures » (17).

â–º Anne-James CHATON, L’Affaire La Pérouse, P.O.L, printemps 2019, 160 pages, 16,90 €, ISBN : 978-2-8180-4723-1.

On savait le poète attiré par le narratif/fictif depuis Elle regarde passer les gens (Verticales, 2016), superbe fresque historique multibiofictionnelle. Avec L’Affaire La Pérouse, Anne-James Chaton procède un peu à la manière de Pierre Bayard, alliant ludique et théorique. Narrer, n’est-ce pas toujours (s’)interroger ? Le texte hypothétique atteint son summum de loufoquerie dans l' »Addendum n° 2″ : comme s’il avait suffi au célèbre explorateur français d’adopter un tas de précautions aussi farfelues les unes que les autres pour se prémunir des dangers qui l’ont fait disparaître en 1788… Un exemple de loufoque, dès la page 39 : « Une fois identifié, le suspect sera soumis à un interrogatoire dont les questions ont été élaborées avec le concours du poète Charles Baudelaire« …

Pour son plus grand plaisir, le lecteur se perd dans un dédale de références et d’hypothèses (22 exactement, de l’accident au suicide) et ne peut qu’apprécier un exercice de virtuose consistant à mêler tons, styles et modes/modèles narratifs (de l’épique au dramatique… S’y rencontrent chansons, genre policier, robinsonnade…).

â–º Juliette MÉZENC, Des espèces de dissolution, éditions de l’Attente, printemps 2019, 168 pages, 16 €, ISBN : 978-2-36242-080-1.

En un temps où ressurgit le discours eschatologique, où la disparition des espèces fait l’actualité – de toutes les espèces, y compris l’espèce humaine –, vite de l’air… c’est bon, c’est beau… de l’air ! Dans une dernière partie qui constitue un hymne à la vie, la scriptrice en vient à ce qui s’appelle vraiment découvrir, non pas l’existence tel le Roquentin de La Nausée, mais la respiration : « pour la première fois de ma vie je respirais, mais respirer c’est l’affaire de toute une vie, respirer c’est l’affaire, la grande affaire de la vie, ce n’est pas rien , c’est phénoménal, c’est la merveille des merveilles, et personne pour s’extasier, ou même s’étonner, personne pour consacrer une fresque ou même une trilogie ou ne serait-ce qu’un roman, un court roman, à la respiration, j’en étais stupéfaite […] » (p. 140).

Ce punctum est l’aboutissement d’une ascèse cosmologique : disparition / rumination / absorption mentale / « puits d’espace-temps » (82)… Alice ultra-moderne, je/il/elle traverse, non pas le miroir, mais diverses strates de réalité virtuelle : nul lapin blanc dans un paysage virtuel tout droit issu des jeux vidéos, mais « un panneau qui parle », Miss Fluo, des « femmes-chevreuils », des « femmes-marmotes »…
Allez, rendez-vous au mont Mézenc (cf. p. 104) !

â–º Stéphane NOWAK-PAPANTONIOU, Nos secrets sont poétiques, Presses du réel/Al dante, printemps 2019, 64 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-060-5. [Écouter « une déclinaison sonore de Nos secrets poétiques« ]

Celui qui préfère l' »histoyr » à l’histoire ne va pas nous faire le coup du roman, mais nous proposer une poétique du secret, lequel se révèle par ailleurs politique et érotique : « Le secret se raconte mais le secret n’est pas un spectacle. Il ne se raconte pas comme une histoire avec une dissimulation et une révélation. Ça c’est pour les polichinelles, les détectives ou les psychologues » (p. 23). Cet inventif agencement répétitif est animé par une série de tensions entre masque et révélation, visible et invisible, mensonge et vérité, lisible et illisible, jusqu’à nous perdre dans un espace voilé/dévoilé – érotique, donc.

► Lucie TAÏEB, Peuplié. Fragments Fredinand, suivis du Cahier de Liesl Wagner, éditions Lanskine, printemps 2019, 136 pages, 15 €, ISBN : 979-10-90491-85-4.

Le peuple y est-il ?
« le peuple n’y est pas » (p. 103).

« Ma poésie s’est peupliée ? » Le peuple déplié dans un arbre à Paroles… Une histoire d’amour tragique aussi.

Ça commence comme au bon vieux temps, par un « Liminaire » indiquant la provenance des fragments et du cahier d' »Ã©crits post-mortem & posthumes ». Suivent des textes qui attestent que nous sommes des « héritiers de la déraison hölderlinienne » (66), mais aussi d’inventifs axiomes, et même un drôle de « nopéra furtif » (47-49)… Terminons par une phrase extraite de la lettre au « cher Fritonnant », car elle pose un problème poétique central : « Ã  quoi bon avoir lu et digéré les avant-gardes du siècle passé pour en finir avec ces platitudes » (122)…

► Jules VIPALDO, Le Banquet de plafond, éditions Tinbad, 2018, 148 pages, 18 €, ISBN : 979-10-96415-11-3.

« Quels lecteurs espérer dans  un futur analphabète
(un futur de « trous du cul ») ? » (p. 23).

Ce Banquet de plafond est évidemment bas de caisse – au niveau du plancher des rats et des souris. Et tant pis pour la « RATputation » d’un auteur « anti-confort triste » que l’on apprécie pour « son rythme de scieur effréné, ses ruptures de ton inopinées », « ses phrases qui déraillent, son fatras fantaisiste », « ses formules gauches, ses proverbes à la noix, ses aphorismes claudicants, sa littéralité glissante et gauloise, et, plus généralement, de son envahissante culanthropie ! »

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