Libr-critique

27 novembre 2016

[Chronique] Erections de Barbara Polla, par Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Polla, Éloge de l’érection suivi de Lycaon, apologie du désir de Dimitris Dimitriadis (traduction Michel Volkovitch), Bruxelles, Editions Le Bord de l’Eau, Collection "La Muette", novembre 2016, 160 pages, 20 €, ISBN : 978-2-35687-486-3.

Qu’on ne s’y trompe pas, Barbara Polla ne fait pas dans l’érotisme pur ou « étroit ». Ce qui compte pour elle est « de faire bander un pays ». Pas n’importe lequel : la Grèce. Revisitée depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. A travers diverses contributions et à travers l’œuvre de Dimitris Dimitriadis qui précise le concept érectile : « Pour moi l’érection est le contraire de la dépression. L’érection est un état intérieur général où l’on se trouve en position debout. Mais en même temps on est plein. C’est un hymne acathiste, l’érection. On n’est pas assis, on n’est pas à l’aise, on est tout en haut. Et l’image de l’érection donne cette dimension : on est prêt à éjaculer. Donc à créer ». En une telle posture, non seulement l’être mais la société grecque abattue se relève et s’érige.

Quant à la maîtresse genevoise de cérémonie, pour parachever ce livre, elle offre un temps lyrique non sans humour dans ce qui tient d’une fable. Les hommes « bandaient dans la ville et les femmes heureuses et les jeunes gens les regardaient et les aimaient bandant elles aussi eux aussi et ensemençant jusqu’aux rues de la ville et les fruits jonchaient les rues ». Barbara Polla prouve la nécessité de ce qui est non seulement l’objet de procréation mais qui devient un sujet politique et sensuel de révolte d’anarchie, de rituel d’incarnation. Il mélange le chaos et l’ordre, la perte de maîtrise mais l’envers de l’aliénation par « élévation ». Il n’est donc pas jusqu’à l’écriture féminine d’appeler à cette figure qui « renforce le désir, prolonge l’attente et augmente l’impatience pour le moment où ce qu’on appelle écriture va enfin devenir le blanc achèvement du Siècle ne laissant plus rien à celui qui s’est chargé de l’œuvre » (Maria Efstathiadi). Preuve que l’érection n’est pas affaire d’hommes.

4 octobre 2012

[Chronique – news] Regardez-moi ce travail…

"Comment peut-on encore travailler après avoir lu Hannah Arendt ?" (Thierry Beinstingel, Ils désertent, p. 62).

"Les personnages et situations de ce récit sont imaginaires. Fort heureusement. Toute ressemblance avec des personnages ou situations existant ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Cela ne se passe pas ainsi. Ne vous inquiétez pas. Tout va bien" (Pascal Guillet, Branta bernicla, exergue).

Le titre d’une Journée professionnelle organisée à Saint-Brieuc le 18 octobre prochain donne le la à cinq publications récentes (trois romans et deux essais) : Étienne Deslaumes, Journal ambigu d’un cadre supérieur. Notes de bureau, éditions Monsieur Toussaint Louverture, printemps 2012, 184 pages, 16 €, ISBN : 978-2-9533-6648-8 ; Thierry Beinstingel, Ils désertent, Fayard, été 2012, 252 pages, 19 €, ISBN : 978-2-213-66882-6 ; Pascal Guillet, Branta bernicla, Verticales/Gallimard, septembre 2012, 197 pages, 16,90 €, ISBN : 978-2-07-013847-0 / Michel Feynie, Le "As if" management. Regard sur le mal-être au travail, éditions Le Bord de l’eau, coll. "Des mondes ordinaires", été 2012, 200 pages, 17 €, ISBN : 978-2-35687-191-6 ; Daniel Cohen, Homo economicus, Prophète (égaré) des temps nouveaux, Albin Michel, septembre 2012, 216 pages, 17,90 €, ISBN : 978-2-226-24029-3 (cf. "II. Le Travail, une valeur en voie de disparition", p. 41-63).

Alors, oui, il temps : regardez-moi ce travail

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