Avis aux curieux : après notre Libr-carte blanche à Antoine Dufeu (nouvelle rubrique), présentation de Leur patient préféré de Violaine de Montclos, puis RV avec la dernière émission de radio de Sylvain Courtoux, le dernier chantier poétique de Bourges et la soirée marseillaise de Jean-Michel Espitallier et Véronique Vassiliou…
Libr-carte blanche à Antoine Dufeu
La récente parution des Chroniques bretton-woodsiennes chez Mix, qui vient de se relancer cette année avec la parution de six livres, a été l’occasion d’interroger Antoine Dufeu le 14 avril dernier à Paris – écrivain bien connu de nos Libr-lecteurs qui codirige
désormais la collection "gris" de Mix avec Fabien Vallos.
Entretien avec Fabrice Thumerel : https://soundcloud.com/fabrice-thumerel/libr-carte-blanche-a-antoine-dufeu
â–º Antoine Dufeu, Chroniques bretton-woodsiennes, Mix, 2016, 136 pages, 14 €, ISBN : 979-10-90951-08-2.
Présentation éditoriale. Oui, nous avons décidément besoin de penser à nouveau la politique sinon toute rébellion sera destinée à se transformer tôt ou tard, plus vite que l’ombre qu’elle aura projetée sur les premières heures de ses manifestations, en jetons
échangeables dans la première caisse du casino du coin dont la monnaie alors sonnante et trébuchante sera destinée à la couverture des frais de gestion des bonnes œuvres du club resort des anciens présidents de la cinquième république française, lequel n’existe pas à ma connaissance.
Extrait. « Arthur s’imagine seul là haut hurler d’une envie intraitable.
"Bonjour les prix. Bonjour l’argent ! Bonjour la finance ! Bonjour les tulipes ! À quoi sert tout l’argent du monde !" Et encore de crier : "bonjour le fer, le cuivre, le souffre, les diamants. Bonjour les chambres de compensation. Bonjour la spéculation et bonjour l’excitation boursière. Bonjour le paroxysme de la vitesse de circulation de l’argent et de son accumulation en bourse. Bonjour exubérance irrationnelle, irrégularité intrinsèque de l’économie réelle" » (p. 19).
â–º Fabien Vallos, Chrématistique & poièsis, Mix, 2016, 302 pages, 20 €, ISBN : 979-10-90951-05-1.
Ce livre commence avec un problème de nomination de ce que l’on appelle économie et avec la disparition du terme chrématistique. Il pose l’hypothèse qu’il s’agit d’un problème métaphysique d’interprétation du réel et du monde. Le livre continue avec l’hypothèse étrange qui consiste à dire que la disparition du terme chrématistique est en lien avec la transformation substantielle et radicale du terme poièsis. Il pose alors la thèse qu’il y a une source fondamentale pour penser le problème de l’agir et de l’opérativité et pour interpréter ce que l’on nomme une économie de l’œuvre. Enfin ce livre indique des manières de lire l’œuvre moderne et contemporaine en supposant qu’il y a eu, à cet endroit, un irrémédiable tournant : c’est ce que nous appelons critique de la poièsis.
Ce livre pourra être lu de trois manières différentes et conjointes : comme un traité métaphysique de l’opérativité et de la disqualification des agir, comme un traité esthétique pour la lecture moderne du concept de poièsis (autrement dit de l’œuvre et de ses crises) et enfin comme un traité de philosophie politique en vue de faire face à ce qui tient de notre extrême et scandaleux contemporain.
Libr-brèves diverses
â–º Violaine de Montclos, Leur patient préféré, Stock, février 2016, 176 p., 17 €. [17 récits de psychanalystes, parmi lesquels Pierre Streliski, Gérard Bonnet, Michael Larivière,
Jean-Pierre Winter.]
À un ogre de livres, antihéros-limite trébuchant à fleur de mots, sur la durée d’une ou l’autre vie épargné l’hôpital. Un assassin en vingt ans de prudente ménagerie extrait de sa cage. Surdoué funambule, qu’un bizutage a tué. Ou « silence contre silence », le circonspect dénouant le taiseux de la fosse à purin où est mort un enfant. Un livre de journaliste, d’écriture inégale, au titre détestablement vendeur. Où cependant dès le premier récit affleure une neuve dramaturgie de longue patience étirant son rhizome, en quelques phrases contractant les années – celle qui a déserté le roman. Alerte centenaire, la psychanalyse investit ses servants chacun d’un « patient-princeps » comme d’un hapax qui le fait roi mendiant. /Christophe Stolowicki/
â–º On écoutera avec grand intérêt la deuxième émission radio de Sylvain Courtoux sur Soundcloud : https://soundcloud.com/sylvain-courtoux/les-poetes-vestiaires-poesie-sonore-sarl-emission-du-22-avril-2016
â–º Jeudi 28 avril, 18H30, 4e rendez-vous Chantiers poétiques de Bourges : soirée de clôture avec Amandine André, Justin Delareux, A.C. Hello, Yannick Torlini et Laura Vazquez Médiathèque Les Rives d’Auron bd Lamarck BP 18 18001 BOURGES cedex.
â–º Vendredi 29 avril à 19H, RV à Marseille avec Jean-Michel Espitallier et Véronique Vassiliou.

jardinage, ensuite et surtout parce qu’il ne se voyait pas passer du temps dans un hôpital psychiatrique à l’heure où sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis huit ans, sombrait dans la démence. Puis il a visité le jardin, rencontré les patients et pensé qu’écrire sur eux lui permettrait peut-être d’écrire aussi sur elle, via leur étrangeté commune, d’écrire sur la vie qu’ils vivaient encore un peu ensemble et ainsi, qui sait, de ralentir, un temps, leur irrémédiable éloignement. Des bienfaits du jardinage dit les allers-retours de Patrice Robin entre elle et eux durant ces quelques mois de résidence, allers-retours entre les vies, celles brisées parfois, tassées souvent, de ces hommes et femmes lourdement médicamentés, celle de plus en plus immobile et silencieuse de sa mère. Des bienfaits du jardinage dit aussi la sienne, déstabilisée, accompagnant sa mère, en fils, vers sa fin, mais aussi l’enregistrant et la prenant en photo, en écrivain, comme il prenait en photo le jardin et recueillait les témoignages de ses usagers. Des bienfaits du jardinage dit son trajet vers ces derniers, lent, difficile, douloureux parfois, puis apaisé enfin, dit surtout comment ils l’ont accompagné, apporté un peu de paix, sans le savoir, tout au long d’un printemps, d’un été et d’un début d’automne.
constat" médical (57), le narrateur assiste avec appréhension au "lent mourir" (114) de celle pour qui la compréhension comme la préhension sont problématiques : "elle ne tenait plus rien autour d’elle, ni le fil des heures, […] ni l’ordre des années, […] encore moins celui des mondes" (39)… Dans Des bienfaits du jardinage, nulle écriture de l’entre-deux – de la tension entre Eros et Thanatos – comme chez Ernaux, mais une même volonté de retenir la vie. Et vivre, "c’est être caressé, touché" (Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit) : ce que n’oublie pas un fils qui accompagne sa mère jusqu’au bout de sa nuit ! Mais écrire, c’est pour lui une revanche contre cette "incapacité totale à nommer" (31) qui a frappé sa mère, c’est faire fleurir les amandiers (allusion à Camus), c’est la faire passer de la nuit à la lumière (dernières lignes : "Le soleil éclaire son visage, le rend extrêmement pâle. Elle se tient de profil, bras levés, sourit doucement, lèvres closes, entourée de roses rouges").
Le 24, paraît le poème Climats ; auparavant, le 18, réédition de Un Hymne à la paix (16 fois). 
Le cinéma s’est nourri et se nourrit des autres formes artistiques. En s’imposant à la fois comme valeur culturelle et comme patrimoine, le cinéma devient lui-même une source d’inspiration et d’interrogation pour les autres formes artistiques.