Libr-critique

15 avril 2011

[Chronique] Annie Ernaux, L’Autre Fille

Annie Ernaux, L’Autre Fille, NiL éditions, mars 2011, 80 pages, 7 euros, ISBN : 978-2-84111-539-6.

"La réalité fulgure : je suis venue au monde parce que tu es morte et je t’ai remplacée" (p. 61).

Chaque autosociobiographie d’Annie Ernaux – ou presque – rayonne à partir d’une réalité/vérité fulgurante : la mort et le destin social du père (La Place) ou de la mère (Une femme), une "passion simple", la découverte de la honte sociale suite à la folle tentative d’assassinat de la mère par le père (La Honte), l’avortement (L’Evénement), la jalousie comme "occupation" de soi par l’Autre (L’Occupation), le sexe contre le cancer (L’Usage de la photo)… Tout commence, cette fois, un dimanche estival de 1950 : à dix ans, la petite Annie Duchesne apprend comme par effraction qu’elle est ce que la psychanalyse nomme une enfant de remplacement, c’est-à-dire, dans le patois normand, une ravisée – "nom qu’on donne à une espèce particulière d’enfants nés d’un vieux désir, d’un changement d’avis des parents qui n’en voulaient pas ou plus" (La Femme gelée, Gallimard, 1981 ; rééd. "Folio", 1987, p. 13). La révélation est vécue comme un tremblement de terre : "J’avais vécu dans l’illusion. Je n’étais pas unique. Il y en avait une autre surgie du néant. Tout l’amour que je croyais recevoir était donc faux" (L’Autre Fille, 22). Le sentiment d’élection laisse place à la déréliction.

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