Libr-critique

6 août 2019

[Livres – News] Libr-vacance (3)

Redisons-le pour tous ceux qui nous ont rejoints depuis peu : Libr-vacance ne propose nullement une sélection « cool » de livres-de-vacances : c’est une invitation à méditer-rêver-pester de façon libr&critique… En ce début août, dans nos Libr-brèves, une spéciale BEURARD-VALDOYE et un retour en vidéos sur « Les Écrits numériques #4 » ; après avoir lu en zigzaguant, des Libr-lectures les plus diverses (livres intéressants dont nous n’avons pu rendre compte jusqu’à présent, parus entre le printemps 2018 et l’été 2019)… [Libr-vacance 2]

Libr-brèves

► Patrick Beurard-Valdoye, À travers Le Cycle des exils : Lectures / Rencontres le vendredi 13 septembre à 20h30, au Vélo Théâtre, à Apt / tarif : 5 €
Les cris poétiques (hors série) de Patrick Beurard-Valdoye
Une invitation de Alt(r)a Voce / Florence Pazzottu

Le samedi 14 septembre à 17h, au cipm : Le Cycle des exils : qu’est-ce que c’est que cette histoire ? [tarif : 3€ | soutien : 5 €]

Autour de Patrick Beurard-Valdoye : Jaqueline Merville(écrivain et dramaturge) et Jean de Breyne (écrivain et fondateur des Cris poétiques) qui introduiront la soirée ainsi que Florence Pazzottu (poète et cinéaste) et Michaël Batalla (poète et directeur du Cipm) qui liront quelques extraits des premiers volumes du Cycle. Patrick Beurard-Valdoye donnera ensuite une performance intitulée Artaud chez les Irlandais (extrait du huitième livre, en chantier).

Patrick Beurard-Valdoye donne forme depuis les années 1980 à l’une des œuvres majeures de la poésie contemporaine, que Libr-critique suit depuis sa création (entretien avec Philippe Boisnard). Vaste épopée de la construction européenne, Le Cycle des exils compte aujourd’hui 7 volumes publiés. Le dernier en date, Flache d’Europe aimants garde-fous, a paru en mars 2019 aux éditions Flammarion.

♦ Dans l’attente des projections en festivals, voici le teaser d’un magnifique portrait du poète Patrick Beurard-Valdoye, film d’Isabelle Vorle projeté à la Maison de la poésie le 23 mars dernier : Vibes & Scribes

â–º En ligne, les communications des Écrits du numérique #4 (21 mars 2019), parmi lesquelles : « Arts, littératures et formes numériques du livre » par Lucile Haute, artiste et enseignante-chercheuse.

En lisant, en zigzaguant

â–º « Je cherche au long de mes plages la différence entre l’écrit et le lisible, entre le lisible et le visible. »
« La différence entre le poème et le reste n’est pas une différence linguistique. De prétendus poèmes ne sont pas des poèmes. […] De bons, voire d’excellents poèmes n’ont ni l’allure ni la facture de ce que l’on appelle, faute d’avoir accepté mille réflexions passées et présentes, ou d’avoir opté passionnément pour l’ignorance, un poème » (Dominique Meens, L’ÃŽle lisible, P.O.L, hiver 2018, p. 76).

â–º « Nous voulons du chaud. Que l’on crève de chaud. Qu’il n’y ait plus que ça. La chaleur. […] Plus ça viendra et plus la chaleur nous couvrira de toute part. C’est nous qui le voulons. Nous et nous seuls. Nous voulons vivre où ça chauffe. Où ça bouillonne. […] Nous voulons cuire. Nous voulons la cuisson des corps. Que ça nous brûle au-dehors et aussi en dedans. […] Que l’on ne soit plus que des générations de têtes brûlées » (Charles Pennequin, Gabineau-les-bobines, pp. 200-201 : cf. ci-dessous).

Libr-lectures

► Marianne Simon-Oikawa, Les Poètes spatialistes et le cinéma, Nouvelles éditions Place, printemps 2019, 112 pages, 10 €, ISBN : 978-2-376280460.

Pour le couple renommé Ilse (née en 1927) et Pierre Garnier (1928-2014), le cinéma constitue « un des possibles de la poésie » (p. 12), dans la mesure où « les mots doivent être vus » (Å’uvres poétiques, éditions des Vanneaux, t. 1, 2008, p. 78) ; d’autre part, ces chefs de file du spatialisme conçoivent la poésie comme une pratique cinétique. D’où l’incursion de Pierre dans les domaines de la vidéo et du dessin animé, et les deux « ciné-poèmes » créés par Ilse en 1996, Voyage cosmique et Poème cinématographique.

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Dans ses Déplacements, recueil d’énoncés dénonciateurs, Claude Favre rappelle  « l’expérience d’Énée, rêve d’une ville ouverte à tous les étrangers » (p. 35)… Hélas, nous sommes bien loin de l’hospitalité inconditionnelle que préconisait Derrida : nous assistons bien au contraire à l' »accélération des déplacements » (37)… Les chiffres dépassent l’entendement : « fin 2015, on compte 65,3 millions de déracinés » (39) , « déplacés de force ou migrants, 48 millions d’enfants, dans le monde »… La mondialisation produit en séries des millions d’exclus, qu’ils soient « réfugiés, migrants, exilés, demandeurs d’asile » (38)… D’où cette litanie de la misère que propose Claude Favre en 1672 assertions/respirations.

Le monde de la mondialisation est un monde ouvert, disent-ils. Or, peu de temps après la Chute-du-Mur (Berlin, 1989), c’est l’Occident qui fait dans le mur, qui s’emmure : « on finance la sécurisation de la frontière » (Carnets de murs, p. 51).

Que veut-on protéger ? Les Intérêts des dominants.
Que veut-on sécuriser ? Les Propriétés – toutes sortes de propriétés.
Logique : les ex-colonisateurs ne veulent pas être colonisés ; l’impérialisme n’est pas un humanisme.

Quel horizon s’en dégage-t-il ? Aucun autre horizon que celui de l’ostracisme et du différentialisme : « Une frontière, c’est ce qui permet de séparer une chose d’une autre chose, il faut séparer pour pouvoir faire une différence, pour pouvoir dire que l’un est l’un et que l’autre est l’autre », peut-on lire dans Exploration du flux de Marina Skalova, apologue critique qui traite la crise migratoire en télescopant les isotopies pour faire déraper les significations. Voici un exemple de la façon dont elle expose l’implacable logique d’exclusion immondialisée : « Il y a les migrations provoquées par les guerres, on appelle ça des exodes. Et il y a les migrations des barbares, on appelle ça des invasions. Les exodes, c’est quand beaucoup de gens partent en exil, et l’exil, c’est quand on peut demander l’asile. Pour demander l’asile, il faut un papier, une carte de vÅ“ux, une invitation. Sans invitation, on appelle ça une invasion » (16)…
« Bienvenue au Mirador, dernier-né d’une idée d’avenir », tel pourrait être le message délivré aux indésirables – emprunté à la toute récente dystopie de François Bizet, Dans les miradors, parue aux bien nommées Presses du réel.

♦ Claude FAVRE, Crever les toits, etc., suivi de Déplacements, Presses du réel/al dante, hiver 2018, 96 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-034-6.
♦ Emmanuèle JAWAD, [carnets de murs], Lanskine, automne 2018, 56 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-70-0. [Sur cette poésie qui fait le mur : ici]
♦ Marina SKALOVA, Exploration du flux, Seuil, printemps 2018, 70 pages, 12 €, ISBN : 978-2-02-139401-6. [Extrait LC]
♦ François BIZET, Dans le mirador, Presses du réel/al dante, hiver 2018, 96 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-033-9.

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► Attaques, #2, Les Presses du réel/al dante, printemps 2019, 544 pages, 27 €, ISBN : 978-2-37896-089-6.

« La poésie est-elle une forme de résistance ? » (p.  127).

« C’est quand on va au tribunal
qu’on sait dans quel pays on vit »
(Jérémy Gravayat, p. 232).

À l’âge de la post- (histoire, vérité, politique, littérature, critique) qui croît sur un compost d’imposture, cette deuxième salve d’Attaques est la bienvenue parce que rare. Tous azimuts, bien entendu : de l’Europe à l’Amérique latine (Brésil, Argentine, Mexique, Vénézuela), en passant par l’Algérie, le Mozambique, la Palestine ou l’Iran… Et de convoquer tous moyens et tous domaines : textes théoriques/manifestaires, satiriques, polémiques, didactiques ou lyriques, entretiens, photographies et photomontages ; sphères poétique, politique, philosophique, socioculturelle, artistique…

Entre autres et brièvement, sont interrogés / analysés / dénoncés :
– la violence de l’État, au service des dominants ;
– le concept de « nation », dont Rada Ivekovic nous invite à nous méfier (chimérique, elle « fonctionne à coups d’identifications et d’imaginaires commu-nautaires naturalisés ») ;
– le français comme langue de la domination : « Cette langue hautaine, arrogante, aveugle et coloniale qui fabrique une littérature subalterne autochtone au service des instituts français locaux » (Jalal El Haknaoui, p. 16) ;
– l’art de la rue, pas forcément subversif (Clemente Padin) ;
– la situation du Brésil : « nous sommes sortis du cycle du populisme de gauche rien que pour nous installer dans celui, dit « nouveau », du populisme de droite » (Horácio Costa, p. 111) ; au Brésil, « les institutions fonctionnent bien et mieux »Â â€“ mais le texte sérié par André Valias est contaminé par un processus viral…
– l’art de perruquer, c’est-à-dire, en milieu professionnel, de détourner les moyens de production à des fins personnelles (Jan Middelbos)…

Au plan politique, saluons l’article de Laurent Cauwet sur le phénomène des Gilets jaunes, fustigeant la violence étatique comme le mépris de classe, y compris dans les milieux artistique et intellectuel – où, du reste, peu se sont exprimés sur le sujet. On regrettera seulement l’amalgame, courant à gauche, entre totalitarisme et fascisme – lequel correspond à une idéologie et des pratiques bien définies. Sans compter qu’il faut être vigilant et rigoureux dans l’usage d’une certaine terminologie : pour se faire l’auxiliaire d’un totalitarisme ultra-libéral ou propre au capitalisme financier, au plan des institutions politiques l’état français ne saurait encore être taxé de « totalitaire »Â â€“ autoritaire, policier, voire illibéral plutôt. Au plan poétique, signalons le lyrique agencement répétitif de Claude Favre : sa « Caravane » est un chant universel en faveur des exilés et des exclus. Quant à Sylvain Courtoux, c’est le seul poète français à inventer des formes originales à partir de la sociologie critique : nourri des théories de Pierre Bourdieu, Bernard Lahire et de Howard Becker, en suivant les modèles du Jeu de l’oie et du Monopoly, il met à jour de façon ludique et subtile les fondements du Jeu littéraire.

► Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, éditions ONLIT, Bruxelles, automne 2018, 272 pages, 18 €, ISBN : 978-2-87560-102-5.

Toujours différente et toujours la même, avec la verve et l’inventivité verbale qui la caractérisent, cette fois Véronique Bergen nous fait vivre la folle histoire – dite « moderne » – de l’humanité à travers le regard lucidement halluciné de chiens célèbres, de la Révolution Française à l’austérité capitaliste en Grèce, en passant par l’extermination des Indiens, la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la conquête spatiale (mémorable Laïka !)… Dans cet univers où l’on s’exprime en canidien standard, le regard porté sur les humains – dont s’avère consternante « la pauvreté spinocortico-connective » (116) – ne peut être que distancié (drôle, ironique, sarcastique, satirique) : « Quelle aberration de sacrifier deux pattes pour bipéder comme des autruches… De toutes les lubies, de toutes les tocades des humains, regarder des heures durant des images qui défilent sur un écran, se tartiner le visage de confit de bananes, courir sur place sur un tapis volant qui ne décolle jamais, manger avec des ustensiles qui blessent les aliments sont celles qui me darwinent à l’envers » (p. 9). Les translations concourent à l’effet d’étrangeté : à « bipéder » et « darwiner », ajoutons que le chien statistique, waf waf, etc. Homoncules, prenons en pour notre grade : « J’ai honte de votre manie narcissique, immature des autoportraits, de vos défécations de selfies » (10) ; « Ce n’est qu’au prix de la mort de l’homme que la planète aura chance de survivre ; la sélection naturelle cosmique exige son éradication » (35)…

â–º Grégoire CABANNE, Michel, Leïla (Lui, Elle, Toi), éditions MF, coll. « Inventions », printemps 2019, 224 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37804-013-0.

Dans sa préface qui multiplie les références au discours savant, l’auteur présente ainsi son projet : « Le pari de Michel, Leïla est de raconter une histoire sans aucune narration, uniquement thématisée par le titre […], et la détermination quasi-arbitraire de deux pronoms » – le pronom étant du reste « la marque de l’homme dans le langage ». Ainsi : Lui, Elle, Toi, qui font parfois Eux : « Et ils se marièrent / et n’eurent qu’autant /   d’enfants » (139). C’est dire qu’il s’agit ici de parodier et détourner les clichés romanesques, de redonner vie aux lieux communs au moyen de dérapages plus ou moins contrôlés : « Il est / capitaine / de désindustrialisation » ; « Il voit la vie / par le bout d’une / sornette » ; « Il a les poings suspensifs »… Et parfois, au passage, des clins d’Å“il appuyés à ce que l’on appelle des références littéraires : « Il a six trous bleus / au côté gauche / de l’arme droite » (Rimbaud) ; « Elle écrit / ton nom / sur des murs de nuages » (Éluard)… Et, bien entendu, les diverses variations de ces micropoèmes demandent à être prolongées ad libitum.

â–º Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €, ISBN : 979-10-96415-13-7.

Une bien belle invitation, même s’il est moins question ici de cul que de culot : l’écrivain invisible qui moud l’essence-ciel – par ailleurs homme-surnuméraire – s’attaque à notre monde lisse : « Comme vous avez besoin de vous rassurer ! Vous vous jetez sur vos rasoirs et votre savon à peine sorti du lit. Ça en dit long… Vous ne supportez pas votre propre odeur. Une femme ne se déshabille jamais devant qui que ce soit sans avoir préalablement gommé sa pilosité » (p. 29). Monde du simulacre et du Tout-à-l’Ego : « Savonne ton ego avec tes propres vomissures » (11)… L’écrivain contemporain n’est pas épargné, vu les actuelles « règles du Je » : « Le Moi s’éparpille s’immisce dégouline sur la tartine de sa création littéraire » (71)… Qu’à cela ne tienne, optimisons notre pouvoir de séduction et prenons soin de notre névrose (fiches pratiques offertes !).

De culot et d’humour, celui qui n’aurait « pas voulu être un écrivain raté ordinaire » (chap. VIII) n’en manque pas. Il en faut pour nous donner à mordre l’essentiel de ses publications les plus diverses en revues entre 2004 et 2018 : ce « livre résolument post-Dada » (4e de couverture) va jusqu’à nous livrer des « quatrièmes d’imposture » et des couvertures fantaisistes (Naître et autres domaines dans lesquels j’aurais dû m’abstenir ; Respirer c’est déjà cautionner un système ; Démantèlement de la structure paradisiaque en vue de satisfaire les actionnaires…).

Mais que cela ne vous empêche pas de répondre à cette question cruciale : « L’homme libre dont personne ne peut prouver scientifiquement l’existence, est-il lui aussi répertorié dans des bases de données informatiques ? » (310).

â–º Alain MARC, Actes d’une recherche. Carnet 1986-2019, Z4 éditions, coll. « La Diagonale de l’écrivain », juin 2019, 306 pages, 14,50 €, ISBN : 978-2-490595-47-1. [Écouter un extrait]

Au fil des décennies, le poète du cri cherche sa voie/voix, la renforce, l’améliore, portant son attention à « l’organisation de la voix intérieure » (p. 139), au rythme, au « jeu phonique et sonique » (149), à la posture… Un exemple : « Lire la tête en bas, ou renversée à l’arrière, gosier écrasé. Et voir comment le corps réagit, comment le geste influe sur la voix, sur la lecture » (179). L’auteur/le noteur s’interroge sur l’articulation entre poétique et politique, développe une poésie existentielle qui doit beaucoup à la poésie spatiale et concrète, et s’oppose au formalisme : « C’est une poésie du dit et non du dire, une poésie du sens et non de la forme. C’est le sens, des mots même, qui fait rythme, et non les syllabes voyelles et consonnes… » (131). L’ensemble est stimulant ; on lui pardonnera juste l’aspect disparate ou redondant de certains passages, tout comme son rapport traditionnel à la langue : « La langue de Christian Prigent est une sorte d’argot anglophonisé » (225).

► Charles PENNEQUIN, Gabineau-les-bobines, P.O.L, novembre 2018, 208 pages, 18 €, ISBN : 978-2-8180-4631-9. [Un extrait]

« l’écrit est  un bruit prolétaire. un bruit prolétaire
est un son qui ne cherche pas à reprendre les discours  »
(Les Exozomes, P.O.L, 2016, p. 71).

Si, à la fin surtout, on retrouve celui qui fait merdRer la langue avec son oralité syncopée et ses Agencements Répétitifs Névralgiques (ARN), toutefois le dépaysement est  grand pour les lecteurs de Charles Pennequin : exit l’emmerdReur que l’on connaît, celui qui fulmine contre les grands-écrivains, les foulosophes et zinzintellectuels, les graveurs de marbre et penseurs à majuscules… Cette fois le discursif a cédé le pas au narratif : la retrempe aux origines permet à celui qui merdRe de laisser émerger avec une certaine tendresse tout un monde populaire, celui des années 70 et 80 − et par là même affleurer un « nous » possible, celui d’une communauté authentique.

Comme un lointain écho à Jésus la Caille de Carco, Gabineau-les-bobines fait ainsi revivre des personnages hauts en couleur aux savoureux sobriquets (Momo, Lulu, Gégène, Peigne-Cul, le Grand- et le Petit-séquin, Nono, la Tchitchette, Avec-plaisir, etc.), avec le parler et les habitudes sociales de ce microcosme du Cambraisis : le « maroilles arrosé de grands Picon » (30), les jardins ouvriers et leurs pigeons, les blagues de Cafougnette, les virées en 4L, le « toubaque à Gégène » (198)…

15 janvier 2017

[News] News du dimanche

En ce troisième dimanche de l’année, trois rubriques pour vos découvertes et RV : LC vous recommande ; Libr-brèves ; Libr-événements

Libr-critique a reçu et vous recommande… /FT/

â–º RIP, revue critique et clinique de poésie, 1.1 "Poésie va pas tous mourir", Paris, automne 2016, 15 €, ISBN : 978-2-9557237-0-8.

Antoine Dufeu et Frank Smith lancent cet objet littéraire bien conçu dont le support est mixte (parution annuelle en papier, puis sur le site), avec la volonté de riper poétique et politique. La fragmentation des textes – dans lesquels on navigue grâce à une architectonique subtile – est expliquée dans l’édito : "la littérature a valeur d’expérimentation, d’acte de création • pliage d’un texte sur l’autre"… Car "c’est à plusieurs que s’écrit le moindre poème"… En ces temps tragiques, voici une revue qui donne à penser – avec Deleuze en toile de fond, mais pas seulement.

â–º Corinne Lovera Vitali, Ce qu’il faut, Publie.net, novembre 2016, 184 pages, 17 €, ISBN : 978-2-37177-465-0.

Après les 39 fragments adressés au père dans 78 moins 39, avec Ce qu’il faut, nous entrons dans l’œil de ce cyclone ravageur qu’est la vie : de poésie lente, cet Agencement Répétitif Névralgique (ARN) se développe sans pathos autour de cette tache aveugle qu’est le deuil – celui d’un homme et d’un enfant aimés. On en sort bouleversé.

â–º Christophe Stolowicki, Rhizome, Passage d’encres, "Trait court", décembre 2016, 32 pages, 5 €, ISBN : 978-2-35855-127-4.

Voici des "brèves sans humour, à l’encontre du genre" (p. 17). Autant de lignes de fuite dans le paysage littéraire et artistique moderne. Avec la volonté de dépasser l’alternative entre poésie et prose : "La poésie, le roman tombés en inégale désuétude. Contractant le prosimètre, un genre mixte qui les relève ?" (p. 17). On terminera cette courte présentation destinée à vous mettre l’eau à la bouche par une citation qui rend compte du titre : "Affleure une neuve dramaturgie de longue patience étirant son rhizome, en quelques phrases contractant les années – celle qui a déserté le roman" (p. 21).

Libr-brèves

â–º Pour bien commencer une année, il faut bien se justifier… On écoutera donc "De la justification", que nous propose Sylvain Courtoux en cette première quinzaine de janvier 2017.

â–º Un événement que la réédition de Nous d’Antoine DUFEU : à ne pas manquer !

â–º Avant de codiriger le Colloque international de Cerisy en août prochain ("Jacques Prévert, détonations poétiques"), Carole Aurouet nous présente une bio-bibliographie synthétique du braconnier des Lettres : un parcours très vivant tout en poésie ("La poésie parlée", "La poésie filmée", "La poésie écrite", "La poésie chantée", "La poésie imagée"). Dès vendredi prochain 20 janvier, les passionnés – qu’ils ressortissent à un public large ou spécialisé – pourront se faire plaisir : Jacques Prévert. Une vie, Les Nouvelles Éditions Jean-Michel Place, en librairie le 20 janvier 2017, 224 pages, 10 €.

Libr-événements

â–º Vendredi 20 janvier à partir de 18h30, soirée de lectures, performances, concerts pour fêter un double lancement :

• Le lancement du 1er numéro papier de la revue Frappa, créée par A.C. Hello
• La publication du nouveau livre d’Antoine Boute, Inspectant, reculer, publié aux éditions Onlit

Le Monte-en-l’air
71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare, 75020 Paris

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Lectures, performances, concerts de :
• Julien Blaine
• Laura Boullic
• Antoine Boute
• Virginie Grahovac
• A.c. Hello – accompagnée de Thierry Müller (basse/guitare/électrosonic), Laurent Saïet (basse/guitare), Quentin Rollet (saxophone)
• Manuel Joseph, accompagné par motif_r
• Sébastien Lespinasse
• Igor Myrtille
• Elodie Petit
• Chloé Schuiten

+ exposition d’originaux ou reproduction des textes/dessins/photographies des auteur.e.s : Amandine André, François Audemar, Nikola Akileus, Stéphane Batsal, Véronique Bergen, Jérôme Bertin, Julien Blaine, Baptiste Brunello, Laura Boullic, Antoine Boute, Jean-Philippe Cazier, Ivar Ch’Vavar, Christophe Claro, Valentine Crémier-Garce, Robert David Elwood, Cédric Demangeot, Billy Dranty, Jean-Michel Espitallier, Sarah Fisthole, Liliane Giraudon, Virginie Grahovac, Martin Gosset, Benoit Grimalt, Marion Guillet, A.C. Hello, Hugo Hengl, Manuel Joseph, Charlotte Jankowski, Manuel Joseph, Éléonore Lebidois, Élinora Léger, Sébastien Lespinasse, Fabienne Letang, Laurent Cauwet, Bryan Lewis Saunders, Igor Myrtille, Charles Pennequin, Emmanuelle Pidoux, Élodie Petit, Popier Popol (Nathalie), Konrad Schmitt, Chloé Schuiten, Thomas Sidoli, Lucien Suel, Fanny Torres, Cécile Wautelet.

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REVUE FRAPPA

"Frappa a été conçu – rédaction, graphisme, maquette – par A. C. Hello , dont le Clavier cannibale a, il y a un peu moins d’un an, exploré le précédent livre, Naissance de la gueule. Frappa existait déjà en ligne, la voici donc sur papier, riche de 246 pages, pensée mais non préconçue, nullement attifée d’un thème mais parcourue de mille motifs. Comme l’expliquait A.C. Hello dans un entretien, quelque chose de l’ordre de la "bascule", paradoxalement, tient et relie ces textes:
"Ce qui – et encore une fois, c’est quelque chose dont je me suis aperçue bien après – manifestement les rassemble tous, c’est leur travail, peut-être inconscient, sur le basculement. Le mot est instable, la phrase est instable, ou même la pensée est instable, et c’est toujours à deux doigts de se casser la gueule. C’est un équilibre ténu, qu’ils aiment mettre en danger. Et si certains le font sérieusement, je veux dire sur un ton sérieux, la majorité produit ce basculement dans un joyeux désordre branque, même si bien sûr on sent une fêlure qui ébrèche, parfois, cette douce ironie" (entretien donné à Diacritik).
Pensée instable, phrase instable: rien à voir avec une fragilité feinte, bien sûr. Et force est de constater que les textes publiés dans cet impressionnant Frappa (ce fracas frappé?) brillent par l’intelligence instinctive de leur violence. Qu’ils soient signés par A.C. Hello, Martin Gosset, Amandine André, Antoine Boute, Lucien Suel, Charles Pennequin, Baptiste Brunello, Manuel Joseph, pour n’en citer que quelques-uns sur la multitude de participants à cette revue, tous les textes de la revue montent à l’assaut, tranchent, déplacent, résistent. Poésie sonore, mais surtout prise de poésie, prise de heurts, tensions. Une centrale surchauffée. Un état des lieux des affres, de l’égarement, de la résistance." — Christophe Claro.

Liens vers les 2 premiers numéros numériques de Frappa :

http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.1/
http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.2/

Entretien sur Diacritik :
https://diacritik.com/2015/12/07/la-poesie-frappa-entretien-avec-a-c-hello/

Spot publicitaire :
https://www.youtube.com/watch?v=6vPPD4XjncM&index=9&list=UUoNuEUi7DZ3Dt8y6IVzALig

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INSPECTANT RECULER d’Antoine Boute (Éditions Onlit)

Synopsis : Au lendemain de son mariage avec l’inénarrable Valéria, Freddo se retrouve seul et désemparé. Ça lui pèse tellement qu’il décide d’aller chez les flics: « Bonjour pardon de vous déranger mais ma femme a disparu le jour de notre mariage. ». Avec l’aide de l’inspectrice Karolien, il tente de résoudre cette inquiétante disparition. Or L’enquête, plutôt que d’avancer ou même de piétiner, recule au contraire jusqu’à prendre des dimensions cosmiques.

"Boute est un magicien décomplexé qui préfère extraire des chapeaux du lapin. Avec lui, on est embarqué, cahoté, aucune intimidation, ça marche à cent à l’heure, c’est salutaire, le texte bat la campagne, défriche, et surtout on rit, le texte rit, la syntaxe se marre, c’est un rire cosmique, un rire chamanique et contagieux. (…) C’est ce qui manque à la littérature française." — Christophe Claro.

Présentation du sommaire d’Inspectant reculer par Antoine Boute :
https://www.youtube.com/watch?v=Y_QDgqI_Ic0

â–º Vendredi 20 janvier à 18H30, Librairie L’Échappée Belle à Sète, rencontre-lecture avec Juliette Mézenc pour son dernier livre Laissez-passer (éditions de l’Attente).

â–º Dimanche 22 janvier 2017 à partir de 14h, American Gallery, visite exceptionnelle de l’exposition F. comme faille et Chevrotines : Ayme/ Blaine/Pazzottu
 
Lecture avec ponctuation sonore et déclar’action à 15h
F. comme faille et Chevrotines, deux livres d’artistes aux éditions Rencontres parus en 2016 dans la collection Tête à texte. Exposition du 4 décembre 2016 au 19 février 2017.
œuvres originales de Julien Blaine, de Giney Ayme, et (œuvres à quatre mains) de Florence Pazzottu et Giney Ayme.
AMERICAN GALLERY
54 RUE DES FLOTS-BLEUS 13007 MARSEILLE
bus 83 arrêt anse de la Fausse Monnaie
visites sur rendez-vous : 06 27 28 28 60

 

â–º Mardi 24 janvier 2017 à 19h30 Ivy Writers vous invite à une soirée de LECTURES BILINGUES avec les poètes :

MANUEL DAULL (France)
KATE NOAKES (UK)
et LAURENT GRISEL (France)

24th JANUARY from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poets Manuel Daull and Laurent Grisel alongside Welsh poet Kate Noakes with translations in French and English by Mary Reilly among others—let us know you are coming!

MARDI 24 janvier 2017 à 19h30
Au bar / 1er étage :
Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

 

â–º La cie Stelisto de Tempo présente le vendredi 27 janvier à 20h au Théâtre Massenet (rue Massenet à Lille) // SANS FRONTIERES FIXES //

Réserver : https://goo.gl/forms/FIwAIninSSvba0cj1
Tarifs : 9/6/3 €
Mangez ou buvez un verre en bonne compagnie dès 19h30 !

“Sans Frontières Fixes” est un spectacle à plusieurs voix où nos colères et nos incompréhensions sonnent, où nos peines résonnent, où la poésie et la musique se mêlent et nous lavent, nous enlacent et nous livrent une lueur d’espoir et de Beauté. Les comédiennes Coline Marescaux et Céline Hilbich portent une furieuse envie de refuser les limites absurdes, ses frontières qui nous séparent et nous éloignent de l’autre. Accompagnées du multi-instrumentiste Dorian Baste, elles vous invitent à un concert poétique à la frontière du théâtre inspiré du recueil de Siméon.

"Parce que justement ça sert à ça la poésie, à mettre les pieds du poème dans le plat de l’existence." J-P. Siméon

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