Libr-critique

20 octobre 2018

[News] Libr-Au secours !

Baisse de la dotation de l’État aux collectivités territoriales, qui, par ricochets, diminuent les subventions aux divers projets culturels (la « culture », c’est connu, ce n’est pas vital)… Baisse du budget du Ministère de la Culture et crédits d’impôt aux investisseurs privés… Plus encore depuis un an et demi, c’est la même logique, illibérale parce qu’ultra-libérale, qui tend vers l’humoins.
Un micron politique au service des as[tres] de la Finance, un vendeur de Carpet Land qui déroule le tapis devant les puissances d’argent… Stop !
Les artistes qui depuis des années ont flirté avec les fondations diverses peuvent se réjouir : ils ont bien été à l’avant-garde… de la Collaboration !

Ce soir à 18H, tous avec Khiasma, dont nous relayons le communiqué ! Et sauvons un éditeur de poésie comme Propos2, dont nous reproduisons la Lettre ouverte à la région PACA…

[On pourra lire Antoine Pecqueur, « Le « capitalisme culturel » à l’assaut du spectacle vivant », Le Crieur, Mediapart – La Découverte, n° 11, octobre 2018, p. 136-151.]

Vive Khiasma !

Chers ami.es, allié.es, artistes, partenaires et soutiens,

En ma qualité de présidente, j’ai le regret d’annoncer que l’association Khiasma va cesser son activité à la fin du mois d’octobre. La situation financière très dégradée de la structure nous pousse à prendre, en accord avec l’équipe, une décision difficile qui nous attriste tous. Depuis deux années et des coupes brutales de certaines de nos subventions, l’équipe de Khiasma s’est battue pour inventer de nouvelles manières de faire et de fabriquer son activité en accord avec son identité et le sens du partage de la culture qui la caractérise. Mais aujourd’hui il est clair qu’il nous est impossible de rattraper un déficit structurel qui empoisonne notre quotidien.
Créée en 2001 pour penser et réaliser des projets artistiques et culturels avec les habitants du Nord-Est Parisien, Khiasma a ouvert son espace de rencontre et de diffusion au 15 rue Chassagnolle aux Lilas en 2004. Depuis lors, beaucoup d’artistes sont passés par là, présentés souvent très tôt dans leur carrière, beaucoup de gens, du proche et du lointain, sont venus débattre et découvrir avec nous, partager un film, des images, un repas, un atelier.
La disparition de Khiasma c’est la perte d’un geste singulier, celui d’une exigence artistique jamais démentie associée à une véritable hospitalité pour des paroles fortes ou fragiles, une indépendance un peu insolente qui a grandi sur le terreau fertile de la Seine-Saint-Denis, avec l’aide de ceux et celles qui y vivent et le traversent.
Un lieu ouvert sur la vie, les bonnes et les mauvaises nouvelles d’une époque, d’un territoire. À un moment où le populisme gagne du terrain et fait fléchir la démocratie, où la culture devient lentement le jouet des fortunés plutôt qu’un bien commun et une pratique de partage, ce n’est pas une bonne nouvelle.

Mais à ce moment précis, je pense à tous les jeunes professionnel.les que nous avons formé.es et auxquel.les nous avons offert de l’envie, des savoirs et du soutien, aux artistes et écrivain.es que nous avons accueilli.es, à ceux qui ont pu pratiquer et découvrir des formes, des mondes, des écoliers et écolières aux familles du voisinage, des étudiant.es aux jeunes migrant.es, à toutes celles et ceux qui ont pu fabriquer avec nous un lieu qui a fait société au-delà de l’économie de la peur. Je pense aussi à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu toutes ces années et les en remercie sincèrement. Je me dis enfin que nous avons fait notre part, que nous ne nous sommes pas économisés et qu’il en restera forcément quelque chose, quelque part, pour ceux et celles qui vont nous suivre.
Au nom du Conseil d’Administration de Khiasma, de son équipe, je vous dis donc au revoir et à bientôt en vous donnant rendez-vous le samedi 20 octobre à 18H00 à l’Espace Khiasma pour un discours de clôture et une soirée conviviale.

Aline Caillet, présidente de Khiasma

Soutien aux éditions Propos2

Lettre ouverte à Monsieur le Président du Conseil Régional PACA

Monsieur le Président,

Propos2éditions est né au sein de l’association Propos de campagne, association destinée dès sa création à faire vivre des publications littéraires et plus particulièrement la poésie.
Ainsi fut créée la revue Propos de campagne.
C’était en 1993.
Puis, respectant avec logique notre démarche, des collections furent constituées afin de donner à lire (et à voir, la composante plastique n’ayant jamais été oubliée) de nouvelles voix (et d’explorer de nouvelles voies).
Donc depuis 25 ans, la Région PACA nous a suivi dans cette action compliquée, audacieuse, risquée qu’est l’édition de poésie.
Et il n’est pas exagéré de dire ici, l’édition de création, tant au cours de toutes ces années, les découvertes furent riches et nombreuses.
Le choix de constituer un catalogue d’auteurs maintenant reconnus, d’être pionnier afin d’ouvrir des brèches sur l’avenir, nous a donné un particularisme considéré longtemps comme incontestable.
Depuis la création, c’est près de 130 titres publiés et de nombreux écrivains révélés.
Las, malgré une présence jamais démentie sur les salons, un nombre toujours croissant de lectures d’auteurs dans divers lieux et particulièrement les librairies, malgré un nombre de commandes spontanées de la part de ces dernières. Malgré la création de rencontres nouvelles et originales telles que Figue(s) que nous avons imaginées et que nous continuons à faire vivre aux quatre coins de la région PACA et au-delà. Malgré un site/boutique Internet permettant, faut-il le dire, de belles visites. Malgré nos efforts par bien d’autres canaux, il nous est impossible d’assurer la sortie annuelle de 7 ouvrages sans aide.
Voilà donc 25 ans que la Région nous assiste dans ce travail et, depuis plusieurs années, forts de la confiance dans ce « soutien », nous ne sollicitions pas d’autres organismes.
Cette année, en 2018, décision est, semble-t-il (nous n’en avons pas été informés officiellement), prise de ne pas nous aider à continuer cette tâche.
Votre choix (c’en est un puisque pour d’autres structures, des subventions, parfois conséquentes, ont été votées) nous condamne à envisager l’arrêt des publications alors que des projets sont en cours et ne pourront être réalisés.
L’expression KO debout me vient, car ce n’est pas seulement 25 ans de travail qui est balayé, mais un sentiment d’injustice et d’humiliation accompagne votre décision qui écrit sans doute le dernier chapitre de notre histoire.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur Le Président, l’expression de notre très haute considération.

Michel Foissier, propos2éditions

10 juin 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier jour du 36e Marché de la poésie, tout d’abord le Libr-20 des volumes (dont une revue) de/sur la poésie ; suivent quatre Libr-événements : RV autour de Bernard Noël et de Laurent Grisel à Paris, avec Griot/Manon dans la région parisienne, sans oublier Poésie civile #15…

Poésie : en ce dernier semestre, LC a reçu, a lu et recommande

♦ Olivier Penot-Lacassagne dir., Beat Generation. L’Inservitude volontaire, CNRS éditions, 2018, 392 pages, 25 €.

REV(u)E : 17, Un thé chez les fous, 2018, 230 pages, 30 €. [Un superbe collectif, avec pour exergue : "Tous ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité"]

♦ Nikola Akileus, Éreintique, éditions Vermifuge, hiver 2017-2018, 140 pages, 15 €.

♦ Édith Azam, Le Temps si long, éditions Atelier de l’Agneau, Limoges, printemps 2018, 78 pages, 15 €.

♦ Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique, Hermann, hiver 2017, 376 pages,  €. [Essai très stimulant !]

♦ Didier Bourda, Galerie montagnaise, Lanskine, 2018, 152 pages, 14 €.

♦ Patrick Bouvet, Trip machine, éditions de l’Attente, automne 2017, 132 pages,14 €.

♦ Sophie Coiffier, Paysage zéro, éditions de l’Attente, automne 2017, 144 pages, 14 €.

♦ Bernard Desportes, Le Cri muet, Al Manar, printemps 2018, 96 pages, 18 €.

♦ Dominique Fourcade, Improvisations et arrangements, P.O.L, mai 2018, 464 pages, 24 €.

♦ Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, mars 2018, 624 pages, 23,90 €.

♦ Christine Jeanney, Yono Oko dans le texte, Publie.net, 2018, 176 pages, 16 €.

♦ Christophe Manon (avec Frédéric D. Oberland), Jours redoutables , Les Inaperçus, 2017, 72 pages, 14 €.

♦ Christophe Manon, Vie & opinions de Gottfried Gröll, Dernier Télégramme, hiver 2017-2018, 120 pages, 13 €.

♦ Véronique Pittolo, Monomère & maxiplace, éditions de l’Attente, automne 2017, 104 pages, 11 €.

♦ Daniel Pozner, À Lurelure, PROPOS2 éditions, 2017, 114 pages, 13 €.

♦ Dominique Quélen, Revers, Flammarion, 2018, 124 pages, 16 €.

♦ Olivier Quintyn, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €. [Essentiel pour qui veut comprendre la poésie contemporaine]

♦ François Rannou, La Pierre à 3 visages (d’Irlande), Lanskine, printemps 2018, 48 pages, 12 €.

♦ Pierre Vinclair, Terre inculte. Penser dans l’illisible : The Waste Land, Hermann, 2018, 204 pages, 22 €. [Une réflexion fondamentale sur l’illisibilité poétique à partir du célèbre poème de T. S. Eliot]

Libr-événements

â–º Lundi 11 juin 2018, Maison de la poésie Paris, 20H : Carte blanche à Bernard Noël. Avec Bernard Noël, Jean-Luc Bayard, Léonard Novarina-Parant, Jean-Luc Parant, Laurine Rousselet & Esther Tellermann.

Né en 1930, Bernard Noël signe son premier livre Les Yeux chimères, en 1953 et en 1958, Extraits du corps. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il publie son troisième ouvrage, La Face de silenc. La publication de ces poèmes lui ouvre alors les portes de l’édition où il travaille comme lecteur, correcteur et traducteur.  À partir de 1971, Bernard Noël prend la décision de se consacrer entièrement à l’écriture. Il compose ainsi une œuvre majeure, (…)

â–º Climats de Laurent Grisel a été écrit sur une proposition de Cécile Wajsbrot, de janvier 2014, bien avant que la future « COP21 » de novembre-décembre fasse parler d’elle, à octobre 2015, et ses lecteurs eurent et ont de quoi déchiffrer le théâtre de cet accord international. Mais ce poème, cette épopée, vient de plus loin et va au-delà, ses  héros sont des ouragans, des peuples en lutte, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, des galaxies, des paysans et des semences libres… 

La comédienne, diseuse, musicienne et chanteuse Anna Desreaux en donne son interprétation, qui est forte et belle, au café-théâtre de La Vieille Grille lundi prochain : le lundi 11 juin à 20h30, 1, rue du Puits de l’ermite 75005 PARIS / Métro Monge [Il est important de réserver au 01 47 07 22 11. Vous trouverez toutes sortes d’informations pratiques sur le site du lieu : https://www.vieillegrille.fr/tiki-view_articles.php?topic=13]

â–º Lundi 18 juin à 19H30, DOC (26, rue du docteur Potain 75019 Paris), Poésie civile #15 : où ça avance…

â–º Vendredi 22 juin à 20H, Parc de Rentilly (1 rue de l’étang 77600 Bussy-Saint-Martin) : Griot/Manon.

24 septembre 2017

[Chronique] Jean de Breyne, Rien n’est jamais éteint de feux allumés, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean de Breyne, Rien n’est jamais éteint de feux allumés, préface de Bernard Noël, éditions propos2, 2017.

Si rien n’est jamais éteint, il ne s’agit pas pour autant de dilapider cette fortune. Jean de Breyne apprend à ne pas dire les choses mais leurs préalables, ne pas décrire des objets ou des sentiments mais les conditions de leur arrivée, leur matière, leur élan.

Le texte, et dans ce but, joue de l’ellipse et la biffure selon une rythmique du jaillissement. Il transforme la nappe verbale contaminée en scansions phréatiques. D’où cette impression (non fausse) : « Quelque chose nous est bien raconté mais au bord du souffle, à contre séduction, dans la seule volonté d’exprimer l’instant et ce qui le traverse, le jette en avant », écrit l’auteur.

Jean de Breyne propose une éphéméride des êtres et du monde où ce qui semble mal raconté permet au discours poétique de se poursuivre. Mais de manière à ce que chaque affirmation soit détournée de son sens et pour une abstraction réelle de toute ressemblance. D’où la rupture des images. Ecrire les décortique afin que nommer ne soit pas une magie décevante qui, convoquant le tout, ne ferait apparaître que le rien.

Une énergie de séparation devient la force d’une écriture qui redonne le monde sans le quitter mais en le fouillant jusqu’en des veines sismiques. La poésie grouille, pointe, pique, refuse de se laisser aller à des écoulements admis et prévisibles. Le souci de percer oriente le choix des mots pour qu’un franchissement ait lieu dans ce qui peut sembler d’abord un « néantissement ».

L’auteur explore les abîmes de l’art et de l’écriture afin de montrer comment fonctionnent ses inscriptions et comment elles peuvent progresser loin de l’immédiat ou du donné à voir. Bref, l’auteur ménage des accidents noués à la lumière qu’il porte sur eux.

3 mai 2007

[livre] Lettre à la première bosse, de Franck Doyen

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — Hortense Gauthier @ 18:45

doyen211.jpgLettre à la première bosse, de Franck Doyen. Editions PROPOS/2, coll. propos à demi. ISBN : 978-2-912144-43-0. 9 euros. 73 pages. Couverture de Claude Yvroud.
4ème de couverture :
DECOR
:

marseile + hôpital + chambre + lit + murs (quatre ou cinq) + fenêtre (une) + blanc + draps + coussin + douleur à la jambe disparue + corbeille + panier + vitres sales + rues bruyantes + architecture assez bordélique ma foi + frites et khébabs + vision apocalyptique d’une prostituée nue courant dans une impasse + pneu + carrelage + carénage + bleu pâle + mistral + tians sales traînant distraitement sur le sol + gabians criards + fenêtre + lit + chambre + hôpital + marseille

Premières impressions :
C’est avec un grand plaisir que nous découvrons le premier livre de Franck Doyen, directeur de la revue 22(M)dp, organisateur de lectures et « activiste de ce lalangues qui nous travaille à notre insu travaille à notre issue ».

Ce petit livre de poésie est composé de 15 lettres qu’un « hypothétique aventurier » écrit à son seul et unique ami, un dromadaire, sur un lit d’hôpital pendant que sa jambe se gangrène. Face ce pourrissement et cette tétanie du corps répond une langue en lutte avec la matière morte, pour créer une langue qui se fait chair vivante, palpitante, crissante, rythmée par un cynisme joyeux. L’écriture ici permet de faire danser la chair, de la revivifier, à travers une poésie physique et légère qui joue avec l’absurde, dont le rire grotesque et halluciné brave les logiques mortifères qui enferment le corps.

« illougan cher illougan
mon corps
bancalé
bancalé trop bien trop
un demi-morceau
et portion de
RE peau muscle nerfs os qui
tout à l’éffrite qui
plus est
tellement moins
bref bref bref
: social : mon corps bancalé »

4 septembre 2006

[Livre] Arrête arrête continue continue, si tu veux de Claude Yvroud

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 7:29

Claude Yvroud Arrête arrête continue continue, si tu veux, éditions PROPOS/2, ISBN : 2-912144-40-X, 58 p., 9 € [www.propos2editions.net]

4ème de couverture :
« Voilà ce que nous épuisons désespérant avec les jours plus ou moins comme ceci ou comme cela ce qui ressemble à quoi on se met là mettez vous là assis non pas debout non non pas de presque d’approximatif rien retournez-vous je saute nue! au repos et dans le champ ! en mouvement très acide ! très mais dans le champ on pourrait décrire on pourrait déclencher qu’elle on pourrait une habitude de la vision oeuvrant vous nue une copie plus ou moins exacte au repos ! »

Premières impressions :
Quatrième de couverture, comme couverture (qui est une photographie de Claude Yvroud), l’ensemble du livre se pose en liaison à la pose, à cette pause demandée par le photographe afin de saisir ce qui fait face à l’objectif : femme, monde, espace quasi-insituable. Objectif de vue et de saisie : ici le livre-photographe. En une longue prosodie monologuée, hachée, aux exclamations nombreuses, nous suivons cette opération de la photographie, les interrogations qu’elle implique (« n’oublie jamais que l’écran a trois dimensions déchirées entre !« ), et ses fins : « l’univers où la beauté s’affirme en nécessité absolue !« . Selon un rythme trépidant de la phrase, qui se bouscule, se bouleverse, s’effondre pour se reprendre, peu à peu, cette beauté du monde dont parle Yvroud, se révèle être non pas le plan général d’un monde harmonieux, mais le détail focalisé : « notre préférence va vers ce qui est très rapproché ! c’est à dire y est déjà la bouche contre ! » qui de plan photographique en plan photographique varie temporellement et infiniment. Plus qu’une simple prosodie, Claude Yvroud, qui travaille aussi beaucoup la photographie et la vidéo, explique son rapport à cette captation et le met en liaison avec le travail de la langue. PB

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