Libr-critique

15 septembre 2019

[News] News du dimanche

Pour cette seconde quinzaine de septembre, nos Libr-événements nous emmènent au Festival ActOral (Marseille) et à la Maison de la poésie Paris. Mais auparavant, retour réflexif sur le Festival EXTRA! puis notre rubrique « En lisant, en zigzaguant », qui se nourrit de deux nouveautés extraordinaires de Tinbad (signées Jacques Brou et Jacques Cauda !)…

Libr-retour sur le Festival EXTRA! /FT/

Le bien nommé Festival EXTRA! vient de s’achever au Centre Pompidou. Rien à redire : sous l’impulsion de son dynamique directeur, Jean-Max Colard, cette 3e édition fut réussie – avec un programme et des rencontres extraordinaires. C’est le genre d’événement qu’il faut soutenir (et LIBR-CRITIQUE l’a fait dès 2017) et réitérer pour la création contemporaine.

Mais pourquoi diable avoir sous-titré ainsi cette initiative ambitieuse : « Le Festival de la littérature vivante » ? Faute de précaution et de rigueur, la trop grande extension de la notion aboutit à sa dissolution : comment caractériser précisément une « littérature vivante » ? Quel degré de pertinence l’épithète « vivante » peut-elle bien présenter ?
Certes, à l’époque de la poésie action (au sens large du terme), les poètes expérimentaux militaient en faveur de la « poésie vivante » : c’était de bonne guerre, il fallait bien sortir de la tyrannie du livre. Mais, sans faire de procès d’intention envers qui que ce soit, on peut considérer que, comme souvent dans ce cas, les présupposés (souvent implicites et plus ou moins involontaires) sont révélateurs de l’aire du temps : si la « littérature vivante » s’oppose à la littérature morte, à quoi cette dernière correspond-elle ? Assurément à celle du passé, c’est-à-dire à celle du livre. Exit la littérature publiée en volumes, vive la littérature scénique ! On nous explique du reste que cette riche « littérature vivante » se définit comme un « spectacle live » qui réussit à déplacer les lignes… Quelles lignes ? Assurément, celles entre le pôle autonome et le pôle commercial.
Déplacer les frontières n’est donc plus l’apanage des avant-gardes : en un temps où l’injonction néo-managériale nous incite à sortir-de-notre-zone-de-confort, la machinerie spectaculaire nous somme de faire-bouger-les-lignes (cliché footballistique annexé par le discours dominant)… Ce mouvement de spectacularisation qui nous plonge dans un éclectisme profitant aux pêcheurs d’eaux troubles est somme toute logique : il a fallu un demi-siècle pour que le recyclage des avant-gardes débouche sur l’institutionnalisation du vivant.

En fait, rien ne sert d’opposer les camps : dans la querelle entre littérature écrite et littérature scénique, il importe de défendre l’inventivité,  dans la mesure où il y a un académisme du livre comme il y a un académisme des « performances »… Ce qui compte, c’est la vie comme créativité, et elle peut se trouver dans les livres comme partout ailleurs et quel que soit le support… Cela étant dit, le débat restera ouvert, vu les querelles pour imposer telle ou telle définition des formes vives.

© Photos : Christian Prigent ; Agence de notation (animée par Christophe Hanna), chargée d’évaluer le fonctionnement du Jury Heidsieck.

En lisant, en zigzaguant…

♦ Moi cauda du latin cauda « la queue » car malsain de corps et d’esprit et malsain de queue dit cauda dit aussi le vénéneux moi qui ne crois qu’au mal car malsain de queue au bout d’un corps qui ne croit en rien ni au nom du père ni au sain d’esprit moi au nom du fiste je dis ici en toute innocence que je suis comme la flèche du Parthe décochée à cheval sur la queue du cheval c’est-à-dire en cauda forcément venenum

Jacques CAUDA, Profession de foi, Tinbad,
septembre 2019, 18 €, p. 55.

♦Quand hommemorts vivent vies données & faites par autres, envie les quitte de penser quoi que ce soit méchant, sale ou même impoli. Disent le merci, continuent de glisser & dévalent. Remontent 1 fois la pente avant le naître puis se précipitent vers ne savent quoi. Disparaissent à fur & mesure que vivent et ne savent où vont vies et heures de vie déjà vécues – dans quel trou ? Quel mou ? Égout ? Dans quelle poubelle ?

Jacques BROU, La Histoire du Hommenfant, Tinbad,
septembre 2019, 18 €, p. 58.

Libr-événements

â–º Festival ActOral : programme du 20 septembre au 12 octobre 2019.

♦ Samedi 28 septembre à 15H, Montévidéo à Marseille (3, impasse Montévidéo) : Liliane Giraudon et Robert Cantarella, « Le Travail de la viande ».

Le travail de la viande est constitué de sept textes, sept formes très différentes, appelées à explorer ce que peut être aujourd’hui une littérature de combat. Pour cette lecture performée, Robert Cantarella s’attèle à l’un d’entre eux : le dramuscule, « Oreste pesticide ».

« En lisant Liliane Giraudon, depuis le temps, j’entends une voix qui me parle, me dit les mots que je lis. Tout cela sans corps prévu, même le sien, ne va pas forcément avec. Sacrée histoire, la voix sans corps, ou la voix qui ne va pas avec. On connaît la déception d’une voix qui ne va pas avec. Je ne la voyais pas comme ça, dit-on (…).

Passer à la voix haute est toujours une déliaison, une opération de déliaison contre toutes les voix qui jusque là se sont tues, pour le bien du texte, pour le bien du lecteur. Alors pour la première traduction du texte écrit en texte dit, tout seul, au festival actoral, j’ai peur, donc j’ai envie ».

♦ Lundi 30 septembre à 20H, Montévidéo à Marseille (3, impasse Montévidéo) : Aldo Qureshi, Barnabas

Les 98 poèmes de Barnabas font écho aux 105 poèmes de Made in Eden (éditions Atelier de l’agneau, 2018), voyage à travers le territoire intime, sous l’entité microcosmique d’un immeuble, où chaque appartement pourrait être un poème, chaque pièce une excavation dans l’espace du corps poétique, chaque habitant une part d’un seul individu, un repli de lui-même, un revers de l’entendement à exhiber ou à cacher, c’est selon.

► Du côté de la Maison de la poésie Paris :

♦ Samedi 28 septembre à 16 H : à propos du dernier numéro de la revue Po&sie
Cette séance sera consacrée au dernier numéro de la revue Po&sie « Des oiseaux » composé avec Jacques Demarcq, le poète des Zozios. Dans le moment de la plus grande urgence écologique, la revue tient à marquer sa différence. Les poètes, écrivains, historiens et philosophes conviés à participer au numéro ne se contentent pas seulement de célébrer les oiseaux, de les prendre comme des motifs, comme des lucioles clignotant au moment de leur disparition. L’oiseau relance plutôt la rage de l’expression. C’est un défi à la poétique – la relance périlleuse d’une question de principe : quelles sont les chances de la poésie, comment peut-elle inscrire une langue neuve dans la voix ?

Avec Michel Deguy, Claude Mouchard, Martin Rueff, Jacques Demarcq, Florence Delay, Jacques Roubaud, Jean-Louis Labarrière…

Po&sie, n° 167/168 : « Des oiseaux », Belin, 2019.

5 avril 2019

[Chronique] Aldo Qureshi, Barnabas, par Christophe Stolowicki

Aldo Qureshi, Barnabas, éditions Vanloo, Aix-en-Provence, automne 2018, 118 pages, 12 €., ISBN : 979-10-.

Ou quelques paraboles en anecdotes, de l’univers insoutenablement violent, notre pain quotidien – médiatique. Panem et circenses que ne filtre pas la poésie mais l’exfiltre de sa gangue de gros titres et de petit écran. De l’intérieur, victimes et assassins sautons aux yeux, odieux et résignées, assignés à audience. Car ce qui est osé ici passe mieux encore qu’à la lecture par le canal de l’oreille, et Aldo Qureshi, grand performeur – il faut l’avoir vu, entendu sur scène improvisée – n’a pas besoin d’interprète.

Poésie du vécu – par procuration, qu’importe. Le politique fait vite place au fait d’hiver à glace quand « Je fais mumuse avec mon tuyau devant mamie et elle repart à la cuisine et elle revient avec les ciseaux [… me] coud […] une petite sardine […] parce que grand-père préfère les filles […] va l’ouvrir, avec son canif ».

Une poésie sans ambages ne se paye pas de mots ni de tropes ni de bons sentiments, use de raccourcis narratifs valant anacoluthes. La paronomase délassée, délacée en approximation efficace.

De l’hénaurme dans le sordide, poches de jus psychique évacuées à la petite cuiller, la transgression à tire d’ailes ne porte pas à conséquence, rien ne franchit les frontières d’un immeuble modeste à myriades de vies compressées, tant d’inceste et de cannibalisme, tout le freudisme ambiant, et d’humiliations répétées jusqu’aux derniers outrages. Kafka est là, avec un rictus de connivence, c’était pour vous distraire.

Passés dans la prose du poème les privilèges du cinéma, dans la bouche d’une prude les obscénités dernières, d’un pacifiste les insultes à s’entretuer.

Ou l’hygiène d’évacuation, entre grand guignol et petits souliers.

Poèmes que définit (volontiers si peu) poèmes l’absence de point final – dans le corps du texte points et virgules à foison, tout l’appareil d’une vie ordinaire ; poèmes à la chute, tout l’ordinaire transfiguré ; le poème se distinguant d’un bref chapitre par son seul inachèvement – et l’emprise d’un tour de langue qui se mutile.

Aux titres triviaux (« happy birthday, 1er étage, 20h45 », « le championnat de l’inceste », « l’évangile de René », « la muqueuse pituitaire ») répondent des proses à bivoie, en impasse de déraillement tragique. Extraction orgasmique d’une dent (« petit sexe d’ivoire avec des sous-vêtements rouges, déchirés, un peu sales ») par une dentiste et son assistante au « regard […] comme une sorte d’amplificateur émotionnel ». D’un prétendu admirateur la séduction subie, creusant, dès le « macaroni » apparu, la « faille psychologique » qui revient souvent. Ici « le père […] se suicide les testicules avec une agrafeuse ». Ailleurs « Un poing de fer bougeait dans ton ventre comme un embryon de chien dans la matrice d’une musaraigne ». Ou le fractionnement « en une centaine de mini-moi » dans le sens de la longueur, ou tranches de « salami alchimique », que le narrateur s’inflige pour agréer à un « démon rose avec une tête de Barbie ».

Kafka, mais l’angoisse réparée d’humour. Kafka à l’aune de Dostoïevski (« Merci Mychkine »). Du fantastique soldé à prix coûtant – cotant peu, coûtant cher. Un branle bas le corps de la langue, la peu farouche, lève les tabous minuscules qui courent les flaques à même le tirant d’eau. Un compressé de vie urbaine à étiage de rêve, le fantastique disloqué en onirique pur. Un abattage de grand fond, ce fond de forêt où les piliers de cathédrale tombent comme à l’abattoir.

30 décembre 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de l’année 2018, deux livres à (re)découvrir : Guillaume Vissac, Accident de personne, et Jean-Pierre Verheggen, La Grande Mitraque… Et quelques premiers RV en 2019…

Livres reçus /Fabrice Thumerel/

â–º Guillaume Vissac, Accident de personne, éditions Le Nouvel Attila, coll. « Othello », hiver 2018, 136 pages, 13 €, ISBN : 979-10-95244-14-1.

« Mourir une fois par jour, ce n’est rien.
À force, j’ai fini par arrêter de compter » (p. 90).

« Accident de personne »… La puissance de la langue technocratique (novlangue) réside dans sa capacité à déréaliser le monde social : dans les faits – têtus et concrets -, le corps que heurte tel ou tel train n’est à proprement parler celui de personne, sans identité fixée ; le suicide devient « accident » et la personne humaine rien, un corps d’abord anonyme, un individu quelconque – un néant social, un Nul. Et cet individu insignifiant peut suffire à vous gâcher le réveillon : « ce réveillon est nul : sont tous venus déguisés en suicidés & je me tape encore les bouchons dans les transports à cause d’eux » (112)…
Ce « roman en pièces détachées » – qui renvoie aux corps éclatés à cause d’un « accident de personne » – est la forme livresque d’une série publiée sur le compte de @apersonne et obéissant donc aux contraintes du tweet. Et ce n’est pas un hasard s’il est édité sous un label « dédié aux livres mutants » : ces « carnets du sous-sol métropolitain » – mais également du sous-sol sociopsychologique – proposent une polyphonie tragique, un subtil entrelacement entre texte et notes, un jeu de miroirs déto(n)nant. Soit par exemple le fragment suivant :
je paye plus mes factures,
on m’a coupé les ponts :
si j’arrête mon abonnement
SNCF le train va-t-il piler
devant ma tête offerte ?

Il renvoie à deux notes : « Voilà précisément pourquoi il faut, plus aujourd’hui encore qu’hier, « sauter à pieds joints dans la modernité » (ligne 2) ; « Les règles du jeu sont claires. Pas de ticket : pas de suicide »… La fantaisie atteint ici le saugrenu surréaliste et l’humour noir.

â–º Jean-Pierre Verheggen, La Grande Mitraque, 1968 ; rééd. L’Arbre à paroles, Amay (Belgique), dessin de couverture par Valère Novarina, décembre 2018, 100 pages, 12 €, ISBN : 978-2-87406678-8.

En plein 68 et juste avant l’aventure TXT, cette grande foutraque qui a obtenu un beau succès critique : « La Grande Mitraque, c’est le monde actuel dans ses aspects les plus immédiats, c’est aussi le conformisme, la bêtise, la cruauté de notre temps, c’est le baroque bariolé des Prisunics, la fureur des gadgets, c’est l’érotisme arrogant de la rue, des bars et des magazines » (André Miguel).

Libr-brèves

â–º

â–º Mercredi 9 janvier 2019 à 19H30, Les mercredis de Montévidéo (3, impasse Montévidéo 13 006 Marseille) : suite à la parution de Cas soc’, lecture de Jérôme Bertin et d’Élodie Griset.

► Jeudi 10 janvier à 17H30, Librairie Ombres Blanches à Toulouse : lecture-rencontre avec Jean-Claude Pinson, animée par Yves Charnet.

Jean-Claude Pinson, Là (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, Joca Seria, Nantes, été 2018, 280 pages, 19,50 €.

C’est LÀ, en Loire-Atlantique, qu’a vécu et vit le poète et philosophe Jean-Claude Pinson : cette somme egogéographique rassemble souvenirs personnels et familiaux, des évocations de la Loire et des villes qui l’ont marqué, des retours sur l’oeuvre (comme « Habiter la couleur »)…

En ce monde où claironnent les identitarismes les plus fallacieux, on retiendra cette salutaire mise en garde : « je crois dangereux d’invoquer des racines. La métaphore, avec son « pathos tellurique », suggère que « l’identité, remarque le philologue Maurizio Bettini, viendrait justement de la terre« . Ce faisant, elle conduit à établir une dangereuse hiérarchie entre ceux qui seraient les seuls fils authentiques d’une certaine terre qui les aurait engendrés (les Grecs parlaient d’autochthonia) et ceux qui y seraient simplement « survenus » (autrement dit les immigrés) » (p. 27). Et aussi la réflexion qui suit : « Chacun est un palimpseste, et il y a en nous autant d’identités dans les limbes que de langues mortes enfouies dans nos archives intimes, à notre insu le plus souvent » (p. 28). /FT/

â–º Jeudi 10 janvier à 19H, Librairie L’Imagigraphe (84, rue Oberkampf 75011 Paris) : rencontre avec Pierre Jourde à l’occasion de la sortie ce jour même de son dernier roman.

Présentation éditoriale. Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.
Un récit hilarant, parfois féroce dans la description des névroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne réjouissante, d’érudition goguenarde.

3 décembre 2017

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de décembre, LC vous propose trois RV avant la trêve des confiseurs : avec Jérôme Bertin dont vous découvrirez le nouveau récit aux inventives éditions Vanloo ; avec Stéphane Korvin et Maud LÜbeck à la Maison de la poésie Paris ; avec la collection "Le cinéma des poètes" (à offrir : préférable à bien des "beaux-livres"…).

â–º Mardi 5 décembre 2017 à 17H00, Prado Paradis Librairie (19, avenue de Mazargues 13008 Marseille) : lecture de Jérôme Bertin (Célébration, éditions Vanloo, novembre 2017, 88 pages, 12 €)

Le dernier roman de Jérôme Bertin se passe tout entier dans un HP. Il s’appelle Célébration parce que, en tant que poète, il serait temps que Jérôme Bertin célèbre la beauté du monde ou au moins qu’il mette un peu d’enthousiasme à s’extasier sur les fleurs qui poussent entre les pavés. (D’où la fleur sur la couverture de son livre).
Célébration ininterrompue de la vie sous camisole chimique, ce qui veut dire l’humiliation des bonshommes humiliés, et la plongée dans un réel qui n’est que le réel d’un HP, et ça tombe bien, nous n’y vivons pas.
Dans un langage ciselé, coupé à la hache, hâtif, aiguisé comme un rasoir, massacré à la tronçonneuse, Jérôme Bertin attend le dimanche d’après.

Extraits :
"Les fous sont foutrement réveillés. Ils voient tout, et c’est bien ce qui leur est insupportable. Se faire une juste idée de la vie mène à l’asile, sachez-le, et laissez la télé allumée. À décrire c’est du Bosch. Les cachets nous abîment, ils nous enlaidissent, nous font baver, nous rendent bouffis quelquefois" (p. 6).
"Il bloque sur mon livre de Bukowski. Il veut savoir si c’est bien. C’est le plus grand poète du 20e siècle je lui rétorque, égayé par son intérêt soudain. Je lui explique le cas Bukowski, l’écrivain le plus lyrique depuis Georg Trakl, amoureux des femmes, détestant la destruction, attentif à la voix du peuple, la comprenant, la retranscrivant au plus juste, boxeur et gouailleur, amateur de Brahms et de braquemart. Il semble convaincu et me demande si je veux bien lui prêter le bouquin, ce que je fais avec plaisir. Karim se lève, me remercie en me tapant dans la main, puis retourne souffrir dans sa turne. Saint-Bukowski préserve-le. Préserve la victime, paie-lui un verre" (p. 50).

 

â–º Dimanche 10 décembre, de 17H à 18H30, Maison de la poésie Paris : Lecture musicale La Fabrique #10 Stéphane Korvin & Maud Lübeck
Cycle proposé par Séverine Daucourt.
La Fabrique invite un poète et un chanteur qui ne se connaissent pas. Ils doivent partager un moment scénique d’une heure autour de ce qu’ils ont, ou non, en commun, en plus de la voix et des mots. Stéphane Korvin, poète, manie la langue comme le dessin, en aiguisant la beauté jusqu’à la douleur. Il photographie aussi, et a fondé la maison d’édition Brûle-Pourpoint où il réédite de merveilleux disparus. Maud Lübeck décline le verbe “séparer” entre ombre et lumière, aussi mélancolique, délicate et rêveuse qu’effrontée, austère et lucide. Elle chantera seule en s’accompagnant au piano.
À lire – Stéphane Korvin, « Bruant Fou », Fidel Anthelme X, 2017. « Forêts », Fissile, 2017 / « ce naufrage », Littérature mineure, 2017.
À écouter – Maud Lübeck, « Toi non plus », Volvox music, Finalistes, 2016.
Tarif : 10 € / adhérent : 5 €

â–º Jeudi 21 décembre, 18H30-20H30, Librairie du Cinéma du Panthéon (15, rue Victor Cousin 75005 Paris) : présentation de la collection dirigée par Carole Aurouet aux Nouvelles éditions Place, "Le Cinéma des poètes"

Les douze premiers volumes de 128 pages (pour 10 € !) sont centrés sur la première moitié du XXe siècle qui a vu naître et se développer cet art nouveau : si le cinéma est d’abord censé viser un "réalisme intégral", il fascine surtout parce qu’il offre "la vision d’un œil, d’un œil mécanique, d’un œil extra-humain", celui-là même qui révèle "ce qu’il y a d’étranger en vous. Le singe" (Cendrars)… Blaise Cendrars, précisément, qui a écrit sur Charlot pendant quarante ans, y voit son "hydrothérapie". D’abord enthousiaste, Max Jacob se montre rapidement très critique : "Ce n’est pas faire de l’art cinématographique que de mettre de la poésie, fût-elle moderne, en images. La poésie est justement le contraire des évocations par trop concrétisées".
Cette collection, qui se focalise sur les textes théoriques des grandes figures de la poésie contemporaines, nous fait (re)découvrir André Delons (1909-1940), à la fois critique de cinéma et poète du Grand Jeu ; Nicole Vedrès, la réalisatrice de Paris 1900 (1946), cette "transposition poétique" devenue mémorable… Laquelle dresse un parallèle entre montage cinématographique et travail de l’écrivain.

Sans oublier l’un des opus les plus réussis, élaboré par la directrice de collection elle-même. En quatre chapitres, la spécialiste de Prévert évoque la poésie cinématographique de l’illustre écrivain qui était fasciné par les burlesques américains et par Fantômas : les ciné-textes des années 20-30, son cinéma visible (les grands films des frères Prévert et de Carné/Prévert) et invisible ("scénarios détournés", c’est-à-dire qui n’ont pas abouti à des films tournés). Humour et détournement surréaliste au programme ! Sans oublier que Carole Aurouet a su faire revivre pour nous tout un monde fascinant. /Fabrice Thumerel/

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