Libr-critique

2 septembre 2020

[Chronique] Arno, Bertina, L’Âge de la première passe, par Jean-Paul Gavard-Perret

Arno Bertina, L’Âge de la première passe, éditions Verticales, printemps 2020, 260 pages, 20.00 euros, ISBN : 978-2-07-285160-5.

 

Quittant la fiction pour ce voyage auprès de vraies jeunes filles de joie du Congo, l’écriture reste tout de même pour Arno Bertina un moyen de détruire certains clichés. La misère est là telle quelle mais l’auteur tente de créer son livre comme un lieu pour elle  où elles seront respectés.

Bertina ne les rabaisse pas, ne tombe ni dans le pittoresque ni dans la violence. Il diversifie les points de vue sans chercher à bricoler des personnages. Existe là une forme hybride. En une telle hétérogénéïté en fragments la mémoire rémontée est fascinante.

Là où les mâles détricotent le coeur et le corps des femmes, et l’auteur souverain se rapproche de ces dernières pour faire corps avec un monde violent et dramatique, mais où existe parfois l’attente d’une forme de joie. Le tout sans morale dominante.

Nous sommes dans une vision de la prostitution qui montre l’esclavage et les réseaux qu’il faut combattre, mais aussi ce qui échappe là où l’auteur tente d’accorder une place ouverte à de telles femmes abandonnées et traumatisées quelques années plutôt où elles furent déclarer sorcières pour qu’on n’ait plus à s’en occuper.

Par l’introspection et la mémorialisation Bertina via la voix d’un narrateur propose un voyage au pays des jeunes femmes « habitées ». Elles souffrent de la violence économiques et des hommes, et l’usage du monde prend ici des visions qui refusent l’universalisme des valeurs. Le voyage au Congo évite ici tout pittoresque pour certes souligner la douleur, la victimisation mais pas seulement. Et c’est là où le livre devient un gage de « sur-vivance ».

12 avril 2017

[News] Libr-news

D’ici fin du mois, quelques nouveaux RV printanniers : sur le blog d’Anne Galzi, autour de Vermeer ; avec Julien Blaine à Marseille ; Yves Pagès et Jean-Charles Massera autour des éditions Verticales ; avec Ivy writers…

â–º Sur le blog d’Anne Galzi, on lira avec intérêt « La perle de Delft : "Mutation d’un grain de poussière, d’un grain de sable dans l’œil humide d’un mollusque" ».

â–º Jeudi 13 avril à 18h30, La Belle de Mai, librairie la Salle des machines, Marseille : RV avec Julien Blaine, pour 5 faits et plus
Une proposition d’Alphabetville dans le cadre de Faits divers

Julien Blaine observe l’actualité. Observe et ré-agit. Il agit en utilisant, pour traiter cette actualité, les outils qu’il a façonnés tout au long de son enquête scientifico-poétique pour retrouver la trace d’une langue originelle, une langue élémentaire qui remonterait aux racines du verbe, hors de toute révélation divine – enquête qui forme la charpente d’un chantier poétique commencé… il y a plus de cinquante ans.
En cinq séquences, cinq « faits » (les crimes commis au nom de la religion, la mission spatiale Rosetta, Hillary Clinton prétendante à la gouvernance des USA, la lutte des ouvriers de Fralib et l’inacceptable situation des habitants de la Jungle de Calais), Julien Blaine dénonce 6000 ans de barbarie monothéiste, s’insurge contre le nihilisme cruel et inhumain des civilisations qui en découlent…

Présentation sur le site des éditions Al dante : http://al-dante.org/shop-4/julien-blaine/lecture-de-5-faits-dactualite-par-un-septuagenaire-bien-sonne/

5 faits et plus. Commentaires actualisés, version 2017, et échanges avec Colette Tron, auteur et critique

â–º Mardi 18 avril à 20H, Maison de la poésie Paris (Passage Molière, 157, rue Saint-Martin 75003 Paris) : Performances croisées avec Yves Pagès & Jean-Charles Massera

Soirée présentée à l’occasion du colloque « Éditions Verticales 1997-2017 : éditer et écrire debout » (Universités de Poitiers et de Paris-Sorbonne, 13-18 avril). Tarif : 10 € / adhérent : 5 €

"Emplois fictifs & Sommeil paradoxal" voudrait être un cours magistral de psychophysiologie du travail. Le conférencier (Yves Pagès) y aborde la condition laborieuse depuis l’homme préhistorique (l’âge de pierre) jusqu’au télé-vigile (l’âge du drone). Exercice de synthèse qui finit par dévoiler l’apogée méconnue de la suractivité humaine : le sommeil paradoxal. Au terme de l’exposé, un spectateur choisi au hasard (Jean-Charles Massera) sera soumis à un ultime QCM de validation.

"Bon, mais t’en es où en fait (le public a le droit de savoir)" – l’interview performance revient sur Tunnel of Mondialisation de J.-C. Massera. Cet album de variété progressive avait fait entrer les questions de géopolitique et de conscientisation des processus de non-émancipation des déterminismes culturels et sociaux dans la chanson française. Aujourd’hui, l’interviewer (Yves Pagès) revient sur toutes ces années où on se demande vraiment ce que l’auteur/chanteur conceptuel a foutu…


♦ Jean-Charles Massera & Pascal Sangla, Tunnel of mondialisation, suivi de J’ai grandi à côté de la vie (interview), Verticales, 2011, 2 CD + 120 pages, 22,50 €, ISBN : 978-2-07-013301-7.

Jean-Charles Massera poursuit son travail de déconstruction des discours et représentations dominants en investissant la forme populaire par excellence : la chanson – allant même jusqu’à subvertir le genre corrélatif de l’interview. D’où la tension entre "effets esthétiques qui vont dans le sens de la culture industrielle" et "une conceptualisation hyper critique" (p. 61).

Dans le premier clip, "Tu sais, j’crois que j’vais pas pouvoir", qui fait défiler le discours immo-marketing sur des images de lotissement conforme, une jeune femme s’attaque à l’insupportable conformisme pavillonnaire, au prêt-au-bonheur petit-bourgeois, au prêt-à-habiter du BCBG (Beau Con Bon Gogo…). Le deuxième, "Je ne veux pas mourir avant", revêt une dimension géopolitique : l’énumération des chiffres et des dates dévoile l’impuissance de l’ONU face aux horreurs commises un peu partout dans le monde immonde. Le troisième, "Respect pour tes résultats", établit un contraste flagrant entre cet univers de la déréalisation qu’est celui de la spéculation et la prise de conscience du nanti face à la misère du monde. Le quatrième ("Promets-moi d’rester d’droite"), ironique, met à nu la vulgate sur la "dépolitisation ambiante des classes moyennes" et la "droitisation des esprits" : "Tu t’éclates pas quand t’es à gauche / Quand t’es à gauche / Tu vis plus rien / Tu vis plus rien si t’es conscient d’tout. / T’aimes plus la vie / Si tu la critiques"… Bref, ferme-ta-gueule, sois de droite et vis connement comme tout le monde – qu’elle demande la femme à son mari. Le dernier, qui donne son titre à l’album, est le plus satirique : il dénonce "la déréalisation du temps vécu par les exclus de la croissance", "l’indexation du temps de soi sur le seul rythme de la croissance"… /Fabrice Thumerel/

â–º Le 25 avril 2017 à 19h30 au Delaville Café 34 bvd bonne nouvelle 75010 Paris
M° Bonne nouvelle (ligne 8 ou 9)

IVY Writers Paris vous invite à une lecture avec les poètes :

Rebecca Dolinsky
Jeffrey Greene
et Sereine Berlottier


10 janvier 2016

[News] News du dimanche

Après une UNE consacrée au dernier livre d’Anne-James Chaton, RV avec les éditions Contre-pied à Marseille et Philippe Boisnard à Angoulême. Voilà de quoi bien commencer 2016 !

UNE

Anne-James Chaton, Elle regarde passer les gens, éditions Gallimard/Verticales, en librairie depuis jeudi 7 janvier, 264 pages, 21 €, ISBN : 978-2-07-017802-5.

Présentation éditoriale. « Elle reproche aux habitants de l’immeuble de l’espionner. Elle révèle des matières. Elle fait surgir des formes. Elle façonne des idées. Elle se fait tout voler. […] Elle doit fuir. Elle retournera à Paris. Elle y a des amis. Elle part pour la Suisse. Elle est arrêtée à la frontière. Elle n’a pas de papiers. […] Elle est de retour à New York. Elle danse. Elle parle. Elle choque. Elle a dû écourter son programme. Elle fait le bilan. Elle a perdu beaucoup d’argent. […] Elle soupçonne quelque chose. Elle ne lui fait pas confiance. Elle se méfie de cette Mary. Elle tourne autour de John. Elle lui plaît. Elle n’est pas la seule. »

Derrière ce «Elle» à identités multiples se cachent treize destins de femmes ayant marqué l’imaginaire du XXe siècle. Les vies de ces célébrités anonymes, saisies au plus près de leur quotidien, se chevauchent en une biographie sans temps mort qui réinvente l’épopée de notre modernité.

Premières impressions. Voici un agencement répétitif fascinant qui, en douze éléments, présente un(e) éblouissant(e) kaléidoscope/partition atonale sur le monde contemporain : de Camille Claudel à Margaret Thatcher, en passant par Rosa Luxembourg, Isadora Duncan ou Marylin Monroe, autant de "elle" qui évoquent de façon litanique le "nouveau siècle", la "grande guerre", les "années folles", la "grande dépression", la "montée des fascismes", la "seconde guerre mondiale", la "guerre froide", la "conquête de l’espace", la "détente", la "révolution sexuelle", la "crise" et la "chute du mur de Berlin". /FT/

Libr-événements

â–º VINGT ANS AVANT, éditions Contre-Pied (1995-2015) : Guillaume Fayard, Sarah Kéryna, Nicolas Tardy, Jules Vipaldo.

Mercredi 13 janvier 2016 de 19h30 à minuit
Montévidéo – 3 impasse Montévidéo – 13006 MARSEILLE – T. 04 91 37 97 35

 

â–º Angoulême, le mardi 19 janvier 2016 à18h, conférence de Philippe Boisnard à la médiathèque L’ALPHA (05 45 94 56 00).

À l’occasion de l’acquisition par la médiathèque L’ALPHA d’Angoulême de son oeuvre numérique phAUTOmaton et de la parution de son essai Frontières du visage (analogique – numérique) dans la collection EIDOS dirigée par François Soulages (L’Harmattan), Philippe Boisnard fera une conférence sur le visage et son effacement à la médiathèque L’ALPHA.
À travers une histoire de la représentation, cet essai tente d’interroger la question de l’effacement du visage. Si, pendant longtemps, cet effacement était dû à des stratégies de pouvoir, politiques et économiques, il semblerait qu’avec la démocratisation des technologies, peut-être, ceux qui étaient les effacés de l’histoire de la représentation,peuvent enfin apparaître. Mais, à l’ère des réseaux, est-ce aussi simple ?
Cette intervention traversera l’histoire de la peinture, de la photographie, du cinéma et des arts numériques.

http://www.lalpha.org/fr/lalpha/evenements/2049-conference-de-philippe-boisnard

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=48879

http://phautomaton.com/alpha

4 octobre 2012

[Chronique – news] Regardez-moi ce travail…

"Comment peut-on encore travailler après avoir lu Hannah Arendt ?" (Thierry Beinstingel, Ils désertent, p. 62).

"Les personnages et situations de ce récit sont imaginaires. Fort heureusement. Toute ressemblance avec des personnages ou situations existant ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Cela ne se passe pas ainsi. Ne vous inquiétez pas. Tout va bien" (Pascal Guillet, Branta bernicla, exergue).

Le titre d’une Journée professionnelle organisée à Saint-Brieuc le 18 octobre prochain donne le la à cinq publications récentes (trois romans et deux essais) : Étienne Deslaumes, Journal ambigu d’un cadre supérieur. Notes de bureau, éditions Monsieur Toussaint Louverture, printemps 2012, 184 pages, 16 €, ISBN : 978-2-9533-6648-8 ; Thierry Beinstingel, Ils désertent, Fayard, été 2012, 252 pages, 19 €, ISBN : 978-2-213-66882-6 ; Pascal Guillet, Branta bernicla, Verticales/Gallimard, septembre 2012, 197 pages, 16,90 €, ISBN : 978-2-07-013847-0 / Michel Feynie, Le "As if" management. Regard sur le mal-être au travail, éditions Le Bord de l’eau, coll. "Des mondes ordinaires", été 2012, 200 pages, 17 €, ISBN : 978-2-35687-191-6 ; Daniel Cohen, Homo economicus, Prophète (égaré) des temps nouveaux, Albin Michel, septembre 2012, 216 pages, 17,90 €, ISBN : 978-2-226-24029-3 (cf. "II. Le Travail, une valeur en voie de disparition", p. 41-63).

Alors, oui, il temps : regardez-moi ce travail

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26 mai 2012

[Livres] Libr-kaléidoscope (1)

Jusqu’en juillet, nouvelle série de Libr-kaléidoscopes, pour inviter à découvrir des livres/créations que nous jugeons intéressants mais que nous n’avons pu encore présenter. Aujourd’hui : Dominique Quélen, Câble à âmes multiples ; Jean-Charles Massera & Pascal Sangla, Tunnel of mondialisation ; Arno Bertina, Je suis une aventure ; Jean-Paul Gavard-Perret, Le Livre des listes, fussent-elles futiles.

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