BIBLIOTHÈQUE MARGUERITE AUDOUX
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Sans souscrire au rituel des "Beaux-Livres-pour-les-fêtes", voici une première sélection de 7 livres parus ces derniers mois qui, en cette fin 2014, méritent – pour des raisons diverses – d’être lus, offerts… Poésie : Tarkos, Doppelt / récit : Volodine, Doubrovsky / essais et divers : Prigent, Desportes, Carrère.
â–º Christophe TARKOS, L’Enregistré, performances / improvisations / lectures, édition établie et annotée par Philippe Castellin, P.O.L, automne 2014, 512 pages + CD audio + DVD (52 mn), 39 €, ISBN : 978-2-84682-297-8.
tout ce qui rapporte de l’argent
tout ce qui ramène de l’argent avec les mains,
avec l’anus, avec la bouche
est bon, ou est mauvais…
Triviale sans carnaval, la poésie de Tarkos nous parle, nous parle de notre monde-de-merde. Orale, elle nous plonge dans l’immanence. Si expression il y a dans la poésie, elle est hurlement. Nulle théorie chez cet ensemblier topologue pour qui le poète est "bouleur,
prononciateur, crieur, improvisateur, déclamateur, grogneur, raconteur, embobineur, collaborateur, enrouleur, présentateur, réembobineur, fabricateur, bruiteur, mesureur, aide-bobineur, réglementeur, récitateur, peseur, articulateur, producteur, mâcheur".
Comme pour Tarkos il ne saurait y avoir d’écriture sans lecture performée, les Écrits poétiques (P.O.L, 2008) ont enfin leur pendant avec cette somme extraordinaire que l’on doit à Philippe Castellin, accompagnée par un CD audio (à compléter par l’inédit "Je me peigne" sur Tapin 2) et un DVD qui retrace brièvement l’itinéraire du poète en s’appuyant sur de nombreuses archives.
â–º Suzanne DOPPELT, Amusements mécaniques, P.O.L, novembre 2014, 80 pages, 8,50 €, ISBN : 978-2-8180-2133-0.
"La réalité serait-elle, dans son essence, obsessionnelle ?" (Witold Gombrowicz)
Libido mechanica : "un petit ballet mécanique sauve de la mélancolie, par des gestes et des pas assortis, un amusant vertige".
Avec Suzanne Doppelt, la poésie est affaire de mécanique : opérant un perpétuel va-et-vient entre micro- et macrocosme, sa poétique chaosmique rend compte de la mécanique cosmique avec un brio qui vous ravit. Combinant texte et image, elle nous offre de subtils mobiles poétiques. De la caldérisation de la poésie : perpetuum mobile…
Avec Suzanne Doppelt, le poète ne nous met pas tant la puce à l’oreille que la mouche à l’œil – et cette vision panoramique/kaléidoscopique nous plonge dans le vertige. Mieux, la poésie est ici perçue comme "chemin sonore où l’œil rivalise avec l’oreille". Comme mimèsis tympanisée, donc.
â–º Serge DOUBROVSKY, Le Monstre, tapuscrit originel inédit, introduction et entretien par Isabelle Grell, Grasset, automne 2014, 1696 pages, 36 €, ISBN : 978-2-246-85168-4.
C’est le genre de livre dont on ne peut parler tout de suite, du moins si l’on veut souscrire à la déontologie critique : pensez donc, la Recherche de Serge Doubrovsky, le livre d’une vie, un tapuscrit originel qui comptait 2599 feuillets avant de
devenir Fils (1977) par la force des choses, Gallimard ayant refusé ce monstre-là. Écrit entre 1969 et 1976, ce flux de conscience dédié à celle qui est sa substance – sa mère – est régi par le martèlement de la machine – dactylométré, en somme.
Cette somme monstrueuse est en fait la première autofiction : "Fiction d’événements et de faits strictement réels ; si l’on veut, autofiction, d’avoir confié le langage d’une aventure à l’aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau". Ce qui intéresse les chercheurs de l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM), Isabelle Grell en tête : "un autofictionneur rédige-t-il ses textes autrement qu’un autobiographe ?" Mais surtout, allons à la question essentielle : pourquoi lire Le Monstre en plus de Fils ? Laissons la généticienne conclure : "Relu à la lumière des avant-textes, Fils refuse encore plus qu’avant d’être institué en une configuration de sens fini".
â–º Antoine VOLODINE, Terminus radieux, Seuil, coll. "Fiction & Cie", été 2014, 624 pages, 22 €, ISBN : 978-2-02-113904-4.
Excellente nouvelle que ce prix Médicis attribué à celui qui, depuis une trentaine d’années, nous imprègne de sa "pâte onirique" (p. 300). 
Cette somme quadripartite dont l’anti-titre est évidemment révélateur s’inscrit dans la lignée des dystopies qui ont pour toile de fond le totalitarisme soviétique. Et bien entendu, cette polyphonie à la typographie singulière cligne malicieusement du côté du post-exotisme : "Si un écrivain post-exotique avait assisté à la scène, il l’aurait certainement décrite selon les techniques du réalisme socialiste magique, avec les envolées lyriques, les gouttes de sueur et l’exaltation prolétarienne qui font partie du genre. On aurait eu droit à de l’épopée propagandiste et à des réflexions sur l’endurance de l’individu au service du collectif" (382)…
â–º Christian PRIGENT, La Langue et ses monstres (Cadex, 1989), P.O.L, novembre 2014, 320 pages, 21,90 €, ISBN : 978-2-8180-2147-7.
Quels sont les monstres de la langue ? Qu’est-ce qui la rend monstrueuse ? Eros, Thanatos… l’impossible, l’innommable, la Chose, le Ça, la folie, le Rien, l’im-monde, le corps, l’âme, le Carnaval, la patmo…
Est monstrueuse toute langue qui excède la Langue, la débonde sans abonder dans son sens ; toute langue dans laquelle le "réel" vient trouer la "réalité", la dé-naturer.
La réédition de cet essai qui a fait date a "éliminé le plus crispé par les polémiques de l’époque" et intégré huit textes écrits entre 2005 et 2014 (dont deux inédits) : sur Pierre Jean Jouve, Antonin Artaud, Francis Ponge, Pier Paolo Pasolini, Jude Stéfan, Bernard Noël, Éric Clémens et Christophe Tarkos – le facial Tarkos dont la patmo recouvre le réel…
â–º Bernard DESPORTES, Irréparable quant à moi. André du Bouchet, éditions Obsidiane, novembre 2014, 88 pages, 13 €, ISBN : 978-2-916447-61-2.
"Ce dont on ne peut parler c’est le monde même, le silence et
le gouffre de Pascal, l’abîme de Baudelaire, l’éternité de Rimbaud,
l’inaccessible de Kafka, le rire de Bataille […]" (p. 43).
Dans cet essai au titre évocateur (citation du poète), sont regroupés divers textes (dont quelques-uns inédits) et quelques lettres extraites de la correspondante abondante entre les deux écrivains unis par une profonde et respectueuse amitié. Bernard Desportes s’y efforce de démallarméiser André du Bouchet : sa "volonté d’aller au bord sans tomber dans l’illisible" (p. 32) le rapproche davantage de Baudelaire et de Bataille ; nulle abstraction, mais une tension entre sens et non-sens, possible et impossible.
â–º Emmanuel CARRÈRE, Le Royaume, P.O.L, automne 2014, 633 pages, 23,90 €, ISBN : 978-2-8180-2118-7.
Emmanuel Carrère est dans l’air du temps – un temps avec lequel il est en phase. D’où les nombreux prix engrangés : cette fois, c’est le prix Le Monde pour cette somme quadripartite ("I. Une crise" ; "II. Paul" ; "III. L’Enquête" ; "IV. Luc"). Passé maître dans l’art d’évoquer d’autres vies que la sienne, il retrace sa crise spirituelle avant de mener une enquête qui le mène de Paul en Luc.
Et il faut dire qu’on se laisse prendre à ce type de texte très vivant qui mêle narration et argumentation, actuel et inactuel, présent et passé, Histoire et histoires… Vous ne connaissez pas bien la religion des Romains ? Partant de la dichotomie romaine entre religio et superstitio, l’auteur oppose les rites démocratiques contemporains (religion) à la croyance dominante (islamisme) : c’est un peu approximatif, mais ça parle au public actuel – trop actuel.
Ce soir, en UNE RV avec Bernard Desportes pour son essai sur André du Bouchet. Ensuite, nos Libr-brèves : site de CCP, RV à la Maison de la poésie Paris, Xavier Person à la Librairie Ignazzi, RV Alphabetville…
UNE : Desportes/Du Bouchet /FT/
Bernard Desportes, Irréparable quant à moi. André du Bouchet, éditions Obsidiane, novembre 2014, 88 pages, 13 €, ISBN : 978-2-916447-61-2.
Dans cet essai au titre évocateur (citation du poète), sont regroupés divers textes (dont quelques-uns inédits) et quelques lettres extraites de la correspondante abondante entre les deux écrivains unis par une profonde et respectueuse amitié. Bernard Desportes s’y efforce de démallarméiser André du Bouchet : sa "volonté d’aller au bord sans tomber dans l’illisible" (p. 32) le rapproche davantage de Baudelaire et de Bataille ; nulle abstraction, mais une tension entre sens et non-sens, possible et impossible.
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Libr-brèves
â–º Maison de la poésie Paris, mardi 9 décembre 2014 – 19H00
Kristof Magnusson & Mathieu Larnaudie – « La crise dans la littérature » Rencontre animée par William Irigoyen, chroniqueur littéraire et journaliste à Arte (en français et en allemand) Lecture – rencontre

Comment des écrivains s’emparent-ils d’un thème actuel et brûlant telle que la crise ? Dans C’était pas ma faute, Kristof Magnusson met en scène un trader dans une banque d’investissements à Chicago, qui ne vit que pour l’avancement de sa carrière. Meike Urbanski est quant à elle traductrice d’un auteur de best-sellers qu’elle essaie de retrouver, car il ne lui a pas remis le manuscrit à traduire. Ces personnages vont se chercher, se croiser et multiplier les quiproquos dans cette histoire d’argent, de littérature et d’amour.
Ils occupent, dans le monde du business ou de la politique, des places dominantes lorsque survient à l’automne 2008 ce violent séisme qu’on appellera : crise. Aussitôt certains vacillent, s’effondrent, passent aux aveux, disparaissent ou se suicident, tandis que d’autres, au sommet des Etats, font rempart de leurs discours, explications, remèdes… Les Effondrés saisit quelques personnalités fameuses (ou fictives) dans l’inexorable débâcle de leur édifice idéologique.
â–º Maison de la poésie Paris, jeudi 11 décembre à 19H00 : Emmanuel Carrère – « Le Royaume » Lecture
â–º À l’occasion de la parution de Une limonade pour Kafka, rencontre avec Xavier Person le jeudi 11 décembre 2014 à partir de 19 heures
Librairie Michèle Ignazi
17, rue de Jouy
75004 Paris
01 42 71 17 00
â–º Les RV de Alphabetville
– MCLUHAN ET NOUS
RENDEZ-VOUS SONORE
Dans le cadre du festival Marseille retrouve le nord organisé par Planète Emergences, en partenariat avec Alphabetville
Lecture suivie par un plateau radio autour des textes de Marshall McLuhan, théoricien des médias canadien, penseur du « village global » et auteur de la formule : « Le medium, c’est le message. »
Lecture publique par Jean-Christophe Barbaud et Cécile Portier de textes choisis par Jean-Christophe Barbaud et Colette Tron.
Plateau radio animé par Jean-Christophe Barbaud, avec Samuel Bollendorf, Marie Picard, Cécile Portier et Colette Tron.
Mercredi 10 décembre à 19 h au Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Avenue Raimu, 13014 Marseille
– BERNARD STIEGLER
CONFERENCES
16 et 17 décembre
. Vers un art de l’hypercontrôle
Le 16 décembre à 18h30 à la Cité du Livre à Aix-en-Provence
Proposé par Alphabetville, l’Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence, Ars industrialis
en partenariat avec la Cité du Livre/ Ville d’Aix-en-Provence
Bernard Stiegler développe l’idée que nous sommes entrés dans l’époque de l’hypercontrôle, rendue possible par les technologies numériques, les systèmes de big data, de traces et autres automatismes, omniprésents dans les développements et applications technologiques « hyperindustriels ». Dispositifs qui nous suivent autant qu’ils nous guident dans nos comportements, et qui constituent selon lui un processus de désintégration sociale.
Bernard Stiegler décrira les « sociétés de l’hypercontrôle » et l’automatisation généralisée, tout en posant le défi d’un « art de l’hypercontrôle » comme thérapeutique, ou « pharmacologie positive ».
Cette conférence se situe en ouverture d’un programme de recherche théorique et pédagogique à venir sous la direction de Bernard Stiegler, avec Alphabetville et l’ESA Aix-en-Provence.
Informations : 04 95 04 96 23
Entrée libre
Réservation conseillée : alphabetville@orange.fr
Lieu
Amphithéâtre de la Verrière
Cité du Livre
8/10, rue des Allumettes
13098 Aix-en-Provence
. La désintégration
Le 17 décembre à 18h30 au Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Organisé par Planète Emergences avec Ars industrialis dans le cadre du festival Marseille retrouve le nord
« Nous entrons dans l’âge des sociétés automatiques basées en particulier sur le développement des réseaux sociaux et de ce que l’on appelle à présent les big data.
Cette conférence, qui décrira cet état de fait, a pour but de donner une autre perspective sur les réseaux, capable de constituer un nouvel état de droit à l’époque de l’écriture numérique réticulaire et de l’automatisation généralisée, qui sera aussi l’époque de la fin de l’emploi. » Bernard Stiegler
Suivie d’une table ronde avec :
Franck Cormerais, philosophe, enseignant en Information et Communication à l’Université de Bordeaux 3, membre du C.A d’Ars industrialis ; Patrick Braouezec, président de la communauté d’agglomération Plaine Commune ; Martine Vassal, élue déléguée aux relations internationales et européennes de la Ville de Marseille, présidente déléguée de la Commission “Développement économique et emploi” de la CU Marseille Provence Métropole (sous réserve) ; Colette Tron, critique, directrice artistique d’Alphabetville/Friche Belle de Mai, membre du C.A d’Ars industrialis ; Christian Rey, directeur du technopôle Marseille – Château Gombert et de Marseille Innovation
Présentée par Gérard Paquet, président fondateur de Planète Emergences
Informations : http://planetemergences.org/
Entrée libre
Lieu
Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille
Avenue Raimu
13014 Marseille
Bus 32, 34, 53, 27
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Alphabetville Friche Belle de Mai 41 rue Jobin 13003 Marseille 04 95 04 96 23
Emmanuel Carrère, Limonov, P.O.L , septembre 2011, 496 pages, 20 €, ISBN : 978-2-8180-1405-9.
Carrère, deux ans plus tard, prolonge l’entreprise d’écrire D’autres vies que la mienne.
Être libr&critik, c’est aussi cela : demander à une spécialiste des écritures de soi (cf. Autofiction.org) son point de vue sur un livre considéré comme un "événement littéraire" de septembre.
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