Libr-critique

4 octobre 2020

[News] News du dimanche

Voici bel et bien un mois d’octobre très riche, dont il faut profiter vu la menace sanitaire qui plane… RV pour des événements avec et/ou autour de Pascal Quignard ; la revue Transbordeur ; Nadège Abadie / Marina Skalova ; Laure Limongi, Jean-Michel Espitallier et Jérôme Game ; Andreas Becker ; Emmanuel Hocquard ; Pierre Escot…

 

► La Galerie Wagner reçoit Pascal QUIGNARD Mardi 6 Octobre à 18h pour la signature du livre Sur le geste de l’abandon (ouvrage relié publié aux éditions Hermann, 2020, format 210 x 260 mm, 196 pages, 27 €), sous la direction de Mireille Calle-Gruber.

« Comment décide-t-on de passer la main ?
Comment décide-t-on de se donner au don , de faire donation de ses manuscrits ? »
(Mireille Calle-Gruber, p. 31)

Cette signature intervient en parallèle de l’exposition consacrée à l’auteur à la Bibliothèque Nationale de France, à qui il a fait don de certaines archives personnelles.

La maîtresse d’Å“uvre de ce magnifique volume qui mérite de figurer dans toutes les bonnes bibliothèques, publiques ou privées, souligne la singularité du geste accompli par l’un des écrivains français les plus reconnus : « Feu les manuscrits ! Ce qui pour la plupart des écrivains, obsédés par la conservation, serait sacrifice (sacrilège ?) apparaît ici dans une adéquate composition soigneusement arrangée. Tel un rite : païen ? biblique ? panthéiste ? athée ? » (21).
Au feu les manuscrits : seuls ceux de Boutès sont au complet, puisque habituellement l’écrivain les détruit par un geste sacrificiel…

Alors, outre le dossier abouti de Boutès, que trouver dans ce précieux reliquaire ? Un inédit de Pierre Frilay et Pascal Quignard, « De taciturnis » ; un commentaire savamment fictionnel sur la Hersé de Poussin ; vingt images commentées « sur le geste perdu de l’abandon » ; un ensemble d’images qui ont servi d’agents catalyseurs à l’écriture ; divers documents autour de Tous les matins du monde et de Terasse à Rome. /FT/

Une sérigraphie originale numérotée de 1 à 50 est proposée en complément du livre.

Sérigraphie Ovidius, Sens, 2013.
Œuvre de Pascal Quignard signée.
Format : 30 x 39 cm
Tirage numéroté et signé de 1 à 50 : livre + sérigraphie : 300 €.

â–º Mardi 13 octobre :

► 30e salon de la revue les 9, 10 et 11 octobre 2020 : Dernière nouvelle ce lundi 05/10 à 17H00 : Salon annulé… On gardera cette superbe affiche en souvenir…
â–º Samedi 17 octobre 2020 à 17:00, Le Monte-en-l’air
Silences d’exils est une expérience humaine et poétique. De 2016 à 2019, Nadège Abadie et Marina Skalova proposent des ateliers d’écriture et de photographie à des hommes et femmes exilé.e.s en Suisse. Une recherche autour de la langue et sa perte, la parole et son absence, le mutisme et la disparition. Dans ce tissage subtil, les éclats de voix plurilingues convoquent les souvenirs de l’auteure et le regard de la photographe. Leurs gestes artistiques se rencontrent pour garder trace des passages, dire le manque. Tout en posant la question: qu’est-ce qui reste ?

 

â–º 38e Marché de la poésie, avec comme d’habitude un éclectisme qui peut désorienter : programme.

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1 janvier 2020

[NEWS] Libr-2020

Libr-critique commence 2020 par un vÅ“u singulier suivi d’un montage de Patrick BEURARD-VALDOYE : façon d’osciller entre comique et tragique… Et les premiers RV de l’année : à lire / voir / écouter…

Patrick BEURARD-VALDOYE : Passage en douce…

Libr-rétrospective 2019 (1)

► Hommages : à P.O.L ; à Emmanuel Hocquard ; à Antoine Émaz.

â–º Entretien : avec Jean-Charles Massera (1 – qui approche des 6 000 vues – et 2/2).

â–º Libr-événement : « Traces de langage : poésie numérique » (avec Philippe Boisnard et Jacques Donguy à la Maison de la poésie Paris).

â–º Création : Daniel Cabanis, « Réhabilitation des usines à gaz ».

► Chroniques : Patrick Beurard-Valdoye, Cycle des exils ; Christophe Manon, Pâture de vent ; Benoît Casas, Prévisions

LC recommande début 2020…

La nouvelle Délie pour que l’année ne se délite : Emmanuel Tugny crée un mélange détonant musique médiévale/rock, avec des textes lus par Christian Prigent, qui rend à sa façon un nouveau Salut aux Anciens [Inouïe diffusion]…

► Pierre CHOPINAUD, Enfant de perdition, P.O.L, à paraître le 3 janvier 2020, 576 pages, 24,90 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, Bordeaux, à paraître le 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €.

► Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, en librairie le 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €.

â–º Jean-Claude PINSON : en février, essai sur Pierre Michon chez Fario ; en mars, Pastoral aux éditions Champ Vallon…

Prochains Libr-événements :

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► En résonance au spectacle L’Animal imaginaire de Valère Novarina : EXPOSITION DES OEUVRES DE VALERE NOVARINA, du mardi 14 janvier au dimanche 9 février 2020, la Chapelle du Quartier-Haut, Sète
Entrée libre, du lundi au dimanche, de 11h à 18h

Vernissage le jeudi 16 janvier 2020, 18h30

Mais que font donc les figures qui peuplent par milliers l’oeuvre immense de Valère Novarina ? Dans les livres comme sur les scènes, elles entrent, elles parlent, se nomment les unes les autres, elles pensent, elles sortent. Parfois elles dansent. Dans les dessins, rendues visibles par le geste élémentaire de la main, éclairées par les flashes de l’imagination dont elles proviennent et qui les sort un instant du vide où elles vivent, elles émerveillent par l’exceptionnelle liberté dont elles témoignent.

Représentations de L’Animal imaginaire au Théâtre Molière – Sète : Mardi 14 janvier, 20h30 + Mercredi 15 janvier, 19h

2 février 2019

[Chronique] PISE (Poésie Indéfinie Sans Emphase – Hommage à Emmanuel Hocquard), par Fabrice Thumerel

Dimanche dernier 27 janvier disparaissait l’une des figures majeures de la modernité négative, Emmanuel Hocquard (1937-2019) : Libr-critique avait eu l’occasion de présenter le Colloque international qui s’était tenu sur son Å“uvre en juin 2017 à la Sorbonne ; la réédition de ses Élégies en 2016 dans la collection « Poésie » de Gallimard ; sa Terrasse à la Kasbah
L’impressionnante somme parue au printemps dernier est l’occasion de saluer un parcours singulier.

Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, 2018, 616 pages, 23,90 €, ISBN : 978-2-8180-4188-8.

« Ã‰crire, c’est aussi une école de lecture » (p. 304).

« Je crois avoir bien saisi dans son ensemble ma proposition à l’égard de la philosophie, quand j’ai dit : la philosophie, on ne devrait l’écrire qu’en poésie » (Wittgenstein, Remarques mêlées, cité p. 406).

De 1993 à 2005, Emmanuel Hocquard a enseigné à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux : à partir de 1998, son cours « Langage & écriture » s’est transformé en ARC (Atelier de Recherche et de Création), auquel on trouve un nom grâce à un autre acronyme, PISE (Procédures Images Son Ecriture). D’emblée, le poète arbore deux prises de distance. D’une part, aux termes de « création » et de « procédure » il préfère ceux d' »expérimentation » et de « dispositif ». D’autre part, il ironise sur la mode, importée des USA, des « creative writing » : comme si l’on devenait écrivain à coups de recettes… En fait, pour lui, ces ateliers d’écriture « sont surtout récréatifs : on y joue à l’écrivain » (p. 12).

Penchons-nous un peu sur PISE. C’est grâce à David Lespiau que nous pouvons disposer rassemblés en un volume des notes de cours (dont les fameuses leçons de grammaire, structurées par les trois notions : Ethique, Logique et Poétique – ELP), textes de création et lettres aux Pisans qui composent cette imposante somme placée à l’enseigne de Wittgenstein et de Deleuze. On y trouve bien entendu des exercices caractéristiques de ce type d’atelier : « procédure de fabrication du poème collectif » (323), « procédure expérimentale d’écriture : l’éponge » (371)… Sans oublier cette invitation adéquate : « Je me souviens de Pise. Trouver une forme » (221). En piste, les étudiants pratiquent le cut-up et le cut-out, mènent à bien leur tour de Pise jusqu’à produire un « voyage à Pise« … Et l’auteur n’est pas avare de jeux de mots : « Pise & Love », « Let it Pise »…

L’intérêt d’une telle somme réside dans les sujets traités : analyse critique du langage ordinaire (distinctions personnel/privé, morale/éthique, notion/concept…), écriture objectiviste, écriture discontinue, idiotie, séries répétitives/séries différentielles, ponctuation… Mais surtout dans les prises de position fondamentales. Tout d’abord, on ne peut être surpris que, dans un cours sur la tautologie – ce « modèle logique de vérité » (Wittgenstein) -, il préfère à la métaphore « la plénitude de la littéralité » (287). On est avant tout admiratif devant l’indépendance d’esprit du héraut de la modernité négative, qui a toujours su résister aux mots d’ordre, à commencer par ceux constitutifs de l’avant-garde : « La notion d’avant-garde ne peut se comprendre et s’expliquer que dans une perspective historique liée à l’idée de progrès, qui a marqué l’ensemble de notre culture depuis plusieurs siècles et fondé, au siècle dernier, ce qu’on a appelé la modernité » (408). L’histoire littéraire n’est pas en reste : « L’Histoire de la littérature est un agencement de mots d’ordre. Ça n’a rien à voir avec les faits : j’écris, je peins, je sculpte, je photographie, je filme, etc. L’Histoire littéraire, c’est la troisième personne du discours indirect, avec les verbes au passé : il a écrit, elle a peint, ils ont sculpté, elles ont photographié, etc. » (262). La Poésie même « est une réserve d’élection pour les mots d’ordre et les gros mots. Ils y pullulent et y prolifèrent ouvertement. Denis Roche avait raison de dire que la poésie est inadmissible, mais il avait tort d’ajouter d’ailleurs elle n’existe pas. Il est pratiquement impossible d’échapper aux mots d’ordre et aux gros mots quand on écrit de la poésie, parce que poésie est déjà un mot d’ordre. Quand vous voyez, imprimé sur une couverture de livre, le mot Poésie, Poème, ou, pire, Poèmes ou Poésies, vous êtes d’emblée confronté à un mot d’ordre » (246).

10 juin 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier jour du 36e Marché de la poésie, tout d’abord le Libr-20 des volumes (dont une revue) de/sur la poésie ; suivent quatre Libr-événements : RV autour de Bernard Noël et de Laurent Grisel à Paris, avec Griot/Manon dans la région parisienne, sans oublier Poésie civile #15…

Poésie : en ce dernier semestre, LC a reçu, a lu et recommande

♦ Olivier Penot-Lacassagne dir., Beat Generation. L’Inservitude volontaire, CNRS éditions, 2018, 392 pages, 25 €.

REV(u)E : 17, Un thé chez les fous, 2018, 230 pages, 30 €. [Un superbe collectif, avec pour exergue : "Tous ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité"]

♦ Nikola Akileus, Éreintique, éditions Vermifuge, hiver 2017-2018, 140 pages, 15 €.

♦ Édith Azam, Le Temps si long, éditions Atelier de l’Agneau, Limoges, printemps 2018, 78 pages, 15 €.

♦ Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique, Hermann, hiver 2017, 376 pages,  €. [Essai très stimulant !]

♦ Didier Bourda, Galerie montagnaise, Lanskine, 2018, 152 pages, 14 €.

♦ Patrick Bouvet, Trip machine, éditions de l’Attente, automne 2017, 132 pages,14 €.

♦ Sophie Coiffier, Paysage zéro, éditions de l’Attente, automne 2017, 144 pages, 14 €.

♦ Bernard Desportes, Le Cri muet, Al Manar, printemps 2018, 96 pages, 18 €.

♦ Dominique Fourcade, Improvisations et arrangements, P.O.L, mai 2018, 464 pages, 24 €.

♦ Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, mars 2018, 624 pages, 23,90 €.

♦ Christine Jeanney, Yono Oko dans le texte, Publie.net, 2018, 176 pages, 16 €.

♦ Christophe Manon (avec Frédéric D. Oberland), Jours redoutables , Les Inaperçus, 2017, 72 pages, 14 €.

♦ Christophe Manon, Vie & opinions de Gottfried Gröll, Dernier Télégramme, hiver 2017-2018, 120 pages, 13 €.

♦ Véronique Pittolo, Monomère & maxiplace, éditions de l’Attente, automne 2017, 104 pages, 11 €.

♦ Daniel Pozner, À Lurelure, PROPOS2 éditions, 2017, 114 pages, 13 €.

♦ Dominique Quélen, Revers, Flammarion, 2018, 124 pages, 16 €.

♦ Olivier Quintyn, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €. [Essentiel pour qui veut comprendre la poésie contemporaine]

♦ François Rannou, La Pierre à 3 visages (d’Irlande), Lanskine, printemps 2018, 48 pages, 12 €.

♦ Pierre Vinclair, Terre inculte. Penser dans l’illisible : The Waste Land, Hermann, 2018, 204 pages, 22 €. [Une réflexion fondamentale sur l’illisibilité poétique à partir du célèbre poème de T. S. Eliot]

Libr-événements

â–º Lundi 11 juin 2018, Maison de la poésie Paris, 20H : Carte blanche à Bernard Noël. Avec Bernard Noël, Jean-Luc Bayard, Léonard Novarina-Parant, Jean-Luc Parant, Laurine Rousselet & Esther Tellermann.

Né en 1930, Bernard Noël signe son premier livre Les Yeux chimères, en 1953 et en 1958, Extraits du corps. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il publie son troisième ouvrage, La Face de silenc. La publication de ces poèmes lui ouvre alors les portes de l’édition où il travaille comme lecteur, correcteur et traducteur.  À partir de 1971, Bernard Noël prend la décision de se consacrer entièrement à l’écriture. Il compose ainsi une œuvre majeure, (…)

â–º Climats de Laurent Grisel a été écrit sur une proposition de Cécile Wajsbrot, de janvier 2014, bien avant que la future « COP21 » de novembre-décembre fasse parler d’elle, à octobre 2015, et ses lecteurs eurent et ont de quoi déchiffrer le théâtre de cet accord international. Mais ce poème, cette épopée, vient de plus loin et va au-delà, ses  héros sont des ouragans, des peuples en lutte, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, des galaxies, des paysans et des semences libres… 

La comédienne, diseuse, musicienne et chanteuse Anna Desreaux en donne son interprétation, qui est forte et belle, au café-théâtre de La Vieille Grille lundi prochain : le lundi 11 juin à 20h30, 1, rue du Puits de l’ermite 75005 PARIS / Métro Monge [Il est important de réserver au 01 47 07 22 11. Vous trouverez toutes sortes d’informations pratiques sur le site du lieu : https://www.vieillegrille.fr/tiki-view_articles.php?topic=13]

â–º Lundi 18 juin à 19H30, DOC (26, rue du docteur Potain 75019 Paris), Poésie civile #15 : où ça avance…

â–º Vendredi 22 juin à 20H, Parc de Rentilly (1 rue de l’étang 77600 Bussy-Saint-Martin) : Griot/Manon.

25 février 2016

[Chronique] « Tous les élégiaques sont des canailles » (Baudelaire). Sur la réédition des Élégies d’Emmanuel Hocquard, par Jean-Paul Gavard-Perret

Emmanuel Hocquard, Élégies, P.O.L, 1990 ; rééd. Gallimard, coll. "Poésie", n° 513, février 2016, 128 pages, 9,90 €, ISBN : 978-2-07046-864-5.

 

Emmanuel Hocquard demeure un poète phare de la poésie du temps. Plus particulièrement par le renversement effectué dans la démarche élégiaque et son lyrisme « classique ». Plutôt que de ruminer le passé inhérent au genre, Hocquard fait écho à Baudelaire dans « L’Art romantique » lorsqu’il écrit : « tous les élégiaques sont des canailles ».

Avec lui, l’objet du poème n’est plus situé en dehors du poème et comme convié par lui. Il ne s’agit plus d’un référent constitué : nostalgie d’un moment ou d’une personne et dont  « Les regrets » de Du Bellay resterait le modèle. L’horizon est autre : il n’a de référent que le poème lui-même.

Face à une élégie contemporaine qui croupissait dans la déploration, Hocquard ouvre la voie à un lyrisme hors de ses gonds. L’élégie lui permet de poser les questions de la langue, de la forme, du temps et de la représentation. Abordant volontairement ce genre latin de manière « négative » il oppose à la tradition une inversion. Par fragments  et comme il l’écrit, « l’élégiaque inverse fuit les représentations ». Du moins celle du lointain intérieur.

Par l’élégie Hocquard inverse le temps, le genre ne masturbe pas le passé mais le reconstruit au sein de « l’action poétique ». Il ne s’agit plus de ruminer le passé de manière bovine mais de le réengendrer  dans différents topos où mots et objets sont en incessant chantier. Le début d’une des élégies en  donne le parfait exemple : « A l’époque / Où il fit commencer les travaux /l’île était accessible / par de petits ponts mobiles / bordés de docks et d’entrepôts ».

Comme ce texte l’illustre, il ne s’agit plus de faire appel à une quelconque affection mais à une affectation de dispositifs d’une construction matérielle. L’élégie s’objective sans soucis de métaphore ou de lamento. Elle ne met plus en exergue l’humain et son intériorité mais ses actes : de carrier, d’électro-électricien ; de chimiste, etc.

A la géométrie des gouffres intérieurs se substitue une architecture en marche où les constructions du futur (centrales électriques) jouxtent celles qui ont pour but d’entretenir le passé (bibliothèque). La langue caresse une extase matérielle – comme chez Ponge, mais selon une prise plus large.

L’écriture, dans sa performance, met en œuvres les choses. Elle ne se dilue non dans une sensibilité individuelle mais dans un « moi » plus large. Hocquard reste à ce titre le poète postmoderne par excellence. Celui qui met l’accent sur une dévitalisation de la persona. Ce qui n’empêche pas chaque élégie de s’adresser à quelqu’un en particulier. Toutefois les « envois » sont plus intellectuels que du seul registre du sentimentalisme.

Au lyrisme subjectif font place des interrogations objectives. La première personne n’implique plus la dimension autobiographique présente dans l’élégie classique. Chez Hocquard, comme il l’écrit, elle devient  « une affaire d’organisation logique de la pensée ». La trajectoire de ce nouveau lyrisme froid n’a donc plus rien de romantique. Au vocabulaire affectif font place le concept et la concrétude. Manière pour Hocquard de sortir d’une poétique de la torpeur en vue d’une nécessaire déstabilisation du lecteur. La possibilité de toute expression poétique n’a donc plus pour but d’échapper au logos. Ou du moins pas en totalité.

12 novembre 2009

[Recherche] Les Manifestes littéraires au tournant du XXIe siècle, synthèse du Colloque de Bologne (sept. 2009), par Maria Chiara Gnocchi

Suite à notre présentation du colloque international qui s’est déroulé à Bologne (Italie) les 17 et 18 septembre 2009, voici le compte rendu qu’en propose l’une des participantes, Maria Chiara Gnocchi. Vu l’intérêt du sujet, il nous semble capital d’en évoquer les grandes lignes avant même de recenser les Actes dès leur publication.

(more…)

25 février 2007

[Livre] Tanger / Marseille, collectif

tanger194.jpgTanger / Marseille, un échange de poésie contemporaine, éditions CIPM, collection IMPORT/EXPORT, ISBN : 2-909097-54-4. 15 €.
[site du CIPM]
Ont participé à ce projet : Yassin Adnan, Mehdi Akhrif, Jean-Michel Espitallier, Emmanuel Hocquard, Claude Royet-Journoud, Abdallah Zrika.
Edition bilingue, en français et en arabe.
Extraits de la préface :
Le principe de ces échanges se veut simple et efficace.
Trois poètes français et trois poètes d’un pays étranger se rencontrent d’une part à Marseille et d’autre part dans une ville du pays concerné afin de traduire et d’être traduit collectivement.
Ce travail de traduction collective donne lieu à une lecture dans chacun des pays à la suite de l’atelier de traduction et à une publication bilingue de l’ensemble des textes en langue originale et en traduction.

Les échanges se déroulent en deux temps :
[+] une première session d’une semaine lors de laquelle les poètes français sont accueillis dans un pays étranger et traduits collectivement par les poètes étrangers avec l’aide d’un technicien de la langue. À Tanger, nous avons été accueillis lors du salon du livre international, en janvier 2003, par l’Institut Français que nous remercions vivement pour son engagement et son soutien.
[+] Une seconde session d’une semaine lors de laquelle les poètes étrangers sont accueillis à Marseille au CIPM et traduits collectivement par les poètes français avec l’aide d’un technicien de la langue. Pour cet échange Tanger/Marseille, la session de Marseille a eu lieu en juin 2003, avec l’aide de Mohammed Hraga. Chacune des sessions se clôt par une lecture publique et bilingue.

À ce propos :
Nous présentons ce travail en document introductif à notre reportage participatif à Tanger pour le 11ème salon international du livre, car non seulement ce travail initié par le CIPM a eu lieu durant ce salon en 2003, et ceci en partenariat avec l’Institut français du Nord, dont nous avons mis en ligne la conférence de presse de son directeur Gustave de Staël, mais en plus cette rencontre croisée pose bien évidemment la question de la langue, de l’étranger dans la langue. En faisant se rencontrer des poètes de langues différentes, et en les conduisant à la traduction, il s’agit bien de poser la question de l’incorporation dans sa langue de l’étrangeté d’une autre langue. Qu’est-ce qui se joue dans sa langue, quand son texte est dit selon une autre grammaire, un autre vocabulaire, voire ici une autre origine, puisque le français étant issu de l’indo-européen comme le grec par exemple, alors que l’arabe est une langue sémite, comme l’hébreu. Qu’est-ce qu’accueillir l’autre dans sa langue, accepter les effets diffractoires de la traduction qui ne son jamais pourtant des essais d’effraction ?
Nous le comprenons, il s’agit de la mise en tension de cet écart, aussi bien géographique pour ces six poètes, que linguistique qui se joue, se noue et dénoue dans ce livre collectif./PB/

17 janvier 2007

[Chronique] Terrasse de la Kasbah d’Emmanuel Hocquard

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 17:41

Comme nous y reviendrons à plusieurs reprises, Tanger est un lieu de croisements, pas seulement de marchandises dans le port, mais aussi d’écrivains. hocquard.jpgDe Burroughs et des beat [cf. W. S. Burroughs et Brian Gysin, Le Colloque de Tanger, Christian Bourgois, 1976] lors du colloque de Tanger, immortalisés par une superbe photographie où ils sont allongés sur la plage, à Bernard Desportes, le commissaire de ce 11ème Salon du livre de Tanger, tombé sous la magie sauvage de cette ville, Tanger apparaît comme une ville qui appelle l’écriture.

C’est pourquoi nous présentons ce petit texte d’Emmanuel Hocquard ici, alors qu’il ne fait pas partie des invités du salon. Terrasse à la Kasbah est la publication de deux lettres, tapées à la machine à écrire, corrigées à la main. Deux lettres d’Emmanuel Hocquard datées du 3 et du 6 novembre 2006.
Ces lettres destinées à une femme, Elise, raconte l’installation à la Kasbah d’E. Hocquard. D’emblée, il énumère et détaille son nouveau lieu d’habitation, il en approfondit les figures présentes et ceci afin de découvrir ce qui lui avait « Ã©chappé alors ». « Echappé alors », à savoir ce qu’il n’avait pu exprimer, non pas quand au contenu, mais peut-être, et c’est ici que se trouve toute la force de ses deux lettres, davantage au niveau de la manière de s’exprimer, de la grammaire propre au langage, lorsqu’il y était auparavant, avant ce retour. S’installer à la Kasbah, lui semble devoir être nécessaire pour faire ce retour, pour trouver cela qui ne fut pas rencontré. Pour quelle raison ?

Du fait que la ville de Tanger implique non pas seulemet des images, ce qui serait parler de Tanger, tomber dans la représentation, mais impulse dans la langue même, sa propre dimension. Et dès lors il s’agit de parler Tanger, d’entendre parler Tanger dans la langue. En effet, comme il l’explique dans la première lettre : il ne pouvait pas retrouver ce qui lui avait échappé « Ã  distance, entouré par les vaches et les brebis des verts paturages de Mérolheu (Hautes Pyrénées). » Pour exprimer cela, il insiste sur le fait que pour voir et créer — et ceci en référence à Deleuze et Guattari — il faut entrer dans une certaine forme d’habitude, d’habiter, de penser qui se construit dans le mouvement même de son habitation. Heidegger exprime par exemple parfaitement cela dans la conférence Bâtir, habiter, penser : habiter ne se fait que si la pensée investit le lieu, se fait transpassible à ce qui survient de lui, à travers nous et la pensée. Lorsque l’on est passif par rapport au lieu : on ne fait que loger, y passer sa vie, oui on ne faut qu’y passer. Tel que l’exprime Hocquard : « au fil des années durant lesquelles j’ai habité Tanger — et même au-delà — la forme de la ville et de ma pensée ont tendu à ne plus faire qu’une ».

En cela, Tanger pose la question du sujet qui habite le lieu. Il est bien évident que l’on n’habite pas un lieu sans se transformer, sans se poser la question de celui que l’on est dans ce lieu là. Se pose alors, pour Hocquard, cette interrogation sur la manière de s’énoncer en rapport au lieu. On retrouve ici son atachement pour la grammaire. La question porte sur le sujet, celui qui voit, « je », qui en tant que sujet justement grammaticalement est toujours personnel. Et on retrouve ici une nouvelle mention à Deleuze et Guattari, de Mille Plateaux, mais cette fois implicites : « la grammaire donne des ordres, elle ne pose pas de questions ». Pour se laisser emplir par le lieu, pour que Tanger parle dans la langue, et non pas que l’on parle de Tanger, tel qu’il l’exprime, il faudrait grammaticalement un sujet non-personnel, immanent au sein de la langue, et non pas une polarité transcendante qui est le critère permanent de la perception. Ainsi, il l’énonce, ce qu’il est venu « chercher ici, sur place » ce ne sont pas des lieux, des endroits inconnus, mais la possibilité pour lui d’une langue qui parle Tanger et non pas de Tanger : « (…) grammaire de Tanger. Dire grammaire Tanger me paraît plus juste. Qu’est-ce qu’une grammaire Tanger peut bien vouloir dire ? ça pourrait être, non pas habiter à Tanger, mais habiter Tanger. »
Terrasse à la Kasbah, Emmanuel Hocquard, éditions CIPM, 5 €. [site]

[Livre] Emmanuel Hocquard, Terrasse à la Kasbah

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 17:41

Terrasse à la Kasbah d’Emmanuel Hocquard, éditions Centre international de poésie Marseille, 16 p. ISSN : 1148-652 X, 5 €. [site]

4ème de couvertue :
Qu’est-ce qu’une « grammaire Tanger » peut bien vouloir dire ? Ça pourrait être non pas habiter à Tanger, mais habiter Tanger. Tirer parti d’une habitude Tanger.

[lire la chronique]

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