Libr-critique

6 mai 2016

[Dossier] Création et critique, un cycle d’entretiens, par Emmanuèle Jawad

Avant de publier de très riches entretiens avec Jean-Philippe Cazier, Sylvain Courtoux, Jean-Marie Gleize et David Lespiau, Emmanuèle Jawad présente ci-dessous la problématique qui les sous-tend.

Pour le poète, l’espace de création serait-il un lieu permettant d’ouvrir des espaces de réflexion critique ou ces différents espaces s’apparentent-ils à des champs distincts les uns des autres ? Les pratiques d’écriture au sein de la création sont-elles conduites, en prise avec des gestes critiques, à produire des formes réflexives ? Ou encore le travail de création est-il porté dans ses pratiques par un regard et une démarche politiques vers des formes innovantes ? Quels liens entre pratiques d’écriture, théorie et critique ? Quelles filiations (notamment de la sphère critique vers la création) s’établissent entre le champ de la critique et le champ de la création1, interrogeant le poète et le critique, la création du poète au regard de son travail critique ? Pour Nathalie Quintane, « le spécialement poétique ne se niche pas uniquement dans l’affectueux de l’anecdote, mais dans le démarrage critique qu’elle peut provoquer » (« Astronomiques assertions », « Toi aussi, tu as des armes »… Poésie & politique, La Fabrique, 2011). Pour ce qui fait lien entre critique littéraire et politique au regard de la création, Nathalie Quintane, dans un article intitulé « Critique des nous », affirme ainsi : « On ne risque pas trop de se perdre, à tenter de dégager ce qu’il peut bien y avoir aujourd’hui sous le & de Critique (littéraire) & Politique : il n’y a pas grand monde au portillon. Mon propre travail fait que je suis plutôt pour une critique intégrée – à la Antin » (Cahier critique de poésie, n°22 : dossier sur la « Critique de la poésie », 2011). Posant précisément la question du « double régime », poète et critique, Jérôme Game dans un entretien avec Christian Prigent interroge ainsi : « Comment gères-tu ces deux régimes ? Comment passes-tu de l’un à l’autre sans que le normatif déteigne sur le créatif ? Peut-être l’oublies-tu ? Comment te libères-tu de Christian Prigent essayiste quand tu écris de la littérature ? ». Interroger les rapports entre création et critique ne peut se faire sans se référer aux travaux de Jean-Marie Gleize (essais et textes de création) et aux enjeux théoriques traversant les livres de création.

1 Cf. Fabrice Thumerel, La Critique littéraire, Armand Colin, 2002, p. 29-39. Sur Libr-critique, voir le dossier « Critique et poésie » : articles de Lionel Destremau et d’Emmanuel Ponsart, en plus de l’entretien avec Christian Prigent, "De TXT à Fusées".

14 avril 2016

[Libr-débat] Laurent Cauwet, « Où sont les armes… » Lettre ouverte autour du CipM

Suite à la publication des textes de Julien Blaine et d’Emmanuel Ponsart, nous remercions Laurent Cauwet (éditions Al dante, Marseille) d’avoir répondu à notre appel pour élargir le débat.

Cher Fabrice

Tu aimerais que Libr-critique s’ouvre au débat qui s’anime autour du CIPM, et tu me demandes mon avis – et sur cette honorable institution, et sur les deux premières interventions que tu as publiées, et sur l’intérêt d’un tel débat. 

Discuter sur le CIPM, c’est, sans doute, une bonne idée.

Par contre, je ne suis pas certain qu’un débat puisse aboutir sur quoi que ce soit d’intéressant, ainsi placé sous l’hospice d’un conflit de personnes, sorte de combat des chefs qui semble, à juste titre, bien dérisoire et tristounet pour beaucoup de gens. Que d’emblée cet espace soit ouvert par la réponse d’Emmanuel Ponsart se cachant derrière ce conflit risque d’occulter de suite les vraies questions (le fonctionnement passé, présent et à venir du CIPM et son rôle – dans sa dimension locale, régionale et internationale, voire internationaliste).

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certaines personnes, pourtant actives et pertinentes dans le débat, hésitent à signer les pétitions actuellement en circulation, parce que méfiantes quant aux réelles intentions de leurs protagonistes ou supposés tels. 

Et c’est bien ce qu’a compris Emmanuel Ponsart : c’est en toute logique qu’il utilise cette inimitié comme fusible, ce qui lui était hier offense délétère s’avère aujourd’hui pain-béni, et sa mise en avant obscène lui permet avec bonheur de couper court à tout débat : « Il n’y a aucun problème, si ce n’est les sursauts monté-christoïdes d’un incontrôlable ». Et hop, le tour est joué. Il est parfait dans son rôle de "directeur", sachant jouer tour à tour de la victimisation, du mépris et de la menace – armes politiques habituelles du patronat refusant de se plier au jeu d’une critique possiblement destituante –, et dans sa volonté de préserver ses privilèges à tout prix. Rien de nouveau donc sous le soleil de la domination.

Et pourtant, oui il y a matière à débat. Surtout aujourd’hui, où des lieux dédiés à l’inventivité poétique et qui fonctionneraient comme des laboratoires d’expérimentation, de rencontres et de confrontation au public sont plus que jamais nécessaires.

Pour ma part, j’ai souvenir des premières années du CIPM, à l’époque où ce n’était pas encore cette vénérable institution, mais un lieu d’effervescence et d’expériences inédites. Où il y avait foule aux manifestations, et où ça discutait ferme, les rencontres provoquant souvent réactions, échanges et disputes passionnées. Je me souviens par exemple d’une rencontre autour de Pasolini, du public échangeant avec les intervenants ; je me souviens que cela se passait en même temps (hasard du calendrier) qu’une fête de quartier, que dehors ça dansait, riait, buvait, et qu’un constant et joyeux va-et-vient s’effectuait entre la place où s’exprimait une joie farouche et explosive, et la pièce où ça colloquait sérieux. Fête des corps et des esprits. Je me souviens de l’émotion ressentie, à l’idée que Pasolini aurait aimé cette proximité fortuite, que toute sa pensée était née de cette fusion, et que nous étions riches  des rires et des chants, et ainsi plus à-vifs, plus ouverts  aux paroles et aux lectures… Je me souviens des multiples rencontres… Je me souviens de ma rencontre avec Tarkos lors d’un repas  – ce genre de repas où l’on n’éprouve pas d’appréhension à s’asseoir, même si ni badgé, ni (re)connu, ni invité – et de notre décision de faire un livre ensemble, alors qu’Al Dante était encore… sans livre. Mais c’était avant que le CIPM ne soit protégé par la puissance écrasante de l’Oeuf de Puget et les grilles épaisses de la Vieille Charité. Aucune nostalgie lorsque j’écris ces lignes. Simplement, ces années-là ont décidé de la naissance d’Al Dante et le CIPM-première époque y est pour quelque chose.

Aujourd’hui le CIPM a perdu cette volonté  et cette énergie vitale de la confrontation au monde. Pire, il se protège du monde. C’est devenu un vieux corps sans désir. 

Aujourd’hui, il fonctionne en huis-clos, et ne tisse des liens qu’avec d’autres lieux qui se définissent ou s’espèrent comme lieux de pouvoir. Tout y est pensé dans l’idée de patrimonialiser la poésie, et non d’en repousser, sans fin, les limites.

Mais si le CIPM a perdu cela, la mémoire de cette période est toujours, me semble-t-il, vivace.

Alors oui, le CIPM est important. Pas seulement par son histoire, mais parce que c’est un outil :

1. qui pourrait offrir des moyens, du temps et des outils à des poètes, auteur-e-s, artistes, chercheur-e-s, transmetteur-e-s, lecteur-e-s… de poursuivre un travail de continuation ou de création de chantiers participant à la réinvention constante de l’espace poétique ;

2. qui pourrait être un lieu de création, d’accueil et d’exportation d’événements et de situations permettant la confrontation de cet espace poétique au monde ;

3. qui renferme dans ses murs un centre d’archives et de documentation extraordinaire, ne demandant qu’à vivre.

Mais pour cela, il faudrait travailler à un changement radical. Car dans le contexte actuel, se battre (se battre = dépense de temps et d’énergie) pour une institution n’a d’intérêt que si on peut espérer la détourner de ce pour quoi elle se construit (bétonnage d’un lieu de pouvoir, renfermement sur soi-même, prolétarisation de la pensée et de la création afin de les domestiquer, participation à l’élaboration de nouveaux produits culturels et de nouvelles armes communicationnelles propres à nourrir et renforcer le discours de la domination) pour la remettre dans le mouvement de la pensée, avec ce que cela signifie de perméabilité aux remuements du monde, de croisements avec ce qui s’invente dans d’autres espaces, d’intranquillité (eh oui, la pensée et la création ne sont pas tranquilles), de mise à l’épreuve constante de ce qui se fabrique dans ses murs avec ce qui se vit dans la rue, avec tous les risques de débordement (risques à espérer !) que cela signifie.

Comme je suis du genre à penser que toujours tout est possible, malgré tout, alors oui, réfléchissons, rencontrons-nous, échangeons, discutons, imaginons, proposons et, pourquoi pas, investissons dès maintenant le CIPM pour une Nuit debout, une vraie, à laquelle tou-te-s seraient convié-e-s, des Aygalades au chemin de Morgiou en passant par La Belle-de-Mai, Sainte-Marthe, la Joliette, la Plaine et Les Crottes, afin d’inventer une aurore sans fin ! Cela serait déjà un premier pas pour lui redonner le souffle qui lui a été ôté ! 

Et si cela n’est pas désiré, alors tant pis. Autant laisser vivre l’institution pour ce qu’elle est (un marqueur permettant de réfléchir comment se fabrique l’espace artistique et culturel, et comment cela influe sur les gens, les pratiques, la consommation de l’art. etc.), en profiter quand c’est possible, l’éviter le reste du temps, et la laisser mourir quand elle s’essouffle ou est menacée par l’une de ses soeurs.

Il y a tant de chose à faire ailleurs ! 

Un grand salut amical,

Laurent Cauwet

 

PS : La manifestation autour de Pasolini à laquelle je faisais allusion tout à l’heure, s’appelait – enfin je crois – Où sont les armes… pertinence, aujourd’hui, à reposer la question.

6 avril 2016

[Libr-Débat] Réponse à la lettre de Julien Blaine, par Emmanuel Ponsart

Filed under: chroniques,News,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 9:47

Libr-critique ayant toujours été un lieu de débat, nous publions la réponse d’Emmanuel Ponsart, directeur actuel du Centre international de poésie Marseille.

Doit-on répondre à une lettre que Julien Blaine / Christian Poitevin fait circuler auprès de ses correspondants, avant de la faire partir la veille d’un premier avril, et qui est accompagnée de ce préambule ?
« Mes amis,
 
Je ne suis pas à l’initiative de cette lettre,
Mais je m’y suis associé
ne pouvant comprendre que ce centre créé à mon initiative en 1990 soit ainsi laissé à l’abandon ! Ou pire : à ce point rétréci dans ses ambitions. Cela peut paraître dérisoire dans la période actuelle,
Mais...
 
Cette lettre partira avec ma signature avec comme destinataire le maire de Marseille, son adjointe à la culture Anne-Marie d’Estienne-d’Orves, son directeur des services culturels Sébastien Cavalier
le jeudi 31 mars par courrier et par mail. »
Doit-on imaginer que cet unique signataire pourrait abriter un groupe aigre ?
Doit-on croire un individu qui affirme qu’il n’est pas à l’initiative de cette lettre dont il est le seul signataire, et dont on se demande, alors, quel groupe peut bien se cacher derrière lui – dont on ignore la composition, les motivations, de quoi et de qui il se cache, qui il protège –, qui ne pourrait assumer de signer un tel courrier… ?
Doit-on penser que ce type de courrier – dit de « dénonciation » – (et qui fait penser à une période sombre de l’histoire de la France), n’est pas glorieux pour celui (ou ceux) qui l’écrit ou prend part à sa rédaction ?
Doit-on pointer les incohérences d’un courrier qui annonce « Sauvons le cipM ! » en proposant un « renouvellement de la direction », direction (et équipe) qui, depuis vingt-six ans tient à bout de bras ce centre, centre que Julien Blaine / Christian Poitevin est bien obligé de désigner comme étant « cette structure exceptionnelle que les Marseillais ont la chance et le bonheur d’avoir en leur ville » et « un outil et une structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde » ?
Doit-on comptabiliser les quelque 8 000 critiques de livres, revues, anthologies de poésie publiées par la revue critique du cipM, CCP, depuis sa création en l’an 2000 ?
Doit-on réciter la litanie de près de 3 000 poètes de toutes tendances qui ont été invités au cipM depuis sa création ?
Doit-on demander à partir de quel moment il y a eu « urgence, urgence à redonner de la vitalité à cette structure », cette « structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde » ?
Doit-on s’excuser auprès des centaines de poètes, revuistes, musiciens, éditeurs, plasticiens, critiques, de l’injure que Julien Blaine / Christian Poitevin leur fait de ne les imaginer que comme les pions d’une direction « plus attachée à des stratégies de pouvoir qu’à l’exercice de sa mission », d’avoir été les acteurs de « ce manque d’innovation, de répétition des mêmes recettes, de partenariats ponctuels », d’avoir fait partie d’« une multiplication d’événements sans qualité, sans travail de communication ni de médiation », et surtout de ne pas être les représentants divers d’« une poésie vivante connectée au monde contemporain » ?
Doit-on s’étonner que Julien Blaine / Christian Poitevin, à aucun moment depuis 1996 – et alors qu’il annonce « Sauvons le cipM ! » – n’ait vivement protesté, ni ne se soit gravement offusqué auprès de ses destinataires alors que le cipM subissait au cours des ans une très forte diminution de la subvention de la ville de Marseille, passée de 333 000 € de subvention en 1996 (soit 442 000 € en comptant l’inflation de ces vingt dernières années) à 233 000 € en 2015, soit une perte de plus de 200 000 €, tandis que pour la même période, le budget global passait de 401 000 € à près de 600 000€ en 2015 ?
Doit-on préciser à Julien Blaine / Christian Poitevin que si le cipM a augmenté son budget, ce n’est que grâce au travail de sa direction ?
Doit-on suggérer à Julien Blaine / Christian Poitevin de reprendre sa plume (lui et son « groupe aigre ») pour écrire à nouveau à ses destinataires afin de leur demander (voire de leur exiger) de remonter la subvention du cipM à 442 000 € afin de sauver le cipM !, « cette structure exceptionnelle que les Marseillais ont la chance et le bonheur d’avoir en leur ville » et «un outil et une structure culturelle unique en France, en Europe et dans le monde» ?
Doit-on participer du syndrome de Monte-Cristo, que semble développer Julien Blaine / Christian Poitevin,
  • celui-là même qui a démissionné du Conseil d’Administration du cipM, il y a vingt ans, et cherche à le détruire depuis ?
  • celui-là même qui, il y a quinze ans, publiait un article grotesque dans la revue Marseille, dans lequel il annonçait que depuis 1996, au cipM, il n’y avait « rien à signaler », article auquel j’ai déjà dû répondre ? Voir : www.cipmarseille.com/documents

Je me le demande

9 mars 2007

[Vlog] en parallèle du Salon de Tanger, rencontre avec Emmanuel Ponsart, directeur du CIPM

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — rédaction @ 10:46

image-18.pngAu Salon International du Livre du Tanger, il y a les invités, et tous ceux qui se déplacent pour suivre cet événement. Nous y avons rencontré ainsi Emmanuel Ponsart, qui depuis 1999 a participé plusieurs fois au salon. Notre interview revient sur les créations du CIPM par rapport à Tanger, notamment la collection Import/export, mais aussi sur le lien profond qui relie E. Ponsart au Maroc.

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