Libr-critique

1 janvier 2020

[NEWS] Libr-2020

Libr-critique commence 2020 par un vÅ“u singulier suivi d’un montage de Patrick BEURARD-VALDOYE : façon d’osciller entre comique et tragique… Et les premiers RV de l’année : à lire / voir / écouter…

Patrick BEURARD-VALDOYE : Passage en douce…

Libr-rétrospective 2019 (1)

► Hommages : à P.O.L ; à Emmanuel Hocquard ; à Antoine Émaz.

â–º Entretien : avec Jean-Charles Massera (1 – qui approche des 6 000 vues – et 2/2).

â–º Libr-événement : « Traces de langage : poésie numérique » (avec Philippe Boisnard et Jacques Donguy à la Maison de la poésie Paris).

â–º Création : Daniel Cabanis, « Réhabilitation des usines à gaz ».

► Chroniques : Patrick Beurard-Valdoye, Cycle des exils ; Christophe Manon, Pâture de vent ; Benoît Casas, Prévisions

LC recommande début 2020…

La nouvelle Délie pour que l’année ne se délite : Emmanuel Tugny crée un mélange détonant musique médiévale/rock, avec des textes lus par Christian Prigent, qui rend à sa façon un nouveau Salut aux Anciens [Inouïe diffusion]…

► Pierre CHOPINAUD, Enfant de perdition, P.O.L, à paraître le 3 janvier 2020, 576 pages, 24,90 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, Bordeaux, à paraître le 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €.

► Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, en librairie le 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €.

â–º Jean-Claude PINSON : en février, essai sur Pierre Michon chez Fario ; en mars, Pastoral aux éditions Champ Vallon…

Prochains Libr-événements :

► 

► En résonance au spectacle L’Animal imaginaire de Valère Novarina : EXPOSITION DES OEUVRES DE VALERE NOVARINA, du mardi 14 janvier au dimanche 9 février 2020, la Chapelle du Quartier-Haut, Sète
Entrée libre, du lundi au dimanche, de 11h à 18h

Vernissage le jeudi 16 janvier 2020, 18h30

Mais que font donc les figures qui peuplent par milliers l’oeuvre immense de Valère Novarina ? Dans les livres comme sur les scènes, elles entrent, elles parlent, se nomment les unes les autres, elles pensent, elles sortent. Parfois elles dansent. Dans les dessins, rendues visibles par le geste élémentaire de la main, éclairées par les flashes de l’imagination dont elles proviennent et qui les sort un instant du vide où elles vivent, elles émerveillent par l’exceptionnelle liberté dont elles témoignent.

Représentations de L’Animal imaginaire au Théâtre Molière – Sète : Mardi 14 janvier, 20h30 + Mercredi 15 janvier, 19h

10 octobre 2012

[News] 22e salon de la Revue

12-14 octobre à Paris (Espace des Blancs-Manteaux, 48 rue Vieille-du-Temple 75004), 22e Salon de la Revue. A cette occasion paraît le 22e et dernier numéro de la revue Fusées ainsi que le n° 48 de la Revue des revues, avec notamment un Hommage à l’ex-doyenne revue de poésie, Action poétique. Dès demain soir, deux rendez-vous à ne pas manquer : avec Europe, qui fête son 1000e numéro, et Ce qui secret.

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17 mai 2008

[CD+livret] Ralbum, ed. Léo Scheer

   Ralbum, CD audio 12 titres + livret des textes 54 p., ed. Léo Scheer, col. Laureli, ISBN: 978-7561-0132-3. 19€50 [myspace].

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30 octobre 2007

[Livre + chronique] Corbière Le crevant, d’Emmanuel Tugny

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 10:36

band-tugny.jpg Emmanuel Tugny, Corbière Le crevant, éditions Léo Scheer, collection Laureli, 111 p.
ISBN : 978-2-7561-0098-2 // Prix : 15 €.
[Présentation de l’auteur sur le site de l’éditeur]

4ème de couverture :
corbiere_tugny1.jpg Emmanuel Tugny parcourt la vie de Tristan Corbière, l’auteur des Amours jaunes, archétype du « poète maudit » dont il fait aussi et surtout un personnage de fiction. Cette figure étrange de la littérature française sert de support à une enquête passionnante, à la fois scientifique et romanesque. L’auteur réinvente Tristan Corbière. Il fait corps avec ce personnage afin de mieux s’interroger sur l’aventure de l’écriture et de la vie.

Ici et là apparaissent des extraits des Amours jaunes comme autant de refrains jalonnant le récit. On chemine au long de la vie tragi-comique d’un fils qui écrit après son père, inventant de nouvelles formes littéraires pour dire son ironie et son désespoir joyeux. Le roman pose entre autres questions celle de l’héritage esthétique, celle du rapport à la matière et à la mort. Qu’estce qui pousse à écrire ? De quelle matière est faite la vie ? Qu’est-ce que mourir lorsqu’on écrit ?

Emmanuel Tugny est écrivain et musicien. Corbière le crevant est son sixième roman.

Notes de lecture :
Laure Limongi, par ce nouveau titre de la collection Laureli, signe une nouvelle fois un choix singulier, qui interroge diagonalement la question de l’écriture. D’Hélène Bessette et d’une certaine forme de post-modernité, à Jérôme Gontier, sans l’expliciter, elle met en question le genre du roman.
Avec Emmanuel Tugny, entre biographie, création, narration, prose poétique, réflexion sur la poésie, de même, loin de rencontrer un livre simple, nous faisons face à un livre qui immédiatement déplie une certaine forme de jeu quant à son genre, ceci étant renforcé par la fréquence régulière des citations tout d’abord de sources multiples, puis seulement issues des Amours jaunes.
Le texte d’Emmanuel Tugny, pourrait, par sa manière de commencer, tromper. Mise en situation, littéralisation du lieu : Morlaix, références érudites, marquées en bas de page.
Mais ce serait être sourd déjà, au grondement de la phrase. Anormalement épaisse, en couches dès la première page :

« Des solidarités de vieux murs serreurs de miches, mur à coup franc et larderasse qu’enfila un viaduc alors que non, cela entier disait non, muré en soi, claque à misère froide que la mer seule donne à qui veut à l’heure louis-philipparde, 1845, où naît Tristan, du père Antoine-Édouard Corbière qu’à Morlaix tout lie, dirait-on, au physique comme au moral : l’amidon absolu, la portée exclusive du regard sur soi et peut-être au-dehors les choses du relatif sous l’averse de coaltar comminatoire au tonnerre radical — « comme ça! » & « saperlipopette ! » — vues du col bleu. »

Langue qui épaissit le lieu, et qui tout au long de ce récit épaissira la relation à Tristan Corbière. Dans son entretien avec Laure Limongi, Emmanuel Tugny le précise : ce qui l’a intéressé, ce n’est pas un genre, mais justement la corrélation entre la vie de ce poète et une forme de dissolution des genres qui s’y opérait.
Nous ne faisons pas face alors à une biographie, mais davantage à un processus d’engendrement réciproque de Tugny et de Corbière : ré-engendrant Tristan Corbière, Emmanuel Tugny s’engendre, se pose la question même de sa propre présence, de sa propre perception du monde, de sa propre écriture. Car ce qui travaille ce livre, c’est bien la question de l’engendrement par l’écriture, l’engendrement de soi, « car les poèmes de Tristan noircissent et embuent les poèmes de Tristan; les poèmes de Tristan sont palimpsestes des poèmes de Tristan comme la vague de la vague, l’amour de l’amour, la mort de la mort ». Cet engendrement est ce qui conduit au dépassement des genres, à leur traversée, en tant que la vie en son dire n’obéit pas à des catégories : biographie, prose poétique, réflexion sur la poésie, roman. Tout à la fois : la vie d’Emmanuel Tugny rencontrant les traces de cette autre vie.

Mais si Tugny semble choisir ce poète — outre qu’il le dit en entretien, il n’apprécie que peu de poètes — c’est que Tristan Corbière apparaît, comme un voyant. C’est là un trait qui traverse tout ce récit : la souffrance de la vue, de percevoir ce qui a lieu autour de soi : que cela soit par la peinture, « son aptitude maligne à repérer sous les sujets qu’il croque la bête immensément désirée », que cela soit par l’écriture où il dévoile non pas selon une « romance » mais « vérité sous-cutanée », son être au monde est celui de la nuit et du chien, celui de « l’oeil du mauvais ange » qui traverse les oripeaux et les surfaces tentures pour faire ressortir l’ossature réelle de ce qui s’exprime dans les corps et la nature.

« Ce n’est pas d’ennui, de nostalgie des grandeurs serviles que crève le crevant : il crève de voir, il crève de connaître dans sa chair la coulée terminale et bonne des formes et d’en être le Tantale »

Ce qui caractérise Tristan Corbière, tout a long de l’écriture d’Emmanuel Tugny, c’est cette acuité sur le monde, sans qu’il ait à se déplacer, à le courir comme le fit son père Edouard. Se révèle là quelque chose de l’écriture, de son frayage, de sa constitution, de son déchiffrage du monde : non pas être le duplique de ce qui est traversé seulement existentiellement, mais fonder le monde parce qu’il tourne en soi, parce qu’il est constitutif de soi et de notre propre pensée.

« Si Tristan meurt ici au voyage, il est très loin de mourir à l’aventure. Un monde sous le monde le tord. (…) La vibration originelle des mondes, la susciter, secouer l’esprit sous la vie, renouer avec les forces, pincer les nerfs du vivant.
Le voyage de Tristan ne se fera pas sur l’onde, mais sur l’onde qui la dessine et la résume »

Et cette onde qui dessine et résume est celle du corps en souffrance, du corps qui vit parce qu’il souffre.

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