Collectif, Eros Indéfiniment, Editions Humus, Lausanne, 430 pages, octobre 2016, 44 €, ISBN : 978-2-94012-783-2.
La Fondation Internationale d’Arts et Littératures Erotiques (F.I.N.A.L.E.) a été créée à Lausanne en 1992 et rassemble les productions pluridisciplinaires que l’érotisme a inspirées et inspire : textes, œuvres d’art, films, B-D, jeux, gastronomie, objets. Cette fondation est unique dans le monde francophone et Eros, indéfiniment sort des collections du patrimoine 1300 images passionnantes, sulfureuses ou métaphoriques. Les charbons ardents du corps restent parfois couverts des cendres qu’ils génèrent pour se jouer de l’imaginaire voyeuriste. Le tout dans une atmosphère d’espièglerie presque écervelée et surtout avec beaucoup d’humour.
Preuve que si la vie est parodique et qu’il lui manque toujours une interprétation, l’éros propose la sienne. Et elle n’est pas la moindre. Elle rend la solitude parfois absolue mais certainement pas idéale. Les femmes et les hommes sont heureux de leur sexe et rendent le lecteur de même par effet retour. L’éloge de la vie se crée dans la moiteur de la chair. Et si ses images ne promettent rien, elles donnent tout avec leur air mutin. A travers leurs vêtements ou dans leur nudité les corps dessinent des mouvements d’une danse nuptiale qui n’est pas forcément légale. Là n’est plus le problème. Un univers de délices est là. Et les seins des strip-teaseuses quoique parfois en noir et blanc sont faits pour la bouche comme deux glaces aux framboises fondantes qui se gobent telles des mouches. C’est ainsi qu’elles empêchent de vieillir…
L’homme, le mâle, le voyeur devient un bateau ivre plus qu’une épave. Car l’ensemble des textes et images a le don de transformer les agonies en petites morts de joie avant que l’oiseau ne batte de l’aile et bleuisse. Tout est donc fait pour l’essor et afin que l’homme ne soit plus de bois. Il faut l’imaginer heureux au milieu d’égéries aguichantes et à peine dépravées dont les cris du cœur vont de paire avec de potentiels orgasmes.
Un tel livre fait lever du fantasme tout en le décalant par la feinte de l’humour. On sait que son monde devient irréel mais c’est très bien comme ça. On n’en demande pas plus, tant l’art manque trop souvent de morsures de joie. Le corps de la femme travaille le regard et l’émotion sensorielle de l’homme : il n’y a là aucun mal. Au contraire ! D’innombrables fenêtres s’ouvrent, on passe des frontières. L’homme lui-même est traversé : il n’est plus d’autre miroir que ceux que les artistes et les écrivains lui proposent en d’éphémères (mais nécessaires) brasiers.
Face à l’homme bandé comme une arbalète, les femmes sont fières de leurs deux mangues de Satan qu’elles négligent (souvent) de cacher et que souligne leur rose d’acier trempé. Ni les unes ni les autres n’ont plus rien à faire de la fidélité. Soudain, seule l’érection fertilise l’âme androgyne qui règle la naissance des éclairs. Restent des seins tendres mais si fermes qu’ils en paraissent durs. Le lit – à la façon d’une mer – monte vers le lecteur. Les murs des chambres à la fois protègent et éclatent.
début les règles fusent et infusent : « Vis-à-vis de la clientèle, l’esthéticienne doit être correcte, propre et digne. Correcte. Elle doit porter des vêtements entretenus, des chaussures nettes, du linge non douteux. ». Adepte des désordres amoureux mais tout autant d’un ordre professionnel plus que procédurier, l’auteure rappelle l’art de rendre impeccable la peau en évitant de s’en vider le ventre. Sans miséricorde superfétatoire envers ses apprenties, elle les pousse habilement à éradiquer ce qui traîne entre les jambes afin de rendre au pubis son velouté. De clientes les femmes sont métamorphosées en idoles et odalisques pour que leur(s) messie(s) hennisse(nt) en titubant de désir. A celles qui se mêlent de mettre à mal le chasse-amour des pilosités superflues – l’objectif restant de rendre le pubis aussi imberbe qu’un œuf dur – l’éthique est de mise. Tout se pratique si possible dans le silence même si une revêche se révèle fort mal éduquée. En sa sagesse primesautière Marie-Laure Dagoit rappelle combien est méticuleux le travail qui redonne à toute petite chatte un sourire plus lumineux que celui du chat de Cheshire chère à Alice de Lewis Carroll . Avouons-le, c’est un plaisir. Même à celles ou ceux qui ne rêvent pas de caresser (dans le sens du poil) la technique épilatoire. L’auteur rappelle comment le diamant brille lorsqu’il est dépeuplé de la forêt qui en sépare l’œil – qui avidement le regarde avant d’en faire son théâtre intime et vertical.
Suite à la parution chez Al dante de la fulgurante
Dumitru Tsepeneag, Le Camion bulgare, trad. Nicolas Cavaillès,