Libr-critique

28 août 2018

[Chronique] Esther Tellermann, Première version du monde, par Jean-Paul Gavard-Perret

Esther Tellermann, Première version du monde, Editions Unes, Nice, en librairie depuis le 21 août 2018, 139 pages, 20 €, ISBN : 978-2-87704-193-5.

Esther Tellermann mêle dans un imaginaire qui plonge ses racines au cœur d’un inconscient traversé de lumière et d’ombres les éléments de sa psyché personnelle à divers symboles en un long poème qui n’a plus rien à voir avec un brouet dispendieux qui ramènerait le texte à une autofiction.

Se pénètre un monde labyrinthique fait d’un langage abrupt et sans concession. Ce long poème réunit le chant et ses fractions au sein d’une voix intérieure qui semble toujours sur le point de se casser. La poétesse évite tous les effets là où l’ésotérisme se transforme en fulgurance afin de donner à l’intimité une face nouvelle. Celle qui pourrait – vues ses connaissances – faire preuve de faconde évite toute volubilité stipendiaire ou savante.

Esther Tellermann aux réponses admises préfère des interrogations là où elle feint de n’offrir que des états de constatation. Voulant tordre l’image du monde où l’Histoire ne joue que sous les effets de répétitions dans, la poétesse creuse ce qu’il en est des mirages de l’oubli, du sexe – mais pas seulement. Pour beaucoup, achever le roman de l’histoire c’est pour « se pardonner sinon quoi ? ». Mais Esther Tellermann refuse un tel état et prouve qu’avec les vieilles images des livres il est encore possible de réinventer une dernière histoire où ce qui fut si mal raconté trouve un nouveau sens là où beaucoup ont achoppé sur le silence.

10 juin 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier jour du 36e Marché de la poésie, tout d’abord le Libr-20 des volumes (dont une revue) de/sur la poésie ; suivent quatre Libr-événements : RV autour de Bernard Noël et de Laurent Grisel à Paris, avec Griot/Manon dans la région parisienne, sans oublier Poésie civile #15…

Poésie : en ce dernier semestre, LC a reçu, a lu et recommande

♦ Olivier Penot-Lacassagne dir., Beat Generation. L’Inservitude volontaire, CNRS éditions, 2018, 392 pages, 25 €.

REV(u)E : 17, Un thé chez les fous, 2018, 230 pages, 30 €. [Un superbe collectif, avec pour exergue : "Tous ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité"]

♦ Nikola Akileus, Éreintique, éditions Vermifuge, hiver 2017-2018, 140 pages, 15 €.

♦ Édith Azam, Le Temps si long, éditions Atelier de l’Agneau, Limoges, printemps 2018, 78 pages, 15 €.

♦ Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique, Hermann, hiver 2017, 376 pages,  €. [Essai très stimulant !]

♦ Didier Bourda, Galerie montagnaise, Lanskine, 2018, 152 pages, 14 €.

♦ Patrick Bouvet, Trip machine, éditions de l’Attente, automne 2017, 132 pages,14 €.

♦ Sophie Coiffier, Paysage zéro, éditions de l’Attente, automne 2017, 144 pages, 14 €.

♦ Bernard Desportes, Le Cri muet, Al Manar, printemps 2018, 96 pages, 18 €.

♦ Dominique Fourcade, Improvisations et arrangements, P.O.L, mai 2018, 464 pages, 24 €.

♦ Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, mars 2018, 624 pages, 23,90 €.

♦ Christine Jeanney, Yono Oko dans le texte, Publie.net, 2018, 176 pages, 16 €.

♦ Christophe Manon (avec Frédéric D. Oberland), Jours redoutables , Les Inaperçus, 2017, 72 pages, 14 €.

♦ Christophe Manon, Vie & opinions de Gottfried Gröll, Dernier Télégramme, hiver 2017-2018, 120 pages, 13 €.

♦ Véronique Pittolo, Monomère & maxiplace, éditions de l’Attente, automne 2017, 104 pages, 11 €.

♦ Daniel Pozner, À Lurelure, PROPOS2 éditions, 2017, 114 pages, 13 €.

♦ Dominique Quélen, Revers, Flammarion, 2018, 124 pages, 16 €.

♦ Olivier Quintyn, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €. [Essentiel pour qui veut comprendre la poésie contemporaine]

♦ François Rannou, La Pierre à 3 visages (d’Irlande), Lanskine, printemps 2018, 48 pages, 12 €.

♦ Pierre Vinclair, Terre inculte. Penser dans l’illisible : The Waste Land, Hermann, 2018, 204 pages, 22 €. [Une réflexion fondamentale sur l’illisibilité poétique à partir du célèbre poème de T. S. Eliot]

Libr-événements

â–º Lundi 11 juin 2018, Maison de la poésie Paris, 20H : Carte blanche à Bernard Noël. Avec Bernard Noël, Jean-Luc Bayard, Léonard Novarina-Parant, Jean-Luc Parant, Laurine Rousselet & Esther Tellermann.

Né en 1930, Bernard Noël signe son premier livre Les Yeux chimères, en 1953 et en 1958, Extraits du corps. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il publie son troisième ouvrage, La Face de silenc. La publication de ces poèmes lui ouvre alors les portes de l’édition où il travaille comme lecteur, correcteur et traducteur.  À partir de 1971, Bernard Noël prend la décision de se consacrer entièrement à l’écriture. Il compose ainsi une œuvre majeure, (…)

â–º Climats de Laurent Grisel a été écrit sur une proposition de Cécile Wajsbrot, de janvier 2014, bien avant que la future « COP21 » de novembre-décembre fasse parler d’elle, à octobre 2015, et ses lecteurs eurent et ont de quoi déchiffrer le théâtre de cet accord international. Mais ce poème, cette épopée, vient de plus loin et va au-delà, ses  héros sont des ouragans, des peuples en lutte, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, des galaxies, des paysans et des semences libres… 

La comédienne, diseuse, musicienne et chanteuse Anna Desreaux en donne son interprétation, qui est forte et belle, au café-théâtre de La Vieille Grille lundi prochain : le lundi 11 juin à 20h30, 1, rue du Puits de l’ermite 75005 PARIS / Métro Monge [Il est important de réserver au 01 47 07 22 11. Vous trouverez toutes sortes d’informations pratiques sur le site du lieu : https://www.vieillegrille.fr/tiki-view_articles.php?topic=13]

â–º Lundi 18 juin à 19H30, DOC (26, rue du docteur Potain 75019 Paris), Poésie civile #15 : où ça avance…

â–º Vendredi 22 juin à 20H, Parc de Rentilly (1 rue de l’étang 77600 Bussy-Saint-Martin) : Griot/Manon.

27 mars 2018

[Article] Esther Tellermann, La Langue de Vlad [Hommage à Bernard Desportes, 2/5]

Nous remercions Esther Tellermann de nous avoir confié un texte que Bernard Desportes appréciait tout particulièrement, qui a d’abord paru dans le volume collectif Bernard Desportes autrement, avant d’être intégré à son recueil de textes Nous ne sommes jamais assez poètes (La Lettre volée, 2014, p. 163-169) – mais inédit sur le net. [Lire Hommage 1/5]

Vers les déserts, premier roman de la trilogie de Bernard Desportes, se donne comme le parcours de la langue maternelle en une seule phrase voulant rejoindre un impossible à dire : la fascination de l’enfant pour l’accouplement de la mère, la déchirure originelle qu’elle ouvre comme réel de l’inceste.
N’est-ce pas sa célébration qui inaugure le récit de Vlad dans le théâtre d’une copulation honnie et initiatique : celle d’un homme anonyme incarnant une puissance phallique rejetée pour être associée à la souillure du corps de la mère prise ?

De cela naît Vlad, de cette indignité comme fondement de la vie humaine, de la sienne, de ce trait sur la terre vierge, du noir sur la page blanche, de l’écrit qui fait barrage à l’angoisse ; celle de l’intolérable de la jouissance du père que le fils s’approprie. Désormais le récit déroule un réel cru pour être une fiction hallucinée, l’épopée d’une humanité d’avant le langage, enfermée dans le trou du monde qu’elle parcourt à l’aveugle.

Ébauche d’humanité plutôt en quête de sa nomination comme le personnage-narrateur qui se raconte, raconte le Rien qui le constitue et dont il est affecté, de n’être pas séparé de l’acte qui l’engendre.
Ainsi la langue de Vlad trace-t-elle un continent tendre à force de cruauté, entre noirceur et moiteur, toujours meuble, de la souplesse des chairs où l’on s’oublie. Temps, lieux, personnages de Vers les déserts ne sont en effet que ceux de la page même où s’écrit la transgression de l’interdit qui peut arrêter l’entrée de l’homme dans les signes.

Car rien ne naît du ventre féminin si le langage n’a pas déjà laissé dans l’adresse de celle qui engendre, le sceau d’une coupure, le lieu d’une naissance.
C’est cette naissance que Vlad poursuit pour s’arracher au corps de la mère morte devenu obsessif. Où l’absente tisse une présence infinie que Vlad tour à tour implore ou torture sous la forme de tous les petits autres rencontrés : personnages infirmes, informes, vieille tante butée, garçons de ferme fondus à la terre, femmes muettes, enfants qui tous errent autour d’un centre vide que la langue approche, tendue vers un impossible à dire, impossible où Sade mit le mal absolu là où la philosophie occidentale mit le Bien suprême.
 

L’autre en effet dans le récit de Desportes est ce prochain qu’il faut battre à mort, violer, forcer, dont il faut jouir sans limites. Même absence de limite dans l’espace fictionnel de la narration : rivières ou canaux tracent une ligne improbable sur une terre friable mêlée au brouillard et à l’eau d’où surgit parfois une ville – Dlav – comme immergée dans un Destin qui la condamne.

Les paysages décrits, sombres et hébétés, ont la dureté de ceux qui les peuplent comme pétrifiés d’attendre la parole humaine. Cercles de l’enfer que ces plaines et ces villes où se lit notre idiotie. Rien qu’un malaise étrangement confondu à l’absence de questions comme de réponses.

Car le monde de Vlad est toujours déjà donné, figé dans le moment de la rencontre d’un homme et d’une femme à l’un l’autre étrangers, la dernière soumise au premier selon un ordre naturel qui donne raison au plus fort. Dans la lignée sadienne, Desportes dévoile en effet le fondement du Contrat social et de la loi morale, l’immonde de notre vérité ordinaire que nous désignons ordinairement comme Bien, amour du prochain, de notre propre image, ici pulvérisée dans les heurts, bouts de chairs, hargnes, rancœurs, petitesse des résignations.

Car si la « littérature » de masse actuelle oublie volontiers les auteurs qui façonnèrent la modernité, Desportes entend les faire résonner dans sa propre voix : Sade, Céline, Bataille, Beckett, Genet ne sont pas pour Desportes lettre morte, ils interrogent le sens d’une Humanité après la mort de Dieu. Qu’est-il encore après que le terreau européen a produit sa propre exténuation comme possible ?

Ainsi le désespoir que l’on peut entendre dans la fiction n’est-il pas choix narcissique, il est posture éthique, rage baudelairienne, remise en question des « progrès » et de l’humanisme proclamés encore à la fin du XXème siècle. Le XXème siècle n’a pu faire comme si rien n’avait eu lieu au milieu de son parcours. C’est là où son idéologie progressiste est venue échouer, où l’amour du prochain s’est révélé sous son vrai jour : dans la crudité de l’obscène.

Symbolisé par la figure emblématique du « nègre », l’Autre, « l’exclu » des sociétés occidentales, le nègre « seul dans sa solitude », représente le rebut, le déchet. Un nègre d’une négritude à la Césaire, portant haut la faille constitutive de l’humain et qui la rend à la détresse de l’humain, à son errance et à son désir d’ancrage.
« (De ce) nègre noir dans la ville » peut venir la rédemption des personnages voués au non-sens du sexe – pour donner à ce dernier valeur sacrée et sacrificielle. Ceux qui n’étaient qu’ébauche d’humanité, Vlad ou Ploc, pourraient atteindre à un discours sans parole, à un silence signifiant qui les feraient advenir, les arracherait à la fusion avec la terre qui les efface, à cet engloutissement dans la jouissance interdite, celle du corps de la mère qu’il faudrait par sa propre annihilation sans cesse animer.

Car Desportes écrit de cette angoisse-là, celle de Vlad : de cet univers coupable d’avoir été séparé d’une virginité première, de la copulation intolérable du père, de son orgasme à lui que son fils aurait pour tâche de taire dans la mutilation de son nom.

Les noms tronqués des personnages sont en effet à l’image des espaces de Vers les déserts, de ces terres mêlées à la mer, de ces mers mêlées aux eaux stagnantes : distincts et pourtant informes dans la violence d’une seule syllabe qui arrache hommes, lieux et temps à l’engloutissement où les voue une malédiction première : la souillure du corps vierge qui les a engendrés, la mort de la mère en novembre, deux jours après avoir rejeté ce qui grouillait en son ventre sans avoir eu le temps de le désirer.

La littérature est sombre, dira-t-on, elle n’annonce aucun espoir. Pourquoi cet antihumanisme féroce chez Desportes en ces moments de fêtes humanitaires ? Ces types de nulle part, Blav-Glav-Glov-Zglard-Logm-Glom-Mlog ? Ils ne sont que les noms d’une humanité oubliée par Dieu, de tant d’absence de signes, de tant de décharges et de tant de morts… Un cri de révolte, celui de tout écrivain qui tisse autour d’un trou qu’il lit au-dedans de soi, qu’il « maintient au dedans de soi », ne comble pas de ce « bonheur » déjà ironisé par Flaubert.

Si Desportes donne à son « voyage » l’âpreté célinienne, c’est pour subvertir les discours lénifiants d’un humanitarisme qui masque ce que la vocation au Bien recouvre de haine à déverser ses aumônes à ceux-là mêmes qu’elle éjecte. Alors passent dans les topoï de Vers les déserts, leur hors-temps et leur hors-lieu, les zones de la terre qui sont désormais le décorum de notre bonne conscience. Les « décors » que plante Desportes ne sont pas un « envers » de notre quotidien, simplement sa face réelle : dans le bâtiment érigé sa fêlure, dans le mur ce qui s’effondre, sur les parois du monde les lettres qui inscrivent dans la mort et le sexe l’appel de l’Homme, sa demande d’une éternité, d’un au-delà de la corruption et de la puanteur. Aller Vers les déserts, c’est aller vers une zone vide et blanche qui illuminerait les demi-teintes, jaunâtres, brunes, grises, c’est aller vers le désir, prendre appui sur toutes les lettres gravées dans la pierre, sur les plâtres et les éboulis des villes, les déchets des civilisations, sur leurs décombres. 

Le monde de Desportes n’a donc rien de celui de la haine eugéniste et du grotesque célinien. C’est le chant désespéré d’une vieille terre à bout de souffle, épuisée par l’amoncellement des restes de l’homme : bouts d’or et de métal, bouts de dents et d’os, obstination de l’humain à ne pas tout à fait disparaître, à laisser un souvenir de sa peur.

Et c’est cette peur que Desportes interroge avec une radicale modernité, son non-dit, sa folie et sa rage qu’il n’est pas besoin de décliner dans des actes, il suffit d’en donner l’odeur. Car c’est le poète ici qui, dans sa fiction, recompose le monde avec des mots et un rythme qui les agence, rapportant la représentation classique occidentale à la nuit qu’elle recèle dans la brillance de ses glacis. Rapportant la perspective et sa splendeur à une surface à deux dimensions : celle de la verticalité. Mais au lieu de l’élévation vers le mirage des étoiles, c’est vers le bas que nous mène le poète, sous la terre, vers tous les morts qu’elle berce, sous le couvercle baudelairien. Dans l’horizontalité d’une surface sans cesse balayée par les vents, confondue à la mer et au ciel qui jamais n’émerge comme pour retirer aux hommes le fantasme qu’ils poursuivent, leur faire oublier le réel qui les pétrit : le vent qui balaie leurs mirages et leurs rêves, les villes debout qui ne tiennent pas, s’effacent dans la langue du poète pour avoir été trop factices, n’avoir rien offert à l’homme pour recouvrir sa nudité.

N’est-ce pas l’épopée de l’homme sans Dieu que Desportes ici narre ? Que devient Ulysse sans l’Olympe ? Que devient Valjean sans le rayonnement divin ? Des bouts de personnages, des concrétions consonantiques, des noms de tous les continents, tant chacun contient en lui ce qui l’exclut, l’autre côté de sa frontière, cet autre en lui qui indique dans son identité sa faille.

Mais écrire procède ici plus d’une nécessité intérieure que de la nécessité du témoignage. Car à l’origine de la naissance du fils fut le viol de la terre-mère délaissée et béante, devenue ce trou, que le père aurait pu border d’une limite, d’un interdit. Nul interdit n’a accompagné le monde de Vlad, son enfouissement dans l’élément premier, la langue-mère, sa chaleur, sa moiteur étirée dans une phrase unique comme écriture de la jouissance qu’elle n’a pas eue.

Car c’est sa jouissance à elle que le fils écrit. Le fils écrit pour dire ce que Bataille écrivit dans son récit fulgurant poursuivi dans Brèves histoires de ma mère : la jouissance de la mère sans la limite qui en interdirait l’accès au fils.
Écrire n’est-ce pas dès lors venir border cette jouissance-là qui déporte le sujet-narrateur de ville en ville, de route en route, de désert en désert, de nom imprononçable en nom imprononçable : Gdlarz-Zglard-Glog-Dlav-Lavd, valse des consonnes autour du a et du o, de leur béance.

C’est vrai que les saisons tournent encore sur les paysages plats de Vers les déserts, sur ses champs d’orge et d’avoine, étendues fécondées et stériles où s’ébauchent des guerres qui se confondent : guerre des éléments, guerres humaines fracturant le UN que le fils dans son errance ne va avoir de cesse de chercher dans ses débauches. Un fils, un autre, le même cherche le père, avec ses mots il creuse la langue comme l’enfant creuse la terre avec la pelle, détache ses mottes friables, se donne à l’autre enfant dans un jeu de reflets, ceux des désirs entrecroisés de la mère, du père et du fils de l’inceste d’où viendra rédemption et vérité de la détresse.

Alors n’est plus pour l’homme qu’une seule certitude : celle de la sexualité et de la mort portées par le vivant que l’écrit approche dans son scandale, mais au prix de ce vide que l’écrivain cherche en lui-même, cette béance propre à accueillir un rythme qui se substituera au monde.
C’est le rythme qui redonnera significations au langage déserté du XXéme siècle, à sa déréliction. L’écriture contemporaine, pour ne pas méconnaître sa mémoire, réintroduit dans son geste même le sacré, ici dans le sexe, mémoire de la fragilité de l’homme et de sa corruption.

L’étreinte, n’est-elle pas chez Desportes le poème, au bout du crime et de la transgression, dans l’au-delà du principe de plaisir freudien, dans la jouissance du corps nubile, figure de l’écriture même, métamorphose baudelairienne – de la boue en or – pour approcher cette zone que toute œuvre d’art approche, celle de l’angoisse où Baudelaire planta son drapeau noir ?

Desportes écrit donc d’un impossible à écrire qu’il décline. Car le sexe est une enfance, la perversité de l’enfance qui tisse ses jeux sur la nuit, couvre les fosses de râles, les quartiers défoncés et les rues de misère. Métaphore d’un monde contemporain qui n’a pas tiré les conséquences du pire, la fable de Vers les déserts mime en effet les béances que le monde occidental secrète dans ses représentations de masse, ses déserts de pensée et de solitude, ses promesses écœurantes de bonheur…

Car ce sont les foules harassées et abattues, les foules du monde exclues de l’Idéal que charrient les idéologies qui hantent la fiction de Vers les déserts. Celles des banlieues d’Europe, les affamés du monde, tous ceux assignés au silence, et ce sont tous ceux-là qui parlent enfin : dans l’orgie sacrificielle de Slap – viol, égorgement, castration, meurtres sauvages – Slap parle enfin au nom de tous ceux-là qui taisent leur désir, en finissent avec un destin désormais imposé à l’homme par le discours de l’homme, son aporie. 

Sans Érinyes, ni Olympe, le monde de Vers les déserts réduit à la croûte terrestre comme à son effondrement trouve dans le sexe et la crudité de son réel sa vérité. Car au fondement de notre Destin est la marche aveugle de Vlad dans la conscience de chaque mort, chaque voix éteinte, chaque disparition, mais avec cet espoir collé aux semelles : le nom d’une ville improbable, « mouvante et changeante », mirage sur le désert, le nom de Dieu imprononçable (Htrzmkv) – du a et du o manquant, de la voyelle absente.

Les textes de Desportes rappellent donc à l’humain son réel, d’être fracturé par son aspiration vers l’inhumain, une ville parfaite des bords de déserts où enfin faire halte. Mais Htrzmkv n’est que la cicatrice sur la blessure, une concrétion de lettres comme suturée d’une vérité absente où l’homme continue d’inscrire ce qui le déchire : la séparation d’avec le langage lui-même, oubliée un instant dans l’orgasme qui apaise l’errance dans l’extase, rédemption de l’homme sans Dieu égaré dans sa langue même, n’ayant plus dans sa nudité enfin comprise qu’à continuer son voyage… débarrassé des décorums médiocres, des propositions divertissantes et stupides à force de peur et de mensonges, cachant dans sa veulerie ses rêves de massacres et d’orgies.

Ainsi Bernard Desportes approche-t-il dans sa fiction circulaire et fracturée la vérité du désir de l’Homme débusquée par Sade : jouir du prochain comme célébration bataillienne de l’inceste. En cela consiste le voyage initiatique de Vlad, la langue de Vlad, dans le tissage de l’écrit sur la nuit du monde, la béance des trous où s’accroche le désir.

L’écriture n’est-elle, chez Desportes prière sur les hordes des morts et des vivants, dans l’odeur de la terre prière et pardon, chant qui accompagne leurs cris ? Car c’est en ce savoir de la langue qu’ils ne savent pas, au lieu même où ils sont étrangers à leur propre savoir qu’est la grâce. Celle qui permet dans l’au-delà de la fusion recherchée avec l’autre d’ouvrir à ce qui nous constitue : cet étranger en nous qui rend possible la rencontre, ordonne la lumière, fait entendre autrement les bruits du jour.

 

Bibliographie :

Bernard Desportes, Vers les déserts, Maurice Nadeau, 1999.



 

18 février 2018

[News] Rencontre-lecture avec Bernard Desportes : une œuvre majeure

Dès le lancement de Libr-critique, nous avons signalé l’œuvre comme l’une des plus exigeantes et des plus originales dans le champ littéraire actuel.

Le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", condense toute l’œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les trafics, tous les abîmes, mais aussi […] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n’est faite d’aucune histoire naturellement mais d’une réalité où tout se perd"… Desportes ou l’impossible récit – fût-il autobiographique.
Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l’enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud… /FT/

â–º À lire :
– Entretien avec Bernard Desportes : "De l’abîme à l’éternité" ;
– Un autre article de Francis Marcoin sur Bernard Desportes : à propos d’Une irritation ;
– Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes" ;
– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.

RENCONTRE / LECTURE

Bernard DESPORTES
s’entretiendra sur son œuvre
avec Esther Tellermann et Pierre-Yves Soucy
Lectures par Bernard Desportes d’extraits de ses derniers livres

Samedi  3 mars à 15 heures, entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89

29 juillet 2015

[Entretien] Déplacements poétiques de François Rannou, entretien avec Fabrice Thumerel

Avec les derniers livres reçus de François Rannou, s’est ouvert le livre de celui qui veut "être en perpétuel décalage" et pour qui "l’identité du poème vient de son itinerrance" – mot-valise intéressant emprunté à Patrick Beurard-Valdoye qui souligne à quel point l’écriture poétique ne tient pas tant d’un parcours balisé que d’un vagabondage par sons et par mots.

 

« bombine la poésie sur la vitre
lisse de nos mots-mots-mots »
(F. Rannou, Le Livre s’est ouvert, La Termitière, 2014).

 

« le réel / c’est / un trait / d’angle » (Rapt, ibid., 2013).

 

 

FT. Dans élémentaire (lettre sur la poésie) (La Termitière, 2013), vous décrivez ainsi le rapport du poète à l’espace social : « le poète refuse de jouer le jeu, d’être à la place qu’on lui a réservée » (p. 7).
Mais au sein de l’espace poétique, il joue le jeu, non ? Car la lutte des places y est âpre… C’est un milieu très ritualisé, hiérarchisé, souvent dominé par l’esprit de sérieux, non ?

FR. Je partage en grande partie votre remarque et en effet l’expression « milieu poétique », en ce cas, me paraît plus appropriée.
Je voudrais revenir, pour vous répondre, sur ce « refus de jouer le jeu » : qu’est-ce que ça veut dire ? Il existerait donc un jeu, avec des règles établies qu’il faudrait suivre et respecter pour espérer gagner sa place ? Est-ce que la démarche d’un artiste (et le poète en est un — mais j’utilise un terme un peu commode, sans doute insatisfaisant) a quelque chose à voir avec cela ? Est-ce son principal souci ? Le poète écrit-il pour ses pairs, cherche-t-il à s’installer dans un espace de reconnaissance, en se figeant dans une position repérable ? Alors là, il y a bien alors une similitude avec la volonté d’arriver à être quelqu’un socialement. Beaucoup (trop) de poètes (et je pense à de grandes figures, de tous temps jusqu’à aujourd’hui), une fois qu’ils ont peiné à trouver leur formule, leur voix ( comme on dit, d’ailleurs, toujours au singulier, je le souligne), s’y tiennent, s’y accrochent, s’établissent dans la répétition (avec des variations subtiles) de ce qui fait d’eux un point d’aboutissement, une conclusion sans l’énergie d’un départ. Ils creusent leur sillon, selon l’expression convenue, mais ne se posent plus les questions nécessaires, élémentaires : qu’est-ce que je sème et peux faire pousser qui se tournera vers la lumière, recevra la pluie, sera pris sous les vents ? Quels autres horizons, si je relève la tête, puis-je découvrir en me tournant ? Vers où puis-je partir ? Suis-je prêt à perdre ce que j’ai acquis ? En somme, suis-je vivant ?
Ainsi, il faudrait, pour user d’une métaphore sportive (qui fait écho au jeu dont vous parliez au départ), sur le terrain créer des zones de décalage, des intervalles, afin de rentrer dans le mouvement même du jeu tout en le faisant advenir à un autre mouvement qui l’exhausse. Court-circuiter l’esprit de sérieux qui fonde le désir de pouvoir et d’appartenance (à un groupe, à une chapelle, à un phalanstère quelconque). Et donc, ne pas accepter le rôle que la société, par exemple la nôtre aujourd’hui, veut donner au poète — l’inscrivant dans le tout venant culturel où le propos qu’il faudrait tenir, la position qu’il faudrait adopter tiennent lieu de pensée « instantanée » ancrée dans le temps mort d’une roue libre qui s’ignore. L’éternité, c’est-à-dire tous les temps traversés, offre la seule mesure pour éprouver sa pensée (id est création-action) en l’offrant au risque, à l’imprévu, à l’accident, au désir d’expériences inassouvi.

FT. Vous dirigez à la fois la revue La Rivière échappée et, sur Publie.net, la collection « L’Inadvertance » : quels liens faites-vous entre ces deux entreprises poétiques ? Quelle(s) ligne(s) directrice(s) pour chacune d’elle ? L’un des points communs élémentaires étant que vous y accueillez des écritures très différentes…

FR. Je voudrais apporter une précision : La Rivière échappée, qui fut une revue et une maison d’éditions à partir de 1988, n’existe plus que pour quelques livres à tout petit tirage. Je participe à l’aventure éditoriale des éditions de La Lettre volée avec Pierre-Yves Soucy (collection Poiesis et revue L’étrangère)1. Livres « papier » donc. Et je dirige effectivement la collection de poésie aux éditions Publie.net : ce sont livres électroniques et papier2.
Venons-en maintenant au cœur de vos questions. Le poète est avant tout un lecteur3 et en tant que tel il est à l’écoute. Cette question de l’écoute va avec la prise en compte de l’autre différant de soi, le constituant. Je n’aime pas aller dans la voie du rapprochement complice qui ne fait que fortifier mes propres certitudes, j’ai envie d’aller vers ce qui interroge ces convictions, les déplace potentiellement. Et puis il y a que je suis fait de plusieurs voix autres qui me fondent, me tissent, me travaillent, m’éclairent. La chance d’une parole vivifiante doit être préservée et si je m’enferme sur mes certitudes et ma « programmation » je deviens sourd et aveugle. Éditer, c’est faire naître en latin… Je ne suis pas éclectique mais ouvert4 et les contradictions qui me traversent peuvent apparaître sans craindre rien. Ce goût pour la liberté m’empêche de me fixer sur une ligne que je devrais suivre… ça ne m’empêche pas d’être exigeant et instinctif (il faut cet instinct qui sait deviner derrière un manuscrit un livre et d’autres à venir).

FT. Tout comme le terme « élémentaire » – « ce qui a l’opacité du réel dans la langue » (élémentaire (lettre sur la poésie), p. 19) -, celui d’ « inadvertance » est crucial dans votre poétique, non ? L’élémentaire et l’inadvertance contre les excès de l’avant-gardisme… Mais dans le même temps, il faut continuer de lutter contre « la vieille peau poétique » (Le Livre s’est ouvert)… Votre position, proche de ce que l’on a appelé la « modernité négative », semble réconcilier expérimentation formelle et réelisme – le mot « réel » revenant de façon significative dans vos textes…

FR. Le réel, dans le voile qui fait écran, fait toujours irruption, dépossède, heurte, il est singulier, irréductible à tout apprivoisement — c’est un accident, l’orage qui foudroie un homme dans un champ, cette pierre lancée à la tête, c’est aussi, bien sûr, la pensée ! Survenant à l’improviste, comment le comprendre en incluant l’irréparable qui le constitue ? Si on est poète, on voudrait que le poème se décide comme un événement — avec la même force, la même radicalité, la même évidence (et j’entends deux termes sous ce mot : évide & dense). Ce serait tellement bien s’il pouvait comme un témoin se passer de main en main, de voix en voix. C’est la forme du poème qui, en se trouvant, en se concrétisant, en se découvrant (de livre en livre parfois), permet d’inventer cela. En ce sens, l’invention formelle est belle parce qu’elle nous permet de découvrir un territoire nouveau du réel (extérieur/intérieur) — leçon de Rimbaud, Apollinaire, Ponge entre autres. Dès qu’elle devient « formule qui marche » pour répétiteurs-exploitants qui, comme Ali Baba, se contentent de redire : « Sésame, ouvre-toi ! », c’est du formalisme mort (je ne dis pas que ça ne puisse pas être digne d’intérêt et d’analyse ou d’enjeux pour les spécialistes littéraires, mais je situe ma remarque à un autre endroit, vous comprenez bien). C’est en ce sens aussi que la vieillerie poétique peut se trouver chez les lyriques ou les avant-gardistes ou ailleurs (si l’on veut absolument établir des catégories, ce qui ne me semble pas juste, au fond).
Je n’ai donc pas de « position » de réconciliation. Je travaille seulement dans l’atelier des jours, des mots et des langues (je traduis d’ailleurs non pas de l’allemand, de l’anglais, du catalan, de l’italien, du breton5 mais des poètes et pour m’en approcher au plus près, c’est-à-dire m’approcher au plus aigu des possibilités de ma propre langue). Horizontalement et verticalement, en surface et en profondeur (couches superposées, sédiments, archéologie des savoirs et du sujet6), un espace de découverte se déplie — polyphonique, selon un contrepoint où contradiction, juxtaposition, confluence, croisement permettent une parole vivante toujours à naître7. Concrètement, c’est l’espace du livre et celui de la voix, du corps, de la rencontre avec les autres arts (j’aime travailler avec peintres, sculpteurs, installateurs, vidéastes, musiciens, acteur, graphistes aussi et programmateurs pour réaliser des livres électroniques).

FT. On sent bien que votre écriture est dynamisée par divers champs de force, et vous savez vous renouveler d’un livre à l’autre. Je ne vise donc pas à vous enfermer dans telle ou telle catégorie – à vous accoler telle ou telle étiquette. (Au reste, il ne s’agit évidemment pas ici de tomber dans l’antinomie simpliste : réductionnisme du critique, docteur ès généralités abstraites et spécialiste de l’histoire littéraire versus singularité irréductible de l’auctor).
Pour le formuler autrement, disons que les diverses caractéristiques de votre écriture vous font dépasser les positions tranchées du champ poétique de ce dernier quart de siècle, même si à vous lire on songe à la « modernité négative » que j’évoquais (Du Bouchet, Grandmont, Tellermann…). Bien entendu, il me faudrait l’espace d’un long article pour vérifier et creuser cette hypothèse. Dans l’immédiat, je vais juste vous demander quel est votre rapport à l’œuvre d’André Du Bouchet…

FR. J’ai d’abord, très jeune, été saisi en découvrant chez Calligrammes (la librairie — maison d’éditions aussi — que tenaient Bernard et Mireille Guillemot à Quimper) Qui n’est pas tourné vers nous (1979). J’avais 16 ans, j’ai lu dans une sorte de fièvre mentale qui n’avait rien à voir avec le fait de comprendre ou pas ce qui se disait. Ça avait lieu, en moi. Je me suis senti tout de suite libre de respirer dans l’espace que ces pages proposaient. Bien des années après, en 95 ou 96 je crois, j’ai écrit à André du Bouchet pour réaliser un numéro de La Rivière échappée. À ma grande surprise il m’a répondu et m’a invité à venir rue des grands augustins — il m’a fait rentrer, m’a dit : «  mettons-nous au travail, voulez-vous ? »…
Mais je reviens à votre question. C’est une œuvre dans l’ensemble encore relativement méconnue. L’importance qu’elle a pour moi tient à ce que Du Bouchet crée un espace qui permet de faire entendre l’autre face de la langue : antérieur à la parole prononcée. Quelque chose de l’ordre de ce qu’il appelle le muet ou le dehors (même si les deux termes ne sont pas équivalents exactement, autres manières de désigner sans doute aussi ce que je nommerai le réel) au moment d’apparaître se voit capturé. Ce rapt s’inscrit dans l’intervalle qu’une parole de la langue imprononcée traverse, source résurgente, constituée de ce qui le rend justement imprononçable. Aucune transcendance, mais une immédiateté contre laquelle bute toute emprise, parole non assujettie à la langue, réfractaire. Le chant ancien n’est plus, le blanc est un espace d’énergie pure (rythme sourd), il renvoie à la voix dessous qui heurte, fait sentir l’abrupt. L’absurde qui a fait naître la douleur liée au sentiment de perte (Du Bouchet est bien l’enfant de la débâcle) se voit ressaisi. Se haussant au-delà de soi-même, au niveau également d’un sujet qui s’affirme avec netteté débarrassé de tout sentimentalisme (l’emblématique écrire le plus loin de soi-même). Étrangement, Du Bouchet accomplit ce que Ponge se fixe comme objectif : « plus loin et plus intensément je chercherai la résistance à l’homme, la résistance que sa pensée claire rencontre, plus de chance j’aurai de trouver l’homme, non pas de retrouver l’homme, de trouver l’homme en avant, de trouver l’homme que nous ne sommes pas encore (…) »8. Mais d’une manière telle que, par le processus de double négativité, il parvient à instaurer un nouveau rapport au monde au plus proche de sa fraîcheur nue, qu’il sait nous faire écouter. Il nous met sur le pas, et nous voilà en avant de nous-mêmes, avec l’énergie d’aller.

FT. Autre mot clé, celui d’ « aléatoire », qui renvoie à la lecture de Rapt et du Livre s’est ouvert…

FR. L’aléatoire est d’abord l’espace des possibles préparé et ouvert. Outre les retentissements intérieurs que ces simples mots induisent, c’est avant tout le jazz qui m’a marqué — exemplaire est pour moi le parcours de Michel Portal9 depuis son Chateauvallon.
J’ai développé en fait un travail sur la syntaxe plus que celui sur le mot — ayant pris acte de ce que le lexique avait vécu d’opérations grondantes, orageuses afin de pousser au plus loin l’expérimentation et la pensée de la nomination, du lien mots/choses. Syntaxe, oui, mais sans la forcer (sans une quelconque étrangeté de mise pâlement mimant telle ou telle tentative heureuse et neuve, en son temps, qu’il faut tenir pour exemplaire mais ne pas copier comme on le ferait d’une recette), plutôt en l’ouvrant à ses possibles : relations de complémentarité, d’opposition, d’ambiguïté, de retournement entre propositions, espaces visuel et sonore. J’ai sans doute également été sensible à ces dimensions assez tôt grâce à deux chocs : Artaud dans ses lettres à Rivière qui affirme, le 29 janvier 1924 : « Un quelque chose de furtif […] m’enlève les mots que j’ai trouvés, […] diminue ma tension mentale, […], détruit au fur et à mesure dans sa substance la masse de ma pensée, […] m’élève jusqu’à la mémoire des tours par lesquels on s’exprime et […] traduisent avec exactitude les modulations les plus inséparables, les plus localisées, les plus existantes de la pensée » ; et puis l’écoute, l’étude des premières polyphonies, la rencontre, dans ce sillage de l’œuvre de Guillaume de Machaut (musicien, poète). Quand aujourd’hui on lit mes livres, il faudrait le faire à haute voix aussi et à plusieurs en tenant compte d’un espace à trouver comme une chorégraphie intérieure/extérieure — et n’importe qui sait lire peut en faire l’expérience : je ne suis pas un performer solitaire : I’m not a lonesome performer

FT. Dans Rapt (La Termitière, 2013), précisément, il y a une formule que j’aimerais que vous explicitiez : « on abandonne la / poésie à / ses ″comme ça″ »…

FR. Ces trois vers concluent un texte dont le titre est Paris. Lui-même appartient à un ensemble intitulé 14 stelles qui sont autant de lieux dits par ce qui les enlève à leur présence-cliché. La « formule » que vous citez peut se comprendre dans ce cadre restreint alors, je pense, je ne suis pas sûr, je n’en sais rien après tout, je ne suis qu’un lecteur maintenant. Donc : critique du langage qui construit le souvenir positif et convenu de ce qu’on attend quand on voit comme titre Paris — or aucune indication de lieu, aucune description, aucune situation. Et critique, aussi, de la mémoire qui construit le récit imagé et cohérent d’une présence à soi, au lieu, au temps. Du coup, outil de déconstruction et aboutissement ; la poésie est abandonnée au littéral : « c’est comme ça ».
Au lecteur de choisir. Est-ce une fin, heureuse aporie de la finitude objective ; est-ce le résultat positif d’un démontage nécessaire ; ou l’élan neuf d’une comparaison — figure de style poétique s’il en est ?
Il y a derrière ces choix, ces possibilités, des itinéraires, des mémoires, des points de vue qui traversent l’histoire de la poésie mais surtout un questionnement distancié (ironique aussi sans doute parfois) sur le travail poétique d’aujourd’hui. Et plus généralement : comment s’en sortir avec le langage maintenant — est-ce d’ailleurs possible au point où on est arrivé ?

FT. Pour terminer, j’aimerais vous interroger sur un projet en cours. Votre esprit d’ouverture vous a lancé dans une aventure enthousiasmante avec Alexander Dickow (USA) : une anthologie des jeunes poètes français et américains. Pourriez-vous nous en dire plus : comment un tel projet a-t-il vu le jour ? Quels sont ses objectifs ?

FR. Oui, c’est un projet très motivant. Ce n’est pas vraiment une anthologie, c’est davantage la réunion de 24 poètes (12 français, 12 américains) prêts à tenter l’aventure du livre numérique en concevant un projet d’écriture en lien avec images fixes, vidéos et sons. C’est en cours et je remercie Alexander Dickow pour sa réponse enthousiaste dès ma suggestion lancée. Nous avançons, ce sera édité par Publie.net en 2016 en livre électronique et papier. Nous pourrons venir en parler plus précisément dès parution.

FT. Rendez-vous pris, avec le plus grand plaisir !

 

1 On peut découvrir la revue l’Étrangère en la feuilletant ici ou sur le site de l’éditeur, ainsi que la collection Poiesis.

4 C’est cette ouverture qui fait que Jacques Rivière devient le destinataire des lettres d’Artaud, qu’il publiera peu après.

5 On peut lire et écouter ma traduction du chant breton Ar Rannou ici, préfacé par Paol Keineg.

6 La dernière partie de rapt : notre âme ductile, le fait percevoir assez nettement je pense.

7 On peut, pour mieux se rendre compte de mon travail aller lire et écouter un extrait de Contretemps paradist, ouvrage aujourd’hui épuisé.

 

8 Dans Tentative orale, in Méthodes, Paris, coll. Idées, Gallimard, 1971, p.266.

9 Dans le collectif My Favourite things : le tour du jazz en 80 écrivains, dirigé par Franck Médioni, je renvoie à mon texte sur Michel Portal et son album Dejarme solo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

31 août 2014

[News] Libr-vacance (2/2)

Et si l’on prolongeait un peu ce temps de Libr-vacance, pour mieux résister au tsunami de la "rentrée littéraire" ? Prenez donc le temps de vous (re)plonger dans Esther Tellermann, Serge Pey, Philippe Guénin, Corinne Lovera Vitali ; les revues L’Étrangère et Place de la Sorbonne. [voir Libr-vacance 1/2]

 

â–º Esther TELLERMANN, Bruxelles, éditions La lettre volée, printemps 2014 : Nous ne sommes jamais assez poète, 208 pages, 22 €, ISBN : 978-2-87317-426-2 ; Carnets à bruire, 104 pages, 16 €, ISBN : 978-2-87317-425-5.

Qui ne crie / marche     rêve /      au front ?

Sensible à "la spatialité sonore du poème" (essai, p. 23), Esther Tellermann tire de ces répertoires de formes que constituent les carnets d’André du Bouchet (1924-2001) des poèmes "à ciel ouvert" (Carnets, 84) qui confrontent langue, matière et espace, conformément au principe esthétique exposé : "le poème comme la marche du vivant est passage où le sensible métamorphosé dans le prisme de la langue se complexifie dans un jeu de superpositions et de correspondances qui tout à la fois le réduisent à une épure, lui font perdre sa spatialité perceptive" (24).

Dans la lignée des Modernes, Esther Tellermann prend acte de l’inadéquation du langage au monde et, aussi proche de Rimbaud et de Bataille que de son ami Bernard Desportes, se concentre sur la quête de l’impossible. Pourquoi nous faut-il toujours être davantage poète ? Précisément, pour explorer notre part du feu, de l’inhumain, de l’extrême. D’où l’attention qu’elle porte, dans des textes plus ou moins concis qui attestent l’acuité de son regard critique, aux poètes de la modernité négative – à la poésie blanche ou surréflexive (Du Bouchet, Dupin, Royet-Journoud, Grandmont, Daive) -, mais aussi à Baudelaire, Mallarmé, Artaud, Glissant… On y retrouve par ailleurs avec plaisir ses articles sur Christian Prigent ("Tuer la mère") et Bernard Desportes ("La Langue de Vlad").

 

â–º Serge PEY, Agenda rouge de la résistance chilienne, Al dante, 2e trimestre 2014, 424 pages, 27 €, ISBN : 978-2-84761-774-0.

Aux propos d’Esther Tellermann dans son essai semble faire écho cette phrase extraite du "Journal de Miguel Enriquez", l’un des dirigeants du MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire), assassiné le 5 octobre 1974 : "La poésie est la caractéristique de tout ce qui est humain et aussi non humain" (p. 21). Autres fulgurations : "La propriété est une maladie incurable. Le seul médicament possible contre cette maladie reste la poésie" ; "nous sommes des pohèmiens et non des militants" ; "La poésie dépasse la poésie des livres"…

Avec ce volume qui allie textes très divers écrits entre 1974 et 1986 (y compr, fais manuscrits), images et dessins (montages irrésistibles !), Serge Pey, ancien militant du MIR et partisan de l’art-action, nous livre un polyptyque poétique-politique qu’on laisse à portée de main pour savourer peu à peu.

 

â–º Philippe GUÉNIN, Anatomies du néant, éditions Dumerchez, printemps 2014, 110 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84791-182-4.

Ressortissant à une poésie de négation, une cancérisation lyrique, Anatomies du néant s’érige à l’encontre du réelisme et du littéralisme, l’objectif étant de retrouver/renouveler le métaphorisme sans pour autant viser l’inatteignable réel ("la vie en soi"). Dialogue, polyphonie, cut-up, poésie spatiale, écriture sismographique s’alternent pour cancériser un monde sursaturé d’images et de discours – pour nous donner à voir/entendre de curieuses anatomies du néant… Voyez un peu : "OS DE CHAOS PERLE DERRIÈRE LES PORTES BATTANTES À Paris le bottin des courtisanes du gratin était plus épais qu’un annuaire de téléphone. 220 diamants dans l’estomac d’un homme interpellé à l’aéroport" (p. 15).

 

â–º Corinne LOVERA VITALI, Tout ce que je veux, les éditions précipitées (83), 2011, 28 pages + CD, 10 €, ISBN : 978-2-915971-18-7.

Retour sur un fascicule-cd de Corinne Lovera Vitali qui met en perspective les dernières créations que nous avons mises en ligne : avec en exergue une citation de Virginia Woolf ("Il me vient une idée délicieuse : / j’écrirai tout ce que je veux écrire") qui explique le titre, cet agencement répétitif-réflexif est mis en valeur par une fascinante diction naïve.

 

â–º L’Étrangère, éditions La Lettre volée, Bruxelles, n° 35-36 : "Théorie et poétique du fragment", été 2014, 224 pages, 15 €, ISBN : 978-2-87317-441-5.

"Indispensable si on ne veut pas tomber dans la représentation" (Bresson), la fragmentation est le propre de la (post)modernité : contre la pensée continuiste, la conception de l’œuvre et du monde comme totalité close et cohérente, elle permet de rendre compte de l’étrangeté du réel, fil rouge de cette revue majeure. Est ainsi examinée l’écriture fragmentaire des romantiques (Novalis, Schlegel, Baudelaire) à Deleuze et au cinéma expérimental contemporain, en passant par Nietzsche, Valéry, Benjamin, ou encore Cage.

Parce qu’elle est le lieu de l’intensité et de la fulgurance (cf. Pierre-Yves Soucy), la poésie est privilégié dans ce dossier indispensable : "le poème, seul, accepte les incohérences, les failles, les intègre en tant que telles, sans les résoudre parce que son mouvement fait sens au-delà et contre les sens donnés établis, il crée son sens, multiple, ouvert" (François Rannou, p. 88).

 

â–º Place de la Sorbonne, éditions du relief, n° 3, printemps 2013, 264 pages, 15 €, ISBN : 978-2-35904-049-4.

Saluons la troisième livraison de cette revue riche et élégante qui, sous l’impulsion de Laurent Fourcaut, se distingue surtout par sa rubrique "Poésie contemporaine de langue française" : pensez donc, l’éventail de textes d’auteurs très divers est accompagné de notices analytiques sans équivalent dans l’espace des revues français.

 

 

26 janvier 2014

[News] News du dimanche]

Tandis que se poursuit le débat lancé par Sylvain Courtoux à partir du livre de Jérôme Bertin, au programme des NEWS de ce soir : le diptyque chevillardien (L’Autofictif en vie sous les décombres et Le Désordre AZERTY) ; nos Libr-événements (conférences de Philippe Boisnard, enjeux littéraires contemporains organisés par la MEL, festival Tandem de Nevers, rencontre avec Esther Tellermann et Pierre Chappuis).

UNE /FT/

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres, L’Arbre vengeur, janvier 2014, 234 pages, 15 €, ISBN : 979-10-91504-10-2.

L’autodérision fait partie intégrante de la démarche chevillardienne : "Voici donc la deux millième page de L’Autofictif. La formule est aujourd’hui un peu usée et j’ai résolu de lui substituer dès la rentrée trois motets quotidiens dédiés à la Vierge Marie" (p. 216)… Inutile, donc, d’essayer de le prendre en flagrant délit d’auto-aveuglement : "L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans" (p. 85). Cette lucidité nous vaut également de belles analyses littéraires : "Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise" (p. 14).

Et s’il fait concurrence à l’état-civil, c’est uniquement pour se démarquer de ses homonymes sur le plancher des vaches : la boucherie et le village du même nom. Mais pour le reste, ne distinguant pas l’écriture autobiographique de l’écriture d’invention, place à l’inattendu… Une nouvelle en trois lignes à la façon de Félix Fénéon : "Il songea soudain qu’il était parvenu au mitan de son existence et la commotion que lui causa cette pensée fut si forte qu’il tomba raide mort" (32). Un fait incongru : "J’introduisis le rhinocéros dans la pièce où j’exposais ma collection de toiles d’araignées en prenant bien garde à ne pas laisser entrer la mouche" (33). Une déclaration loufoque : "Je suis la réincarnation de Jules Laforgue, mais personne ne veut le croire" (88)…

â–º Eric CHEVILLARD, Le Désordre AZERTY, Minuit, janvier 2014, 202 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-7073-2336-1.

Fait écho à ce sixième tome de L’Autofictif le carnet pseudo-autobiographique qui doit son nom à sa méthode de composition : non pas un abécédaire de plus, mais un texte réflexif qui s’ordonne selon la logique du clavier. Ainsi, AZERTY comme : "Aspe", "Zoo", "Ennemi", "Rentrée", "Théorie", "Yeux". Ensuite, de "Utilité" à "Nuit Neige Noël", en passant par "Quinquagénaire", "Style", "Genre", "Humour", "Journal", "Littérature", ou encore "Chevillard", zigzague le cheminement scriptural.

Qu’il retrace son demi-siècle ou le récit arbitrairement journalier qu’il rédige depuis 2007, l’auteur suit la même logique paradoxal : refusant tout principe chrono-logique, toute hiérarchie, il procède au télescopage de micro-événements plus ou moins insignifiants, le court-circuitage des signifiés comme des signifiants confinant à l’incongruité et générant "des effets de surprise ou de reprise, de coïncidence ou de dissonance" (p. 127).

La logique paradoxale régit encore son autoportrait en humoriste : "L’humoriste n’est pas un joyeux drille. […] L’humoriste n’est pas très sensible non plus à la poésie burlesque du clown. […] L’humoriste a pris son corps dans la langue. […] l’humoriste est un rabat-joie" (119-120). Et de l’humour, il n’en manque pas pour évoquer le portement du nom. A considérer l’étymologie de son patronyme, rien d’étonnant à ce que l’on se torde souvent la cheville dans son univers… Et quand on songe qu’est un "chevillard" celui qui maîtrise l’art de planter à la cheville, le voici "rendu au sol"… "Paysan !" (174). D’où la nécessité pour lui de se faire un nom, et pour cela, de se démarquer du label Minuit ; ce qui explique sa charge contre l’écriture blanche : chevillé au style, il fustige cette "littérature de miroitier bègue à l’usage des singes et des perroquets" (92).

Libr-événements

â–º Mardi 28 janvier 2014, deux interventions de Philippe Boisnard : 9H-9H30, Conférence au Département Philosophie de l’Université de Tours, dans le cadre des journées sur Internet et le pouvoir (sur la question des paradigmes de l’art contemporain et de la mode internet comme processus de réduction des champs possibles de la création ; les objets d’analyse seront la littérature sur support numérique et le net-art).

Le soir, à Paris, dans le cadre des Voeux de l’internet (réservation via le lien)
http://www.weezevent.com/voeux-de-linternet-2014
réflexion sur la question des Fablab, notamment à partir de la promotion Européenne et Nationale qui en est faite : "Le point commun des initiatives « fablab » est constitué de l’énergie, de l’enthousiasme et de la certitude que leur implantation faciliteraient la relocalisation des unités de production. Derrière leur image liée au milieu associatif, à l’open source et à l’éthique du hacker, les forces industrielles dans leur finalité pourraient contredire la logique de naissance des fablab. Chimère ou révolution industrielle de demain ?"

â–º Du mercredi 29 janvier au dimanche 2 février, Littérature, enjeux contemporains VII : le mercredi 29 à la Bpi ; le jeudi 30 à la Maison des cultures du monde ; les vendredi 30, samedi 1er et dimanche 2 février à l’auditorium du Petit Palais.

Comment les écrivains voient ce qu’ils voient et comment ils le donnent à voir ? Ces livres, ces oeuvres qui séduisent et sidèrent, quelle forme donnent-ils au regard ? Pour la 7e édition de son festival annuel, la Mel a choisi pour thème la notion de « point de vue » qu’interrogeront écrivains, artistes, théoriciens et réalisateurs, aux confins des textes et des images. Car la littérature, et les arts qu’elle nourrit, ne cesse d’éduquer le regard, de montrer autrement, faces étranges et zones obscures. Elle révèle et dévoile, tout à la fois observatrice, contemplative ou hallucinatoire : nous allons voir ce que nous allons voir.

Avec Nils Ahl, Laura Alcoba, Marianne Alphant, Wolfgang Asholt, Damien Aubel, Emmanuelle Bayamack-Tam, Gisèle Berkman, Pierre Bergounioux, Eduardo Berti, Didier Blonde, Robert Bober, Stéphane Bouquet, Nicole Caligaris, Marcel Cohen, Jean-Max Colard, Jean-Louis Comolli, Joseph Danan, Luc Dardenne, Laurent Demanze, Daniel de Roulet, Georges Didi-Huberman, Randal Douc, Éric Dussert, Christophe Fourvel, Sylvie Germain, Thierry Girard, Eugène Green, Otar Iosseliani, William Irigoyen, Francesca Isidori, Laurent Jenny, Sophie Joubert, Pascal Jourdana, Jean Kaempfer, Patrick Kéchichian, Pauline Klein, Alban Lefranc, Philippe Lefait, Roberto Maggiori, Valerio Magrelli, Wajdi Mouawad, Pierre Michon, Christine Montalbetti, Marie-José Mondzain, Jacques Munier, Alain Nicolas, Carlo Ossola, Antoine Perraud, Eric Pessan, Ollivier Pourriol, Philippe Rahmy, Sinziana Ravini, Mathieu Riboulet, Sophie Ristelhueber, Olivia Rosenthal, Jean- Jacques Salgon, Tiphaine Samoyault, Pierre Schoentjes, Pierre Senges, Peter Szendy, Dominique Viart, Tanguy Viel, Cécile Wajsbrot, Frédéric Werst, Pierre Zaoui.

Programme complet du festival des Enjeux VII , à télécharger ici : http://www.m-e-l.fr/,re,377
t. 01 55 74 60 91 – 01 55 74 60 98
Entrée libre et gratuite.

â–º Festival littéraire de Nevers, TANDEM, les 6 et 7 février 2014, avec notamment : Jean-Michel Espitallier, Olivier Mellano, Valérie Rouzeau, Olivia Rosenthal… Le programme complet : ici.

â–º Tschann Libraire, les éditions Unes, Canopée et les éditions Corti vous invitent à une lecture de Esther Tellermann (Le Troisième, éditions Unes) & Pierre Chappuis (Entailles, éditions Corti) en présence de l’artiste Gilles du Bouchet, le jeudi 13 février 2014 à 19h30. Présentation par les éditeurs François Heusbourg (Unes) et Thierry Le Saëc (Canopée). [Tschann Libraire, 125 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris / tél.: 01 43 35 42 05 librairie@tschann.fr]

 

2 octobre 2011

[News] News du dimanche

Dans cette seconde partie des NEWS, pleins feux sur le 21e Salon de la revue et, réclamée par beaucoup, une rubrique intitulée "Votre mois d’octobre sur LIBR-CRITIQUE".

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22 avril 2008

[LIVRE] Bernard Desportes autrement, coll. dir. Fabrice Thumerel

   Présentation en exclusivité du livre Bernard Desportes autrement, dir. Fabrice Thumerel.
Bernard Desportes autrement, dir. Fabrice Thumerel, Artois Presses Université. 15 €.

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